‹ Étude médico-légale sur les blessures, comprenant les blessures en général et les blessures parChapitre 10 sur 82 · L*AB1IE A-T-ELLE PRODUIT LES BLESSURES CONSTATÉES · texte numérisé non relu

L*AB1IE A-T-ELLE PRODUIT LES BLESSURES CONSTATÉES

Article III. — L'arme saisie a-t-elle pu prodtiire

les blessures constatées.

Nous venons de passer en revue les diverses blessures et leurs caractères spéciaux suivant la'nature de Finstrument vulnérant. L'expertise médico-légale exige quelque chose de plus. Il ne suffit pas de remonter des caractères de la blessure à la détermination abstraite de la nature de Tinstrument qui Ta faite ; il faut encore, lorsquela justice a saisi une arme dont elle suppose que le meurtrier ait pu se servir, que Texpert se prononce sur la question desavoir si l'arme saisie a pu produire les blessures constatées. Il s'appliquera, à cet effet, à rechercher les rapports de forme et de dimensions qui peuvent exister entre l'instrument et la blessure. Mais il aura à se mettre en garde contre les chances d'erreur qui résultent des caractères exceptionnels que peuvent revêtir dans quelques cas les blessures faites par certaines armes.

C'est ainsi que la blessure par instrument piquant peut consister en une plaie plus petite que l'instrument qui l'a faite ; en une plaie allongée quand l'instrument est rond, ce qui tient à la direction des fibres divisées. Les plaies faites par un instrument contondant simulent quelquefois l'action d'un instrument tranchant, lorsque, par exemple, le coup a été porté avec une grande force et à l'aide d'un instrument à surface polie, comme un bâton, sur une région où les parties molles sont peu épaisses et soutenues par un plan résistant, comme le cuir chevelu. Dans ce cas, la section peut être nette et régulière. Par contre, sur des parties lâches et épaisses, un instrument tranchant, à lame mal affilée, comme un vieux couteau, un sabre, des ciseaux, peut faire des plaies abords mâchés, contusetà angles mousses, analogues à celles que produit d'ordinaire un instrument contondant. Dans les blessures du même genre, une masse ronde peut faire une plaie anguleuse ; j'ai vu une plaie à cinq branches faite par un casse-tête, et une masse quadrangulaire, un marteau notamment, faire une plaie contuse arrondie.

Les armes à feu elles-mêmes, malgré leurs caractères tranchés, produisent quelquefois des blessures dont Tapparence insolite est faîte pour tromper au premier abord. La plaie faite par un grain de plomb peut ressemblei* à une piqûre ; dans d'autres cas, un projectile peut faii>e une sorie d'incision linéaire. Ûllivier (d'Angers) a vu une section nette de Taorte opérée par deux grains de plomb.

D'ailleurs plusieurs circonstances peuvent dénaturer les caractères des blessures ^. £n preiuier lieu, l'inflammation, qui s'empare des tissus lésés et qui peut modifier l'aftpeet d'une plaie ou d'une contusion ; le travail de cicatrisation qui ne permet pas d'en constater les caractères primitifs, d'où découle ce précepte qu'il faut toujours tenir grand compte de l'époque à laquelle a Jieu l'examen d'une blessure ; enfin la mort qui fait di^araltre certains phénomènes^ de coloration, qui «mène le xelàchement des parties et change ainsi les dimensions des plaies ou la situation des organes blessés.

11 est aussi, et c'est par là que nous terminerons, des particularités fort difficiles non-seulement à prévenir ou à indiquer d'une manière théorique, mais encore à apprécier quand elles jse produisent, qui sont de nature à engendrer l'erreur.

Nous voulons parler de blessures attribuées à tort à l'aetion d'une arme quelconque, et qui résulteraient simplement d'un choc ou d'une chute accidentels. Ces cas se renoontront assez fréquemment dans les rixes, par exemple, où des ïractures peuvent être imputées soit ,k des coups direotement portés, soit à la chute qui peut suivre une lutte corps à corps. Nous aurons À revenir «ur ce point.

Mais d'autres faits moins communs peuvent causer à l'expert des embarras xéels.

1. Voyez Boutigny (d'Evreux), Recherches propret à déterminer l'époque à iaquelk une arme a èU déchargée {Jomm. -âe tkimie méiicale et Atmaiet d'hygiène, 1834, t. XI, p. 458). — Sur u problème, déterminer combien de temps s'est écoulé depuis qu'un fusil a été tiré {Ann,, 1889, t. XXr, p. 197). — Nouvelles expériences tiir fot armée à feu {Annales S hygiène, t. XXII, p. 367, ibid., t. XXXIX, y. 381?)-

L*ARME A-T-ELLE FMWTIT LES BLCSSITRES CONSTATÉES. ^9

J'en rapporterai un <jaî, par «a rareté, «st «crtaincrocnt propre à montrer ce qu'il peut y aroir tTimprévu et de ' par- . ticulièrement délicat dans les questions qui peuvent èlre soumises au médecin-expert. 11 s'agît d'un spectateur de riHppodrome de Paria, qui, au mois de septembre 1858, avait ressenti au coude gauche une douleur violente au moment de Texplosion d'un canon que l'athlète yiigneroD,conaa sous le nom de ÏJIomme camm^ portait siar son épaule, et, qui attribuait la fracture de rextrémièé kdénù^ie de l'fanmérus que l'on constatait chez lai à l'action de la iMMime lancée par la pondre dont le canon était char^. le n'ai cra pouvoir résoudre la question qu'à l'aide d'expériences répétées dans des conditions identiques à celles dans lesquelles se serait produit Taccident, et c'est ainsi que je suis arrivé à cette conviction que la bourre même forcée ne conservait pas assez de force de projection pour atteindre la place occupée par le blessé et surtout ^nr déterminer la fracture de Fos du bras; que celle-ci enfin était le résultat ncaide l'action du projectile laAcé *par le canon, mais du choc violent que s'était donné le spectatear <eft âecejetoni, amiK»ment de i'explosion^ contre la iNtlutrade de «bois à kbqueile ii était adossé.

J'espère qu'on lira avec quelque intérêt les délafls de ce fait «.

Cas. L Les olx«oii0lmiio€s tomt là fiait iauMaBdoeB et «AiflokusefBt meuves dans lesquelles Ve«t predahe la 'blessa re du ^si«ur K^., dont une oidonamAce du Président du Tribunal me chargeait d'indiquer la naAnre, la tgmnJU, la. cauM, les <e9nséq«erDoes xœrtBines on possibles, exigeaivBt de moi une attentâen tstrte poittioulière et ime information approfondie; aussi, sPvaa!t'detfiilre>e6PiEmattrele résultat de noa ennen^ dois-ie «xpoter ta inaiicâiei]<ne j'^ài oru devoir euivre idms Mes recherobes.

Da&B une première visile faite au«eor R^. 'le 14 odtelMw 1856, lendemain éa jour ob j^avais reçu nn oomanssionL, M. le âcrt^teur

4 . Tsrrdieu, ^sttnalHcnê el esepèrimen tm' ki «pto d}mn txmp 9» 'teman tkmrgé àpoiiân,9omr wnm à l^kiêtoin médietHléfaU iiÊÊhlmtmmpar^ à JM {Afm. éCM^g^ 185^, tome XI, p. 420;.

Jluguier, chirurgien de Thôpital Beaujon, qui dirigeait le traitement de concert avec M. le docteur Charles Pinel, voulut bien enlever Tappareil et me donner les moyens de constater, presque au débutf le caractère exact de la blessure.

Dès que M. R... fut en état de sortir, je me fis accompagner par lui à rHippodrome, où en présence de M. Arnault et des conseils des parties, il mUndiqua lui-même la place qu^il occupait lors de l'accident, les conditions dans lesquelles celui-ci avait eu lieu et la manière dont il croyait pouvoir l'expliquer. Après avoir suivi les différentes phases du traitement de M. R..., je l'ai examiné une dernière fois au moment de son départ afin de reconnaître avec plus de certitude et après la guérison quelles pourraient être les conséquences de la blessure.

Enfin, voulant ne rien négliger pour m^éclairer sur les causes * réelles de Taccident, j^ai demandé et obtenu à la préfecture de police communication du procès-verbal d^une expérience faite par M. le commandant des sapeurs-pompiers ; mais cette expérience étant unique, et par cela même peu probante, j^ai cru indispensable d^en instituer de nouvelles, auxquelles le sieur Vigneron a procédé le 2 décembre, à THippodrome, en présence de M. le directeur et de M. Dromery, avoué et représentant du sieur R.... On verra quels résultats décisifs ont donné ces expériences ; mais dès ^ à présent, on peut juger, par ce simple énoncé, des éléments variés et complets diaprés lesquels s*est formée Popinion très-arrêtée que je vais développer après avoir rappelé très- succinctement les faits.

Le sieur R..., négociant à Avignon, assistait, le 19 septembre 1858, à une représentation de ^Hippodrome, dans laquelle figuraient les exercices dits de V Homme-canon^ exécutés par le sieur Vigneron. Celui-ci, placé à peu près au milieu de Tarène, enlève sur ses épaules une pièce de canon, quUl a préalablement chargée à poudre et bourrée devant le public et qui est tirée la gueule faisant face à rentrée de THippodrome.

Le sieur R... occupait aux secondes une place très-voisine de rentrée, sur la banquette extérieure adossée à la balustrade de l'amphithéâtre ; il était assis les deux bras croisés et appuyés sur son parapluie, précisément dans la direction du canon.

Au moment de Texplosion, le sieur R... ressentit au coude gauche une douleur presque instantanée, dont il ne put d*abord se rendre compte, mais qui, bientôt, aux premiers soins qui lui furent donnés, s'expliqua par ce fait que le bras venait d'étve frac-

l'arme a-t-elle produit les blessures constatées. 41

turé. Plusieurs fragments du papier qui avait servi de bourre furent retrouvés à terre au-dessous de Tendroit où était placé le sieur R... Cette bourre que M. le juge d'instruction, chargé d'une enquête sur ces faits, a bien voulu confier à notre examen, était composée de plusieurs fragments d'affiches de l'Hippodrome repliés de manière à former une rondelle large de 12 à 15 centimètres et épaisse de 4 centimètres environ, relevée sur les bords et contenant dans son intérieur d'autres fragments roulés et plus petits. Cette masse, d'ailleurs légère et peu compacte, se laisse déplier facilement.

Lorsque nous avons visité le sieur R... pour la première fois, quinze jours s^étaient écoulés depuis Taccident. Mais les signes et les caractères de la blessure, dégagés de toute complication, n'en étaient que plus prononcés et plus distincts. Nous constatons une fracture de Textrémité inférieure de Tos du bras gauche, à peine à deux travera de doigt au-dessus de l'articulation, dont la mobilité et la dislocation semblent indiquer que la fracture s'est étendue plus ou moins obliquement jusqu'à la surface articulaire des condyles. Il n'existe ni plaies ni éraillures de la peau ; mais une large ecchymose s*étend depuis le coude jusqu'au milieu de Pavantbras en en contournant la face externe. Il n'y a d'ailleurs, au moment de notre examen, ni gonflement ni déformation notable ; la coaptation des fragments est très-exacte et Tappareil réappliqué avec le plus grand soin maintient la fracture dans les conditions les plus favorables à une prompte et complète guérison. L'état général de la santé est très- satisfaisant, à part une susceptibilité nerveuse qui parait être dans la nature du blessé, et qui se manifeste par l'expression de craintes exagérées durant le pansement très-peu douloureux auquel nous assistons. Nous ne parlerons pas d^une contusion que le sieur R. .. dit avoir reçue au dos de la main droite ; nous n'en avons pas trouvé la moindre trace. Nous devons ajouter que, nous étant fait représenter les vêtements quHl portait^ lors de l'accident, nous avons examiné très-attentivement les manches de la redingote et n'y avons remarqué, soit au niveau de la blessure, soit ailleurs, pas la moindre déchirure, pas le moindre froissement du tissu que l'on puisse regarder comme Pindice du choc d'un projectile.

Pour terminer ce qui est relatif à la blessure elle-même, nous dirons que chaque nouvelle visite que nous avons faite à M. R... nous a montré une amélioration graduelle et continue dans son état; que le 10 novembre, moins de deux mois après Taccident, la

àâ CAUSES DES BLESSURES.

guériaon était complète ; que non-seulement la consolidation était parfaite, mais qu'encore les fragments de la fracture étaient réunis sans aucune difformité et que l'articulation, sans avoir encore re- ODUFré toute sa mobilité, était cependant assez libre, pour qv'il îSii permis d'espérer qu'elle ne tarderait pas à revenir à ses conditions normales.

Il nous reste à rechercher la cause de la blessure du sieur R... et À examiner les hypothèses à l'aide desquelles on a tenté de l'expliquer, et qui se résomaiit dans cette double question : la fracture est-elle le résultat du choc direct de la bourre qui seraîtTeirae frapper le sieur R.., «m bras f ou, au contraire, a-t-elle été produite par un coup violent qaHl se serait donné lui-même an coude eo se restant brusquement en arrière, an moment de Texplosion, par un mouvement de terreur instinctive que pourrait justifier la direction du canon tourné vers lui?

Les caractères de la blessure, son 8iég«, sa^Krection, ne peuvent fournir, ii Tégmrd de cette double supposition, que des données incomplètes. Il est vrai que ni les vêtements dn sieur R..., ni les téguments du bras dans le point correspondant à la fracture ne portent la moindre ti^oe d^uii« contusion directe"; que la fracture s'est produite au bras et en arrière, tandis que dans la position oti il se trouvait, c'est TaDcant^iras et son i>ord cubital ijui étaient le plus exposés an dhoc du projectile. L'ecchymose qui a été constatée sur cette partiie quinee jours après Paccident, résulte tâe IHnfiltration progressive -dn sang 'extravasé et ne peut Hre considérée comme rindioe d'une comtufiian.

D'un autre <c6té^ si Ton recherche théoriquement quels pourraient être les effets d'une bourre de papier lancée par un coup de canon chmrgé à pofudre, il n'est pas douteux qu'ils ne pussent dans certains cas être de nature à produire les plus graves lésions et notamment la fracture d'un membre. Si le ^it ne s'^est pas présenté encore jpour une pièce de canon, il a été clwervé plus d'une fois pour d'autres armes t feu. Des exemples empruntés à la clinique de Dupuytren, en 1830, et les expériences] très-précises du docteur Laohèse (d'Angers) qui datent de [1836, sont vernis mettre hors de doute la posâMlité deplnes p6nétrinftes et de fractures fattes par la bourre d^un fusil chargé à poudre. Seulement, dans tous ces cas, la gravité des lésions s'est toujours montrée en rapport avec les circonstances dans lesquelles le coup avait été tiré et surtout avec la distance à laquelle l'arme avait été déchargée, la bourre du fusil perdant la plus grande partie de sa force et de so;i action

l'arme a-t-elle FRODurr les blbssures constatées. 43

Tulnérante à une trôs-petite distance, 15 ou 20 centimètres.

C^tdonc miiqiiament dans les ciroondtanoes où s^exécute l'exeiv eice de VHommB^caum^t et dans les conditions diverses qui peuvent ûdre varier ces circotntances, qne Ton doit chercher la solution de la question qui nous occupe, à savoir «i la honrre de papier lancée par la piàce de canon que manœuvre le sieur Yi^eron, a pu atteindre et bksser le sieur R... à la place quHl occupait lors de la représentation de PHippodrome. ^expérimentation peut seule nous fenseigner sui* les circonstances dont il s'agit et encore à la condition qu'elle soit suffisamment variée et qu'elle représente le plus fidèlement possihle les particularités diverses de cet exercice. Il atft à peine nécessaire en effet de faire remarquer que la position pkM ou moins relevée de Parme, la distance à laquelle le coup est tiré, la qualité et la quantité de la poudre employée, l'espèce de bourre dont on se eervira et la force plus ou moins grande avec laquelle œlLe-ei sera enfoncée sur la poudre, devront faire varier la force de projection, la vitesse du projectile et la violence du choc. C'est dans ce but et suivant oes principes que nous avons institué noB expériences.

Aivant de les exposer, nous rappellerons que le sieur Vigneron, km de ses ezaroices à l'Hîppodrome, se place ordinairement àpeu près au milieu de l'arène un peu plus rapproché de l'entrée que du théâtre qui s'élève à l'extrémité opposée du cirque, à 45 mètres environ de la place où était assis le sieur R... Le canon, long de 1 mètre 25 centimètres, du poids de 325 kilogrammes et présentant un diamètre intérieur de 10 centimètres, est mis debout et reçoit une charge de 100 grammes de poudre de guerre maintenue par une bourre composée de fragments d'affiches assez épais foulés avec plus ou moins de force à l'aide d'une sorte de long rondin de bois. La pièce est alors soulevée par le sieur Tigneron qui la supporte sur ses épaules pendant que la mèche est sillumée et que le coup part. Telles sont les conditions ordinaires dans lesquelles a lieu l-exeroiee de VH(mm9»eanùn, et si quelque circonstance a pu 1m fidre varier lora de la représentation du 17 septembre, il est impossible de préciser sur quel point ont pu porter les différences ; notere expérimentation a eu pour objet principal d'apprécier dans quelles limites celles^i ont pu seproduire.

l'« Expérience. — Une première expérience avait été faite le 21 septembre, ainsi que nous l'avons dit déjà, par 'M. de la Condamine, commandant des sapeurs-pompiers, qui rend compte de cette épreuve nvique dans un rapport que je crois devoir citer textuellement :

€ Je me suis rendu aujourd'hui 21 septembre 1858, ainsi que j'y avais été invité, à THippodrome de Passy, accompagné de M. le major ingénieur Wilierme, à Teffet de procéder à une enquête sur l'événement qui a eu lieu à ce théâtre, pendant la représentation du 19 de ce mois, à la suite duquel un spectateur placé au pourtour, À droite de la porte d'entrée, aurait eu le bras gauche fracturé.

a Cet accident, survenu immédiatement après l'explosion du canon, qu'un sieur Vigneron, homme d'une force herculéenne, tire en le portant sur l'épaule, aurait été attribué au choc de la bourre de la charge dont on a retrouvé les morceaux autour de la personne blessée.

« J'ai l'honneur de vous rendre compte, M. le préfet, des faits qui sont venus à ma connaissance et des explications que je crois pouvoir en donner.

c Le canon dont on a fait usage à l'Hippodrome a 1 mètre 25 centimètres de longueur, son diamètre intérieur est de 10 centimètres.

« La charge de poudre employée est de 90 à 100 grammes ; versée au fond de l'âme, le canon étant vertical, elle y était maintenue par une bourre faite avec du papier d'affiches de spectacles, réuni en une boule plus ou moins compacte, d'un diamètre variable et qui a pu, en certaines circonstances, être plus grand que celui de la pièce.

cr La bourre était refoulée au moyen d'un certain nombre de coups d'un cylindre de bois de 1 mètre 40 de long et d'un diamètre de 7 à 8 centimètres.

« Le canon, supporté par le sieur Vigneron, était tiré au centre de l'Hippodrome, dans la direction de la porte d'entrée, à 45 mètres du pourtour qui sépare l'arène de l'amphithéâtre.

« Lorsque la bourre sera faite avec du papier mis en morceaux suffisamment petits et par suite peu susceptibles de s'agglomérer en une masse compacte, Texplosion de la charge la dispersera et eu rendra les atteintes inoffensives à la distance où sont les spectateurs ; c'est ce qui est arrivé maintes fois dans les représentations précédentes, et notamment dans l'expérience qui a été faite en notre présence, où les morceaux de papier les plus gros n'ont été projetés qu'à 20 mètres et n'auraient, par conséquent, pu atteindre aucun spectateur.

tt Lorsqu'au contraire, soit par hasard ou par manque de précaution, la bourre sera composée de plusieurs feuilles de papier reliées les unes sur les autres et comprimées assez fortement pour

l'arme a-t-ell?: produit les blessures constatées. 45

former un tout compacte, il se pourra très-bien que Tezplosion des gaz n^en produise pas Téparpillement et qu41 y ait projection de tout ou partie de la bourre avec assez de vitesse pour qu^elie franchisse les 45 mètres qui séparent le tireur du spectateur, et qu^elle vienne faire balle contre ce dernier avec une certaine force.

a La bourre recueillie à côté de la personne blessée réunissait une partie de ces conditions : elle se composait bien de plusieurs morceaux de papiers d^affiches, mais parmi eux s^en trouvaient quelques-uns d^assez grande dimension, qui ont pu faire de Tensemble une pelote assez compacte pour que Texplosion des gaz n» Tait pas éparpillée et lui ait donné^ avec la vitesse suffisante pour atteindre le spectateur du pourtour, la force de le blesser.

tt Ce papier d'affiche est en outre imprégné de colle et d'encre grasse d^imprimerie plus ou moins fraîches, circonstances qui ajoutent encore à la possibilité d^une agrégation compacte du tout dans certains cas. Ce n^est pas, du reste, la seule fois où le papier de la bourre a été projeté aussi loin ; Thomme préposé aux billets de supplément, dont la place est au pied de Pescalier qui aboutit au pourtour, où était placé le blessé de la représentation du 19, a déclaré en avoir reçu plusieurs fois des morceaux, entre autres à la poitrine, mais qui ne lui avaient fait aucun mal, sans doute parce quUls étaient plus petits que ceux qui nous ont été représentés.

a Du fait constaté que la bourre a été projetée contre les spectateurs placés au delà de la séparation de l'arène et de Tamphithéâtre, à conclure que c^est bien elle qui, dans la représentation du 19 a blessé le spectateur en lui faisant une fracture simple au bras gauche, il ne faut que supposer à la bourre un volume assez fort et assez compacte. Cette circonstance peut s^être présentée, si on n^a pas évité de se servir de feuilles de papier trop grandes, de les serrer trop fortement et en boule trop grosse avant leur introduction dans TÂme de la pièce, ou de la refouler trop vigoureusement, toutes choses dont il m^a été difficile de m^assurer, mais que a portion de la bourre retrouvée près du blessé peut faire présumer s^étre rencontrées accidentellement.

a II résulte toutefois de ces faits quUl est dangereux :

tt 1<* De tirer le canon en en présentant la bouche aux spectateurs ; *

c 2o De composer la bourre avec du papier d'affiche d^une trop grande dimension et de le trop serrer;

a 3o De bourrer la charge trop vigoureusement;

tô CAUSES DES BLESSURES.

«i 4<^ Enfin, qu^il serait indispensable de substituer à Pemploi du papier, pour faire la bourre, celui d'une poignée de foin simplement relié en son milieu par un toron légèrement sârré. »

Je n^insiaterai pas sur les conséquences purement hypothétiques que M. de la Ck)ndamine a cru pouvoir tirer d^une^ expérience éTÎdemment infiuMsanter Je vais citer maintenant celles auxquelles je me suis livré moi-même et dont j^ai cherché à varier autant que poasible les conditions.

2« ËXPàaiENGB. — 100 grammes de pondre de chs^se plus iorte que la poudre de guerre dont se sert habituellement rjfofnnifl-^aaoïi, sont versés au fond de la pièce. La bourre est faite avec quatre fragments d^afâches froissés seulement et bourré» par le sieur Vigneron par six coups da fouloir dont nous avons parlé. La pièce est soulevée sur ses épaules et lui-nuâme se place à 46 mètres de la balustrade à laquelle était adossé le sieur R... Le jour de Paccident. Le coup part et la bourre s^éparpiUe en nombreux fragments, dont la plue volumineux est projeté un peu à gauche et à une distance de 22 mètres, c^est-à-dire à 24 mètres de la partie de ramphithéâtre où était assis le sieur £L..

3*^ ExpKRiSNCE. -^ La charge de poudre est augmentée et portée à» 125 grammes de poudre à canon fine. La bourre, formée de hait ou dix fragments d'afûchesN, est foulée par nous-méme très-fortement à douze ou quinze reprises. La mèche brûle une première ioM sans que Le coup parte ; une nouvelle mèche est allumée et Texplosion chasse la bourre en partie dépliée à 31 mètres. Dans cette s»-' conde phase de Texpérience, le canon avait été replacé sur de grands tréteaux de bois qui ont été renversés et brisés par la secousse de Texplosion qu^a supportée cinq fois de suite sans broncher l'athlète Vigneroa.

4® ExpÉaiSMGi. — * 130 grammes de poudre à canon sont versés dans la pièce. Deux affiches enlièrea, repliées en plusieurs doubles de manière à. former une épaisseur de près de huit centimètres, sont bourrées avec la plus grande force et une troisième aifiche simplement froiasée est sgoutée par-dessus les autres. Nousalions alors nous placer dans l'amphithéâtre en £aee de la bondée àa c»non, précisément à Teadroit oti était assis le sieur R... Au moment où le coup part, noua voyons très-distinctement la bourre chassée par Texplosion de la poudre, se diriger vers nous, avec une vitesse décroissante et semblant soutenue par Tair plutôt que poussée par la force de projection, venir tomber lentement à 6 mètres de noua après avoir parcouru un espace de 40 mètres. Les deux principales

l'aRMK A-T-ELLE rRODCIT LES BLESSURES CONSTATÉES. 47

parties de la l»oari*e sont restées assez exactement pliées et quel ques fragmeata seulement de petite dimeasioii s^en soat détachés.

5« ExpéaiBWB. — • Dana ceita dernière [expérience, nous nous sommes proposé de mesurer autant que possible la forée d^mpulsion et Ténergie du cboe de la bourre. Un châssis muni [d'une vieille toile de décor et assez large poor serrir de point de mire facile est disposé à 24 mètres du centre de l'artoe où reste placé VHommê'eamm^ La charge, beaucoup phis forte que dans les précédentes épreuves, se compose de iOO grammes de poudre de chasse et de 30 grammes de pendre à canon. La bourre est formée d'affiches repliées de manière à présenter 164 épaisseurs. Placé de c^té à la hauteur du châssis, nous voyons distinctement la bourre se «fiviser en trois fragments dont deux atteignent la toile sans Fentamer tandis que le troisième, dévié à [gauche, va tomber à 40 mètres du point de départ.

Ces expériences nous ont paru concluantes et nous n'avons pas cru nécessaire de les multiplier. Elles établissent en effet, de la manière la plus positive, plusieurs faits très-importants au point de vue de la question qui nous est soumise. D'une part, on voit qu'en augmentant la charge de poudre en quantité et en qualité, en donnant à la bourre plus d'épaisseur, et en la foulant le plus fortement possible» on accroît notablement la portée du canon et on fait varier de 20 à 40 mètres la distance à laquelle la bourre est projetée; que, par conséquent, il est parfaitement admissible que des fragments de la bourre aient pu parcourir un espace de 43 à 45 mètres» et parvenir du centre de l'arène à la place qu'occupait le sieur R... Mais, d'une autre part, si Ton considère combien la bourre perd rapidement de sa vitesse, avec quelle lenteur elle achève son parcours» et la force d'impulsion à peu près nulle qu'elle conserve en tombant; si l'on tient compte du peu de consistance de la bourre même la plus épaisse , de la facilité avec laquelle ses différentes parties se désagrègent et se séparent; si enfin on juge des effets qu'elle peut produire par la faiblesse du choc qui a eu lieu dans notre dernière expérience à une distance moitié moindre que c^le oCi aurait été atteint le sieur R..., on est conduit à admetti'e que dans aucun cas une blessure quelconque, et à plus forte raison la fracture d'un membre, né peut être produite par une bourre de papier lancée dans les conditions de l'exercice de l'Hippodrome, alors même que les ciroons tances les plus favorables à la portée de la pièce de canon se trouveraient réunies. *

Si maintenant nous cherchons dans une autre hypothèse l'expli-

cation de la blessure qui a été constatée sur le sieur R..., nous croyons qu^elle ne saurait être attribuée qu'à un coup très-violent qu'il se serait donné au coude. Adossé à une balustrade très-épaisse et très-dure, juste en face de la bouche d*une arme à feu dont la portée et la force lui étaient complètement inconnues, voyant, au moment de Texplosion, le projectile se diriger sur lui, il a dû nécessairement faire un mouvement instinctif pour se jeter du côté opposé à la direction de la bourre, c*est-à-dire à gauche; ses bras croisés sur son parapluie se sont écartés brusquement et le bras gauche est venu heurter contre le bois de la barrière avec d'autant plus de force que la banquette extérieure est très-peu profonde. On sait combien sont, en général, violents les coups qui résultent fortuitement de mouvements involontaires et en quelque sorte automatiques. C^est ainsi que Pos du bras a pu se briser dans le point oîi le choc a porté le plus directement, c'est-à-dire à l'extrémité inférieure et à la face postérieure du bras, un peu au-dessus du coude. Il n'est pas impossible, bien que cela soit douteux, qu'un fragment de la bourre ramassé près de la place qu'occupait le sieur R... ràit atteint; mais elle n'avait certainement plus assez de force pour le blesser, et n'a en réalité laissé aucune trace ni sur ses vêtements, ni sur la partie de Tavant-bras qu'elle aurait dû toucher, ni sur la main droite où il dit avoir été frappé en même temps.

En résumé, de l'exposé des faits qui précèdent et des expériences auxquelles nous nous sommes livré, en réponse aux questions qui nous sont posées, nous n'hésitons pas à conclure que :

lo Le sieur R... a eu le bras gauche cassé pendant la représentation à laquelle il assistait à l'Hippodrome le 19 septembre 1858;

2o Cette fracture simple et exempte de complications, quoique située très-près de l'articulation du coude, a guéri rapidement;

3o Elle n'a laissé après elle aucune difformité ou infirmité durable, mais seulement une gêne des mouvements qui se dissipera après un certain temps; l'incapacité de travail résultant de cette blessure n'aura pas dépassé deux mois à deux mois et demi ;

4o La blessure du sieur R... ne peut être attribuée au choc direct de la bourre lancée par le coup de canon -qu'a tiré le sieur Vigneron, dans l'un des exercices qui composaient la représentation ;

5o La fracture du bras est le résultat d'un choc violent que s'est ionné au coude le sieur R... en se rejetant brusquement en arrière^ au moment as l'explosion du canon, contre la balustrade de bois à «quelle il était adossé.

SUITES DE Lk BLESSURE. 49

CaiAPITRE IV

Les conséquences d*une blessure en déterminent, ainsi que nous Tavons dit, le degré de criminalité ; elles seules aussi servent de base à la réparation soit pénale, soit civile, qu*entraine le fait de la blessure. À ces divers points de vue, les constatations de l'expert doivent porter, d'une manière toute spéciale, sur les faits qui lui permettront de juger, aussi sûrement que possible, des suites que pourront avoir les blessures, quelles que soient leur origine et leur nature.

C'est à cette partie de Thistoire médico-légale des blessures que se rapporte la classification scholasUque qui les divise en légères, graves ou mortelles. Même circonscrite à ce point spécial, cette division est peu utile; elle manque de netteté et de précision, et n'implique la solution d'aucune des questions que, en ce qui touche les conséquences des blessures, l'expert peut avoir à résoudre. Nous préférons distinguer les conséquences immédiates des conséquences secondaires et celles qui sont directes de celles qui sont indirectes^ en les étudiant, bien entendu, au point de vue médico-légal et non chirurgical.

Article premier. — Quelles ont été ou quelles pourront

être les suites de la blessure.

Nous examinerons ici les suites soit immédiates^ soit secondaires des blessures.

L'appréciation des conséquences immédiates d'une blessure doit être fondée sur la double considération de l'état local et de l'état général.

À chaque espèce de blessure, contusion, plaie, luxation et fracture, répondent des degrés de gravité relatifs suivant l'étendue, la profondeur et la multiplicité des lésions.

Les troubles généraux varient également, portant sur le

Tardisu, Blaturet. 4

système nerveux, dsms les contusions, perte de connaissance, commotion cérébrale ; hémorrhagies plus ou moins considérables dans les plaies ; douleur, fièvre dans toute lésion traumatique.

Enfin, comme terme de la blessure qui intéresse les organes essentiels à la vie, il faut prévoir la mort plus ou moins rapide, plus ou moins sûre.

Les blessures entraînent secondairement à leur suite une incapacité de travail plus ou moins longue, une imfirmilé curable ou incurable, parfois la mort tardive.

L'incapacité de travail consécutive aux blessures a été prévue par la loi. Les modifications apportées en 1863 au Gode pénal de notre pays n*ont pas altéré ce principe. L*échelle des peines est graduée d'après le fait et d'après la durée de l'incapacité de travail; et la limite de vingt jours de maladie reste fixée pour l'un des degrés de la pénalité.

Mais ce qui importe au médecin, c'est de savoir ce qu'il doit entendre par l'incapacité de travail personnel dont parle la loi.

Lorsque l'expert a à examiner un individu qui exerce une profession, ou qui se livre à un travail bien défini, il n'est pas difficile de reconnaître si l'exercice en sera entravé par la blessure. Soit que cell^ci porte un trouble sur la santé générale^ soit qu'elle atteigne seulement les instruments du travail particulier, manuel ou autre, personnel au blessé.

Mais si celui-ci n'a que des occupations sédentaires, que ne semble pas entraver la blessure ; si même il est sans pro* fession et n'est astreint à aucun travail, s'ensuit-il que Tincsq^acité ne doive pas être admise? CSe serait, à notre avis, bien mal comprendre l'esprit et même la lettre de la loi que de l'interpréter de cette façon étroite. L'expert doit examiner le blessé au point de vue de l'intégrité de ses fonctions, de la liberté de ses mouvements et du trouble apporté à son genre de vie habituel quel qu'il soit. L'existence et la durée de ce trouble réalisent les conditions de maladie et d'incapacité posées par la loi.

' Les infirmités, suivant qu'elles sont plus ou moins graves,

LA MORT EST-ELUB lA CONSÉQUENCE DE LA BLESSURE. M

passagères oa permanentes, servent également de base à la répression pénale des coups et blessures volontaires; ou à la réparation civile du dommage que peut causer une blessure faite par imprudence ou par accident.

La peine, en matière de blessures, s'élève quand les violences ont été aidvîes de mutilation, amputation ou privation de Fusage d*nn membre, cécité, perte d*un œil, ou autres infirmités permanentes.

Mais ce mot d'infirmité a besoin d*ètre clairement défini; et dans les actions fréquentes auxquelles donnent lieu ea justice les blessures par imprudence, l'expert doit se diriger d'après des principes certains, s'il veut éviter les difficultés de plus d'un genre qui se présentent en pareil cas. Uinfirinité est constituée essentiellement par l'impossibilité de reprendre les travaux professionnels. C'est ici qu'il y a lieu de tenir compte de la nature de la profession et de l'aptitude que peut conserver le blessé à en exercer une autre.

11 est un cas spécial où la nature de l'organe lésé constitue par elle-même une aggravation que la loi a prévue, c'est celui que punit l'article 316 du CSode pénal, le crime de castration. La seule ehose qu'il soit utile de faire remarquer à ce sujet, c'est que, au point de vue médico-légal, la castration n'est pas seulement l'ablation des testicules, comme l'enseigne la chirurgie, maïs la mutilation quelconque des parties sexuelles de l'homme. C'est la virilité que la loi a voulu protéger; et la section du membre viril rentre manifestement dans les cas d'infirmité spéciale que la loi a prévus.

Enfin, la mort peut survenir ccMnme conséquence ultime des blessures; mais la relation de cause à effet est ici plus difficile à établir et ce dernier point suppose la solution de la question suivante^

Article II. — La maladie, l'infirmité ou la mort est-elle la conséquence directe ou indirecte de la blessure.

Il est une doctrine acceptée par tous les auteurs et qui domine l'histoire médico-légale des blessures. Fodéré l'a parfaitement résumée dans le précepte suivant : « Tout ce qui

ne dépend pas proprement de la nature de la blessure ne saurait être imputé à son auteur ^ » D'où résulte pour le médecin, dans les cas de blessure, le devoir de déterminer avec une égale précision les caractères de la lésion traumatique, et de plus les conditions particulières dans lesquelles elle a été produite. En effet, on sait combien de circonstances diverses peuvent faire varier le pronostic des plaies qui constitue dans la plupart des cas le problème capital dans Tétude médico-légale des blessures. C'est ce principe qu'entendent exprimer les auteurs en formulant comme une hypothèse et en prévoyant le fait où « un individu succombe peu de temps M après avoir été T^objet d'une violence extérieure, mais où « la blessure est trop légère pour qu'il soit permis de penser « qu'elle ait pu produire la mort à moins de circonstances « particulières *. »

On comprend, sans que nous ayons besoin d'insister, combien il est important de bien connaître ces circonstances, et d'être averti dans la pratique des particularités diverses qui peuvent influer sur ces conséquences et leur imprimer un caractère de gravité que leur nature primitive ne semblait pas faire prévoir. Celles-ci comprennent les complications^ les conditions individuelles et les conditions générales,

§ 1*' — Complications qui peuvent influer sur les conséquences des blessures.

Ce serait s'exposer à de graves erreurs que de ne pas tenir compte des complications de diverse nature qui peuvent influer sur les conséquences des blessures. Elles sont tantôt relatives au siège anatomique de la blessure, tantôt en rapport avec la nature spéciale de la blessure, ou enfin sous la dépendance générale de l'état traumatique.

1° Complications relatfves au siégé anatomique des blessures.

Elles doivent être étudiées successivement dans chaque région.

i. Fodéré, Traité de médecine légale, 1813, tome III. p. 264.

2. Oraia, Traité de médecine légale, 4* édit. 1848, tome II, p. 471.

A la tête, les plaies du cuir chevelu, les contusions du crâne, même sans fracture, peuvent être suivies de méningite et d*encéphalite^.

Mais il est un genre de blessures qui, en apparence peu graves aux yeux de beaucoup de personnes, n'exposent pas moins le blessé au développement des inflammations si redoutables du cerveau et de ses membranes. La pratique de la médecine légale nous a appris à en considérer les conséquences comme très-souvent funestes. Il s*agit des plaies avec lésion des os du nez et particulièrement de celles qui ont été faites par des instruments piquants. J'ai été appelé à faire les autopsies judiciaires d*une femme morte de méningite purulente, huit ou neuf jours après avoir reçu un coup de fourche qui avait traversé les os propres du nez; d*un homme mort après dix jours d'une méningo-encéphalite, suite d'un coup de foret qui avait traversé les os du nez sans pénétrer dans le cerveau; d'un autre qui avait succombé après trois semaines d'une encéphalite consécutive à une fracture des os du nez, causée par un choc direct. Je me rappelle encore avoir visité à l'hôpital Bëaujon, il y a quelques années, un individu qui avait été frappé au nez avec un instrument piquant de serrurier, connu sous le nom de fraise, et dont la plaie pénétrante du nez avait été le point de départ d'accidents cérébraux inflammatoires formidables.

La mort immédiate ne suit pas nécessairement et dans tous les cas, les lésions les plus profondes des organes les plus importants à la vie, et les fonctions de relation peuvent persister pendant un temps plus ou moins long, alors même que les ble^ures intéressent le cerveau.

Tous les chirurgiens ont vu des désordres traumatiques très-étendus du crâne et du cerveau n'abolir d'une manière immédiate ni l'intelligence ni la parole, et M. le D' H.

1. Voyez Toulmouche, Dit létiam du erânê et dé Vorganê qu'il renfermé, èludièit au point de vue médteo-léyoi {AnnaUi d'hygiènit 2* aérie, 1859, t. XII, p. 395; et 1860, t. XIU, p. 113 et 399). — Plauv^U itudê médico* légale suivies dif/ieultiM d'apprédaiion de eertainee bteeturet (Ann. d'hygUne^ 2* série, t XXV, p. 119).

Bayard * a réuni, dans un mémoire plein d'intérêt, plusieurs cas empruntés à sa pratique médico-légale et à celle d*Oilivier (d'Angers) dans lesquels les lésions les plus graves du crâne et du cerveau n*ont pas empêché les blessés de parler et de marcher plusieurs heures et même plusieurs jours après l'accident.

Les blessures de la poitrine exposent à des inflammati(His du poumon on des plèvres, à des épanchements de sang d'air on de sérosité, qui peuvent en entraver la guérison. M. G. Tourdes * a appelé Tattention sur la lésion possible de Tarière mammaire interne dans toute la blessure, située le long du sternum, à un centimètre au moins de cet os, de la première à la septième côte, et suffisamment profonde. 11 en résulte une hémorrhagie interne qui a pu , dans certains cas, déterminer la moil; subite.

La mort immédiate ne suit pas non plus nécessairement et dans tous les cas les blessures des poumons, et ce qui est plus Temarquable les plaies des gros vaisseaux et du cœur.

J'ai été témoin d'un fait dans lequel un jeune homme, frappé d'un coup de couteau qui avait ouvert le cœur largement, a survécu plus d'un quart d'heure et a parlé jusqu'au dernier moment.

Il est également à ma connaissance qu'un individu, qui a eu le poumon, le cœur et l'estomac traversés de part en paît, B pu s'éloigner, descendre un escalier, en remonter un autre ^ regagner sa chambre avant de perdre connaissance et d'expirer 3.

Nous ne nous étendrons pas sur les blessures des autres régions, le cou, ïabdomen, dont les complicati(ms sont bien connues^.

f . Bayard, De Vappréàa^m mèêieoAégaU te eJfeU de la eommoHou ûrèhrale {Ann, éCHyg., 1841, tome XXVI, p. 197).

2. Tourdes, Det bleuures de Vartère mammaire interne, iout le point de vmmédieo'légal {Ann, ^hf^gième, 1949, t. XL1I, p. 105).

3. Voyez Toolmoache, Dee plâiet pènétrmntef de la jMtlrmd, au poini 4e mêdlafcù etimiqueet médùio-légal (Ann, d^kugiène, J» série, t. XI, p. 436.)

i. Voyez Toalmoacbd, Dm bimuree morlelln du ventre, éhuhm au paiml de vue médUo-légal {Ann, d'hygiène, 2* série, t. X, p. iâS).

Là MORT EST-ELLE LA CONSÉQUENCE D8 LA BLESSURE. S5

Nous croyons néanmoins devoir insister sur les blessures de l'utérus par arrachement qui présentent un intérêt spécial au point de vue du moment où la vie a cessé ^.

Dans les questions qui ont pour objet la détermination exacte de Tépoque de la mort, les données physiologiques en apparence les plus précises sont trop souvent démenties par les faits. C'est ainsi que dans les blessures nécessairement mortelles, il n'est pas rare de voir la vie persister au delà des limites que sembleraient indiquer la gravité des lésions et rimportanoe des organes blessés.

Les recherches que nous consignons ici pourront servir à fixer l'attention sur ce sujet, l'un des plus difficiles de la pratique médico-légale. 11 n'est pas inutile de faire connaître à quelle occasion elles ont été entreprises.

Un crime dont les détails horribles dépassent tout ce que l'imagination peut concevoir de plus atroce, fut commis le â8 avril 1847, au fond de la basse Bretagne, dans la commune de Lannilis (arrondissement de Brest).

Obs. II. Une paavre femme mariée en Mconde noces au nommé B... et enceinte de sept mois avait fait son dernier repas vers cinq heures et demie du soir dans un parfait état de santé. A sept heures moins quelques minutes, son fils atné rentre et tiv>uTe sa mère au lit. Le mari Téloigtie en renrojant faire une commission. Il revient au hont d'un quart d^heure et aperçoit dans le jardin un chien qui léchait des débris dHntestins enoore fumants qn^il prend pour rarrièrre^faix dVine jument récemment délivrée. Lorsqu'il rentre dans la chambre ofa était sa mère, il l'entend se plaindre ; mais il est presque aussitôt renvoyé de nouveau par son beau-père, qui lui ordonne d'aller chez son oncle. Pendant ce temps denx antres enfans plus Jeunes de la femme B..., couchés dans une pièce voisine, entendaient de leur c6té les gémissements de leur mère, les supplications et les reproches qu^elle adressait à son mari. Les plaintes avaient cessé après an temps que les enfants n'avalent pu préciser; et ce n'est que le lendemain, après une nuit que le nommé B... avait passée près de sa femme, qu^on

1. Tardieu, Mémoire pour artir à rhiticirê mèâUo-légalê des hlenuret mortelîêt dam UtquêlUt la iëuaiion âelatUnCa pa$ èti imiantanée et des pUtiei par arrachement de VtUérut et dee inteitim {Ann, d^Byg., 1** série, tome XXXIX, p. 157).

trouvait cette malheureuse morte dans son lit, ayant entre les jambes un fœtus parvenu au septième mois de la vie intra-utérine et qui fut reconnu avoir vécu et respiré.

L'autopsie du cadavre pratiquée par M. le docteur Morvand, et par M. Salzat, tous deux médecins à Lannilis, fit connattre des désordres aussi affreux qu'inattendus et qui ne pouvaient être attribués qu'à un crime. Des témoignages irrécusables ont en outre fait connaître que B... avait déjà plusieurs fois fait avorter sa femme, et qu'à différentes reprises il lui avait introduit la main tout entière dans les parties sexuelles. C'est de la même manière et pour mettre le comble à ses atroces brutalités, qu'il avait exercé sur cette malheureuse les mutilations effroyables constatées par les experts, dans le rapport dont nous croyons utile de donner un extrait 1.

État extérieur du cadavre, — Nous avons trouvé dans un lit clos une femme pouvant avoir de trente-cinq à quarante ans, pâle, comme exsangue, les yeux et la bouche fermés, couchée sur le dos, la tête reposant sur l'oreiller, les bras à demi fléchis ramenés sur la poitrine, la partie inférieure du corps couverte à partir de la poitrine.

Les couvertures enlevées, nous avons trouvé les cuisses à moitié fléchies et déjetées fortement à gauche, de telle manière que la cuisse droite reposait sur la gauche.

Les berles et le drap qui la recouvraient ne présentaient aucun désordre. Le drap qui était dessous était imbibé de sang, ainsi que la partie postérieure et inférieure de la chemise, à partir de la région lombaire. Cette portion de vêtement était de plus salie par des matières fangeuses comme celles que l'on rencontre le plus souvent dans les é tables et au voisinage des fermes. La partie antérieure de la chemise était propre et ramenée sur les cuisses. Le tronc était vêtu, la femme pour se mettre au lit n'avait ôté que la jupe, le tablier et le mouchoir. La tête était couverte d'une coiffe en indienne de couleur, et les cheveux sans désordre.

Retirée du lit, elle a été placée sur une table, où, après l'avoir déshabillée, nous avons constaté les faits suivants.

lo Aucune ecchymose, aucune trace de violence à l'extérieur;

1. Le nommé B..., traduit aux assises de Quimper sous la préventiou d'avortement et d^assassinat, a été reconnu coupable et condamné à mort. Mais l'arrêt ayant été cassé pour vice de forme dans la procédure, et Taffaire renvoyée aux assises de Saint-Brieuc, dans Tintervalle, B... a succombé en prison à une fièvre pernicieuse.

2o Le ventre est excessivement ballonné, verdâtre surtout à la région hypogastrique ; les cuisses sont tuméfiées et emphysémateuses, principalement la gauche, qui offre une teinte plus foncée et une accumulation plus considérable de liquide, dues sans doute à sa position déclive ;

3o La région anale offre june teinte verdÀtre plus marquée du côté droit que du côté gauche. L'anus est béant, excorié en partie, mais cette excoriation est un effet cadavérique. La vulve également béante donne passage à une grande quantité de sang, surtout par la compression exercée sur le ventre, et ne présente, d'ailleurs, rien d'extraordinaire, si ce n'est une teinte verdâtre et une chute de la paroi postérieure du vagin qui fait hernie avec les grandes lèvres. L'orifice vulvaire est assez dilaté pourjpermettre facilement l'introduction de la main.

Cavité abdominale, — La cavité abdominale étant ouverte, nous la trouvons remplie par des gaz fétides qui s'en échappent à la première incision, et par une grande quantité de sang fluide dans lequel baignent les viscères. Le sang contenu dans l'abdomen sort à flots par le vagin, ce qui nous fait supposer une plaie établissant une communication libre avec les cavités abdominale et vaginale ; pour mieux constater les désordres que nous supposons aux parties génitales, nous enlevons le pubis par quelques traits de scie au niveau des trous ovales, ayant bien soin de séparer les parties molles adhérentes aux branches ascendantes du pubis. Nous avons pour lors sous les yeux tous les organes génito-urinaires.

Parties génitales * — A 1 centimètre en arrière de la petite lèvre droite, nous apercevons une solution de continuité longue de 2 centimètres, et profonde de 3 centimètres.

Cette plaie intéresse la muqueuse, le tissu . cellulaire sous-muqueux, et pénètre au-dessous de la branche ascendante droite du pubis.

Le reste du vagin n'est aucunement injecté et ne présente de lésion qu'à la partie supérieure gauche. Là existe une déchirure qui ne se borne pas à la paroi vaginale, mais s'étend à l'utérus qui est lui-môme complètement déchiré dans le tiers antérieur de son bord gauche. La plaie du vagin peut avoir 3 centimètres, et celle de l'utérus, de 6 à 7 centimètres ; la solution de continuité a donc en tout 10 centimètres environ d'étendue. Elle pénètre dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, à l'intérieur du petit bassin, et aboutit enfin à trois solutions de continuité produites dans lé péritoine. Des trois plaies du péritoine, deux plaies en avant sont plus

grandes et permettent très-facilement le passage de plusieurs doigts. Ainsi il a été possible à notre main introduite dans le Tagin de pénétrer à travers la plaie vagino-ntérine, et d^atteindre les intestins à travers les plaies dn péritoine. Ces désordres semblent avoir été produits par rintroduction d^un corps mousse qui aurait agi avec violence, les bords des plaies étant irrégaliers et ne présentant point cette netteté de section qui caraetériîie Paction des imrtruments tranchants.

A Putérus, nous remarquons un développement considérable de cet organe, qui offre de 15 à 18 centimètres de iiauteur; et 10 à 12 de largeur. Il est flasque, aplati d'avant en arrière et largement déchiré du c6té gauche, comme nous Pavons dit précédemment. Sa cavité est assez vaste pour contenir fort à Paise notre point fermé. Elle est vide et présente dans son fond du côté droit vers Porifice de la trompe de Pallope, quelques débris du placenta faciles à reconnaître. En outre de la première plaie décrite à Putérus, nous voyons une déchirure longue de 4 centimètres, profonde d'un centimètre, et nUntéressant que sa face interne, et située à la partie postérieure de cet organe à la réunion du col avec le corps. Ses parois sont épaisses de S centimètres environ et présentent des tissus nombreux.

Canal digestif. — L^estomac, largement dilaté par des gaa, contient du chyme incomplètement élaboré, où il est facile de reconnaître des débris alimentaires (quelques morceaux de viande et de lard). Ces débris alimentaires exhalent une odeur vineuse très-peu marquée. La partie déclive de Pestomac présente des rougeurs cadavériques ; le reste est à Pétat normal. A 50 centimètres environ au delà du pylore, Pintestin grêle flnit brusquement et présenteune déchirure circulaire, irrégulière, o^ant des lambeaux, dont fan dû au péritoine, peut avoir jusqu'à 8 centimètres de long. La séreuse finit dans certains endroits bien avant la muqueuse, qui alors se prolonge à son tour sons forme de lambeaux. Tonte cette portion dUntestin est saine et n'offre de coloration anormale qu'à 4 on 5 centimètres de sa terminaison. Les tuniques intestinales y sont rouges et injectées, mais la muqueuse est ferme et peut s'enlever par lambeaux avec le scalpel. Dans sa continuité, Pintestin grêle a complètement disparu jusqu'à 8 centimètres de la valvule iléo-ctecale. Alors cette portion d'intestin offre encore les traces d'une rupture circulaire, analogue à celle précédemment décrite, où généralement la séreuse dépasse la musculeuse et la muqueuse sous forme de lambeaux. Cependant, dans certains endroits, ces deux

dernières tuniques dépassent la séreuse. La rupture est surtout évidente sur les fibres de la musculeuse, lesquelles sont irrégulièrement déchiquetées et présentent des lacérations de différentes longueurs, semblables à de petites franges. Nous constatons de nouveau, pour cette extrémité inférieure de Pintestin grêle comme pour la supérieure, une injection qui avoisine les bords de là déchirure.

Entre ces deux extrêmes de f intestin grêle, il n^xiste aucune trace du canal digestif; il ne reste plus que le mésentère, offrant à son bord libre des franges longues de 12 à 15 centimètres. Ces franges ne sont autre chose que des lambeaux du péritoine, tiraillés et allongés sous forme de cordons que Ton peut déplisser. Le mésentère n'offre d'autre altération qu'une injection considérable qui occupe son bord intestinal dans une étendue de 3 centimètres. Cette partie du mésentère a une couleur lie de vin et offre à Tincision un épanchement fort abondant de sang liquide dans le tissu cellulaire. Cependant le mésentère a disparu lui -môme en partie à son extrémité inférieure, c^ est-à-dire à peu de distance du cœcum, au niveau du bout inférieur de Tintestin grêle.

Par les bouts supérieur et inférieur de l'intestin grêle, il s^est échappé des matières fécales et alimentaires liquides, lesquelles forment une couche peu épaisse sur les parois abdominales. Cette couche est plus abondante dans le petit bassin, il en existe cependant sur Pestomac et sur la face externe du foie. Ces matières eussent été sans doute plus abondantes si Tintestin grêle n'avait été enlevé avec la plus grande partie de son contenu.

Le gros intestin, parfaitement sain, contient des matières fécales solides.

Dans le cours de l'instruction dirigée contre le meurtrier de la femme B... des doutes s'étaient élevés sur la réalité du fait qui servait de base à Faccusation, et que déclaraient les jeunes enfants de la victime ; il avait paru impossible que cette femme eût pu sur« vivre aux blessures qu^elle avait reçues et proférer les paroles que Ton rapportait. M. le procureur du roi de Quimper jugea nécessaire de faire examiner la question par de nouveaux experts : j'eus Fhonneur d^être chargé de cette mission, avec MM, les professeurs Orfila et J. Cloquet, et c'est avec Tapprobation de ces deux illustres maîtres qfue fài entrepris les recfherches nécessaires à la solution du problème suivant : ^

L'extraction violente et complète du foetus et de ses annexes encore renfermés dans la matrice, la déchirure du vagin, de Putérns

et du péritoine et Tarrachement d'une portion considérable du tube digestif, doivent-ils nécessairement entraîner une mort immédiate; ou au contraire est-il possible qu'une femme qui a subi ces mutilations atroces survive pendant un certain temps et conserve la force de pousser des cris, lorsque le supplice recommence par des violence» nouvelles?

Avant de répondre à cette question, dont les éléments sont complexes et qui soulève plusieurs problèmes physiologiques, nous devons rappeler les principales circonstances énoncées dans le procès-verbal d'autopsie de la femme B..., les apprécier au point de vue de la diflSculté médico-légale qui en résulte, et rechercher s'il existe dans la science des faits analogues propres à l'élucider et à la résoudre.

Or, des détails transmis par M. le procureur du roi et des rapports rédigés par MM. les médecins de Lannilis, il résulte que l'on a constaté sur le cadavre de la femme B... les désordres suivants : i^ un épanchement abondant de sang fluide dans la cavité abdominale; 2o une déchirure considérable, comprenant les parties supérieures du vagin et l'un des côtés de l'utérus dans une étendue de 10 centimètres; 3<^ une perte de substances intéressant l'épaisseur d'une portion de la paroi interne de la matrice; 40 plusieurs déchirures du péritoine, assez larges pour laisser la main pénétrer dans la cavité du ventre., La nature de ces lésions est d'ailleurs parfaitement indiquée par' ces mots : « Les bords a des plaies sont irréguliers et ne présentent pas cette netteté de « section qui caractérise l'action des instruments tranchants ; 9 5*^ l'absence complète de la plus grande partie de l'intestin grêle dont il ne reste qu'un tronçon supérieur, long de 50 centimètres, et un inférieur qui n'en a pas plus de 8 ^ ; la section du tube digestif présentant en haut comme en bas, des lambeaux inégaux, irréguliers, avec retrait plus ou moins marqué des membranes musculeuse et muqueuse de l'intestin ; 60 la déchirure incomplôte du mésentère, dont il ne reste qu'un lambeau, dont le bord est formé de franges inégales, parmi lesquelles quelques-unes sont longues de 12 à 15 centimètres. Du sang liquide est épanché dans le tissu cellulaire du mésentère. — Nous devons noter encore que l'utérus, probablement revenu en partie sur lui-môme, présentait 15 à 18 centimètres de hauteur, développement à peu près égal à

1 . La longueur totale de Tintestin grêle chez la femme varie de 4 A 7 mètres.

celui quHl offre après un accouchement à terme ; et que Testomac contenait « du chyme incomplètement élaboré, où il était facile de a reconnaître des débris alimentaires. »

Il est peut-être à regretter que Pextrait du rapport ne fasse pas une mention spéciale de Pétat des artères, et particulièrement des gros troncs vaseulaires du bassin ; au reste nous devons croire qu^il ne manque ici que Ténoncé d^un fait négatif et que les artères et veines iliaques et hjpogastriques étaient intactes.

L^examen attentif et Tappréciation exacte des détails que nous venons de rappeler, ne peuvent laisser de doute sur la nature des lésions observées. Il est évident que ces désordres nombreux ont été produits par arrachement. Les caractères si bien tracés des plaies de Putérus, du péritoine, de l'intestin et du mésentère, les bords irréguliers des unes, les lambeaux inégalement rétractés que forment les autres Pindiquent d^une manière positive.

G^est sur les résultats de cet crachement que les opinions se sont divisées. En effet, parmi les médecins consultés, les uns ont dit que Parrachement de Pintestin grêle en produisant la déchirure de tant de vaisseaux, qui se distribuent à ce viscère, a dû déterminer une hémorrhagiê foudroyante^ sous Pinfluence de laquelle la victime n'a pas tardé à succomber ; d'autres ont pensé que la femme B... était dans un état d'évanouissement complet, lorsque Pintestin a été arraché et que la mort a rapidement suivi cette avulsion ; tandis que d'autres, au contraire, font observer que Parrachement d'un membre ne donne pas lieu ordinairement à une hémorrhagiê immédiate. Nous aurons donc à nous expliquer sur ees opinions contradictoires.

L'étenQue, Pextrême gravité des désordres et la nature des lésions étant bien admises, il est une première proposition à établir : c'est que la mort immédiate ne suit pas nécessairement, et dans tous les cm, les lésions les plus profondes des organes les plus importants à la vie; et que les fonctions de relation peueeut persister pendant un temps plus ou moins long^ alors même que les blessures in' téressent le cerveauy le cœur ou les poumons.

Le fait étant établi fiour le crâne et les poumons 1, on conçoit qu'il doit en être ainsi à plus forte raison des plaies des intestins et des organes génitaux qui ne frappent pas directement les par* ties essentielles à la vie.

Y-a-il donc dans l'étendue des lésions, qui existaient chez la

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