‹ Etude sur Ambroise ParéChapitre 1 sur 1 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

M. Stéphen Le Paulmier, docteur de la faculté de Paris, que vous avez admis il y a quelques mois au nombre des membres titulaires de la Société des Études historiques a publié, en '1884, un livre sur Ambroise Paré d’après de nouveaux documents découverts aux archives nationales et des papiers de famille conservés au château de Paley.

Dans l’avertissement qui précède cette étude, M. le Paulmier dit que, sans songer à reprendre la tâche magistralement accomplie par M. le professeur Malgaigne, dans son introduction aux œuvres complètes d’Ambroise Paré et concernant l’œuvre scientifique du grand chirurgien, il s’est proposé de reconstituer sa -vie intime, son existence privée, de faire connaître à l’aide de documents inédits ses alliances, ses amitiés, sa descendance.

Ambroise Paré naquit au Bourg-Hersent, village situé près de Laval. La date de sa naissance a été l’occasion d’indications contradictoires. Doit-on la placer aux années '1509, d510, 1513, 1517?

M. le Paulmier estime que la véritable date doit être 1510, d’après le témoignage de Pierre de l’Estoile qui dit que Paré mourut le 20 décembre 1590 à l’âge de quatre-vingts ans, (journal t. v. p. 65).

Les renseignements sur les premières années de Paré sont obscurs; ce n’est guère qu’en 1537 que nous commençons à suivre le développement de sa vie active, à dater du jour où il est attaché, en qualité de chirurgien, à M. de Montejean, colonel général des gens de pied.

En octobre de cette même année, Paré assiste au combatdu Pas de Suze et là il révèle-, pour la première fois, les qualités d’initiative et et de génie inventif dont il devait donner de si nombreuses preuves.

(1) Paris. Charàvay frères, éditeurs, 4, rue de Furstenberg. 1 vol. in-8° de 418 p. avec portrait inédit d’Ambroise Pabé ; prix 10 fr.

Manquant d’huile bouillante de Sambuc, il imagina d’appliquer sur les plaies des blessés l’onguent digestif simple. Cet essai réussit tellement bien qu’il renonça pour l’avenir à « brusler ainsi cruellement les pauvres blessés des harquebusades. »

Heureuse innovation, dit M. le Docteur Le Paulmier, que la ligature des artères devait compléter dans la suite. Depuis cette, époque, le biographe de Paré signale le moment précis où il exposa sa nouvelle théorie des plaies d’arquebuse ainsi que sa méthode pour procéder à la recherche des projectiles.

M. Le Paulmier signale, à la date du 20 août i545, la première publication d’Ambroise Paré : « Méthode de traiter les plaies faictes par hacquebutes et autres bastons à feu. » En 1550, il habitait à Paris une maison située au pont St-Mïchel ; c’est là qu’il conservait le corps d’un supplicié dont une moitié était disséquée de façon à lui permettre de repasser l’anatomie et de préparer ses opérations.

Notre confrère se livrant à l’analyse des titres et contrats qu’il a consultés avec autant de patience que de sagacité, entre dans des détails fort intéressants sur le soin que Paré apportait à l’administration de sa fortune privée et à la direction de sa famille.

Mais M. le Paulmier nous intéresse plus vivement encore lorsqu’il nous montre Paré pénétrant dans Metz assiégé par le duc d’Albe en 1552, et répondant à l’appel de l’héroïque duc de Guise cruellement éprouvé par la perte du plus grand nombre des blessés de son armée.

La réception de Paré comme maître en chirurgie, la consultation qu’il est appelé à donner en présence du célèbre André Vésale mandé de Bruxelles au sujet du roi Henri II blessé à mort par Montgommery dans le fameux tournoi du faubourg St-Antoine, le procès qu’il soutint contre la Faculté de Paris, s’opposant à la mise en vente de ses œuvres, sont autant de détails biographiques du plus vif intérêt racontés par M. le D r Le Paulmier avec une exactitude et une précision appuyées de nombreuses pièces justificatives.

Le procès soulevé par la Faculté de Paris voyant de mauvais œil l’édition des œuvres de Paré donne une. idée particulièrement intéressante des mœurs scientifiques et judiciaires de son époque.

Le doyen Gourmelen, jaloux de ce que les ouvrages de Paré avaient fait oublier ses traités de chirurgie, prétendit qu’il avait composé un

'.ivre contenant beaucoup de choses abominables et nuisibles aux bonnes mœurs et à l’Etat; il demandait que le volume déféré au Parlement fût examiné avant que d’être mis en vente (p. 89).

Le mémoire signifié par Paré existe à la bibliothèque nationale. Les deux arguments principaux qu’il formule sont : 1° que le véritable motif des plaintes des médecins et chirurgiens était tiré de la facilité laissée au public de comprendre l’ouvrage. Ecrit en français et non en latin, il devenait accessible à tous, les simples barbiers pouvaient donc en savoir tout autant que les chirurgiens et leur faire concurrence; — 2" que la liberté d’expression et d’exposition dont s’était servi l’auteur ne pouvait être reprochée dans une étude scientifique. « C’est tout autre chose, dit Paré, avec un pratique bon sens, de traitler cle là ciuilité des mœurs en philosophe moral pour l’instruction de la tendre jeunesse et autre chose de parler des matières naturelles en vrai médecin et chirurgien pour l'instruction des hommes ja toits faicts. »

Nous n’avons pas besoin d’autre note pour juger l’étendue de la supériorité d’esprit d’Ambroise Paré. S’il ne savait pas, comme les chirurgiens de la Faculté, écrire et comprendre le grec et le latin, il possédait la faculté maîtresse qui, dans tous les temps et à travers les âges, fait les hommes forts ; il était doué d’observation et se rendait un compte exact des choses. Comment l’étudiant deviendrait-il homme de science si le professeur, sous prétexte de convenance, omettait de lui signaler ce qu’il lui importe de connaître. La science est œuvre de sincérité. Ambroise Paré affirmait cette vérité essentielle dans un siècle de réticences, de privilèges, d’exclusivisme, et par ce côté, tout autant que par les ingénieux procédés de son art, il s’est montré supérieur à ses contemporains.

On ne sait, au juste, quelle fut l’issue de ce procès. M. le Paulmier pense qu’un arrangement amiable intervint, car le volume mis en vente s'épuisa rapidement. Une deuxième édition subit encore l’examen de la Faculté qui ne donna pas de très bonne grâce son autorisation à la publication de l’œuvre qu’elle qualifiait de « lourd volume. »

M. le Paulmier suit, d’après l’ordre chronologique, les diverses et nouvelles éditions des œuvres de Paré; il constate qu’il figurait avec le titre de premier chirurgien dans le personnel médical attaché à la

personne du roi en 1584, qu’il touchait un traitement de 266 écus et deux tiers.

Lorsqu’il sentit le poids des ans, Paré, en homme prévoyant, ne voulant laisser après lui rien d’imprévu et de désordonné, fit son testament. Il porte la date du 1 er juillet 1587. Nous connaissons, par ces dispositions dernières, l’étendue de sa fortune qui, pour le temps, était importante. 11 possédait deux maisons rue Garancière, des maisons rue- de l’Hirondelle, un domaine à la Ville-du-Bois près de Montlhéry, et l’hôtel situé Ouai-des-Augustins, paroisse Saint-André des Arts.

Lorsque le roi Henri 111 quitta Paris, au lendemain de la journée des Barricades, Paré retenu par son grand âge ne put le suivre, mais il conserva jusquà la mort de ce prince le titre, sinon la fonction de premier chirurgien, ainsi que cela résulte de l 'Extrait général de la Maison du feu Roy, expédié pour l’année 1589.

Nous touchons aux derniers jours de cette belle existence. Malgré les années, Ambroise Paré n’avait rien perdu, nous apprend M. Le Paulmier, de son énergie. « Resté à Paris pendant le long siège dont il subit toutes les horreurs, il rencontra, vers le 20 octobre, au bout du pont Saint-Michel, l’archevêque de Lyon, Pierre d’Espinac devenu Guisard par dépit de n’avoir pas été fait cardinal; Paré l’adjura dans un langage aussi ferme qu’élevé de s’employer activement à la conclusion de la paix. Il n'eut pas la consolation de voir son vœu exaucé; deux mois après il succombait.

Le journal de YEsloile, t. v, p. 65 enregistre, en ces termes, la mort du grand chirurgien: « Le jeudi 20 de décembre i590, veille de la Saint-Thomas, mourut en sa maison, maislre Ambroise Paré, chirurgien du Roy âgé de quatre-vingts ans, homme docte et des premiers de son art: »

Les auteurs qui ont écrit sur la vie de Paré ont longuement discuté la question de savoir s’il était catholique ou huguenot. Paré était trop sincèrement dévoué à l’humanité et trop profondément spiritualiste, comme le prouve ce mot fameux qui lui a été attribué « je le pansai Dieu le guérit » pour se mêler activement aux querelles de son temps tout autant inspirées par l’ambition politique que par le zèle ou le fanatisme religieux. M. Le Paulmier à l’aide des corres-

pondances' de Paré établit péremptoirement qu’il appartenait a la religion réformée.

M. Le Paulmier termine sa savante et intéressante recherche sur Ambroise Paré par l’indication des portraits peints, gravés, sculptés du célèbre chirurgien; il n’a découvert qu’un seul portrait peint authentique dont il reproduit, en tête de son livre, un fac simile. Les portraits gravés sont nombreux, nous en trouvons à la page 135 la nomenclature et deux reproductions à la suite p. 137 et 139. L’auteur donne aussi un autographe unique du célèbre chirurgien, p. 24, et le fac simile de sa signature p. 253.

C’est seulement au xtx e siècle, que l’image de Paré fut reproduite par la sculpture. Le ciseau de David d’Angers nous a légué une magnifique statue érigée sur une des places de Laval, un buste en marbre appartenant à l’Académie de médecine, enfin un médaillon.

D’autres statuettes ont été exécutées dans ces dernières années.

Les pièces justificatives et notes, pour la plus grande partie inédites, annexées au livre de M. le D L ' S. Le Paulmier occupent 263 pages ; leur importance indique le soin apporté par l’auteur dans ses investigations; elles offrent, comme nous l’avons déjà dit, le plus vif intérêt au point de vue de la constitution de la famille de Paré, de l’administration de sa fortune, et des procès qu’il eut à soutenir avec la Faculté de Paris, M. le D r Le Paulmier a donc accompli un labeur considérable qui profitera, comme il le dit avec trop de modestie, aux écrivains voulant bien connaître la vie de Paré et qui entreprendront de la redire après M. Malgaigne et lui-même le D r Le Paulmier. C’est qu’en effet, ces deux ouvrages se complètent l’un par l’autre et après les avoir lus, il doit rester bien peu à révéler sur Paré, chirurgien et homme privé 1 .

(t) Depuis la rédaction de ce compte-rendu nous avons eu le plaisir d’apprendre que l'Institut, Académie des inscriptions, a récompensé par une mention honorable le livre de M. le Docteur Le Paulmier -, concours des antiquités en France, séance

du 13 novembre 1885.

AMIENS. — TVP. DELATTHE-LENOÉL, BUE DÇ LA BÉPUBLIQUB,,..32

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