‹ Étude sur l'architecture lombarde et sur les origines de l'architecture romano-byzantineChapitre 72 sur 112 · SAINT-ÉTIENNE ET LES ÉGLISES LOMBARDES DE VÉRONE · texte numérisé non relu

SAINT-ÉTIENNE ET LES ÉGLISES LOMBARDES DE VÉRONE

Saint-Étienne a Yéiione. — L’église de Saint-Étienne, qui renferme les tombes de vingt et un évêques de Vérone, est un des plus anciens monuments chrétiens de cette ville Elle se compose d’un vaisseau à trois nefs, couvert en charpente, d’un transsept à croisillons saillants et d’une vaste abside à galerie tournante, qui correspond en largeur aux trois nefs. La tribune, relevée de la hauteur de treize marches au-dessus du pavé de l’église, occupe la dernière travée des nefs, le transsept et l’abside; elle surmonte une crypte d’égale étendue.

Le dessin donné ci-dessous représente en plan l’étage supérieur de l’abside. Dans l’état actuel, tracé sur la moitié droite de la figure, la galerie tournante est fermée à ses deux extrémités. Il n’en était pas ainsi dans l'origine; cette galerie était ouverte comme l’exprime la moitié gauche de la figure : telle est encore sa disposition dans la crypte. Elle continuait les bas-côtés et renfermait les escaliers par lesquels on s’élevait du pavé de la tribune jusqu’à celui du fond de l’abside, où trônait l’évêque sur sa chaire.

La galerie tournante dont il s’agit est une anomalie dans l’architecture italienne du haut moyen-âge. Excepté Saint-Étienne, aucune des églises bâties dans la Cisalpine avant l’époque ogivale ne possède une abside ainsi pourtournée par le prolongement des collatéraux. 11 est vrai que la galerie tournante du monument véronais joue un rôle particulier, différent de celui que remplissent les galeries semblables dans les églises romanes de la France. Elle n’est point établie, comme ces dernières, pour don-

1 Da Persico, Verona e la sua provincia. Vérone, 1838, p. 191.

à une date reculée. Le caractère de l’architecture est fortement byzantin; et la maçonnerie des murailles de l’abside, exécutée avec des briques de trois à quatre centimètres d’épaisseur, séparées par des lits de mortier d’environ deux centimètres, semble annoncer une haute ancienneté. Le relèvement considérable de la tribune ne saurait d’ailleurs infirmer cette présomption, parce qu’il est motivé par la déclivité du sol.

En définitive, le chevet de Saint-Étienne offre l’exemple, à la fois très ancien et complètement isolé au nord de l'Italie, d’une abside romano-byzantine enveloppée, sous forme de galerie tournante, par le prolongement des bas-côtés. C’est un cas singulier et, pour ainsi dire, un accident. Constatons-le sans chercher à l’expliquer.

Caractères particuliers a l’architecture ses églises lombardes de Vérone. — Faute de dessins, que les limites de notre Atlas ne permettent pas de donner, nous nous contenterons de signaler brièvement les caractères particuliers à la famille de monuments

véronais, qui se groupent autour de la belle église de Saint-Zénon. Ces monuments sont d’une architecture avancée. Saint-Zénon, qui paraît être le plus ancien d’entre eux, date de la première moitié du douzième siècle *. Ils étaient ou sont encore couverts en charpente. Cependant leur architecture, simple et grande dans la disposition, légère et svelte dans la construction, très fine dans la décoration, possède déjà, dans une large mesure, les qualités de l'art complètement développé du bas moyen-âge italien. Sans doute, ces qualités tiennent pour beaucoup à la résistance et à la finesse du marbre, dont les édifices en question sont formés en majeure partie.

Si l'on entre dans le détail des formes, l’architecture de ces édifices se distingue par les caractères suivants de celle des autres monuments lombards. Les parements des murailles se composent en général d’assises de pierre alternant avec une ou plusieurs assises de briques. Les bandes murales, sveltes et rapprochées les unes des autres, sont très multipliées sur les façades et sur les parois extérieures des absides. Les archivoltes des arcatures profondes retombent souvent sur de fines colonnettes jumelles, placées de front. Des frises ornées de sculptures sont interposées, dans les couronnements les plus riches, entre la corniche proprement dite et les petites arcatures appuyées sur des consoles. Des frises semblables entrent aussi dans la composition de certains bandeaux. Les ornements sculptés sur ces frises, et parfois sur le front évidé des arcatures, consistent en rinceaux plus ou moins entremêlés de figures d’animaux : cette sculpture est traitée avec fort peu de saillie et beaucoup de délicatesse : on dirait un nielle dont les fonds n’auraient pas encore reçu de pâte colorée ; et cette comparaison se présente ici d’autant plus naturellement que l’on observe des ornements niellés sur des tailloirs en marbre, dans l’ancienne chapelle de Sainte-Hélène, voisine de la cathédrale. Mentionnons enfin les spacieuses arcades, soutenues par des colonnettes appuyées sur des lions ou des griffons, qui servent de porches à presque toutes les portes, tant frontales que latérales.

Si l’on cherche à quel art plus ancien se rattachent les caractères précédemment énumérés, on reconnaît que la plupart d’entre eux paraissent s’être produits sous l’influence plus ou moins directe de l’art byzantin. Cette influence est manifeste dans les frises couvertes d’ornements à très bas relief, véritables broderies sur pierre, qui portent au plus haut degré le cachet de l’art oriental. Les colonnettes jumelles,

1 Cela résulte positivement d’une inscription gravée sur le campanile. Da Persico, Verona e la sua provincia. Vérone, 1858, p. 47 et suiv. et note 26, à la p. 14-2.

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employées à soutenir les retombées d’arcatures profondes, se rencontrent en grand nombre dans les absides de Saint-Donat à Murano et de Santa-Fosca à Torcello : elles existaient déjà dans la galerie extérieure du mausolée de Théodoric à Ravenne. Les façades de la cathédrale de Torcello et de Sainte-Sophie de Padoue sont rayées, comme celle de Saint-Zenon, de bandes murales rapprochées les unes des autres. L’alternance des assises de pierres et de briques se rattache, à la vérité, aux errements de l’art romain ; mais il faut remarquer que, soit dans l’empire grec, soit en Italie, ce mode de construction fut abandonné pendant les premiers siècles du moyen-âge; et qu’il se trouve appliqué, au douzième siècle, à Vérone, précisément comme il le fut, à Constantinople, dans la Théotocos, à Thessalonique, dans l’église des Saints-Apôtres, en Grèce, dans beaucoup de petites églises, tous monuments d’un style avancé.

Il n’y aurait assurément rien de surprenant à ce que l’influence byzantine se fût propagée des rives de l’Adriatique jusqu’à Vérone, dans les limites restreintes que nous venons d’indiquer.

SAINTE-FOI A CAVAGNOLO

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