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Étude Sur L'Évolution Intellectuelle De L'Italie De 1657 A 1750 Environ

Jusqu'à une époque récente, une des périodes les moins étudiées de la littérature italienne fut celle qui s'étend de 1600 à 1750 environ. On ne s'intéressait guère à des générations qu'avaient séduites le délire des disciples de Marino et, plus tard, les bêlements de lArcadie. Mais, depuis une vingtaine d'années, il a paru, sur le seicento et la première moitié du settecento, quelques travaux bons ou même excellents. C’est en les lisant que nous avons conçu l’idée de cette thèse.

Ils nous avaient frappé surtout par des pages ou par quelques simples allusions concernant la fin du xvu: siècle et une partie du xvin°. Elles sont relatives au mouvement scientifique qui se produisit alors en Italie (1), à la faveur dont jouirent, en ce pays, Lucrèce, Gassendi (2), Descartes (3), à un effort tenté pour y rendre la Httérature plus vraie et plus morale (4). au suc-

(1) À ce mouvement scientifique est relative, en grande partie, la précieuse série de notices biographiques et bibliographiques réunies par I. Carini sous le titre de L'Arcadia dal 1690 al 1890, Roma, tip. della Pace, 1891. — Des conséquences de ce mouvement pour les belles-lettres, il est question dans l'étude de V. Caravelli : Pirro Schettini e l'Antimarinismo. Napoli, tip. dell’ Università, 1899.

(2) L. Carini fait allusion à cette faveur dans la notice qu'il consacre à Alexandre Marchetti, dans son Arcadia. Avant lui, Carduccien avait parlé dans sa préface au poème Della Natura delle Cose, trad. di AT. Marchetti, Firenze, Barbèra, 1864.

(3) Voir le chap. que A. Galletti consacre à Gravina, dans Le Teorie drammatiche e la tragedia in Italia nel secolo XVIII. Parte 18-1700-1750. Cremona. Stabil. Tipo-Litografico KFezzi, 1901.

(4) En ces dernières années, on s'est particulièrement occupé de la tragédie italienne de la première moitié du settecento. Citons, outre le travail de A. Galletti, les suivants : Ch. Dejob, Études sur la tragédie, Paris, Colin. — E. Bertana, Il teatro tragico italiano del secolo X VIII prima dell'Alfieri (4me suppl. du Giornale Stor. della Lett. Ital. 1901).

Sur l'esthétique du seicento et du settecento, il y a des pages importantes dans B. Croce : Estetica come scienza dell’ espressione e linguistica generale. Milano, Remo Sandron, 1902.

cès qu'y obtinrent les livres français (1). Sur ces quatre points, les œuvres dont nous parlons plus haut se restreignent, comme il convient, aux renseignements que réclament les sujets traités par elles. Pour satisfaire notre curiosité ainsi éveillée, nous tentâmes de trouver ailleurs des détails plus circonstanciés. Nos premières recherches nous persuadèrent qu'une étude restait à écrire sur l’évolution intellectuelle de l'Italie, aux temps de Redi, Cornelio, Vallisnieri, Muratori, Zeno, Maffei, Vico, Giannone.

Nous nous sommes préparé de la façon suivante à combler cette lacune, dans la mesure de nos forces. Nous avons dépouillé huit collections de journaux parus dans la péninsule entre 1668; date du plus ancien de tous, et 1750. Ils donnent, sinon toujours l'analyse, du moins les titres précis d'ouvrages dont nous avons retrouvé et lu un grand nombre à Florence, à Rome, à Bologne, à Venise, à Padoue, à Vérone, à Bergame, à Milan, à Turin, à Gênes. Nos autres sources principales ont été quelques importants recueils de lettres, plusieurs livres indiqués dans un immense répertoire bibliographique possédé par la bibliothèque Marucelliana de Florence, beaucoup d'articles de revues mentionnés dans le beau catalogue que fait publier la Chambre des députés italienne, divers travaux jugés ou seulement cités par le Grornale Storico della Letteratura ftaliana, enfin la Bibliographie de la Compagnie de Jésus (2).

Après avoir classé les documents ainsi recueillis, il nous a semblé que notre essai pourrait comprendre trois parties : l'une sur la crédulité et l'esprit critique, l’autre sur le matérialisme et le spiritualisme, la troisième sur le vrai et l’utile dans les belleslettres, en Italie, de 1657 à 1750 environ.

Ces dates n’ont pas été choisies arbitrairement. En 1657, pour la première fois après la condamnation de Galilée, des savants italiens associent leurs efforts, afin d'étudier la nature en toute indépendance et de reprendre, contre les amis aveugles de la routine, la lutte interrompue depuis 1633. En 1663,

(1) De cette fortune n'ont pas parlé seulement les critiques qui se sont occupés de la tragédie, mais A. Albertazzi et G. B. Marchesi, le premier, dans Romanzierie Romanzi del cinquecento e del seicento. Bologna, Zanichelli, 4891; — le deuxième, dans Studi e ricerche intorno ai nostri Romanzieri e Romanzi del settecento, ecc. Bergamo, 1903.

(2) Voir plus loin des indications plus détaillées sur ces diverses sources. |

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leur exemple est imité à Naples et, un peu plus tard, à Rome. Vers la même époque, on constate, en Italie, la vogue de Lucrèce et de Gassendi.

D'autre part, l'année 1744 voit accorder, en ce pays, une suprême réparation à la mémoire de Galilée. En outre, c’est bien vers ce temps que la méthode expérimentale y obtient un triomphe définitif : admise dans les universités, elle reçoit ainsi un hommage officiel. Ajoutons qu’en cette fin de demi-siècle, les spiritualistes constatent avec effroi la grande influence de Locke dans la péninsule; en philosophie, celle-ci a trouvé sa voie : elle restera fidèle au chef d'école anglais environ quatrevingts ans. Enfin, la mort elle-même nous aide à fixer la date où il faut arrêter cette étude. Entre 1742 et 1750, s’éteignent plusieurs de ceux qui, depuis environ 1700, étaient les écrivains les plus remarquables de l'Italie : Fagiuoli, en 1742; Vico, en 1744 ; Giannone, en 1748 ; Conti, en 1749 ; Muratori et Zeno, en 1750.

Nous n'avons jamais songé à épuiser toutes les questions abordées au cours de ce livre. Presque tous nos paragraphes pourraient donner lieu chacun à un nouveau travail. Notre but a été de déterminer dans quel sens a évolué l'Italie pensante, de 1657 à 1750.

Les critiques dont les travaux nous ont suggéré les problèmes à examiner ef, parfois aussi, la méthode à suivre, méritent notre gratitude. Mentionnons, entre autres, MM. Albertazzi, Bertana, Caravelli, Carini, Croce, Dejob, Galletti, Marchesi. A M. Dejob nous devons exprimer notre profonde reconnaissance. Pendant plus de six ans, il nous a prodigué conseils et encouragements (1).

G. Maucaix.

(4) Je tiens aussi à adresser mes remerciements à mon ami, M. P.Ronzy, agrégé de l’Université, dont l’aide m'a été des plus utiles, pour la correction des épreuves.

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