‹ Étude sur l'art de parler en publicChapitre 41 sur 51 · COMMENCEMENT OU EXORDE. T · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT OU EXORDE. T

même. Il y a des orateurs qiii s'en tirent assez bien de celte manière, et Us trouvent moyen de produire de l'effet, surtout avec des tirades préparées à l'avance. Je ne les en blâme pas. L'art de parler est si difficile , qu'il faut faire en chaque circonstance comme on peut , et tout est bien si l'on réussit. D'ailleurs , comme en toute pratique, l'art doit s'accommoder auxjnoyens de chacun. A cause de la diversité des esprits, ce qui va à l'un ne convient pas à l'autre ; en sorte qu'en celte matière il n'y a pas de règles absolues.

Cependant je crois pouvoir affirmer que le véritable orateur, c'est-à-dire celui qui parle et ne récite pas, n'emploie pas volontiers ce procédé, et n-y réussit guère quand il essaie de le mettre en usage. C'est tout au plus s'il peut préparer complètement sa première f)hrase, et s'il veut apprendre un exorde entier, ordinairement il s'embrouille , s'embarrasse et fait plus mal que s'il avait parié. Il lui faut j\isque dans son exorde la liberté de son allure. Seulement il doit avoir bien présent à l'esprit l'énoncé exact de son sujet et la formule aussi rigoureuse, aussi simple que possible, de l'idée qu'il exposera. Là ne doit se trouver ni vague, ni obscurité , mais une intuition claire et une

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expression bien arrêtée. C'est là qu'échouent la plupart de ceux qui préteiident improviser , parce que , faute de réflexion et de méditation, ils ne savent nettement ni l'objet de leur discours, ni la manière dé le traiter. Ils l'aperçoivent en gros ou à peu près, et alors ils disent des lieux communs, des généralités vides, ^ tournent constamment autour de leur kijet sans y pénétrer.

Ceux qui parlent sont, en commençant, dans une position tout autre que ceux qui récitent. Ils sont ordinairement faibles et un peu obscurs au début, tandis que les autres paraissent forts et brillants. Mais il en est ainsi de tout ce qui a vie dans la nafure. La vie débute toujours par un point obscur, à peine perceptible, et elle va des ténèbres à la lumière. Selon la Genèsef, toutes les choses ont été créées du soir au matin. Puis la vie s'accroît ets'grganisepeu à peu , et enfin elle s'épanouit dans toute sa magniticence. Ainsi du discours parlé , qui est quelque chose de vivant, et qui naît, grandit et s'organise devant les auditeurs.

C'est pourquoi il doitcommencer doucement, modestement, et sanfi annoncer avec pompe ce qui va suivre. Le grain de sénevé , qui est la plus petite des semences*, produit un grand

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