Cf
2860 sq.
1190, sq.
2. Cf. Gesta Karoli Mairni ad Carcassonam et Narbonavi, édo" Schneegans,
LHS SOURCES DE L OFIICH LITUKGIQUK I4I
L'identité des deux épisodes se marque dans les noms des personnages, dans la similitude des circonstances et presque des moindres détails. Aussi M. Selmeegans a-t-il eu raison de considérer ces deux récits parallèles comme provenant par dédoublement d'un épisode unique, raconté par la source du Pseiido-Philoiiiena ' Le procédé est en effet constant chez son auteur; il lui sert à masquer la pauvreté de son imagination et, aussi, l'absence presque complète de traditions anciennes, relatives à la fondation de son abbaye.
Jùitre les deux récits du Pscudo-Philoiiiena il n'y a vraiment qu'une différence dans le développement. L'un est plus court que l'autre, et, si l'on remarque que le plus court, dans les circonstances qu'il nous expose, est aussi le moins vraisemblable, on pressent, qu'il n'est qu'un abrégédu récit plusdéveloppé, qui estaussi plus vraisemblable. Peut-on admettre, que Marsile provoque une coalition de tous les rois Sarrasins uniquement pour venir empêcher la construction d'un cloître ? La chose est, au contraire, toute naturelle dans le .second cas, quand il .s'agit pour lui de venger la perte de Narbonne et de tenter de la reprendre. On s'explique, que pour le premier épisode, l'auteur, gêné en quelque sorte par la disproportion de l'entreprise supposée et de son but réel, ait moins insisté sur le dénouement de cette expédition. Il a beaucoup résumé le récit de la poursuite des Sarrasins, afin de ménager l'intérêt du second épisode, où cette poursuite, plus en rapport avec l'importance de l'entreprise, est aussi plus dramatique.
Toutelois, la première poursuite des Sarrasins est marquée par deux combats, que ne mentionne pas le récit de la seconde, et qui semblent avoir été un des éléments constitutifs de l'épisode, tel qu'il était dans le modèle utilisé par l'auteur du Pseiido-Philoniena. Tout d'abord, avant même que dans leur fuite ils aient pu franchir la Nielle, affluent de l'Orbieu, les Sarrasins sont rejoints par Charlemagne : un premier combat s'engage, où périssent seize mille Sarrasins, et où Roland tue un roi païen du nom de Baidrac. Les païens épouvantés reprennent la fuite, pourchassés par les Français, jusqu'à la nuit. Il
I. CA. Sclincc'i^.uis, Die Oin-llcn <li's soi^u'iiiiinili'it l'sriiilo-I'hiloiiiriiii, olc. pp. 71- 7?-
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arrive même, qu'à la prière de Cliarlemagne un miracle se produit, qui n'est qu'une complication de celui de Josué. Alors que les Sarrasins sont dans la plus grande obscurité, les Français sont inondés de clarté. Ils peuvent, malgré la nuit, donner la chassse à leurs ennemis. Et, en effet, le lendemain au matin, ils se trouvent dans une plaine du Roussillon, où le combat s'engage à nouveau. De nouveau les Sarrasins sont vaincus. La poursuite recommence, et cette fois jusqu'aux Pyrénées '. Puis Charlemagne s'occupe d'ensevelir ses morts et revient à La Grasse \
On peut supposer, que les deux combats de la Nielle et du Roussillon n'en faisaient qu'un dans l'épisode primitif. On ne s'explique pas, comment, grâce au miracle, les Chrétiens n'exterminent pas sur place leurs ennemis, et comment, d'autre part, ceux-ci, malgré les ténèbres épaisses, peuvent- trouver leur route jusqu'à cette plaine du Roussillon, où ils auront encore à combattre. Il y a là une telle invraisemblance que le traducteur a corrigé le texte latin et a supprimé le second champ de bataille. C'est sur les bords de la Nielle, qu'à deux reprises les Sarrasins sont vaincus. Le combat s'arrête le soir et, malgré le miracle qui atteste simplement la protection divine, il ne se prolonge pas pendant la nuit. Il ne reprend qu'au matin, mais à la même place et, c'est de là, que commence la poursuite, qui amène Sarrasins et Chrétiens jusqu'à la Cluse K
1 . K Et sic congregati [Sarmceni] ceperiint fiigam. Sed ante quant fuissent apiid rivinh Nielle, amisit Marcilius de suis. XVI. m. et Rotolandus percussit ibi quemdani regem Baldragmn noniiue et eum scindit per médium et in illo ictu Juerunt onines perterriti ita quod nullus alium expectavit et usque fuit nox secuti fuerunt eos. Et lune Karolus fecit siios pedites redire deprecando Deum ut Marcilium cum suis confunderet. Fiiiita oratioue tantus splendor corruit in eos, ac si meridies esset, et inter Sarracenos tanta le)iebrositas, ac si nox esset nigerrima, sicut erat. Et ante terciam in crastinuiu in piano Rosselionis fuerunt. Et ihi fecerunt prelium et iteruni fuit Marcilius devictiis et
amisit ibi .LXX. milia de suis et Karolus non nisi quadriiigentos milites Et persecutio
cbristianorum duravit usque a La Clusa. » Édition Schneegans, 1194-1213.