JUGEMENT DERNIER
De toutes les peintures que Jean Cousin a exécutées la plus importante est le Jugement dernier , qu'il peignit pour les Minimes du bois de Vincennes à une époque qu'on ne saurait préciser.
Ce tableau, conservé maintenant au Louvre, est l'un des plus anciens monuments de notre peinture à l'huile, et certainement le plus remarquable. On regrette qu'il n'ait pas été exécuté dans les mêmes proportions que le chef-d'œuvre de Michel- Ange; la toile n'a que 1 mètre 20 centimètres de largeur sur 1 mètre 40 centimètres de hauteur.
Jusqu'alors la science du nu et surtout des raccourcis était la partie faible du dessin en France. Dans les manuscrits, même dans les admirables miniatures de Jehan Fouquet, cette partie laisse à désirer, et dans le peu de tableaux que nous avons jusqu'à l'apparition du Jugement dernier de Jean Cousin, les peintres se conformaient volontiers à des types traditionnels, se bornant en général à de fidèles reproductions de portraits, tels que ceux que l'on voit au Louvre dans le grand tableau de la famille de Juvénal des Ursins. Sortant tout à coup de cette voie timide, Jean Cousin se montre dans cette savante composition l'émule de Michel-Ange et d'Albert Durer.
Il serait inutile de donner une nouvelle description après celles de MM. Miel et Charles Blanc, que je reproduis : la première, bien que juste, est empreinte du goût un peu emphatique d'alors; la seconde témoigne d'une critique plus éclairée, plus sûre et mieux exprimée.
Voici ce que dit M. Miel (1) :
« Les idées du siècle et les discussions théologiques ramenaient sans cesse les esprits vers le Jugement universel ; Michel-Ange en avait bien réalisé la plus énergique image : le Dante fermentait dans toutes les têtes ; la Divine Comédie devait être recherchée avec d'autant plus de curiosité, que la France avait contribué à développer le génie du poète, et qu'un de ses rois, dans un mouvement d'humeur, avait interdit la lecture du poëme. Fortement inspiré par un sujet où il pouvait placer une foule de figures nues dans des attitudes et avec des expressions très-variées, et montrer autant de science qu'il voulait sans encourir le reproche d'en affecter, plein du Dante et de Michel-Ange , mais original en imitant, Jean Cousin conçut à sa manière cette terrible scène.
« Le Fils de l'homme est assis sur l'arc-en-ciel, armé d'une faucille ; les chérubins l'environnent ; les saints sont groupés autour de lui, éblouis d'une gloire qu'ils partagent : les dernières prophéties se réalisent ; les temps sont accomplis, et les astres tombent de la voûte céleste, désormais inutiles pour la mesure de l'éternité. Le livre de vie est ouvert ; le signe de salut et de réprobation, par lequel les vivauts et les morts doivent être jugés,la croix apparaît au milieu des nuées ; les trompettes sonnent ; déjà les sépulcres ont lâché leur proie; la faucille à la main, les anges parcourent en tous sens la moisson des justes et des pécheurs : les justes passent à la droite, les pécheurs à la gauche; et tandis que la foule des réprouvés, grinçant des dents, se mordant les bras, se couvrant les yeux, se bouchant les oreilles, sont entraînés et précipités dans l'abîme infernal, les élus s'avancent deux à deux vers les demeures célestes, dans une béatitude calme, dans un religieux recueillement.
« S'il est vrai de dire que l'ordonnance du tableau pouvait être moins serrée et distribuée avec un meilleur calcul, il faut convenir aussi que l'audace et la fécondité de l'invention, que la franchise et l'habileté de l'exécution, que la science de l'art, y sont portées à un très-haut degré ; je regrette de ne pouvoir qu'en effleurer ici les beautés et les défauts, également utiles à observer avec soin. L'auréole qui occupe la partie supérieure est mystérieuse,
(1) Galerie française.
mais peut-être un peu froide. Le dessin est correct, grand, généralement pur de contours, mais tirant parfois sur la sécheresse gothique. Le modelé est plein de vigueur, l'expression aussi décidée que le mouvement. Des contrastes quelquefois hasardés, plus souvent justes., animent toute la scène. La couleur est fine, transparente, et d'une belle fonte ; la perspective est bien observée; l'œil se promène avec épouvante sur la vallée de Josaphat , couverte de ruines et de supplices. Les anges répandus entre les personnages terrestres sont d'un caractère noble et ajustés avec élégance , mais ils ne sont pas, à beaucoup près, exempts de manière ; ils sentent le Primatice ; dans tout le reste une fierté audacieuse , une grandeur gigantesque , des poses hardies jusqu'à la témérité, mais un peu académiques, montrent une savante imitation de Michel- Ange. Ainsi toute l'originalité de cette composition n'empêche pas qu'on n'y démêle quelques influences étrangères et les premiers vestiges d'un goût d'emprunt. Jean Cousin n'y est pas toujours soi. Cependant l'école prend une bonne direction sous ses auspices : on trouve en lui, comme dans la plupart des vieux maîtres, cette force un peu sauvage de la nature, dont rat-* trait rappelle et retient. »
Voici le jugement de M. Charles Blanc (1) :
« La composition de ce grand tableau est claire, bien divisée, bien entendue et sans confusion, malgré la prodigieuse quantité de figures que le peintre y a fait entrer. La partie supérieure représente le paradis. Le trône de Dieu est posé sur des nuages au bas desquels se groupent sept anges qui sonnent la trompette du jugement, et un huitième qui, placé au milieu du groupe, montre la croix de Jésus-Christ. Aux angles du haut sont les figures des grands prophètes, Joël, Jérémie, ïsaïe, Daniel. Assis sur un cercle d'or, une faucille à la main, comme l'antique Saturne, ayant la Vierge à sa droite, saint Jean à sa gauche, le Fils de l'homme apparaît au sein d'une gloire, entouré d'anges, de chérubins et de bienheureux dont les images remplissent le firmament, comme autant de constellations.
« La partie inférieure du tableau représente la terre et se divise en plusieurs plans et en deux grandes scènes. D'un côté, s'élève un
(1) Histoire des Peintres École française, t. I.
palais magnifique orné de colonnes d'émeraude et de rubis, et dont saint Pierre ouvre les portes aux élus, qu'un ange appelle et fait sortir des catacombes. De l'autre, est une ville abîmée par la chute des planètes et des étoiles, et cette ville embrasée occupe le fond du tableau. Sur un plan plus rapproché se déploie l'appareil des plus terribles supplices. Des corps animés sont attachés à une roue qui tourne sans cesse comme celle d'Ixion, tandis qu'armé d'une massue un démon furieux frappe les hommes et les femmes que l'on fait passer devant lui pour les précipiter du haut d'une tour dans un gouffre de feu. D'autres supplices, qu'il serait trop long de décrire, présentent le plus sinistre spectacle. Sur le devant, on remarque un ange assis parmi des ruines ; il évoque les trépassés du fond de leurs sépulcres et les réveille pour les présenter au souverain juge. Ici c'est un squelette qui se couvre de chair et peu à peu revient à la vie ; là, c'est une mère qui soulève son linceul et qui implore la miséricorde divine, non pour elle , mais pour le fruit de ses entrailles. Plus loin, du côté des méchants, que l'ange a séparés des bons, on voit une barque conduite par des monstres affreux qui y poussent et y entassent la foule des réprouvés, les menteurs/ les traîtres, les femmes adultères, les pères dénaturés, les fils ingrats, les rois fainéants, les pontifes criminels, les prélats lubriques, et cette dernière intention est exprimée par un épisode que Jean Cousin n'a pas craint d'imiter de Michel-Ange, bien qu'on l'eût souvent reproché au peintre de la chapelle Sixtine (1). Des démons rugissants retirent ces coupables d'une caverne pour leur faire passer le grand fleuve et les conduire aux enfers.
« Exécutée sur une grande échelle, dans les proportions de la nature, au lieu d'être un simple tableau de chevalet, cette vaste composition produirait, à n'en pas douter, un effet puissant et formidable. Le dessin en est savant, mâle, d'un beau caractère. Ce qu'on peut y reprendre, c'est que le peintre ait évidemment aspiré, sans y atteindre, au style fier et sublime de Michel - Ange. Jean Cousin fait voir ici, du reste, une profonde connaissance de Panatomie, de la perspective géométrique et aérienne, et j'ajoute qu'il a montré sa science sans l'étaler. Les raccourcis les plus difficiles
(1) Je n'ai aperçu dans ce Jugement dernier, maintenant au Louvre, ni Pontifes Vriminels ni prélats lubriques. C'est dans un autre tableau peint sur verre dans l'église de Saint-Romain à Sens, détruite depuis longtemps, que Jean Cousin avait, dit-on, représenté un prélat parmi les réprouvés.
sont abordés résolument et paraissent obtenus sans effort. Variées à Finfini, contrastées dans leurs mouvements, les innombrables figures de ce Jugement dernier sont modelées avec tout le savoir qu'on pouvait attendre d'un sculpteur qui les eût aussi bien taillées dans le marbre. Ce qui manque au tableau de Jean Cousin, c'est Fentente du clair-obscur qui, dans des scènes pareilles, pourrait et devrait jouer un si grand rôle. Quant au coloris, il est moins sombre, moins sauvage que ne le comportait peut-être un tel sujet, et la touche de ce morceau, exécuté dans la manière des bons maîtres italiens, est, en vérité, surprenante, si tant est que ce soit là le début de l'école française dans la peinture à l'huile. »
Voici la description qui en est donnée par M. Villot dans le livret du Musée du Louvre :
« Au premier plan, à gauche, des morts sortant de la terre, et des anges tenant des faucilles. Au milieu, des ressuscités se précipitant dans une caverne. On remarque parmi les figures un homme nu avec une couronne royale sur la tête. A droite des démons entraînant des pécheurs. Au deuxième plan, à gauche, un temple circulaire vers lequel se dirigent les élus accueillis par des anges ; au milieu des bandes de ressuscités courant en sens opposé. A droite une tour au bord d'un fossé plein d'eau, un pont conduisant à un édifice ruiné terminé par un gibet. Dans le fond une ville détruite. Au ciel, le Christ dans sa gloire, les pieds posés sur le globe du monde et tenant une faucille. Autour de lui les évangélistes, des anges, des élus, etc. »
Selon d'Argenville, Jean Cousin s'est peint lui-même dans la figure en buste placée au bas du tableau à gauche; c'est aussi ce que confirme Tarbé (1) ; et, en effet, cette figure en costume laïque peinte en buste ne saurait s'appliquer à aucun des religieux du couvent pour lequel ce tableau avait été exécuté , et encore moins à aucun des personnages qui font partie du sujet. Mais ce portrait ne ressemble ni à celui gravé par Edelinck , auquel fut ajouté plus tard le
(1) Almanach de Sens, 1799.
nom de Jean Cousin, ni à celui que M. Charles Blanc a mis en tête de la vie de Jean Cousin dans son Histoire des peintres.
Par un singulier caprice, Pierre de Jode, qui a gravé ce tableau dans de grandes proportions, a cru devoir substituer une autre tête à celle que Jean Cousin avait peinte dans le coin à gauche du tableau, laquelle, d'après d'Argenville, serait celle même de Jean Cousin qui s'y serait représenté. Dans le tableau cette tête est vue de face, tandis que dans la gravure elle est de profil, et n'offre aucun rapport ni quant aux traits, ni quant à l'ajustement. Peut-être Jode aura-t-il voulu, dans sa gravure , substituer son portrait à celui du peintre ; mais la postérité ne lui en sait aucun gré, la fraude est manifeste et a failli même être funeste à Jean Cousin , quand , tout récemment , on voulut lui ériger une statue ; déjà on avait fait graver ce portrait, pensant que c'était celui de Jean Cousin, lorsqu'on s'est aperçu de la méprise (1).
Par un autre anachronisme , mais cette fois pour flatter Henri IV et Louis XIII, Pierre de Jode a placé, sur le premier rang des élus contemplant la gloire céleste, le portrait de Henri IV!
Il serait désirable que le Musée du Louvre fît reproduire par la gravure ce tableau si intéressant pour l'histoire de l'art en France, mais dans des proportions moindres que les neuf grandes planches de Pierre de Jode , si inexactes et si incommodes.
M. Dussieux signale dans ses Artistes français à T étranger y au musée de Saint-Pétersbourg , dit de l'Hermitage , une esquisse de ce tableau de Jean Cousin, peinte sur un panneau ayant 28 pouces sur 21 ; elle est estimée 3,000 roubles.
Dans la vente de Denon figuraient deux petits tableaux sur
(1) Cependant je dois avouer que, possesseur des deux portraits de Pierre de Jode, gravés par Van Dick, je ne vois aucune ressemblance entre ces portraits et celui du personnage que Pierre de Jode a introduit dans sa détestable gravure du Jugement dernier.
cuivre offrant aussi des scènes du Jugement dernier de Jean Cousin ; l'un, représentant les Réprouvés livrés aux tourments de l'enfer; l'autre, Jésus-Christ dans sa gloire, entouré des saints et des anges qui font entendre les trompettes du Jugement dernier. Ils n'ont été vendus que 221 francs.
On a aussi de Jean Cousin le tableau à' Eva Pandora. Il représente une femme à demi couchée dans une grotte; un de ses bras s'appuie sur une tête de mort et tient une branche du pommier fatal, l'autre repose sur une urne qu'on croit figurer la boîte de Pandore ; un serpent s'enlace autour de la boîte et du bras. On voit au fond une sombre forêt, une mer agitée ; vers le milieu du tableau s'échappe d'un vase une vapeur où l'on distingue une nuée de génies malfaisants qui se répandent sur la terre et sur les eaux , pour indiquer ainsi les maux sortis de la boîte ou produits par la pomme. Au haut du tableau, sur le ciel, on lit cette légende : Eva prima Pandora (1).
L'idée mystérieuse et mélancolique qu'Albert Durer a voulu laisser deviner dans sa composition qu'il a intitulée la Mélancolie a peut-être suggéré à Jean Cousin celle de Y Eva Pandora. Quant au mélange de sacré et de profane, admis à l'époque de Jean Cousin, il devait plaire à son imagination. C'est ainsi que dans une très-grande gravure sur bois, que je possède et que je crois devoir lui attribuer , représentant la Parabole du mauvais riche, on voit à gauche la représentation du repas somptueux du mauvais riche et l'expulsion du pauvre, et \ers la droite, dans les scènes de l'enfer, figure la roue d'Ixion. Un des dessins au bleu d'Inde que je possède, et qui est attribué à Jean Cousin, montre, dans une scène du
(1) Félibien,p. 708.— Feuillet de Couches, Revue des Deux- M ondes, 15 novembre, 1849. — Miel, Galerie française — Millin, Voyage dans les départements du midi de la France , t. I, p. 107. La gravure au trait qu'il en donne est inexacte. M. le comte Clément de Ris en a fait la description dans les Musées de province, t. II, p. 32.
déluge , un triton sonnant dans une conque marine : il est moitié homme, moitié cheval marin.
Le tableau à'Eva Pandora, peint sur bois, est depuis longtemps chez M. Chaulay, ancien notaire, à Sens. L'effet en est saisissant; l'élégance de la pose de la femme et la simplicité d'exécution de cette peinture, en quelque sorte monochrome, en font une œuvre des plus remarquables.
Parmi mes livres avec gravures sur bois , j'en possède trois publiés par Gilles Gourbin , ornés de vignettes et de grandes lettres, où je reconnais le style de Jean Cousin. En tête de chacun de ces volumes est la marque de l'éditeur ; elles diffèrent de grandeur et offrent aussi quelques changements de composition. Sur ces marques, Pandore est représentée tenant dans l'une un vase, et dans l'autre une urne entr 'ouverte, d'où s'échappent des génies malfaisants sous la figure de serpents et animaux ailés. On lit autour de ces marques : Intus spes sola remansit, ce qui peut servir à interpréter la pensée que Jean Cousin a voulu rendre dans son tableau. La date la plus ancienne de ces trois marques est 1556. Le tableau est- il antérieur à cette date? C'est ce qu'il serait intéressant de découvrir (1). Dans l'Entrée de Henri II à Paris (2), dont les belles gravures sur bois sont attribuées à Jean Cousin par M. Renouvier, on voit au feuillet 13 une femme dans un palais avec une urne à ses pieds, et au dessus on lit dans un écriteau : Lutetia nova Pandora. Par ce singulier rapprochement avec le tableau d'Eva nova Pandora , Cousin aurait-il voulu donner à entendre que Paris , surtout dans les palais, était aussi la cause de bien des maux, de bien des séductions?
M. Lechevalier-Chevignard, peintre distingué, qui s'est livré à une étude particulière des œuvres de l'époque de la renaissance et particulièrement de Jean Cousin, possède un tableau
(1) Voir plus loin, au chapitre ÎMi'RiMERit, l'article Cilles Gourbin.
(2) Paris, Jacques Roffet, 1549, in-4.
représentant une Descente de croix, qui a tous les caractères de la peinture de Jean Cousin , et où la tradition de l'ancienne école française est influencée quelque peu par l'art italien. Plusieurs types de têtes, ainsi que les ajustements et les draperies, dont les plis sont heurtés , ont une grande ressemblance avec ce que nous savons être de Jean Cousin. Je crois qu'on peut sans hésiter l'attribuer à ce maître ; quelques têtes de femmes sont peintes avec soin et ont le caractère qu'on lui reconnaît dans ses compositions.
M. Laurent Pichat attribue à Jean Cousin un tableau qui se trouve à Brunswick, représentant trois femmes, dont l'une fait l'aumône (1).
Le charmant petit tableau représentant à mi-corps et trèslégèrement vêtue le portrait d'une jeune veuve sous les traits d'Artémise, que possède M. Poncelet , à Auxerre , me semble pouvoir être attribué à Jean Cousin , et en effet il en est digne. Cette Artémise tenant une urne richement ciselée qui contient les cendres de Mausole, son époux, est d'une expression douce et simple. La peinture presque monochrome offre sous ce rapport de la similitude avec YEva Pandora, mais est travaillée avec plus de soin et d'art , et l'exécution est plus fine et plus délicate que dans les autres peintures du maître , surtout quant aux ornements; elle doit être d'une époque trèséloignée de YEva Pandora dont le caractère est plus archaïque, et M. de Reiset l'attribue aussi à Jean Cousin.
L'ajustement de la tête, plus simple que dans le beau, dessin de la femme demi-voilée que possède le Musée du Louvre, est d'une grande élégance et artistement disposé. Le ton de la couleur est plus clair que dans le portrait de la fille de Jean Cousin et dans celui de Savinienne de Bornes, peints tous deux par Jean Cousin; l'exécution en est bien plus délicate. C'est du reste une charmante peinture qui fait honneur à l'é-
(l) L'Ai t et les artistes un France / Paris, 1851>, în-lo.
cole française, à qui on doit l'attribuer. Eile rappelle les beaux dessins de Jean Glouet, dit Janet, et autres peintres et dessinateurs illustres dont l'exécution est si sobre et si pure* Voici la description qu'en donne M. Lobet :
« L'inconsolable veuve de Mausole, légèrement vêtue, tient des deux mains et presse sur son cœur une urne élégante et finement ciselée. Le voile, retombant avec coquetterie sur les épaules, fait valoir une blonde chevelure soyeuse et abondante qui couvre une partie du torse. Le dessin en est sec, maniéré, mais la couleur est fine, exacte et légère. Tout y est en pleine lumière, l'ombre étant pour ainsi dire absente. La touche rappelle les portraits des Clouets. L'Artémise, elle aussi, par ses minuties et le soin des détails, a tous les caractères d'un portrait (celui probablement d'une belle dame que vient d'atteindre un veuvage anticipé), mais idéalisé et empreint d'une élégance convenue, d'une désinvolture toute florentine. A tout prendre, ce petit panneau (il mesure 56 cent, sur 31) est très-curieux et la conservation en est parfaite. »
En 1811, le musée deMayence a reçu du Ministère de Tintérieur une Descente de Croix (1) attribuée par les uns à Jean Cousin et par les autres à Michel Dorigny (2).
Voici comment M. le Conservateur du musée de Mayence décrit et juge ce tableau, peint à Thuile, et daté de 1523 :
« Une Descente de Croix de Jean Cousin, de Soucy (1523), peinte sur bois, fait partie de notre musée. La composition en est riche, sagement distribuée, bien dessinée, bien drapée. Le Christ étendu par terre fait reconnaître Tétude profonde de Tanatomie du maître; les têtes ont beaucoup d'expression, et le groupe des saintes femmes est vraiment pathétique. Les couleurs n'ont pas beaucoup de fraîcheur, et les contours, en partie, sont secs et
(1) La liste des envois porte cette indication : Mayence, département du Mont- Tonnerre, n° 9, 1er envoi, n° 27, « ancien maître français, le Christ au pied de <( la croix; les Marie, saint Bruno et autres saints à genoux. 2 pieds 6 pouces sur « 4 pieds 6 pouces. » M. Clément de Ris {Musée des provinces), 1. 1, p. 37, en parle aussi et dit que cet envoi fut l'ait en 1804 ou 1805.
(2) Peintre et graveur, né à Saint-Quentin en 1617, élève et gendre de Simon Vouet, mourut en 1663.
manquent un peu il 'élégance; mais l'ensemble est digne de la célébrité d'un artiste aussi distingué qu'Albert Durer par la richesse de ses productions dans presque toutes les branches de l'art. Nous possédons ici ce bijou rare et précieux, don de l'empereur Napoléon, depuis 1811, et il est étonnant que plusieurs connaisseurs aient été de l'opinion fondamentalement réfutée que ce tableau soit de la main de Michel Dorigny (1). »
M. Arsène Houssaye possède dans sa galerie une Diane de Poitiers attribuée à Jean Cousin ; la touche un peu sèche mais franche et la sévérité élégante des lignes rappellent la manière de ce maître.
C'est très-probablement d'après un tableau de Jean Cousin que Léonard Gaultier a exécuté la gravure de la Forge de Vukain, où l'on voit inscrit le nom de ce peintre.
Dans une noie tirée de Y Histoire des arts du dessin, par Rigoliot (Paris, 1864, in-8°), tome II, p. 499, il est dit que :
« On a trouvé dans les titres de l'abbaye de Vauluisant (Yonne) que la table du grand autel de son église avait été faite par Tordre de l'abbé Pierre (de 1502 à 1549), de menuiserie, imagerie et peinture, laquelle menuiserie fut faite par un nommé Jacques Millon, les images par un Jean Blotin et les peintures par un nommé Jehan Cousin. »
A ce sujet M. Rigoliot ajoute cette observation :
« Il en est de Jean Cousin comme de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Pierre Bontemps, qui, malgré leur grand mérite et la beauté des œuvres qu'ils ont produites, n'étaient estimés qu'à l'égal de simples maçons ou ouvriers, et de la vie desquels personne ne s'inquiétait. »