CONCLUSION, AVENIR DU CANADA
J’entrevois dans un avenir prochain, de plus nobles pré occupations pour les diplomates et les hommes d’Etat. La destinée du Canada n’est pas de vivre sous une tutelle perpétuelle. Au contraire, l’œuvre de la Confédération des Provinces de l’Amérique Britannique du Nord est la marche ascendante vers une transformation plus importante de notre état social et de notre dtuation politique. Le protectorat impérial a préservé jusqu’à ce jour notre patrie d’une absorption prématurée et pleine de périls et il a maintenu le prestige de nos institutions intact. A peine un siècle s’est écoulé depuis la conquête, que déjà s’agite la question d’une fédération de toutes les possessions de la Couronne Anglaise. Dans ce mouvement colossal d’un grand peuple cherchant de nouvelles assises à sa puissance et à l’œuvre de la civilisation, qui sait, Messieurs, si le problème de notre iudépendance commerciale ne surgira pas bientôt comme premier fruit de notre attachement aux traditions de notre ancienne mèrepatrie et d’une généreuse concession de l’Angleterre vis à -vis de ses loyaux sujets. Arrivera peut-être, alor s, le jour où la république américaine s’ébranlant tout à coup sur sa base immense et secouant sa charpente trop chargée viendra rendre au Canada une partie de* Etats de cette Nouvelle- Angleterre où coule abondante et féconde la sève d’un peuple, parlant notre langue, ayant foi dans l’avenir de notre race et de sa mission providentielle sur le nouveau continent. Eameau vigoureux de l’arbre national, ce peuple de frères est là préparant sa future prospérité à l’ombre du drapeau étoilé, sur la terre classique de la liberté. Quand l’heure aura sonné où l’aigle américain laissera échapper ce morceau de patrimoine cimenté dans le sang et les sueurs des nôtres, le Canada rajeuni par cet accroissement de forces perdues, sera mûr pour son émancipation complète.
Cette brillante évolution politique est encore entourée de mystères et de tâtonnements. Le rêve peut devenir la réalité.
Le parti conservateur,- grâce à l’esprit de ses traditions et au dévouement de ses chefs vis-à-vis de la chose publique est appelé à réaliser un jour ces projets d’intérêt général. La pensée constante des hommes d’Etat qu’il a four, nis au pays a été jusqu’ici de lui assurer sans secousses et sans conflits sérieux l’accomplissement graduel de ses destinées, au milieu des peuples et des races diverses dessiminées sur le sol d’Amérique. Quelque soit le rôle assigné au Canada sur ce continent, il importe de discuter l’opportunité des nouveaux évé-> nements qui se préparent avec loyauté et indépendance. Pour atteindre ce but patriotique, rappelons nous que les causes les plus justes et les faits historique* les plus importants de notre existence comme peuple ont été le résultat de concessions réciproques et d’une coopération intelligente de tous les éléments de la nation.
L’erreur du parti libéral, en face de la regrettable révolte qui a ensanglanté une partie du territoire canadien a été de vouloir cœer un parti na-
tional dans notre province. Ce mouvement n’a pas été seulement une manœuvre politique, ça été une provocation vis-à-vis les autres races. Je conviens que l’intérêt et l’honneur du pouvoir soient compatibles avec l’amour de son pays et de la justice. Mais c’est une étrange aberration de croire que le sort d’une grande cause pouvait être livrée impunément à l’exploitation de préjugés, violents. Dans la question si compexe des droits des Métis et de l’organisation du territoire du Nord-Ouest, il y avait matière suffi «ante à tous les soucis et à toutes .les préoccupations des hommes d’Etat du Canada.
La conduite criminelle et anti-patriotique de Louis Riel dans ces circonstances difficiles, appuyée par les dénonciations des fauteurs de discordes et des ennemis du pays a réussi à semer la défiance au sein de paisibles populations. Des complications fatales ont alors surgi, qni ont e mpêché le règlement définitif des difficultés et qui retarderont la consolidation de notre régime politique dans ces lointaines contrées.
La mort de Riel démontrera au parti libéral q je son intervention eut pu être utile et avantageuse à la solution de la question métisse si fatalement compromise par les coupables tergiversations de ses chefs. Il a préféré laisser le gouvernement avec le fardeau de ses responsabilités et fermer les. yeux sur les négligences de l’administration qui avait eu ses sympathies, pour asseoir sa fortune politique sur le cadavre d’un homme pendu pour avoir livré son pays à la révolte. C’est une œuvre condamnable.
En représentant Riel comme une victime immolée au fanatisme orangiste, le parti libéral a tenté d’éveiller dans les cœurs de nos compatriotes la pitié pour le chef Métis. J’ai dit en commençant cette étude comment il avait réussi a fausser le véritable patriotisme des canadiens française t de l’élément catholique de cette Province, au moyen d’appels regrettables. L’avenir dira ce qu’il faut penser de ce mouvement si funeste à nos plus chers intérêts.
Je crois avoir réfuté d’une manière victorieuse les arguments par lesquels on avait essayé d’excuser les crimes de la rébellion et de blâmer le gouvernement avec la théorie de l’irresponsabilité et de la prétendue folie^de Riel. Je me hâte de conclure.
Messieurs, les lettres remarquables que viennent de publier Leurs Grâces Messeigneurs Taché et Laflèche sont des documents récents et comportent ' une grande signification dans les circonstances. Si on devait accepter comme l’expression du sentiment public et pour notre gouverne le dévergondage révolutionna re soulevé en certains quartiers par les passions politiques, il n’y a pas de doute que le gouvernement eut mieux fait d’exercer la clémence en faveur de Louis Riel. L’intérêt de la paix eut commandé l’exercice d’une si grande prérogative. En face des vénérables témoignages dont je viens de parler, le verdict populaire doit s’arrêter dans sa condamnation et le parti conservateur est justifié dans ses sympathies vis-à-vis des chefs du Gouvernement d’Ottawa. Forts de cet appui, continuons, Messieurs, à nous rendre dignes du passé et des glorieuses traditions du parti conservateur. Luttons dans les voies que nous ont ouvertes nos prédécesseurs; soyons justes vis-à-vis de tous, respectons nos adversaires, et combattons leurs fausses doctrines. Le peuple saura où trouver ses vrais amis et ceux qui veulent du bien au pays.