‹ Étude sur 580 cas de chancres mousChapitre 6 sur 14 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Lèe chancre mou, relativement rare à Paris avant la guerre — il n'apparaissait guère que par bouffées épidémiques à l’occasion des Expositions Universelles — est devenu depuis la guerre d’une très grande fréquence.

Il nous a paru intéressant de grouper les enseignements que l’on pouvait tirer de l’étude des observations de malades atteints de chancres mous.

Au Dispensaire Bazin de l'Hôpital Saint-Louis, nous avons pu étudier tous les cas de chancres mous qui se sont présentés à la consultation pendant les années 1929 et 1930.

Nous avons pu dresser une statistique comparative portant sur les années 1919 à 1930 grâce aux statistiques publiées chaque année par le Professeur Jeanselme et le Dr Burnier, puis par le Professeur Gougerot et le D' Burnier.

Nous avons noté le sexe et la nationalité des ma-.

lades.

ui Her

Nous avons recherché quelles étaient les sources de contamination.

Une seconde partie de notre travail porte sur le traitement du bubon chancrelleux sans hospitalisation des malades.

Enfin nous avons recherché le nombre des chancres mixtes, et étudié les résultats de la réaction de Bordet-Wassermann chez les porteurs de chancres

mous.

Étude statistique.

Avant d'étudier les cas de chancres mous que l’on a observés au dispensaire Bazin pendant les années 1929 et 1930, il nous a paru intéressant de situer ces deux années par rapport aux années pré-

cédentes. Voici quel est le nombre de chancres mous obser-

vés au Dispensaire Bazin depuis 1919.

Année 1919.,..... 275 Hommes

Année — ,...... 28 Femmes Total : 303 Année 14920 .,..... 141 Hommes

Année — ,....., 18 Femmes Total : 159 Année 1921....... 44 Hommes

Année — ,..,.... 7 femmes Total: 51 Année 1922....... 47 Hommes .

Année — ..,.... 13 Femmes Total: 60 Année 1923....... 71 Hommes

AO 1, 7.2 4 Femmes Total: 75 Année 1924....... 80 Hommes

Année — .,,,... 7 Femmes Total : 87 Année 1925.,..... 188 Hommes

Année — ....... 20 Femmes Total : 208 Année 1926 ...... 270 Hommes

Année — ... ... 22 Femmes Total : 292 Année 1927....... 341 Hommes

Année — ....... 49 Femmes Total : 390 Année 1928....... 281 Hormes

Année — ,.,... . 37 Femmes Total : 318

Pour les années 1929 et 1930, sur lesquelles porte

ce travail, les chiffres sont les suivants :

1929 .... 196 Hommes

—,.,... 26 Femmes Total : 222 1930 .... 333 Homnes

—,,... 25 Femmes Total : 358

Pour plus de clarté, on peut tracer la courbe suivante du nombre des cas de chancres mous observés de 1919 à 1930 inclusivement.

si 358

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Courbe des chancres mous de 1929 à 1930.

Les chiffres indiqués sont ceux qui correspondent au nombre de malades venus consulter pour

un chancre mou récemment apparu, étant bien en-

ae DE

tendu que chaque malade ne figure qu’une fois dans notre statistique.

Dans ces malades, sont compris ceux atteints de chancre mixte, et qui feront l'objet d’un chapitre particulier.

Cette courbe tracée permet de noter d’un coup d'œil une diminution des cas de 1919, où ils sont le plus nombreux, à 1921 où ils sont le plus rare, passant de 303 au lendemain de la guerre, à 51 en

De 1921 à 1924,la courbe reste sensiblement étale (en 1924, on ne note encore que 87 cas), puis, brusquement -elle remonte de 1925 à 1927, le nombre des cas passant successivement à 208, 292 et 390.

En 1928, légère diminution avec 318 cas; la diminution s’accentue en 1929, où l’on ne note que 222 cas mais une brusque augmentation en 1930 porte le nombre de cas de chancres mous à 358.

Il y a donc, depuis 1924 un accroissement marqué du nombre des malades atteints de chancrelle. Cet accroissement est surtout très net pour l’année 1930 par rapport à l’année 1929 (136 cas de plus en 1930, alors que le mode de recrutement de ces deux années est exactement le même, même jour de consultation, même nombre total de malades fréquentant cette consultation (10 malades nouveaux de plus en 1930).

On pouvait se demander si la consultation du Dispensaire Bazin n’avait pas été favorisée d’un

afflux de porteurs de chancres mous, et si seul le Dispensaire Bazin avait noté une recrudescence de cette catégorie de malades. Une telle hypothèse : la loi des séries se vérifiant pendant sept années, était assez peu probable.

La littérature médicale, tant française qu'étrangère comprend de nombreux articles dont les auteurs notent un accroissement du nombre de chancres mous dans les mêmes années.

Le Dr Milian écrit : « Depuis ces dernières années la syphilis augmente dans des proportions notables, il en est de même du chancre mou qui, presqu'inconnu avant la guerre en France est devenu aujourd’hui une véritable plaie de nos services hospitaliers. »

Au Congrès de Strasbourg (1928) le D: Ch. Laurent médecin des hôpitaux de Saint-Etienne dit : « en 1920 nous avons observé 51 malades porteurs de chancres mous, en 1921, 48 malades, en 1922, 15 malades, en 1923, 7 malades, en 1924,11 malades. La progression devient évidente et particulièrement impressionnante depuis cette date :

En AIDE PENIN SE 54 cas de chancres mous in POIGNETS 109 cas La Han 1997. LH 71 cas —

Le Dr Hudelo signale « que la chancrelle rare à Paris avant la guerre, et qui ne se manifestait à Paris qu’à l’occasion des Expositions Universelles,

MTS

et par apport étranger, a pris depuis la guerre un accroissement singulier ». |

La France n’a pas le monopole de cet accroissement, et si des villes comme Buenos-Ayres accusent une diminution notable du nombre des cas de chancres mous, d’autres villes étrangères notent au contraire une forte progression.

C’est ainsi que le D' Walter de Cracovie donne les statistiques suivantes de la clinique Dermatolo-

gique de l’Université :

ON LPS Ne MUR 33 cas de chancres mous En 1026-24, 47 cas Le En ALES 51 cas ——

Enfin, car tout ne peut être cité, à l’hôpital Tarnowsky à Léningrade, Mme le Professeur Podwyssotzkaïa a observé en 1929, 994 cas de chancres mous, au lieu de 323 en 1928.

Le nombre des malades atteints de chancrelle n’est pas également réparti sur toute l’année. L’examen des statistiques mensuelles montre que de temps à autre une poussée épidémique de chancres mous survient, dure quelques semaines et disparaît.

Voici quelles sont les courbes des chancres mous pour 1929 et 1930, par mois. On remarquera qu'elles sont sensiblement parallèles entre elles. (V. page 14).

Sexe. — Si l’on note le sexe des malades venus

au Dispensaire Bazin pour un chancre mou, on re-

PT ras té qu » via 24 . 1 st À Lo sÿ

Lo

o DENTELLE

Chancres mous en 1929 et 1930 (courbe mensuelle)

marque le faible norabre de femmes par rapport au nombre total de cas examinés.

Voici les chiffres relevés depuis 1919 ; pour plus de facilité, les chiffres sont ramenés à 100 malades :

En 1919 sur 100 malades, il y avait 9 femmes

En 1920 — — (he eE En 1921 2 — 1SHUREE En 1922 LE ta GENRE En 1923 = ae NES En 1924 . S QAR En 1925 ae arte 10 En 1926 cs ce PEUR:

En 1927 U Es 1e En 1928 2 Le RATES En 1929 — Le 14700

En 1930 2 Les y

Ce n’est pourtant pas que le nombre total des femmes venues aux consultations présente une telle différence avec le nombre total des malades masculins.

D'autre part, les services spéciaux pour les femmes notent eux aussi un très faible contingent de malades atteintes de chancrelle.

Ainsi, le Dr Fernet écrit : « Le chancre mou, même à l’infirmerie de Saint-Lazare, n’est pas fréquent. Il ne se voit que chez les basses prostituées... Les bubons inguinaux sont extrêmement rares chez la femme. En l’espace de six mois je n’en ai observé que 2 cas. »

Cette constatation de la discordance flagrante entre le nombre de chancres mous chez les hommes et chez les femmes est d’ailleurs banale, de nombreux auteurs l’ont déjà faite ; nous examinerons

plus loin les raisons qui en ont été données.

Nationalité. — Certains auteurs, en particulier le D' Ch. Laurent de Saint-Etienne, ont fourni des statistiques qui permettaient d'expliquer l'énorme progression des cas de chancres mous observés depuis quelques années par l’afflux des ouvriers étrangers à la France, en particulier les Polonais, les Italiens et les Nord-Africains.

Le D: Laurent indique, par exemple, qu’à Saint- Etienne, alors qu'en 1920, sur 54 cas de chancres mous il n’y avait que 3 étrangers, il a noté en 1925 sur 54 cas, 24 malades étrangers et en 1926, sur

109 cas, 64 malades étrangers, soit :

L'AGTEL

En 1920, 3 étrangers pour 100 cas.

En 1925, 45 — En 1926, 58 ep

Au Dispénsaire Bazin, voici, depuis 1926, les chiffres que l’on obtient si l’on recherche la natio-

nalité des malades porteurs de chancres mous :

1926 1927 1928 1929 1930 Français. :.:. +. 216 320 256 171 257 Nord-Africains, 16 18 11 21 o1 Etrangers ..... 60 62 5 30 66

Ce qui donne un pourcentage d'étrangers (Nord Africains y compris), sur le nombre total des malades de :

Ces chiffres indiquent bien qu'il n’est pas possible, pour Paris et la région parisienne, de conclure à une augmentation du nombre des chancres mous par l’accroissement du nombre des malades étrangers. D'ailleurs, après une recherche aussi minutieuse que possible du lieu de contamination, on trouve que tous ces étrangers avaient contracté en France leurs chancres mous.

Pour plus de précision, voici le nombre d’étrangers observés de 1926 à 1930, décomptés par 1 nationalités : |

Nord-Africains ., RARES ALL NE PolONAIS:e SA:

Russes .........

Espagnols......

Roumains ......

13) OT HNNE LES

Tchèques. ......

Hongrois.......

Portugais.......

Hollandais. ..,..

Egyptiens ....:.

Sud-Américains .

Allemands...... Chinois es Martiniquais. ...

Anglais... 4". % Luxembourgeois.

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