‹ Étude Pathogénique et Sémiologique de la Valeur CliniqueChapitre 6 sur 31 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Historique-Chimie

Vera emiineneder ce Siècle en 1695,-dans l'Edimburg médical Journal, Carter signale le premier la présence de l’indican dans le liquide sanguin. Vingt-deux ans après, Neubauër et Vogel le trouvent dans les urines et en pressentent l'importance pathologique. « Bien que l'indican se trouve fréquemment, du moins en petite quantité dans l'urine normale, il est cependant probable, qu'il peut se rencontrer en proportion plus considérable qu’à l'ordinaire, dans certaines maladies, et cette augmentation peut devenir un symptôme, il est bien digne par conséquent d'attirer l'attention des médecins ».

Depuis, les recherches se sont multipliées. Ord (British médical Journal, 27 july 1878) constate la présence, dens la vessie, de calculs dus à l'indican, et il en donne les caractères en quelques lignes : « Ces

calculs laissent sur le papier une trâce bleuâtre; chauffés dans un creuset de platine, ils dégagent une odeur analogue à celle de la plume ou de la soie brûlée; au microscope et au spectroscope, leur solution a les caractères de l'indigotine ».

En 1887, Guttermann trouve ce corps dans l’exsudat séro-fibrineux d’un pleurétique. L'année suivante, 1888, dans une communication à l'Académie royale de médecine de Bruxelles, Fishet présente une tumeur kystique abdominale dans laquelle il a décelé la présence de l’indican.

Récemment encore, Bizzio et M. Proust signalent ce corps dans deux liquides de l’économie, la sueur et les urines.

CHIMIE. — Après ce court aperçu historique, envisageons maintenant la question au point de vue chimique avant d'en aborder l'étude pathogénique et clinique.

DÉFINITION ET SYNONIMIE. — L’Indican est un glycoside résultant de la combinaison d'une molécule d'indigotine avec trois molécules d'indiglucine moins deux molécules d’eau:

Cs2 Hat NON + 2 H2 O2 — 3 Cu Hio Ov + C16 Hs NOs A , — RE EE D.

Indican Eau Indiglucine Indigotine

La formule est en équivalents Cs2 Hat NO34 en atomes C26 H3r NO77

(Généralement connu sous le nom d’'Indican, Rabuteau l'appelle uroxanthine, et les chimistes, indoxysulfate de potasse).

Ce corps existe dans les deux règnes végétal et animal. Reste-t-il identique dans les deux cas ou, comme le soutiennent quelques auteurs, il y a-t-il lieu de distinguer là deux corps voisins ? N'ayant ni l'autorité n1 la science nécessaires pour intervenir dans ce débat d'ordre purement scientifique, nous considérerons seulement ici l’indican animal.

Chez les grands mammifères, ce corps a été signalé dans les excrétions, chez l'homme, ainsi que nous venons de le voir au début de ce chapitre, il a successivement été trouvé dans le sang, la sueur, l'urine.

Existant normalementen très faible quantité, ses proportions peuvent augmenter et devenir même considérables sous l'influence de causes pathologiques que nous verrons plus tard.

RECHERCHE DE L’INDICAN

Examinons rapidement par quels procédés on peut arriver à reconnaître l’Indicanurie. Et tout

d’abord, nous dirons que la nature peut elle-même se charger d’en établir l'existence. En effet, il advient que, sous l'influence de la putréfaction, on voit se former au fond du vase contenant les urines, un dépôt de bleu d’indigo.

Les procédés, employés actuellement dans le même but, peuvent se diviser en deux grandes catégories : les premiers, usités seulement dans les laboratoires, plus rigoureux mais aussi plus délicats, sont laissés aux chimistes de profession; lesseconds, moins exacts, mais plus faciles, servent en clinique, et suffisent dans la pratique habituelle. Avant d'en faire l'énumération, il nous paraît utile d'entrer dans quelques détails de chimie, que nous limiterons au strict nécessaire.

Si, à une solution d’indican (indoxysulfate de potasse), on ajoute un oxydant faible, tel que le perchlorure defer en présence del’acide chlorhydrique, il donne de l'indigotine; c'est là ce qu’on obtient dans les recherches cliniques. Mais, il faut savoir que la quinine, la cinchonine, la morphine même en petite quantité, ralentissent beaucoupl’oxydation de l’indigo, à moins que la solution soit alcaline. Comme conséquence, nous voyons qu'il faudra, avant l'examen, s'assurer que le malade n’absorbe pas d’alcaloïde, et le cas échéant, alcaliniser l'urine.

Er Dans ces réactions, l’indican donne du bleu d’indigo et de l’indiglucine.

Ce produit réduit nettement la liqueur de Fehling et dans le cas d’urines alcalines fermentées où l'indican se serait décomposé, on pourrait penser avoir affaire à un diabétique.

On évitera-cet écueil, en analysant des urines émises récemment, auxquelles on aura préalablement ajouté un peu de soude (Baëlde).

L’Indiglucine n’est précipitée par l’acétate et le sous-acétate de plomb, qu’en présence de l’ammoniaque, on obtient alors un précipité plombique, S1 on sature par la chaux, on obtient, par ébullition, un abondant dépôt jaune soluble à froid et précipitable par l'alcool, ce caractère appartient aussi il est vrai à quelques matières sucrées. En présence de l’eau de baryte alcoolisée, il donne également un précipité.

D'après ces quelques données, on peut facilement suivre ce qui se passe dans le tube à essai; on voit que c’est par oxydation de l’indican que celuici se dédouble en indigotine et en indiglucine. Les agents oxydants le plus souvent employés sont, comme on le verra plus loin, le perchlorure de fer en présence de l'acide chlorhydrique, et l'acide nitrique nitreux.

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Abordons maintenant l'étude des diverses méthodes employées pour rechercher l’indican, en commençant par les plus scientifiques, celles que nous appelons méthodes de laboratoire.

Procédé de Schunk. — 1° Après avoir précipité par le sous-acétate de plomb, on filtre l'urine et on ajoute de l'ammoniaque; puis, à froid, on traite par l'acide sulfurique étendu; le liquide laisse déposer de l’indigo bleu et quelques autres produits de décomposition de l’indican. Tel est le procédé indiqué par Schunk dans le /ournalde chimie, tome LXXV, page 778.

Procédé de Kletzinsky. — 2° Kletzinsky re commande une pratique un peu différente. Après avoir obtenu un précipité par l’action du sous-acétate de plomb. Il fait passer, à travers le liquide préalablement filtré, un courant d'acide sulfhydrique pour enlever l'excès de réactif; puis, séparant le sulfure, il évapore au tiers, et ajoute au liquide ainsi concentré, son poids d’acide chlorhydrique fumant. Après un repos de plusieurs jours, à la surface du liquide se produit une mince couche irisée; enfin, il

se dépose un précipité bleu noir sur lequel vont por-

ter les manipulations. Desséché, puis traité par l'éther, pour enlever la cirrhodine (indig'o rouge),

— à C 7 — le résidu est dissout dans l'alcool bouillant qui se colore en bleu. Avec le temps, la solution alcoolique

laisse déposer de l’indigotine sous forme de petits grains cristallins.

Procédé de FHeller. — Neubauër et Vogel, dans leur traité de l'urine etdes sédiments urinaires, préconisent le procédé suivant, susceptible de déce-

ler la présence de l’indican même en très petite

quantité.

Si dans un tube à-essai on mélange trois ou quatre centimètres cubes d'acide chlorhydrique très fumant avec vingt à quarante gouttes de l'urine à essayer, l’indican, lorsqu'il existe, se trouve décomposé, et le mélange prend une coloration violet rouge ou bleu intense. Si on présume qu'il existe de petites quantités d’indican, si la réaction se fait attendre, on peut la rendre beaucoup plus sensible en ajoutant deux ou trois gouttes d'acide azotique concentré; par cette augmentation de la sensibilité du réactif, on voit apparaître, non pas immédiatement, mais quelques minutes après, une belle coloration violette, qui d’abord tire sur le bleu, plus tard sur le rouge, et, au bout d'un temps variable, devient rouge sale, et enfin jaune. La plupart du temps, la coloration se manifeste sans qu'on soit

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obligé d'ajouter de l’acide azotique, mais l’addition de ce dernier décèle les traces les plus faibles d'indican.

De même que dansles autres procédés, l’indican se trouve décomposé en bleu d'indigo, rouge d’indigo et indiglucine.

Cette méthode trèssensible estmalheureusement aussi très compliquée; nous terminerons par elle l'énumération des procédés de laboratoire, pour aborder l'étude des procédés cliniques.

Procédés cliniques.— Ces méthodes sont nombreuses, toutes mettent l’indican en liberté ou plutôt l'indigo, en décomposantl’indoxy-sulfate de potasse, mais pour rendre la réaction plus apparente il est' d'usage de recourir au chloroforme. Celui-c1 dissout la matière colorante et se colore en bleu ou en rose, suivant qu'on a de l’indigotine ou de la cirrhodine. Seul, le procédé de Jaffé permet d'obtenir cette dernière substance.

Procédé de Baumann. — On prend quelques centimètres cubes d'urine et on ajoute une égale quantité d'acide chlorhydrique. Cela fait, on additionne de quelques gouttes de perchlorure de fer et on agite, la réaction est faite. Pour rendre la coloration plus évidente, on ajoute un peu de chloroforme.

2° Procédé d'Obermayer.— À un volume quelconque d'urine, on ajoute une solution d’acétate de plomb, jusqu'à ce que le précipité obtenu n'aug-

mente plus. On tiltre alors, puis on additionne

l'urine de perchlorure de fer cristallisé dans cinq cents grammes d'acide chlorhydrique fumant. On agite pendant quelques minutes, — on ajoute enfin du chloroforme et, s'il y a indican, on obtient une belle coloration bleu violet. Ce procédé est assez sen- Sible.

3 Procédé de M"° Lioubitza Djouwitch. — Après avoir mélangé parties égales d'urine te d'acide chlorhydrique on ajoute du chloroforme; après agitation, celui-c1 au fond du tube à essai est coloré en violet plus ou moins foncé selon la quantité plus ou moins grande d'indican. Ce procédé peu sensible est surtout recommandable pour sa grande facilité d'exécution, en outre on ne saurait tirer de conclusion rigoureuse d’après la valeur colorimétrique du chloroforme.

4 Procédé de Jaffé. — Les acides ont la propriété de dédoubler l’indican en plusieurs substances, l’une rouge la cirrhodine, l’autre violette l'indigotine, cette dernière restant prédominante. Jaffé utilise ce pouvoir analytique dans son procédé.

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Ajoutant à l'urine un tiers ou une moitié de son volume d'acide chlorhydrique, il additionne le mélange d'une solution concentrée d’hyperchlorite de calcium. Alors se produit la coloration violette caractéristique qui peut être rendue .plus évidente au moyen du chloroforme. La réaction, ainsi faite, est assez sensible. Mais il peut être utile d'isoler l'indigotine et la cirrhodine, corps que Rabuteau appelle indiglucine et indirubine. Nous avons déjà vu que la coloration de ces deux substances est différente. Pour arriver à ce résultat, il existe un procédé très simple, consistant dans l'addition d’un peu d’éther à l'urine. L’éther s'empare de l’indigotine qu'il dissout. Après filtration, le corps reste sur le papier qu’on traite par l'alcool, d’où nouvelle dissolution. Par évaporation du chloroforme d'une part, de l’éther d'autre part, on obtient les corps cherchés.

Après un lavage à l’eau, on peut les dessécher et les peser pour connaître les proportions dans lesquelles ils existaient.

5° Procédé de Rabuteau. — Cet auteur appelle lindican Uroxanthine, pour en déceler l'existence dans des urines fortement colorées en jaune, comme celles du choléra, de diverses affections de la moëlle, etc.; il verse dans un récipient quinze à vingt centi-

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