‹ Étude statistique de la mortalité dans la syphilisChapitre 5 sur 23 · Louis Fiaux, La police des mœurs devant la commission · texte numérisé non relu

Louis Fiaux, La police des mœurs devant la commission

extra-parlementaire du régime des mœurs. Paris, 1907, t. I, p- 150.

façon précise cette mortalité. N’est-il pas superflu de se demander si la gravité de la syphilis est toujours semblable à elle-même ?

Mauriac croyait à une diminution de virulence du germe ou à une sorte de vaccination héréditaire du terrain qui font que la syphilis évoluant au xx° siècle est moins grave qu'aux siècles précédents, qu'au xvre en particulier.

En dehors de cette influence du temps, les influences du climat, de la race, jouent sans doute un rôle important.

L'influence du traitement est considérable, admise par tous, les statistiques du professeur Fournier sont démonstratives à cet égard, et Mayer {1) a pu écrire sans être contredit que « bien traités et soumis à une hygiène régulière, les malades vivent plus longtemps que s'ils avaient été épargnés par lasyphilis. Mais, malheureusement, ajoutet-il, ce n'est par le cas le plus fréquent ».

L'influence du genre de vie n’est pas moins importante ; il est de notion courante que les efforts intellectuels, les émotions prédisposent aux accidents cérébraux, les plus fréquemment mortels. Ceci nous explique l'influence du milieu social et ce fait, paradoxal en apparence, et que ce travail, croyons-nous, est le premier.à mettre en lumière que la syphilis acquise est plus grave chez le riche que chez le pauvre.

Enfin, l'influence des maladies surajoutées et particulièrement des intoxications chroniques, l'alcoolisme surtout,

qui combinent leur action avec celle de la syphilis, obs-

1. G. Mayer. Sur le pronostic de la syphilis. Berlin, 1904. 1"° leçon.

curcit le problème en créant un terrain morbide extrêmement complexe où la syphilis, et tantôt l'alcool, tantôt le plomb, tantôt la tuberculose, tantôt le paludisme, parfois plusieurs de ces tares réunies luttent ensemble contre l'individu. Celui-ci terrassé, à laquelle de ces causes attribuer la victoire? Et quand toutes ces tares existaient chez les parents, quelle est celle qui a le plus influé sur l'enfant ; sera-ce à l'hérédo-syphilis ou à l’hérédo-alcoolisme qu'il conviendra de rapporter sa mort ?

Toutes ces influences accumulées, il faut en tenir compte dans la comparaison des statistiques. Pourtant beaucoup de syphiligraphes s’accordent pour déclarer le problème insoluble. Aussi n'est-ce pas d'évaluations précises, mais de très larges approximations, qu'il s’agit ici.

Pour établir rigoureusement l’influence de la syphilis sur la durée de la vie, il faudrait observer parallèlement un grand nombre de syphilitiques et d'individus sains vivant exactement dans les mêmes conditions, et renouveler ces observations dans les différents milieux contaminés par la syphilis. Mais au lieu de ces observations idéales, nous n'avons à notre disposition que des matériaux très imparfaits.

Le fait est que les difficultés s’amoncellent sur cette question comme à plaisir. La première difficulté consiste à rassembler les matériaux de la statistique. Pour ceux qui, comme Matthes et tout récemment Waldvogel et Sussenguth, dépouillent les actes de décès d’anciens malades de clinique hospitalière, il est très malaisé de retrouver ce que sont devenus d'anciens malades soignés vingt ou

irente ans auparavant dans les cliniques qu'ils dirigent

actuellement, d'autant qu’un petit nombre d'informations ne peut servir, qu'il en faut des centaines pour établir une statistique qui ait quelques chances d'approcher de la vérité. La difficulté est moindre pour les médecins de compagnies d'assurances qui utilisent les matériaux que leur fournissent les compagnies. Mais là encore beaucoup d’observations sontperdues, car peu nombreux sont les syphilitiques qui avouent leur tare ou qui présentent des accidents suffisamment caractérisés pour que le médecin reconnaisse la syphilis au moment de leur entrée dans la compagnie.

Mais, nous l’avons vu, ces difficultés ne sont rien à côté des difficultés d'interprétation qui surgissentlorsque, possédant la liste des décès avec le diagnostic de la maladie causale, il s’agit de faire la part de ce qui revient à la syphi- : lis et de ce qui luiest étranger.

La deuxième difficulté réside dans le diagnostic de la cause de la mort; dans quelque milieu qu’on réunisse une statistique importante, le diagnostic ne peut apporter avec lui sa preuve anatomo-pathologique que dans de très rares exceptions. Le plus souvent c’est un diagnostic de médecin des morts, trop bref, trop insuffisamment circonstancié. Donc, même, en supposant que tous les diagnostics soient exacts, autre difficulté et non des moindres pour savoir ceux qui ressortiront directement de la syphilis. Bien des cas resteront douteux.

Heureusement que, grâce aux importants travaux de la fin du siècle dernier, nous sommes en droit de rattacher à leur vraie cause un grand nombre de cas de mort relevant pour la plupart d’affections dites parasyphilitiques. Bien

que ces affections ne soient pas syphilitiques de nature, il

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nous suffit qu’elles reconnaissent la syphilis pour cause, pour que nous rattachions directement à la syphilis les cas de mort qu'elles entraînent.

Enfin pour nous qui rapprochons et comparons ces sta tistiques, une difficulté vients’ajouter du fait que ces statistiques sont construites avec des méthodes différentes.

Parmi ces méthodes, il en est que nous avons rejetées complètement, non parce qu'elles ne peuvent fournir des résultats comparables, mais parce qu’elles multiplient les causes d’erreurs en échafaudant hypothèses sur hypothèses : telles les statistiques du tertiarisme. Ces statistiques consistent à élablir le pourcentage des syphilitiques qui atteignent la troisième période par rapport au nombre total des syphilitiques, puis à établir le pourcentage de mortalité probable parmi les malades atteints de syphilis tertiaire. Telles sont également les statistiques dans lesquelles, ignorant le nombre exact des syphilitiques, on est obligé de le déduire arbitrairement du nombre total des décès,

Dans notre calcul du nombre des décès attribuables directement à la syphilis, chez les syphilitiques, nous ne nous sommes servi que des statistiques où le nombre des syphilitiques était connu directement, le diagnostic ayant été fait pendant la vie. Cette méthode est la plus simple, celle qui offre le moins de causes d'erreur. Nous nous sommes cru autorisé à ramener à ce genre de calculs les statistiques qui nous en offraient les éléments, même quand leurs auteurs ont eu recours à d'autres méthodes. De cette facon, les statistiques ramenées à un type unique sont devenues comparables entre elles.

De même, quand nous étudions la surmortalité due à la

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syphilis, nous ramenons toutes les évaluations à un type commode admis dans toutes les sociétés de statistique et en particulier dans les compagnies d'assurances sur la vie : la mortalité calculée d’après la Table des vingt-sept compagnies anglaises serait de 100 si le groupe examiné suivait la loi générale de la mortalité. Du fait de la syphilis, cette mortalité s'élève, la mesure de cette surmortalité est exprimée par un nombre au-dessus de 100 ; 130 par exemple.

Enfin, l’éveluation du raccourcissement de la vie dû à la syphilis est oblenu en additionnant le nombre d'années qu'un groupe de syphilitiques a vécues à partir du moment de l'infection si cette date est connue, à partir de l’entrée dans la compagnie pour les clients des compagnies d’assurance ; ce nombre d'années est divisé par celui des personnes constituant le groupe et comparé à un nombre obtenu de la même façon, mais dans le calcul duquel on fait rentrer au lieu du nombre d'années survécues en réalité, le nombre d'années de survie normale fourni par la table.

Telles sont, parmi beaucoup d'autres aussi importantes, les questions que nous avons essayé d’élucider, à savoir :

Quelle est la mortalité due à la syphilis dans la mortalité totale ?

Combien de syphilitiques meurent d'accidents syphilitiques?

Evaluation de la mortalité des syphilitiques par rapport à la mortalité normale, quelle que soit la cause de la mort.

Evaluation du raccourcissement de la vie di à la syphilis. |

Pour que l’on puisse se faire une idée des ravages cau-

sés par la syphilis dans l’ensemble de la porulation, nous avons fait précéder cette étude d’un essai sur la proportion des syphilitiques dans la population, insistant sur les énormes fluctuations du nombre des syphilitiques suivant l'importance des agglomérations, les milieux sociaux, l’âge, le sexe des individus.

Notre sujet comporteraitun grand nombre d’autres questions que nous n’avons pas étudiées dans ce travail parce que, les unes étant beaucoup travaillées en France, nous n’aurions pu que transcrire des travaux connus de tous, les autres encore trop obscures, nous manquions de documents pour les aborder.

Tel quel, ce travail est un argument formel contre l'opinion de ceux, trop nombreux encore, pour qui « la vérole n’est pas plus grave que la rougeole. » Puissentils suivre le courageux exemple que leur a donné le D' L.-W. Salomonsen (de Copenhague), qui, après s'être fait le champion de la syphilis maladie bénigne, dans différents congrès, à Amsterdam (1), à Paris, à Stockholm (2), est revenu loyalement sur son opinion au Congrès de Berlin en 1906 (3), considérant comme démon-

‘tré « que la mortalité des syphilitiques dépasse beaucoup

1. [Te Congrès des médecins-experts des compagnies d’assurance sur la vie à Amsterdam, 1901. — IVe Congrès des médecins-experls des compagnies d'assurance sur la vie à Paris,

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