Cf. Schneegans, op. cit., p
qu'aussi bien on pouvait par ailleurs affirmer, que, primitivement et de tout temps, l'Office devait comprendre neufleçons :.
Nous savons maintenant, que, si telles étaient bien en effet les dimensions de cet office, la VIII: leçon du texte de Florez, devenue la neuvième par le rétablissement de celle qu’il avait omise, était cependant la dernière. Dans ces conditions, l’on ne peut plus songer à constituer avec la mention des faits, dont M. Schneegans constate l'absence, une leçon nouvelle, qui s’ajouterait à la dernière du texte actuel de l'Office. Si elle y figurait vraiment, elle ne pourrait être qu'une partie de la IX° leçon.
Mais il n’y a aucune raison de vouloir, à tout prix, retrouver ou rétablir dans le texte de l'Office tout ce qui se trouve en effet dans l’autre récit de la prise de Girone. Pourquoi M. Schneegans n'a-t-il pas également considéré comme une lacune l’absence dans l'Office de l’explication symbolique, que l’autre récit nous donne des prodiges ? C’est, sans doute, qu’il la considérait, avec raison, comme une addition particulière et caractéristique de ce récit. Mais l’on en pourrait dire autant de la plupart des traits, relevés par lui comme manquant au texte de l'Office. Certains nous apparaissent comme des détails purement littéraires destinés à dramatiser le récit ; l’épouvante des Sarrasins, l’entrée de Charlemagne dans la ville, les messes d'actions de grâces chantées en raison de a victoire. D’autres ont, peut-être, une raison d’être plus sérieuse, si comme nous le verrons par la suite, ils n’ont été introduits dans le récit que pour soutenir des prétentions mises en avant, à un moment donné, par le chapitre de Girone. C’est ainsi, qu'il faut comprendre, selon nous, le soin, que prend l’auteur de rappeler les marques de faveur données par Charlemagne à l’église de Girone et le choix fait par lui d’un chanoine du Puy, comme évêque de la ville reconquise au Christianisme.
L'absence de ces détails ne nuit en rien à la clarté de la version de l'Office, si même elle ne fait pas mieux ressortir, comment la fin du récit répond exactement au but, assigné par la leçon IT à lex-
IC ISChnEC SANS, Op pisse
64 CHAPITRE Il
pédition de Charlemagne. Celle-ci, en effet, dans la pensée de l’auteur, avait pour seul objet de reconquérir la ville sur les Sarrasins et, comme symbole permanent de la conquête, de transformer en cathédrale leur mosquée. C’est le programme, que la Vierge Marie elle-même avait tracé à l’empereur, etses paroles servent d’une préparation naïve, qui nous fait pressentir la suite des événements. La véritable conclusion du récit et de l’expédition, c’est la prise de la ville et c’est l'établissement de la cathédrale. En dehors de ces deux faits, tous les traits, qui se trouvent dans l’autre récit, et la mention elle-même des fondations pieuses faites par Charlemagne, pourraient bien n'être que des additions postérieures. Leur absence ne révèle pas forcément l’existence d’une lacune, et le récit forme un tout complet, s’il mentionne la prise de la ville et établissement de la cathédrale.
Or, quoique d’une façon en apparence assez indirecte, ce dernier fait est suffisamment exprimé dans le texte de l'Office, par cela seul, qu’à propos de la croix apparue dans les airs au-dessus de la mosquée sarrasine, l’auteur prend soin de préciser, que, de son temps, c’est là que s'élève la cathédrale. Il était inutile d’en dire plus long à des lecteurs ou à des auditeurs qui étaient au courant. Et à voir la concision, dont use l’auteur dans tout le reste du récit, on ne doit même pas supposer, qu’ilait pu revenir, une seconde fois, sur le même fait ni surtout pour donner plus de détails. Il faut donc résolument rejeter l'hypothèse, qu’il ait pu être question dans un fragment perdu de l'établissement de la cathédrale.
Mais, par contre, dans l’état actuel du texte, il est impossible de découvrir dans l'Office là mention expresse du fait, qui est la conclusion de tout le récit, à savoir de la prise de Girone. C'est là une lacune, qu'avait signalée dès longtemps Gaston, Paris , et. c’est, à vrai dire, la seule, dont l'existence soit certaine. On devrait s'étonner, que M. Schneegans ne lait pas spécialement signalée, si l’on ne pouvait, avec raison, supposer, que, dans sa pensée, le fait
1. « Ce récit, pour être complet, devrait raconter la prise de la ville ». Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 281.
de la prise de Girone, comme ses diverses circonstances, dont il notait l'absence, formaient la matière de la leçon perdue, qui était la dernière del’Office.
Quoi qu'il en soit, la lacune n’en est pas moins réelle. Si l’on accepte le texte du manuscrit, tel que l’ont reproduit Florez et Villanueva, la dernière phrase mentionne seulement les miracles survenus pendant le siège, et on ignore si la ville fut prise ou non. Nous croyons cependant, que l'Office primitif contenait bien la mention de la victoire de Charlemagne, mais au lieu de supposer la perte d’une leçon tout entière, nous croyons que le silence du texte actuel tient uniquement à une altération partielle de la IX° leçon, imputable au seul auteur du Bréviaire dit de 1339. Un membre de phrase assez court a dû être omis par lui après les mots, par lesquels commence la dernière phrase du texte de Florez et de Villanueva.
Ce qui, à notre avis révèle l’existence de la lacune, c’est la difficulté d'entendre d’une façon entièrement satisfaisante les mots : « contigit tamen ». La construction de contigit avec une proposition infinitive, pour n'être pas conforme à l’usage classique, n’en est pas moins très admissible dans un texte tel que l'Office, et l’on en trouverait d’autres exemples dans la basse latinité aussi bien que dans le latin du moyen âge. Mais, au point de vue de la suite des idées, il est difficile d'entendre le mot famen, qui accompagne contigit, si on ne le rapporte pas directement à ce qui précède. Auparavant l’auteur vient de dire, que, malgré plusieurs assauts répétés, Charlemagne n'avait pas pu prendre Girone. On reconnaitra qu'il aurait assez mal écrit s'il eût continué en disant : « Il se produisit cependant différents prodiges. ...... ». Combien la suite des idées paraitrait plus naturelle, si, au contraire, après avoir indiqué l’impossibilité pour Charlemagne de prendre la ville, le récit ajoutait : « Cela arriva cependant. » L'opposition très forte marquée par {amen parait se rapporter directement à ce qui vient d’être dit en dernier lieu. C'est là surtout ce qui autorise notre façon d’entendre le texte. En l’adoptant, on retrouve dans l'Office la mention de la prise de la ville, qu'il était surprenant de n’y pas relever. Sans doute, la cons-
truction de contigit avec un pronom sujet serait plus satisfaisante et CouLer. — Office de Girone. \ S
plus correcte, mais l’ellipse du pronom, sujet ou régime, n’est pas rare dans les textes de la même époque *.
Une conséquence de cette interprétation est de nous révéler, malgré tout, l’existence d’une lacune dans le texte transmis par le Bréviaire de 1339. Il est clair, qu’ainsi entendu, le verbe contigit ne peut servir à annoncer la proposition infinitive, où est consignée la manifestation des prodiges, laquelle à dès lors besoin qu’un autre verbe l’introduise. Mais la lacune est sans douto assez peu importante. C’est tout au plus une ligne, qui a été sautée par l’auteur du Bréviaire. Peut-être même, n'est-il pas impossible de suppléer, à peu près, à son omission. L’autre récit de la prise de Girone, en mentionnant l’événement, prend soin d’en marquer le caractère et qu'il se produisit avec l’aide divine, divina operante virlute. Quel que soit le rapport des deux récits, étant donnée la similitude générale des expressions, on peut, non sans quelque vraisemblance, supposer, que les mêmes mots figuraient dans l'Office liturgique, amenant ainsi la mention des prodiges. Quant à la proposition infinitive, où celle-ci se trouve, il suffit de supposer, qu’elle était introduite par un verbe déclaratif quelconque fertur, dicitur, narratur où constat. Peut-être est-ce ce dernier qu’il faut rétablir de préférence ; sa ressemblance générale avec contigit expliquerait peut-être l'erreur et omission du copiste.
Celles-ci, au surplus, ne doivent pas nous surprendre, après ce que nous avons vu de l’état déplorable des livres liturgiques des églises d'Espagne au moyen âge, et de l'ignorance comme des négligences de leurs auteurs ?. En tout cas, si l’on entend, comme nous, ce passage de l'Office liturgique, et si l’on est d'accord avec nous pour mesurer l'importance de la lacune, on voit, qu’il est inutile de recourir à
1. Nous relevons en effet une omission assez analogue du pronom régime dans l'autre récit, que nous étudierons plus loin de la prise de Gironé : « Sël partem exercitus misit ut transirel per viam que vocatur Collum Panissarii. ..... Et videntes Sarraceni timuerunt. ...... DEP MTAS ae » Régulièrement on aurait dû exprimer le régime de videntes par l’un des pronoms hoc ou illud, mais l’omission ne nuit en rien à la clarté de la phrase.