‹ Étude Sur L'Office De Girone En L'Honneur De Saint CharlemagneChapitre 21 sur 68 · CT SUPrA MD 22 Mm0teN5S · texte numérisé non relu

CT SUPrA MD 22 Mm0teN5S

4. Cf. la délibération du chapitre relative à cette visite, supra, p. 30, note 2.

Il est vrai, que le contenu de cette nouvelle leçon est si étranger à ce qui la précède et à ce qui suit, qu’on ne s’explique pas tout d'abord, comment elle peut figurer dans notre Office. Elle ne se compose que des trois mots : « Nemo lucernam accendit », suivis du répons « © quam admirabilis vir ». Les mêmes mots se trouvent dans l'cffice de Zurich, mais, cette fois, à la suite des leçons, et non pas dans le corps même de l'office. En outre, celui-ci nous en ‘indique le sens et l’origine. Ce sont les premiers mots d'un passage de l’évangile de saint Luc. Dans la copie de cet office, qui nous est donnée par Migne :, les leçons proprement dites sont suivies de l'indication de différentes prières, et celle-ci elle-même, des mots : « EvANGE- LIUM SECUNDUM LUCAM : € {n illo iempore dixit Jesus discipulis : Nemo lucernam accendit et in abscondito ponit, etc. ?. Credo in unum. » Ainsi, l'office de Zurich comprenait, outre les prières, antiennes, répons, psaumes, etc., la récitation d’un fragment de l’Évangile.

Il en est de même dans la liturgie actuelle, qui, depuis l'adoption du Bréviaire romain, est commune à toute l'Église. En outre, ledit évangile est suivi, à l'ordinaire, d’une homélie s’y rapportant. Ce qui a varié, c’est la place de l’évangile et de cette homélie dans l’ensemble de l'office. Au lieu que, dans l'office de Zurich, ils font suite aux lecons proprement dites, dans la liturgie actuelle, ils tiennent la place de certaines leçons. En particulier, dans les offices de neuf leçons, le dernier groupe de trois leçons, correspondant au troisième Nocturne, est constitué uniquement par le fragment emprunté à lévangile et par l’homélie. La légende propre du saint n’occupe que les six premières leçons et s'arrête avec la sixième.

L'Office de saint Charlemagne, tel que la connu Villanueva, d’après le Bréviaire de 1339, nous atteste une troisième pratique. L’évangile et, sans doute, l’homélie se placent bien au commencement du troisième Nocturne, mais, à eux deux, ils né constituent que la VII leçon ; ils ne font qu’interrompre le récit de la légende proprement dite, qui reprend tout de suite après. Les leçons VIIT et IX conti-

1. Cf. Migne, Putrologie latine, XCVIII, col. 1367. 2. Ces mots font partie de l’évangile de saint Luc, chapitre XI, verset 33.

nuent directement la leçon VI. Quelque bizarre que paraisse un pareil usage, il n’en est pas moins certain. Il nous est attesté par le bréviaire de la cathédrale de Girone, où nous avons découvert le texte inédit d’un autre office de saint Charlemagne. Dans celui-ci, la lecon VII est omise complètement, sans doute parce que la mention de l’évangile à réciter avait été jugée inutile, Pindication devant se trouver ailleurs. La lecon VIII fait suite à la leçon VI, sans qu'il y ait d'interruption pour le sens, dans le texte de la légende.

Il semble, du reste, que les scribes, auteurs de bréviaires, aient varié dans la notation de cette VII° leçon, si particulière. Celui auquel nous devons le texte de notre Office de Charlemagne s’est borné à indiquer les trois premiers mots de l’évangile du jour. Le bréviaire, trouvé par nous, omet purement et simplement la leçon. Dans un autre bréviaire, appartenant au diocèse de Béziers, imprimé en 1534, et où tous les offices de neuf leçons sont constitués de même, la VII: leçon contient les premiers mots de l’évangile, avec ou sans la référence au texte d’où ils sont tirés. Parfois, mais rarement, ils sont suivis de l'indication de lhomélie ‘. Ce que nous atteste surtout ce dernier bréviaire, c’est que la disposition si curieuse qui nous occupe est la disposition normale des offices de neuf leçons. Nous avons affaire là à une pratique très ancienne, et qui, dans un certain nombre de diocèses, a dû se maintenir très longtemps, même après que le concile de Trente eût prescrit, à toute l'Église, l’observance du bréviaire romain *.

1. Cf. Breviarium Bitlerense, 1584. L’exemplaire que nous avons pu consulter appartient à la bibliothèque particulière de l’évêque de Montpellier. Fo 287. Office de saint Thomas archevêque. Lecrio VIT. Secundum Johannem. /n illo tempore dixit Jesus discipulis suis : Amen, amen, dico vobis. — Fo 289. Office de S. Silvestre. Lecrio VIT. Secundum Mattheum : Homo quidam peregrinus. — Fo 289. Office de S. Macaire. Lecrio VII. De evangelio : Homo quidam nobilis. — F° 290. Office de Ste Geneviève. Lecrio VII. De evangelio : Decem virginibus. — Fo 471. Office de S. Clément. Lecrio VII. Secundum Mattheum : Zn illo tempore loquente Jesu ad turbas, et à la suite « Omelia lectionis ejusdem ».

2. Une note manuscrite placée en tête de ce Breviarium Bitlerense dit expressément : « Il a été en usage jusqu’en 1609, date du concile provincial de Narbonne, qui enjoignit à toute la province narbonnaïise de suivre le Romain.

On peut donc s'étonner, que Florez n’ait pas reconnu cette forme particulière dans l'Office de saint Charlemagne, tel que le lui présentait le Bréviaire de 1339. Villanueva, en effet, n’aurait pas, de lui-même, restitué à cet Office sa constitution archaïque. Des deux, c’est évidemment l’auteur de l'España Sagrada, qui, volontairement, s'est écarté du texte qu'il recopiait. Il a supprimé la leçon VIE sans doute parce qu’il n’a pas compris ce que faisait à cette place l'indication de l’évangile. Cette phrase, qui venait interrompre le récit de la légende, lui a semblé n'être qu’une interpolation, due à lignorance ou à la négligence de l’auteur du Bréviaire. Il a voulu rétablir la suite du récit, mais, ce faisant, il a fait de l'Office de saint Charlemagne, un office en huit lecons, et comme il n’en a jamais existé. Cela seul suffirait à nous faire suspecter sa fidélité à reproduire son modèle, et devrait nous faire douter de la valeur de sa copie.

D’autres différences encore entre les deux textes tendent à nous faire préférer celui de Villanueva. Un certain nombre de mots figurent dans celui-ci, qui ne sont pas représentés dans l’autre. Dans la Ie leçon, Villanueva a lu iberabimus te cum victoria et salute et cependant, dans le texte de Florez, et salute manque. A la IVe leçon, les mots confortatus in Domino sont dans la copie de Villanueva, et pas dans l’autre, et de même les mots ex func *. A la IXE, la leçon correcte Licet eam multis vicibus debellasset, est donnée par Villanueva, tandis que Florez ne donne pas eam. De même encore, au lieu de la leçon très peu satisfaisante crucem magnam et rubeam undique adornatam, publiée par ce dernier, l’autre copie porte correctement #ndique lumine adornatam. Comme toutes les variantes de Villanueva contribuent à rétablir partout le sens, à moins de supposer que le texte du Bréviaire était, sur ces points, incorrect et fautif, il faut bien considérer, que nous avons affaire à de pures omissions, imputables à la seule négligence de Florez.

Ailleurs encore, nous avons la preuve que celui-ci lisait mal le manuscrit. À la leçon VI, il lit Rotulando au lieu de Rotulandus, et

1. Cf. Lecrio VIII : ideo…. ex tunc fuit ab incolis nominatus.

dans la neuvième outtas enim, au lieu de guttas etiam. Dans les deux cas, le texte correct est donné par Villanueva. Dira-t-on que ce dernier a lui-même corrigé l’original fautif ? D’autres fautes se trouvent dans la copie de Florez, qui n'étaient certainement pas dans l'original, et qui proviennent uniquement de ce qu’il n'a pas su, lire les abréviations. Il copie in campo quod dicitur Milet (leçon IV), et de même un peu plus loin Sa clusa vocatur quod Mons Acutus antea vocabatur (leçon LV) alors que, dans les deux cas, labréviation devait être lue qui. En donnant, les deux fois, la forme correcte, Villanueva ne fait que bien lire ce manuscrit. À trois reprises, Florez lit usque l’abréviation de versus : usque in Spaniam (leçon T), usque in civitatem (leçon V), usque Gerundam (leçon VI). Pour ces trois leçons, Villanueva a respectivement versus [spaniam, versus civitatem, et versus Gerundam. Et il n’y a pas de doute qu'ici encore, c’est lui qui a bien lu. Pour les deux premiers cas, on pourrait hésiter, encore que la même leçon contenant, d’après Florez, la forme spania, il semble bien que #7 Spaniam soit une faute pour /spaniam. Mais, pour le troisième, le sens lui-même atteste que versus est la vraie forme, et non pas usque. Charlemagne va si peu « jusqu’à » Girone, qu'il s'arrête ad locum de Ramis dans cette marche « vers » Girone. Il est donc légitime de penser, que, dans les trois cas, c’est Florez qui n’a pas su résoudre la même abréviation.

Une faute commune aux deux copies, et qui, par suite, apparaît bien comme propre à l'original, est l’omission, à la leçon IV, de la conjonction cum. C'est avec raison que M. Schneegans a rétabli, avec Rocher, Sanctus cum Karolus devenisset.

Les fautes particulièrees à la copie de Villanueva sont rares. En dehors de la forme Nubet, nous ne relevons, et toujours dans cette même leçon IV, que ideo, au lieu de ideoque, et intus, au lieu de ilerum donné par l’autre texte. La difficulté d'entendre, tout de suite, le sens de iterum, qu’on n’a pas, jusqu'ici, réussi à expliquer, nous est une preuve, que Florez n’a pas pu mal lire ce mot. Au contraire, 2ntus a pu être amené par inclusum, avec lequel il est si voisin de sens qu'il fait presque pléonasme. On s'explique, du reste, l'erreur de Villanueva, les deux mots donnant lieu à des

LE TEXTE DE L'OFFICE LITURGIQUE s7

abréviations à peu près identiques. Dans les manuscrits de Girone, que nous avons consultés, la même abréviation sert fréquemment à indiquer les finales us et um. Le signe qui tient la place de er, a, très facilement, pu être confondu avec le signe abréviatif de n.

On ne s'explique donc pas le jugement du P. Fita sur la copie de Villanueva, à moins qu’il n’ait considéré toutes ses variantes, par rapport à celle de Florez, comme autant de fautes, et sans se référer au manuscrit. C'est elle, au contraire, qu’il nous paraît préférable de suivre, et c'est à peu près exclusivement d’après elle, que nous réproduisons le texte de l'Office. Bien que les leçons soient la seule partie qui nous intéresse, nous le publions tout entier, avec l’indication des hymnes, antiennes, psaumes, oraisons, etc., qui se récitaient aux diverses heures canoniques. Nous ne donnons jes variantes de Villanueva (7) et de Florez (F) que pour les leçons proprement dites.

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