‹ Étude sur Jean CousinChapitre 70 sur 72 · Gédéon et son armée (p · texte numérisé non relu

Gédéon et son armée (p

31 . Prise de Sichem par Abimélech (p. 103, répétée aussi à la p. 155).

Ces gravures ont été exécutées avant 1562, car la marque qu'elles portent ne contient pas les initiales du nom de Bouzey.

Il est important de ne pas confondre cette suite de figures bibliques de Flavius Josèphe, gravées sur bois, avec une autre suite du même artiste, sur cuivre, qui a été publiée sans texte, mais seulement avec des quatrains latins et français au bas de chaque planche, et avec une dédicace à Charles III de Lorraine, gravée aussi par Woeiriot et datée de Ghampjanon le 1er janvier 1580. Cette confusion a été faite par un lapsus calami dans le Catalogue raisonné de ma bibliothèque, n° 547, ce que je m'empresse de rectifier ici.

Ces figures bibliques gravées sur cuivre sont d'une grande

dimension ; 217 à 220 mill. de largeur sur 190 à 195 mill. de hauteur. Elles portent toutes le monogramme de Woeiriot. M. Robert-Dumesnil n'en a connu que dix-huit (p. 54-56). Dans la notice complémentaire {le Peintre graveur, t. XI, p. 331-343), on en décrit trente-sept.

C'est sans doute de cette suite qu'il s'agit dans la mention suivante tirée du Trésor des chartes de Nancy, et rapportée par M. Beaupré dans ses Nouvelles Recherches de bibliographie lorraine; Nancy, 1856, in-8:

(( 1560-1561. A Pierre Woeiriot, dit de Bouzey, 100 francs « pour subvenir et fournir aux frais à faire mettre en lumière les

« Histoires de la sainte Bible. »

Les sujets de ces gravures sont complètement différents de ceux des vignettes sur bois. Quatre seulement sont identiques, mais diffèrent par leur composition : ce sont les numéros 9, 12, 19 et 30 sur cuivre, correspondant aux numéros 10, 11, 18 et 25 des figures sur bois.

En dehors des gravures de Woeiriot, l'ouvrage de Flavius Josèphe en contient treize autres de même format, mais l'infériorité de leur dessin et leur exécution lourde et grossière contrastent singulièrement avec la beauté des planches de l'artiste lorrain. On les distingue en outre facilement par le double filet d'encadrement, tandis que les autres n'ont qu'un filet simple. Plusieurs des lettres initiales qui décorent ce livre sont d'une pureté et d'une élégance en rapport avec les vignettes placées dans le texte.

Le long séjour que Woeiriot fit à Lyon permet de supposer qu'il a pu concourir à l'exécution de quelques-uns de ces beaux livres avec figures sur bois, publiés dans cette ville, et peut-être à quelques emblèmes servant de marques aux imprimeurs, mais sans y apposer son nom, de sorte que le champ des hypothèses est ouvert.

On connaît pourtant de lui encore une gravure sur bois, le frontispice d'un ouvrage intitulé : // Cavalerizzo di messer Claudio Corte de Pavia; in Lyone, appresso Alessandro Marsilij, 1573, pet. in-4. Son exécution est bien antérieure à la publication du volume, car la planche porte le monogramme 4r sans initiales de de Bouzey, monogramme que Woeiriot abandonna à partir de 4562, comme je l'ai dit plus haut. Cela fait supposer qu'il a dû y avoir une édition de ce livre antérieurement à l'année 1573.

J'ai déjà cité quatre ouvrages ornés de figures sur cuivre, gravées par Woeiriot, en me réservant de mentionner le cinquième et dernier : Discours sur les médailles et gravures antiques principalement romaines, etc., par M. Antoine le Pois, conseiller et médecin de monseigneur le duc de Lorraine ; Paris, Mamert Pâtisson, 1579, in-4. Ce volume est orné de vingt planches de médailles supérieurement gravées sur cuivre par Woeiriot, dont elles portent toutes le monogramme ^ .

Brunet, qui n'a pas dû le voir, ne mentionne point le nom de graveur, et la description qu'il en donne est inexacte. Le volume compte 8 et non pas 9 ff. prél., 149 de texte (et non pas 147) dont le dernier coté par erreur i47, et 3 ff. pour la table. Une particularité curieuse, qui n'a été signalée par personne, c'est qu'il y a eu deux tirages différents de cette édition; je les possède tous les deux. La différence consiste simplement en ce que dans l'un le verso du titre est blanc, tandis que dans l'autre il contient un beau portrait d'Ant. le Pois, en médaillon, de 170 millim. de hauteur sur 125 millim. de largeur, gravé sur cuivre par Woeiriot, avec son monogramme.

En dehors des planches sur cuivre, on trouve dans ce volume des gravures sur bois intercalées dans le texte : un vase antique, 2 monnaies, 10 médailles, et quatre figures de la grandeur de la page : Mercure, Priape, Pomone et Hermaphrodite. La figure de Priape est souvent grattée et déchirée,

à cause de son indécence. Toutes ces figures sur bois n'ont aucune marque. M. Robert-Dumesnil les attribue aussi à Woeiriot, ce qui ne serait pas impossible. Il est vrai que la gravure des quatre grandes figures est un peu sèche et loin d'atteindre la finesse de celles de Flavius Josèphe; mais M. Renouvier, dont la compétence est connue, a émis précisément l'avis suivant sur la gravure sur bois de Woeiriot :

« Il m'a semblé réunir deux qualités déjà remarquées dans ses « planches sur cuivre : une fermeté adroite mais non exempte de « lourdeur dans les grandes pièces, et dans les petites une finesse « de taille inconnue aux graveurs précédents. »

Jusqu'à quelle époque se prolonge l'existence de notre artiste? M. Robert-Dumesnil n'a connu comme date la plus avancée que celle de 1589, qui figure au bas du portrait sur cuivre du poëte Nicolas Clément.

Déjà en 18G3, dans mon Essai sur V histoire de la gravure sur bois, col. 184, j'avais constaté l'existence d'une gravure en taille-douce avec le monogramme de Woeiriot et la date de 1596. C'est une effigie de la Vierge, en buste et voilée : elle décore le titre d'un livre publié trois ans plus tard : Heures de Nostre Dame, latin- françois, à l'usage de Rome; h Metz, par Abraham Fabert, imprimeur ordinaire et juré de ladite ville, 1599, in-8, impression en rouge et noir. Ce livre contient aussi des figures sur bois, mais qui ne paraissent pas être de Woeiriot. Il est donc positif que notre artiste travaillait encore en 1596, à l'âge de 64 ans, pour Fimprimeur Fabert, de Metz, qui avait été auparavant directeur de l'imprimerie ducale de Charles III de Lorraine, à Nancy, où il a sans doute connu Woeiriot.

Je signalerai du même éditeur un missel fort rare et peu connu : Missale secundum usum insignis ecclesise Metensis ex mandato principis D, Carol. à Lotharingia, S. Romanse ecclesise cardinalis et legati; Métis, ap. Abrah. Fabrum,

1597, in-fol., frontispice gravé aux armes du cardinal, sujets gravés sur bois à chaque page. Ce qui lui donne le plus d'intérêt, c'est une suite de petites vignettes provenant d'un Nouveau Testament, et que je n'ai rencontrée nulle part ailleurs. Elle offre assez de mérite pour qu'on puisse en attribuer les dessins à P. Woeiriot, qui, comme on l'a vu, a travaillé à cette époque pour Fabert.

Voilà pour le moment tout ce qu'on sait de l'artiste lorrain en fait de gravures sur bois.

Papillon, dans la conviction que la croix de Lorraine, même sans le monogramme de Woeiriot, était la marque que cet artiste apposait aux compositions qu'il destinait pour être gravées sur bois , le gratifie d'un grand nombre de planches qu'Auguste Bernard attribue à Geofroy T01X mais qui^selon moi, sont, du moins pour la plupart, dessinées par Jean Cousin.

La date authentique que nous avons de la naissance de Woeiriot (1532) rend impossible l'affirmation de Papillon et la supposition d'Aug. Bernard, puisque les ouvrages qui contiennent ces gravures sont antérieurs à la naissance de Woeiriot ou ont paru peu après ; d'ailleurs on ne saurait concevoir pourquoi Geofroy Tory, né à Bourges, aurait adopté la croix de Lorraine , dont Woeiriot faisait usage afin que la France, nourrice des Beaux- Arts, apprît quil était Lorrain.

Voici ce que dit Papillon, t. I, p. 193-194 :

« Pierre Woëriot ou Woveriot, graveur lorrain, fit plusieurs gravures en bois très-délicates. J'ai vu un ancien livre où il y a de ses gravures; c'est un in-octavo dont chaque page est entourée d'un quadre d'ornemens d'un beau gothique; ils sont gravés très-correctement, et rien qu'au trait, lequel est si délié, si égal et si précis, que j'ai peine à comprendre comment il a pu être fait. Il y a dans ce livre quinze ou seize grandes estampes pareillement au trait; le dessin des figures est assez passable. La petite croix de Lorraine, qui servoit de marque à Woëiriot, se

voit en plusieurs endroits des quadres de ce livre; à la fin est l'enseigne du libraire, et ces mots au-dessus : Parrhisiis, ex officina Gotofredi Torini Biturigici, Regii impressoris , ad insigne Vasis effracti. Anno salutis M D XXXI die XX mensis octo; et au-des- §ous ces deux vers :

Effracti, lector, subeas insignia vasis, Egregios flores ut tibi habere queas.

« Woëiriot a gravé très-délicatement cinquante -huit figures d'anatomie en Tannée 1533. (Voy. le premier Catalogue de M. de Marolles, pp. 135, 140, 151.) Je crois aussi qu'il a gravé en bois les figures du Songe de Poliphile, que l'on trouve dans quelques éditions de Paris, imprimées chez Jacques Rerver en 1561, contenant 128 estampes du dessin de Raphaël. Elles ne sont gravées qu'au trait. {Voy. p. 148, premier Catalogue de Marolles.) J'ai un livre de cent emblèmes gravées par Woëiriot avec des quadres gothiques rien qu'au trait. Ce livre est de Pan 1541, chez Jacques Rerver. »

Et ailleurs, tome I, suppl., p. 509 :

« Le Champ fleuri auquel est contenu l'Art et la science de la due proportion des lettres, en 1529, petit in-4° de Geofroy Tory, est rempli de gravures en bois de Woëiriot, entre autres de plusieurs vignettes d'environ trois pouces de long sur deux et demi de haut, rien qu'au trait, où la petite croix de Lorraine se trouve dans les coins. »

Mais le Champfleury a paru en 1529, trois ans avant la naissance de Woëiriot.

Papillon, t. I, p. 200-202 , et ailleurs dans le cours de son ouvrage, parle de Woëiriot et de sa croix de Lorraine :

a A la Bible de Robert Estienne de 1540, des gravures portent la croix de Lorraine, qui est la marque de Woëiriot, peintre, dessinateur et graveur en bois (1). Les plus belles sont la figure du grand prêtre, celle de l'intérieur du temple, de l'arche d'alliance, de la mer d'airain, de la colonne, et autres.»

(1) Woëiriot, né en 1532, n'avait à cette époque que huit ans.

Il lui attribue aussi la gravure du quatrième livre de YAmadis des Gaules, édition in-12.

« Le livre de Jacques Sylvius, médecin du roi, d'Hippocrate, de la Génération, etc., mis en françois parGuillaume Chrestian, aussi médecin du roi, et celui d'Ambroise Paré, maître barbier et chirurgien, chez Guillaume Morel et Arnoul Langelié, en 1559 et 1552, contiennent, le premier, un excellent petit fleuron du frontispice , gravé très-délicatement par Woëiriot, représentant un petit Amour, son flambeau à la main et assis au milieu d'une espèce d'O, sur une bande en forme d'I mis de travers...; on y remarque la petite croix de Lorraine de ce maître. Le second contient un frontispice en passe-partout, aussi gravé en bois trèsdélicatement.... et, en outre, quarante-deux planches de toutes sortes d'outils de chirurgie, bras, mains et jambes blessées, artificielles, etc., gravés en bois par le même. »

« Il y a aussi (p. 511) des gravures de lui dans le Primaléon de Grèce, imprimé par Sertenas, 1550...

« Ce livre, outre la gravure en bois du titre représentant les chiffres de l'auteur et du libraire entrelacés, contient une trentaine d'estampes de différents maîtres, mais la plus grande partie est de Woëiriot... Je n'ai trouvé la petite croix de Lorraine qu'à la planche... représentant une princesse caressant un lion... Cependant il est bon de remarquer que dans ces figures il y a des planches mêlées des premiers ouvrages de Woëiriot qui n'approchent pas, à beaucoup près, de la précision du dessin de ceux qu'il a faits. Depuis 1540 jusqu'à 1570, qu'il a peut-être vécu, on en peut très-bien faire la différence pour peu que l'on ait de dessin et de goût; car il n'y a pas, je crois, de nos anciens maîtres qui se soient plus perfectionnés que lui en très-peu d'années, témoin les figures des emblèmes du Théâtre des bons engins, bien inférieures aux excellentes figures de son bon (sic) que l'on voit, comme je viens de dire, dans le premier livre de Primaléon. » (Papillon, Suppl., 1. 1, p. 512-513.)

Dans mon Essai sur la gravure en bois, j'ai tâché de démontrer que cette croix de Lorraine appartient à un atelier formé de graveurs en bois de mérite très-divers, et c'est ce que

M. Robert-Dumesnil a fort bien établi à l'article Woeiriot (t. VII, p. 48 du Peintre-graveur),

On croit que Woeiriot professait des opinions un peu hétérodoxes. Il vivait en effet en intimité avec plusieurs personnages calvinistes marquants dont il grava les portraits. Georgette de Montenay, dont il décora le livre d'emblèmes, était aussi une protestante. Il est même possible qu'après les persécutions dirigées en 1567 contre plusieurs imprimeurs de Lyon, il quitta cette ville pour quelque temps, car je ne trouve qu'une seule gravure de lui datée de cette année, et aucune avec les millésimes de 1568 et 1569.

L'époque -la plus féconde pour Woeiriot se renferme entre 1555 et 1579, et dans cet intervalle nous n'avons rien de daté des années 1557, 1558, 1563, 1565, 1568, 1571 et 1572. A partir de 1580 jusqu'en 1596, je ne trouve que sept pièces datées de 1580, 1584, 1586, 1588, 1589 et 1596.

Pierre II Woeiriot a-t-il laissé de la postérité? On l'ignore. La généalogie de Bouzey, insérée dans Moréri, mentionne que Christophe Salvan, dit de Bouzey, actionna en 1610 Pompé Voiriot, père de Charles, et, l'année suivante, Annibal, Josué, Scipion, César et Claude II Voiriot, « lesquels, à l'imitation « de Pierre et de Claude Ier Voiriot, mettoient tout en œuvre a pour s approprier le nom de Bouzey, » Je suis porté à croire que ce Pompée était fils de Pierre Woeiriot II, tandis que les cinq autres, parmi lesquels un Claude II, étaient sans doute enfants de Claude, frère de Pierre.

Ce qui me le fait supposer, c'est cette circonstance que, dans les archives du Trésor des chartes de Lorraine, on trouve, en 1594 et 1595, deux mentions de payements faits à Pompée Wiriot de Bouzey, graveur en taille-douce, l'un « pour certains ouvrages de son art qu'il a présentés à Son

« Altesse (Charles III)» ; l'autre «pour l'aider à s'entretenir « et acquitter une partie des dettes qu'il a faites à Nancy, « travaillant de son art. »

M. Meaume, qui rapporte ce renseignement, dit que ce Pompée paraît être de la famille de Woeiriot. Or, non-seutement le fait est incontestable et consigné dans la généalogie de Bouzey, mais on pourrait même affirmer que Pompée, graveur en taille-douce comme Pierre II, était fils de ce dernier et travaillait, de même que son père, pour le duc Charles III.

L'existence de ce Pompée pourrait causer quelque embarras. M. Meaume dit qu'on n'a jamais rencontré aucune pièce qui pût lui être attribuée. Mais si Pompée, vu l'identité de ses initiales avec celles de Pierre, a adopté le monogramme de ce dernier, et s'il a atteint son habileté, comment distinguer l'ouvrage du fils de celui du père?

La descendance des Woeiriot s'est continuée. Dom Pelletier mentionne dans son Nobiliaire qu'un François Yiriot ou Wiriot, «jadis fruitier de Son Altesse, fut déclaré noble, sur « le rapport des maréchaux de Lorraine et Barrois, par lettres « de Henri, duc de Lorraine, données à Nancy le 28 mai « 1621, avec permission de porter les armes de ses prédéces- « seurs. y. Un François Wiriot, neveu du précédent, demeurant à Neufchâteau, obtint des lettres semblables. L'un d'eux était père de Christophe Viriot, écuyer, seigneur de Chevaulx, qui épousa à Neufchâteau Marie-Gabrielle Platel, et en eut trois filles, dont l'aînée, Barbe, fut à plusieurs reprises conseillère de la congrégation des Demoiselles à Neufchâteau.

Enfin, sœur Viriot, supérieure, morte à Nancy en 1827, à l'âge de 80 ans, n'a cessé de prodiguer les soins les plus touchants aux pauvres de la maison de refuge de Nancy.

Aux grands et nombreux artistes de l'Allemagne qui ont produit une série considérable d'ouvrages ornés de gra-

vures sur bois, la France peut opposer avec honneur Jean Cousin, Jean Goujon, Geofroy Tory, Woeiriot, Bernard Salomon. Si leurs œuvres ont moins d'importance que celles des graveurs allemands, elles ont aussi leur mérite, et nos artistes n'ont pas eu l'avantage d'avoir un protecteur aussi passionné pour l'art de la gravure sur bois que le fut l'empereur Maximilien.

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