‹ Étude sur ÉpictèteChapitre 2 sur 24 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Notre premier mot, en tête de cet essai, sera pour exprimer notre étonnement qu'il n'existe jusqu'ici, du moins en France, aucune étude d'ensemble sur Épictëte. En Allemagne même, l'ouvrage que M. A. Bonhoffer * a publié sur Epictëte philosophe ne date que de quelques années, et aucun ouvrage comparable n'existait avant lui *. Chez nous, G. Martha aurait dû, semble-t-il, le mettre en bonne place parmi les écrivains, philosophes ou poètes, auxquels il a, dans Les Moralistes sous FEmpire Romain, consacré une série d'articles devenus, à bon droit, classiques en France : il n'a cru devoir lui accorder qu'une dizaine de pages sous le titre :] La Vertu stoïque. En entreprenant une étude sur Épictète, ce n'est pas que nous ayons eu la prétention de combler cette lacune : cinquante pages sur Épictète, écrites par ce moraliste pénétrant entre La Morale pratique dans

* I. Epictet und dieStoa, Untersuchungen zur stoischen Philosophie. — II. Die Ethik des stoikers Epictet, von Adolf BonhôfTer, Stuttgart, 1890-1894.

^ Il faut pourtant signaler, quelques années auparavant, comme étude spéciale, E.-M. Schranka, Der stoiker Epictet und seine Philosophie^ Frankfurt a/C, 1885 ; et, comme étude plus générale, les deux articles publiés par Ludwig Stein, sous le titre Psychologie der Stoa, dans les Berliner Studien fur classische Philologie und Archâologie, 18S6>1888.

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les lettres de Sénèque et UExamen de conscience (fun empereur romain, auraient sans doute mieux valu que ne vaudra ce livre. Mais, quelle que soit la valeur du petit article de Martha, nous avons pensé, et avons été encouragé dans cette opinion par un éminent professeur de philosophie ancienne, qu'il y avait, sinon mieux, du moins plus à dire sur ce stoïcien illustre.

Pourquoi cette discrétion à son égard? Est-ce parce qu'il est trop connu ? Est-ce parce qu'on admet qu'il manque d'originalité et qu'il suffit, par suite, de le signaler .en passant au cours de l'histoire du stoïcisme, dont il fut le représentant « le plus rigoureux et le plus conséquent »? C'est, semble-t-il, la principale raison pour laquelle Martha pense qu' « une simple esquisse suffit à ce personnage tout d'une pièce *». Tout en admettant pleinement, pour son compte, le manque d'originalité d'Épictète, M. Bonh^ffer n'a pas vu là un motif suffisant pour le laisser de côté : là est au contraire, à ses yeux, le principal intérêt des Entretiens. Son premier volume sur Épictète, comme l'indique le titre ^^écidlEpictet und die Stoa, Untersuchungen zur stoischen Philosophie, est en réalité une suite d'études sur les rapports d'Épictète avec ses prédécesseurs : Epictcte n'y sert de centre que parce que l'auteur prétend voir en lui la source principale de nos connaissances sur la doctrine stoïcienne, au moins pour ce qui concerne la psychologie et l'élhique. Convaincu qu'Epictète est tout à fait indépendant de l'éclectisme qui règne chez les maîtres du Moyen Portique, il se sert de lui pour remonter jusqu'à Chrysippe et à Zenon. « Dans sa doctrine,

» C. Martha. le» Moralistes bous l'Empire Romain, 4«édition. p. 156, note.

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dit-il, h part quelques divergences qui n'ont rien d^essentiel, nous avons la plus pure expression des idées des anciens stoïciens. » En somme, il prend h la lettre le mot d'Aulu-Gelle: « ^isj^i^^^quas abArriano digestas congruere scriptis Zenonis etChrysippinon dubium est^. » Quoique le second volume, comme l'indique encore son titre spécial Die Ëthik des stoikers Epictetj se rapporte plus proprement à l'éthique d'Epictète prise en elle-même, l'auteur y jette a chaque instant des coups d'œil rétrospectifs sur les autres représentants de la doctrine. On peut dire que l'idée fondamentale reste la même et que le point de vue n'a pas changé.

Nous ne pouvions avoir la prétention d'apporter une contribution de ce genre à l'histoire de la philosophie ancienne -, et le caractère et l'objet de cette étude sont nécessairement différents. Sans avoir davantage la prétention de découvrir Épictète, nous avons pensé que, si on peut l'étudier utilement pour mieux connaître le stoïcisme primitif de Chrysippe et de Zenon, il ne serait pas sans intérêt de l'étudier pour le mieux connaître lui-même, en insistant moins sur la matière de sa doctrine que sur l'enseignement de

• Aulu-Gelle, N, À., XIX, i, 14.

* Outre les deux volumes do DonbôfTer cités plus haut, nous devons encore citer, parmi les ouvrages ou dissertations dont nous nous sommes particulièrement servi à propos d*Épictète ou d'Arrien :

R. Asmns, Quaestiones Epicteteae, Fribgurg, 1868.

R. Mûcke, Zu Àrrians und Epictets Sprachgebrauch, Nordhausen,

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