HISTOIRE COMPAREE
Nos adversaires, Messieurs, ont cherché des comparaisons dans l’histoire dans le but d’étayer leur agitation et de flatter les préjugés populaires. Ils ont fait un rapprochement entre les évènements de l’an dernier et ceux de 1837. Il faut bien discuter un peu le cas. Cela nous permettra déjuger les œuvres du parti libéral et la tendance néfaste de sa politique. En même temps nous pourrons mieux connaître le passé du parti conservateur et le caractère de la mission qu’il doit poursuivre, dans l’intérêt du pays.
L’histoire est une imitation ; Riel a voulu copier Papineau, mais il est faux que 1885 ressemble à 1837. Aux jours sombres où notre race demandait avec tant d’énergie la revendication de ses droits et de ses libertés dans la chambre d’assemblée, la lutte se faisait sur le terrain constitutionnel. Il y avait alors un grand principe en jeu. C’était l’exercice du pouvoir souverain du peuple dans le gouvernement des affaires du pays : Ce pouvoir nous était dénié par le régime de l’époque ; l’administration des anciens gouverneurs était suprême et absolue dans toutes les questions de patronage et les matières affectant la distribution des deniers publics. Les deux conseils exécutif et législatif ne relevaient que de la couronne. La liste civile préparée et votée suivant leurs goûts échappait au contrôle des chambres. De là un conflit constant entre les représentants du peuple et les deux autres branches de la Législature. Un tel état de choses, conséquence un peu naturelle des premiers essais de nouvelles institutions politiques, ne pouvait durer. Les “92 résolutions” furent une protestation éloquente en même temps qu’un exposé sincère des griefs de la population française de ce pays. Comme sujets anglais les cana-
<iiens demandaient dans ce manifeste des privilèges conformes à l’esprit de la constitution et comme catholiques ils voulaient l’exercice de leur religion et de leur langue suivant la garantie et la foi des traités. Les réformes demandées étaient donc justes et équitables. Une partie des réclamations de la colonie fut accordée par l’Angleterre, mais le refus du gouvernement de la métropole d’écouter les griefs les plus importants énumérés dans les résolutions transmises à la Reine amena une agitation violente par tout le pays.
L’opposition systématique du parti oligarchique à la reconnaissance des droits concédés par la couronne anglaise et les appels menaçants du parti canadien dans la chambre d’assemblée et au dehors provoquèrent bientôt des hostilités sérieuses et regrettables. Malgré le calme apparent d’une partie de la population, des troubles éclatèrent en certains endroits du pays. La révolte mal dirigée, plus faussement conseillée encore, se termina par une échauffourée, dans laquelle coula le sang de loyaux patriotes. Pour comble de malheur, de nobles victimes montèrent sur l’échafaud, expiant par l’inutile sacrifice de leur vie la faute d’avoir trop aimé leur pays et la cause de la liberté.
Messieurs, je suis de ceux qui approuvent de cœur et de sentiment les grandes revendications nationales.
Les maux et les souffrances séculaires de la Pologne, de l’Irlande et de tous les peuples opprimés ont toujours eu mes sympathies. Je suis le fils d’un patriote de 1837 et je suis fier de la gloire et du courage de nos ancêtres. D’un autre côté je blâme les excès et les violences qui aboutissent à la guerre civile, aux luttes fratricides de races destinées à vivre ensemble. De simples abus d’autorité peuvent être facilement réparés, des fautes d’administration ne sont pas sans trouver également des remèdes prompts et efficaces. Ce qu’il est plus difficile de détruire et de déraciner du cœur d’une population, ce sont les préjugés et les haines que le souffle de passions et des intérêts mal dirigés y a semés et implantés.
On a dit, Messieurs, que le mouvement de 1837 reposait sur une cause juste et qu’il avait produit d’excellents résultats. Je n’en disconviens pas. Mais nous avons cette fois là acheté chèrement notre liberté. Que ceux qui comptent pour quelque chose le sang versé, les inutiles regrets et les larmes amères de toute une population vouée au pillage à la dévastation et à tous les désordres de la guerre civile, viennent nous dire si ces maux incalculables valent bien la peine d’être donnés en échange d’un lambeau d’indépendance dont la conquête peut s’obtenir par les moyens pacifiques ? .Non, la loi des peuples conquis par l’épée pour une cause sainte ou pour une cause injuste n’est pas la loi universelle des nations qui habitent le globew Elle n’était pas celle d’un petit peuple comme le nôtre en 1837, quelque légitimes que fussent alors nos griefs et nos demandes. Elle est encore bien moins la loi de 1870 et de 1885.
Messieurs je viens de vous établir mon parallèle. Encore un mot ètjé vais fermer ce feuillet de notre histoire. En 1763 le sort des armes livrait a une grande nation la race loyale et chevaleresque à laquelle je me flatte d’appartenir. Nous avons dû depuis subir tous les hazards et toutes les vicissitudes de cette conquête du vainqueur. Etrangers à son sang.
et à ses aspirations nationales, nous sommes avec des cœurs français restés loyaux et sincères à notre allégeance. Depuis nous avons grandi et marché dans toutes les voies de la prospérité matérielle. L’acte d’Union de 1840 fut la première étape sérieuse dans notre existence nationale. Nous venons de voir au prix de quels sacrifices cette conquête a été faite Le nouveau régime élevé sur des débris sanglants, en rappelant le souvenir de haines encorevivaces et de libertés mal assises devait disparaître un quart de siècle plus tard et avec lui devait s’effacer aussi les dernières traces de jalousie et de rivalité qui avaient marqué son passage. Nos hommes d’Etat comprenant les nécessités de cette situation politique, et envisageant les vastes problèmes qui allaient surgir dans un avenir prochain, jetèrent alors les bases d’une immense confédération des provinces de l’Amérique Britannique du Nord. Nous arrivons à 1867. L’acte politique qui à uni les deux Canadas et les autres Provinces dans une même organisation constitue la deuxième étape importante dans l’histoire de notre pays. Malgré les alarmes d’esprits pessimistes, il sera a la gloire et à l’honneur du parti conservateur d’avoir préparé et consommé sans secousses et sans violence cette œuvre qui nous prépare des destinées plus brillantes encore.
Une période de transition plus sérieuse devait se présenter quelques années plus tard, quand il fut décidé de pousser les limites de notre pays jusqu’aux territoires de la Baie d’Hudson. L’annexion de cette vaste contrée, tout en contribuant à l’agrandissement du Canada s’est faite d’une manière pacifique et dans des conditions financières qui ajoutent bien peu au fardeau de nos responsabilités.
Messieurs, dans les œuvres humaines, il est impossible d’atteindre le succès, sans éprouver des obstacles et rencontrer des difficultés. L’organisation d’un jeune pays comme le notre devait se faire en déjouant les calculs de la prévoyance humaine et la sagacité des hommes d’Etat. Comme vous le savez, les populations qui habitaient le territoire de la Baie d’Hudson étaient déssiminées sur une vaste étendue, et n’avaient pour ainsi dire aucune communication avec je monde extérieur. Dans bierP des cas, elles n’étaient pas attachées au sol d’une manière permanente. La prise de possession de leur immense territoire n’a rien changé dans les conditions matérielles de leur existence ; mais elle les a tout simplement constituées comme groupe national en leur donnant un système de gouvernement en rapport avec leurs besoins nouveaux. C’était un premier pas.
Cette évolution sociale et politique devait amener quelques complications. Pendant quelques mois, le pays dirigé par un gouvernement provisoire fut livré à l’anarchie La mort de Scott survenue dans ces circonstances fut le signal de la révolte.
Promptement apaisée, elle laissa néanmoins dans les esprits des souvenirs de haine et de vengeance qui ne sont pas encore entièrement éteints. Une période de quinze ans s est à peine écoulée depuis cet événement lugubre que nous sommes en face d’un drame aussi palpitant. L’homme qui s’était, opposé en 1870 à l’établissement du nouveau territoire annexé au Canada, qui avait fomenté les troubles et soulevé les paisibles habitants du Manitoba
pour gouverner, apparait encore sur la scène. Riel était devenu citoye* américain. Son retour sur un théâtre — témoin de tant de provocations était certes une démarche dangereuse et pleine de menaces. On sait quelles ont été les conséquences funestes de cette conduite. Riel après avoir fait verser le sang de ses compatriotes est pris les armes à la main ; il subit son procès et est pendu.
Inutile de revenir sur ces faits que j’ai déjà commentés. Je désire seule, ment compléter ici ce parallèle, résumer ma thèse.
La révolte de Riel était-elle justifiable, en d’autres termes cette révolte reposait-elle sur des motifs semblables à ceux qui ont déterminé nos pères à prendre les armes en 1837? — Je réponds : Non.
GRIEFS D.ES METIS.
J’ai lu dans un journal l’affirmation que la cause des métis était plus sacrée que celle des patriotes de 1837. Ces paroles sont la substance d’un discours de l’Hon. M. Laurier. L’orateur ajoutait, d’après la même version de son discours rapporté par ce journal que nos pères ne défendaient que leurs libertés politiques tandis que les métis défendaient leurs droits de propriété, et il a prétendu que si, lui, avait été dans la position de ces derniers, il aurait pris le mousquet contre l’autorité.
Ce langage a une gravité exceptionnelle et a été signalé ailleurs comme indigne d’un ex-ministre et d’un ancien conseiller de sa Majesté. Je n’ai pas à l’apprécier ici, mais si Monsieur Laurier a tenu à affirmer les tendances démagogiques de son parti, je puis lui assurer qu’il ne pouvait mieux réussir. Il a cherché à justifier une méchante cause par un appel à la violence et aux passions. En plaçant la question qui nous occupe sur ce terrain, il fait de l’exploitation des préjugés et du fanatisme une odieuse tactique de parti. Je ne prendrais pas la peine de discuter ce nouveau programme, s’il ne servait pas de base à la théorie subversive ,4e l’ordre social qu’il a proclamée en justifiant la révolte de Riel et l’insurrection du Nord-Ouest. Cette théorie a trouvé des adeptes dans des quartiers qu’on ne soupçonnait pas et pour l’étayer on a été jusqu’à fouiller les origines du droit divin de la propriété. On a parlé des maîtres du sol. Oui, Messieurs, on a dit et écrit qu’une race entière avait été indignement volée du bien qui lui appartenait par le Gouvernement du Canada. On a tenté de démontrer que le transfert du territoire de la Baie d’Hudson était une spoliation en bloc des droits de propriété des Métis ! Encore un peu et on eut prétendu que la cession du Canada a l’Angleterre, ou que l’annexion des Provinces par l’acte de la confédération a été une absorption condamnable, un simple brigandage politique, une dépossession violente des individus par le conquérant ou l’Etat.
Il ne peut s’agir ici de cette loi dont j’ai déjà parlé, loi de civilisation ou d’injustice qui fait régler par le sort des armes ou la diplomatie les destinées d’un peuple ou d’un empire. Il ne peut être question non plus dans le présent débat de cette lutte, ni de ces rivalités intérieures pour la possession ou l’exercice de
certaines libertés politiques qui signalèrent l’époque tourmentée de notre histoire en 1837. Non, le désir seul de blâmer et condamner les actes d’un gouvernement a poussé un parti à exagérer la situation politique et les griefs d’une population. Voilà le fait brutal qui se dégage au milieu des événement que nous venons de traverser. Je suis bien prêt à admettre que dans le règlement des droits ou des prétentions du peuple Métis, il s’est présenté des cas de dépossession par des particuliers comme cela arrive dans tous les pays civilisés. D’un autre côté l’application de nouvelles lois, l’organisation d’un nouveau territoire ont été des actes d’une telle importance qu’il n’est pas étonnant qu’il se soit produit des difficultés que les differents pouvoirs législatifs judiciaires ou les administrations ne pouvaient trancher ou régler d’une manière complète ou simplement satisfaisante du premier coup. La prise de possession des territoires annexés a été suivie et accompagnée de compensations et de concessions vis-à-vis du peuple Métis telles qu’une nation civilisée comme la nôtre peut s’énorgueillir d’avoir servi la cause de l’humanité et de gagner le respect des autres nations de l’univers. L’octroi des titres des propriétés cédées par le gouvernement du Canada au peuple Métis, était, personne ne peut le nier, une question épineuse et délicate dans les circonstances où s’est faite l’annexion.
C’est la seule question qui puisse entrer dans l’èxamen de la présente difficulté. Travailler à la résoudre d’une façon efficace, suivant les intérêts de la justice, du droit et de l’équité, c’était là l’œuvre d’une administration honnête et sincère, et l’administration conservatrice de Sir John A. Macdonald s’est appliquée à cette tâche dans les limites des pouvoirs conférés par la loi et par les divers gouvernements qui avaient légiféré sur cette matière. J’affirme que c’est faire acte de partisan politique aveugle et non de citoyen et de patriote désintéressé, de dire que le Gouvernement s’est emparé d’un héritage ne lui appartenant pas. J e dirai plus ; la politique de notre pays eut été une honte nationale aux yeux des autres peuples si elle avait livré à l’appas d’un gain sordide ou d’une convoitise exagérée, comme celle manifestée par Riel, les fruits légitimes d’une conquête pacifique que la foi des traités et de conventions solennelles est destinée à conserver comme un dépôt sacré.
Si le peuple métis a souffert de voir un jour ses coutumes et ses usages se transformer en présence d’une autorité nouvelle qui venait se transplanter au milieu de ses vastes solitudes, s’il a pu, dans l’élan superbe de son indépendance, accepter avec chagrin la tutelle qu’un gouvernement ami venait lui offrir, qu’il se rappelle que nous aussi nous avons un jour, après un suprême effort et au prix d’immenses sacrifices, été obligé de confier le drapeau des vieilles libertés et des traditions léguées par la F rance, notre mère-patrie, aux mains d’un conquérant. Etrange destinée, affaiblis par de longs combats, nous avons retrouvé sous les plis d’un autre drapeau, l’hospitalité et la protection généreuses d’un libérateur.
Notre mission a grandi en dépit d’obstacles insurmontables et le peuple canadien dont les racines avait poussé dès la conquête jusqu’aux confins du Nord-Ouest, demande à partager aujourd’hui ses labeurs et ses travaux avec une race issue du même sang et nourrie de la même sève. Pourquoi
s’alarmer d’une transformation qui a rapproché des frères éloignés et opéré la fusion pacifique d’intérêts identiques ?
Et cependant n’est-ce pas là une des causes principales des griefs des métis? Peut-on raisonnablement tenir un gouvernement responsable d’avoir voulu se faire le messager de la civilisation dans ces lointaines contrées au risque de certains froissements et d’avoir travaillé à l’émancipation politique d’nne population indépendante, mais vivant à l’ombre du régime despotique des commerçants de la Baie d’Hudson ? Ce serait injuste.
S’il y a eu des lenteurs et des délais dans l’octroi des titres de propriétés concédées au peuple Métis, le gouvernement avait à protéger d’un autre côté la sanction efficace des lois et l’affirmation d’une politique favorable à la colonisation et au développement de cette lointaine partie du pays.
Les plaintes et les griefs des Métis naissent de cette source. Il est faux de dire, comme nos accusateurs l’affirment, dans un but facile à comprendre, que les métis ont été dépossédés ou expulsés de leurs terres par le gouvernement conservateur. Si des fautes ou des erreurs ont pu être commises dans l’application de la législation se rapportant à la délivrance des titres concédés aux Métis, ou dans la remise correcte.de tels titres, elles ne Constituent pas le crime national de dépossession violente mis à la charge du Gouvernement par ses adversaires. Ce n’est pas un de ses faits qui justifient la révolte d’un peuple, les appels démagogiques des partisans avancés de la cause de la liberté ou les vengeances de l’opinion publique. C’est une simple fait politique discutable comme tout autre acte administratif, mais insuffisant en lui-même pour rendre un gouvernement indigne de la confiance de l’électorat.
Les grands mots de spoliation du patrimoine national, de droits foulés aux pieds, d’oppression, d’injustice, de vengeance, de fanatisme sont de mise pour expliquer les commotions du monde diplomatique, ils ne suffisent pas pour justifier la violence et cette perturbation sociale et religieuse qui ont bouleversé une partie de notre pays. J’en appelle au sens droit de ceux qui m’écoutent et qui réfléchiront à mes paroles. N’est-ce pas prêcher une doctrine fausse et mensongère ; N’est-ce pas tromper sciemment le peuple que de lui présenter la rébellion du Nord-Ouest comme la conséquence naturelle d’une légitime défense contre une prétendue persécution, bien plus comme l’exercice légal d’un droit ? Je dis que oui, et bien coupables sont ceux qui provoquent inconsidérément ou de propos délibéré par leurs paroles ou leurs écrits l’attitude menaçante d’une paisible population vis-à-vis des principes de justice, d’ordre et de paix, unique sauvegarde de l’autorité et du pouvoir établi.
Messieurs, les responsabilités ne sont pas égales, Dieu merci, dans tous les appels qui ont retenti à nos oreilles ; les convictions sincères sont faciles à découvrir. Thèse générale, les partisans de la révolution ne sont pas de notre côté. La démocratie avancée les réclame pour elle. Une simple agitation constitutionnelle de la part de Biel et du peuple Métis était insuffisante à ses yeux. La révolte à main armée, le massacre, le pillage, le fer, le feu, la torture et le canibalisme : voilà les moyens de défense qu'elle justifie et qu’elle encourage. Si l’autorité semble persécuter, il finit l’abattre à coups de fusils.?
si le pouvoir qui commande et dirige n’écoute pas, il faut l’écraser avant même de lui donner le temps de répondre.
Tel est le genre d’arguments employé par les fauteurs de discorde et les suppôts de l’école libérale.
Je ne m’étonne pas, Messieurs, que le parti de nos adversaires ait cherché dans le passé des rapprochements ou des exemples. De tout temps la tactique a été la même. A défaut de programme sérieux, les libéraux badL geonnent constamment leur drapeau. Un. mot, un nom suffit comme enseigne. Us n’ont pas de.traditions nationales ; ils ont voulu avec le nom de Riel créer un mouvement qui ressemblât à celui tenté par Papineau. Je n’invente rien ; ce sont nos adversaires qui l’affirment. L'histoire se répète. Depuis l’époque lugubre de 1837 où nos pères luttant pour la cause de la liberté préparaient à leurs successeurs légitimes, les conservateurs, les assises d’une constitution et cl’un régime politiques que les vieilles nations de l’Europe nous envient, le parti libéral est resté toujours le même, tout en changeant sans cesse, tantôt devenant radical, tantôt national suivant les besoins du moment.
L’école du journal V Avenir a créé le rougisme farouche, in tolérant, qui voulait la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la rupture du lien colonial et l’annexion aux Etats-Unis. Les chefs de cette école compromise ont été forcés de se retirer pour un temps, le peuple n’étant pas mûr pour leurs idées avancées. Plus tard, les vieux ont fait place à une phalange moins expérimentée êt moins auda • ieuse qui fonda le parti national. Ce parti effaça de l’ancien programme le titre: abolition de la dîme, et permit aux prêtres de sortir de la sacristie. Antipathique aux institutions britanniques, il combattit Pacte de la Confédération qui donnait plus de force et de cohésion à l’autorité de la couronne anglaise sur ses possessions de l’Amérique Britannique du Nord. 11 réussit cependant à tromper le peuple/ en appelant dans ses rangs des gens sincères et convaincus. Le radicalisme des vieux jours devait apparaître à la surface et dissiller les yeux d’un grand nombre. La constitution de 1867, œuvre de sagesse et de diplomatie de nos hommes d’Etat venait de faire son épreuve. Le pays satisfait de cette première expérience du nouveau régime politique, s’aperçut que le parti national cherchait à en entraver le libre fonctionnement et à faire renaître les traditions surannées du libéralisme.
La vague électorale balaya du pouvoir les hommes de ce parti. A vant d’être engloutis dans les flots de la vengeance populaire, ils lancèrent à l’autorité religieuse le défi de leur rage impuissante et arborant partout le drapeau rouge, ils y tracèrent en lettres menaçantes ces mots: influence indue religieuse. Depuis cette défaite, ils ont changé d’attitude, sans modifier sensiblement leurs principes. Ne voulant pas s’aliéner l’élément anglais et les sympathies du clergé, ils n’osent pas proclamer ouvertement leurs préférences pour l’annexion aux Etats-Unis ; mais ils sont épris d’amour pour les institutions du peuple voisin et transplanteraient volontiers dans notre mécanisme politique l’idée du suffrage universel poussée à ses extrêmes limites. Ils glissent sur la pente du républicanisme et pour arriver à briser plus facilement avec la couronne impériale, ils réclament des changements dans la. constitution et la nomination d’un gouverneur général choisi parmi les nôtres.
Sous une face et des couleurs différentes, c’est toujours le même parti avec les mêmes aspirations. Il est là maintenant en face du peuple et il oscille comme une barque, sans savoir là où il va. Je me trompe, Messieurs. Après avoir poussé timidement le cri de Y indépendance, ce parti impuissant à édifier et toujours fort à démolir, s’est mis à cultiver une nouvelle industrie 5 cette industrie, c’est celle des causes populaires. Il a rencontré un échafaud sur son chemin ; il a aperçu un pendu et il a lancé Riel.