‹ Étude Pathogénique et Sémiologique de la Valeur CliniqueChapitre 8 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Genèse et Pathogénie de l’Indicanurie

Les données que renferme ce chapitre sur l’origine de l’Indican, se ressentiront forcément de l’incertitude qui règne encore dans la science à ce sujet. Les diverses théories, plus ou moins controversées, qui ont été émises dans cet ordre d'idées, v seront exposées en détail. La pathogénie sera plus longuement étudiée, surtout au point de vue des nombreux rapports existant entre l’Indicanurie et l’état de la glande hépatique. L'influence des maladies aiguës et chroniques, des suppurations, de la tuberculose, du trouble des mutations nutritives de MM. Marfan et Djouwitch, sera l’objet de quelques considérations qui termineront le chapitre.

ORIGINES DE L’INDICAN. — Schunk de Manchester et, après lui, Rabuteau font venir l’Indican, l’uro-

xanthine comme ils l’appellent, de l’hémoglobine du sang. « Comme les autres matières colorantes de l'urine, l'uroxanthine provient de l’hémoglobine, principe constitutif des globules rouges qui se détruisent et se renouvellent sans cesse. » Ce fait, d'abord contesté, est actuellement admis par la plupart des auteurs, bien que l'étude chimique des métamorphoses de l’hémoglobine soit en urochrome, soit en indican ou uroxanthine reste encore à compléter. Il existe d’ailleurs une étroite relation entre les matières colorantes de l'urine et celle de la bile, liquide que l’on considère comme renfermant les déchets hématiques. Tudichum et Jaffé ont montré que l’urobiline est due à l'oxydation de la matière colorante de la bile, la bilirubine, dérivé direct de l’hémoglobine. Rabuteau entrevoyant la réaction des pigments biliaires, attribuait à la destruction de l’hémoglobine, la formation de l’indican et, jusqu’à un certain point, les recherches de Jakowsky paraissent lui donner raison. Cet auteur trouve en effet que c’est dans le gros intestin que se rencontrentles micro-organismes qui décomposent la bilirubine et les matières protéiques, sources premières de l’Indican. Exacte en ce qui concerne les matières albuminoïdes, cette idéele semble moinsquand il parle de la bilirubine. Dans une leçon clinique publiée dans la

Semaine médicale, M. Ferrand signale les vrais dérivés de la bilirubine ; les uns dus à l'oxydation, ce sont : la biliverdine, la bilinianine, la bilipurpurine qu'on retrouve comme matières colorantes dans les selles de certaines formes de diarrhée infantile ; l’autre, le principal, est l’urobiline. Ce corps est un produit de réduction passant par d’autres composés dont l’un est le pigment rouge brun.

De nos jours, les travaux de MM. Bouchard, Charrin, Roger, sur les fermentations intestinales sont venus éclairer cette question et battre en brèche la théorie de Rabuteau.

Brieger dans ses distillations, a montré qu'on pouvait extraire des fèces de nombreux corps, et entre autres l’Indol et le Scatol. En 1826, l’indol avait été trouvé par Tiedmann et Gmelin, il donne avec l’eau chlorée une belle réaction rose. De son côté, Jaffé injectant sous la peau une solution d’indol, a vu l’indican apparaître ou augmenter dans les urines. Il semble donc légitime de conclure que l’Indol, fabriqué dans les matières fécales, est la source la plus importante de l'indican urinaire. Avant d'entrer dans le détail des transformations de l’'Indol en Indican, cherchons l’origine de ce corps générateur.

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I y a plus de quarante ans, Virchow professait que l’indol était dû à la décomposition des matières protéiques. Actuellement, on donne une part prépondérante à l’action des bacilles. Cependant Duclaux et Jaffé admettent que dans certains cas, outre les troubles fonctionnels de l'intestin, l'indol peut se former par une décomposition anormale des albumines organiques, indépendante de toute intervention bactérienne. De leur côté, Baumann et Brieger, étudiant la série des transformations subies par les albuminoïdes, s'expriment ainsi : « Leur putréfaction donne naissance, entre autres produits de la série aromatique, à de l’indol C° H N; celui-ci, assez soluble dans l’eau, est partiellement repris par la circulation sanguine, et s'oxyde en donnant comme premier produit l’indoxyl C° HN (Ho). Ce corps s'unissant à l’acide sulfurique forme l’acide indoxylsulfurique, lequel donne un sel assez stable et soluble dans l’eau, qui passe normalement dans l'urine. »

On possède alors l’Indican urinaire, Indoxysulfate de potasse, qui, sous l'influence des agents d'hydratation et d’oxydation, peut donner de l’indig'o bleu.

Quant à l’origine organique de l’indol, on la prouve en montrant que certains microbes le donnent directement. Dans ces cas, pour obtenir la

réaction clinique, il est besoin d'acide nitrique nitreux ; parfois l'acide pur suffit.

Les bacilles doivent donner à la fois de l'acide nitreux et de l’indol ; le premier, se trouvant sous forme de nitrites dûs à la réduction des nitrates ou à l'oxydation d'ammoniaque (Liebreich).

En résumé l’indican vient de l’indol, lequel, passe dans le sang, s’y combine à la potasse, pour former l'indoxysulfate de potasse qui est éliminé par les urines, d’où indicanurie. Ceci étant établi, abordons maintenant la question plus délicate de la pathogénie.

PATHOGÉNIE DE L’INDICAN. — Sachant que l’indol, corps générateur, est un produit de putréfaction, de fermentation des matières albuminoïdes, il reste à chercher dans quelles conditions patholog1ques ces phénomènes se produisent. Du côté du tube intestinal, toute cause de stagnation des matières sera, on le comprend facilement, une source féconde d’indol. Mais ce qui est moins bien élucidé, c’est la présence de l’indican en dehors des affections gastro-intestinales, dans les tuberculoses cutanées, osseuses et pulmonaires, dans les suppurations, etc.

Chez les enfants tuberculeux, la présence de ce corps a été donnée comme élément de diagnostic,

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depuis les recherches de Hochsinger, Kahane, Djouritch. Hochsinger admet un trouble de la fonction chromogénique et, explique de cette façon assez vague l’indicanurie dans la phimatose. En fait, les couleurs habituelles des secrétions, chez les tuberculeux, paraissent sensiblementnormales, de même que la coloration des téguments.

Dans la maladie d’Addison, si fréquemment due à l'invasion des capsules par le bacille, cette pigmentation tégumentaire est très intense. Cependant il est des cas où, sans tuberculose capsulaire, l’addisonisme existe avec sa pigmentation..

Mais, la maladie peut entraver les fonctions secrétoires et assimilatrices de l'intestin, et en déterminer l'insuffisance, au double point de vue organique et fonctionnel. L'insufhisance entraînerait alors la stagnation, puis la fermentation des matières albuminoïdes non absorbées et, comme résultat final, aboutirait à la production exag'érée d’indol et à l'indicanurie. Chez les enfants tuberculeux, où la boulimie est presque la règle, cette explication de M‘ Djouwitch paraît suffisante; mais, chez les adultes, si fréquemmentatteints d'anorexie, de dysppepsie, même sans lésions intestinales, il semble nécessaire d’invoquer une autre cause. Au chapitre observalions, nous verrons que dans ces cas l’indi-

canurie est constante. Testi a signalé la fréquence de ce symptôme dans les suppurations pulmonaires. On peut invoquer dans ces circonstances la résorption de la toxine tuberculeuse au niveau des poumons, etson retentissement sur les voies digestives. Cependant, ne vaudrait-il pas mieux, faire intervenir ici le rôle du foie qui, comme l’a montré Nepveu, emmagasine l’indol? 11 semble aussi logique de conclure avec d’autres auteurs, que les différentes cellules de l'organisme des tuberculeux, sont frappées de déchéance, qu'il y a altération des mutations nutritives, entraînant comme conséquence, l’hyperproduction d’indol, et l’indicanurie consécutive. Parmi ces altérations cellulaires, les plus importantes nous semble être celles du foie entraînant l'insuffisance de la fonction antitoxique. Nous aurons du reste l’occasion d'y revenir.

Aünsi dans la tuberculose, les suppurations de longue durée avec résorption d’une toxine microbienne de nature variable, nous invoquerons les altérations des tissus. Mais, dans les troubles g'astrointestinaux aigus, ceux de la grippe par exemple, quelle cause pourra-t-on incriminer ? Ne pourraiton ici faire intervenir le rôle antitoxique du foie, signalé dès 1875, par Heger, puis étudié pas Schiff et tant d'autres. Cette action bienfaisante, ne serait

que d’un intérêt secondaire, si elle ne s’exerçait que du côté des ingesta.Suivantl’expression de M. Roger, ce serait un acte intermittent, n'ayant l’occasion de se manifester que d’une façon exceptionnelle. Mais non, « cetorganeagit sur les nombreuses substances toxiques, qui se forment constamment dans l’organisme, soit par suite de la vie cellulaire, soit par suite des fermentations et des putréfactions intestinales. »

Le foie modifie profondément ces produits qui se forment à côté des peptones. L’indol, le phénol, en se sulfoconjuguant, donnent naissance à de l’indoxyl ou à du phényl sulfate, corps moins toxique. Non seulement le foie modifie les poisons, mais il en élimine, et dans la bile, Diakanow, Heidenhaim, Chrzonszaczewsky, ont signalé la présence du sulfoindigotate de soude, corps bien voisin de l'indican, indigo-sulfate de potasse. De par son rôle antitoxique, le foie est la principale barrière à l’autointoxication gastro-intestinale et extra-intestinale. Cette écluse devient, sous l'influence d'un travail excessif, insuffisante d’une façon relative ou absolue, suivant l'expression de Gübler, et alors passent dans la circulation de nombreux produits plus ou moins toxiques, et parmi eux celui qui nous intéresse: l’indol. Ce corps, on le sait, se sulfo-conjugue,

= ho —

forme un sel de potasse, l’indican. Il résulte de tout ceci, que, vu la rapidité de formation du glycosile en question, l’indicanurie sera un des premiers symptômes de l'insuffisance hépatique, ainsi que nous avons eu l’occasion de le constater fréquemment. Dans une affection gastro-intestinale, dans un cas de pneumonie avec crise biliaire, dans plusieurs empoisonnements alimentaires, avant de constater la sensibilité hépatique, nous avons décelé l'indican avec desurinescourtes foncées nonalbumineuses. De même les asystolies locales, secondaires aux attaques d’asystolie cardiaque, perturbent les diverses fonctions hépatiques, entre autres la fonction antitoxique, et là encore existe l'indicanurie. Avec les maladies générales, fébriles, infectieuses, telles que la pneumonie, la scarlatine, la variole, etc., on peut observer l'insuffisance antitoxique et la présence d’indican dans les urines. En ce cas, la glande saine, résistera; mais, si elle est déjà adultérée, elle cédera très facilement. Il importe alors, de veiller à ce que l'intestin se vide régulièrement, afin de limiter autant que possible l’auto-intoxication qui se fait de se côté. Chez les typhiques, comme on pourra s'en convaincre par la lecture de l’observation VIII, nous avons observé de variations considérables de la quantité d’indican, sous

l'influence d’un traitement dirigé dans ce but.

En ces pages, il nous semble avoir mis en lumière, toute l'importance qui nous paraît devoir être attachée. à l’indicanurie, par rapport aux fonctions épatiques. L’altération de cet organe explique comment,en dehors de la stagnation stercorale, dans la tuberculose, les suppurations,— on peut observer le symptôme que nous étudions.

ROLE DES MICROBES. — En terminant, nous examinerons l’action des micro-organismes sur les albuminoïdes, et la nature des fermentations qu'ils déterminent dans l'intestin. D’après Bourquelot, 1l faut y voir, soit des processus d’oxydation, soit des processus d'hydratation qui se feraient suivant quatre modalités différentes; Henninger partage cet avis. Ces auteurs distinguent : les fermentations par dédoublement, dont le plus bel exemple à citer est la fermentation lactique, les fermentations par réduction (butyrique et sulfhydrique), celles par hydratation (ammoniacale), et enfin les fermentations par oxydation (acétique et nitrique) qui sont les plus fréquentes. Seuls les deux derniers modes nous intéressent, on sait en effet que des nitrites, des nitrates ou des composés azotés, se forment dans le segment sous-diaphragmatique de l'intestin. Depuis les découvertes de Pasteur, de M. Bouchard,

= NRA sur les putréfactions intestinales, l’action des microorganismes est universellement acceptée. De nombreux savants ont approfondi cette question, et Jakowsky, en particulier, a étudié spécialement les processus de décomposition des hydrates de carbone, et des albuminoïdes, dans l'intestin. Le hasard, lui ayant placé sous la main deux malades porteurs, l'un d’une fistule du gros intestin, colon, ascendant, l’autre d’une fistule de l'intestin grêle, il a pu prendre, pour ainsi dire, la nature sur le fait. Ces deux sujets étant astreints à un régime identique, en rapport avec les recherches que l’auteur se proposait, il en prit les observations journalières. De son intéressant travail, Jakowsky conclut, que le gros intestin renferme surtout les produits d’hydratation (leucine), et de décomposition des matières albuminoïdes. Il faut y ajouter, ceux fournis par les pigments biliaires et la réduction de la bilirubine en urobiline.

Le contenu de l'intestin grêle, était surtout constitué par les produits de décomposition des hydrates de carbone auxquels se trouvait adjointe une notable quantité d'alcool, quoique ce corps ait été exclu de l'alimentation. |

Soupçonnant l'importance du rôle que jouaient les microbes dans ces désompositions organiques, il

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fut ainsi naturellement amené à rechercher quels étaient les hôtes habituels de l'intestin grêle et du oros intestin. Il s'appliqua, en outre, à déterminer quelles étaient les propriétés des parasites isolés sur les hydrates de carbone et l’albumine, dont il avait étudié les transformations. Ses expériences furent concluantes, et il trouva précisément dans chacune de ces parties du tube digestif, les mitro-organismes dont l’action s'exerce sur l’une ou l’autre de ces substances.

La décomposition des matières albuminoïdes, serait due principalement au bacillus liquefaciens ilei, au streptococcus coli gracilis, au bacillus pyocyaneus, au bacillus putréficus coli, qui se trouvent plus spécialement dans le gros intestin.

Dans l'intestin grêle, Jackowsky signale le bacillus Bischleri, le bacillus hei Freg'i, le bacillus lactis aëérogenes d'Escherich, le bacillus ovale ilei, le bacillus gracilis ilei ; ce sont eux qui, décomposant les hydrates de carbone, déterminent la formation de l'alcool précédemment signalé.

Ces travaux viennent jeter un peu de lumière sur les phénomènes de fermentation intestinale, et apportent quelques notions sur les origines de l’indol. Déja Lewandowisky, en collaboration avec Kitasato et Weyl, avait signalé l’indol dans les

AA 9 NES cultures pures des bacilles de Nicolaïer (nous avons déjà rapporté sa présence habituelle dans les urines du cheval). D’autres bacilles le fournissent aussi, ceux du choléra, de Metschnikow, de Finckler, de Denche, d'Emmerich, de Brieger, quelques-uns le produisent associé au phénol; ces derniers sont au nombre de neuf, tous inoffensifs pour l’homme.

Ces quelques données bactériologiques, suffiront, pour laisser voir l'importance du rôle des microbes dans les fermentations intestinales, et en particulier dans la genèse de l’indol.

Une déduction logique peut laisser prévoir l’influence de l’antiseptie intestinale sur les formations de l’indican, influence que nous aurons l’occasion d'exposer ultérieurement.

L'indol se prépare industriellement de la façon suivante : on mélange un pancréas haché à 300 grammes d’albumine d'œuf, au tout on ajoute 4 k°% 500 gr. d’eau. Le mélange est maintenu pendant 60 heures à une température de 70° à 750 puis on filtre le liquide qu'on acidule avec de l'acide acétique pur. On distille jusqu’à ce qu'il n’y ait plus d’altération par le nitrite de potassium. Après avoie saturé par la chaux, on épuise par l’éthes et on a alors l’indol pur. (Nenki et Franckiewicz). ;

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