Cf. Edition Schncegans, 2940 sq
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C'est d'abord dans un défilé difficile des Albères, que Charlemagiie, à la poursuite des Sarrasins depuis Xarbonne, les atteint enfin. Ce mauvais passage, que Turpin, parait-il, appela Malus Pcrl/isiis, n'est autre évidemment que le Col du Perthus, un des points d'accès les plus fréquentés du Roussillon en Espagne. Sans doute, il n'est pas dit expressément que les Sarrasins veulent barrer la route aux Français, mais comme les Français sont vainqueurs et restent sur la position, il semble bien, qu'une fois maîtres du col ils n'aient plus qu'à entrer en Espagne '. Cependant la résistance se reproduit sur un autre point. Le roi Marsile se réfugie auprès d'un de ses vassaux, Frenagan, dont le château, appelé Montagut, est assez fort pour empêcher le passage des Français. Le lendemain, en effet, Charlemagne apprend que Marsile s'est fortifié dans Montagnl. Il vient s'en rendre compte, et, du fait que le roi sarrasin s'est enfermé dans ce château, il déclare que celui-ci, à l'avenir, s'appellera Clansa. Puis, il retourne à La Grasse, pour aller chercher dus renforts, afin d'emporter la position et de forcer l'entrée de l'Espagne ^
1. « lp<e autein \Kaiolii<.\.. picicpil oiiiiiihiis ut n'iocitcriiinhucntur. l:t cuvi .LX. iiiilia niilitibus scculiis jitil cos et, donec fuit jere iiox non potuit eos coiisequi et iirruiil jiini per A'F. leucas. Et in quodam pessimo passa, nbi voditur ad Alhirnts, — nonien cujus fuit per Turpiiunn postea mutiitum. Malus Periusiis videlicet, — consecutiis fuit
COS. Et abstuUt ihi Mairilio .XXX. miîia Saracenos Et quia nox fuit, sequela
icnidnsit et ibidem sletit Karolus illanocte. » Edition Schuccgans, 2900-2910.
2. (' Marciliuf autein ciiin omnibus qui in bonis equis erant, usque ad Montent Acutuin fnoilet ihi remaiisit, quoiiiam dominus illius castri erat l'assallus siins, Fenie-
i^andus videlicet Et Fernet^andus ait : Castrum habemus fortissimum et non
dubitamus !\arolum neque aliqueni venieutem, quare non reeedetii modo. Et ad sui eonsolationem remansit. lit Eerneoandus eiim et suos collocavit in Castro, oninia eis neeessaria lan^issime tribuendo. In aiirora diei Karolus suique surrexerunt et, dum fuerunt armati, viderunt Montem .4cutuni et ncminem Sarraeenorum . Tune ait Karolus : In qua parte reccsseruni isti ? Et Rotolandns ait : Apud Montem Acutum. Tune Karolus cum suis apud Montent .4cutum fuit et Fenteiraitdus elausit portas et neininent exiie permisit. Et Karolus ad qiiandam jenestram fecit exire Marcilium. Et dum vidit cum,
dixit ci : Marcilii, quarc rcecssisti a Wirhoita ? .SV</ qitia inclusits estis, castrum
istud Clausa vocabiltir de celcro. Et ita fecit etint pi^tea itontiitari. El quia castrum erat forte et ad expugnaitdum noit vénérant praeparati, de coitsilio oiititium apud Crassam omîtes pariter reccsseruni. » l-Àlition Schnccg.uis, 2S<.)>.V29.}2.
CouLLi. — Ojjicc de Giionc. \o
Mais cette décomposition de la résistance des Sarrasins en deux moments, et aussi la mention de ce Montngiit créent une certaine difficulté au point de vue de la vraisemblance du récit. On n'a pas réussi à identifier ce Montagui ' et, dans la région très circonscrite que nous décrit le Fhilonwna, on ne trouve aucune trace de ce nom. En réalité, ce nom pourrait bien n'avoir pas été emprunté à la toponymie réelle, mais avoir été inventé par l'auteur du récit poétique, qu'a utilisé le Philoniena. Le fait, que dans le récit des deux poursuites, celui-ci mentionne La Clusa comme le point, où s'est produite la résistance des Sarrasins, nous incline à croire, que, dans sa source aussi, ce nom figurait. Malgré la négligence des poètes du moyen âge à dresser une topographie exacte, on peut supposer, qu'en raison de l'importance de la position, celui, qui avait raconté l'eflbrt de Charlemagne pour pénétrer en Espagne, avait dû noter son passage à cet endroit, qui était considéré comme la porte de l'Espagne ^ A côté de ce nom emprunté à la toponymie réelle, il citait un Montagiit, dont le nom rappelle le caractère montagneux de la région, mais ne désignait aucun château, aucune position appelés véritablement ainsi. Avait-il eu l'intention de l'identifier avec un des châteaux commandant le passage de l'Ecluse et avec l'Écluse elle-même ? Ce souci serait plus naturel de la part de l'auteur du Philoniena. L'explication, qu'il donne du changement de nom de Monfeni Acutum en Clansa ou Chisa, paraît bien lui être personnelle.
Le résultat de cette identification, c'est une certaine obscurité, qui règne sur cette partie de l'action. Si, une première fois, Charlemagne a atteint et battu les Sarrasins dans ce passage difficile, in pessimo passa, appelé par Turpin Malus Pertusus, et si cet endroit devait être regardé très précisément comme le village actuel et le col du
1. Cf. Schncegans, op. cit., p. 68 etKempe, Die Ortsnamen des Philomena, Halle, 1901, p. 45.
2. De tout temps sans doute cette portion de l'Écluse avait été fortifiée. A l'époque romaine on y avait installé un camp. Cf. De Marca, Marca hispanica, 60- 61. Il y avait pour dominer le passage deux châteaux forts et l'on voit encore, paraît-il, les restes d'un mur, qui servait au besoin à barrer la route. Cf. Schneegans, op. cit., p. 68, note 3.
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Pcrthus, on ne s'explique pas, comment Marsile, que les Français chassent toujours devant eux, pourrait revenir X Montaî^ut, c'est-àdire cà l'Kcluse, qui, au contraire, est au nord du Perthus '. Il y a là une invraisemblance, qui pourrait s'expliquer par le fait, que l'auteur du Philomena, qui connaît si bien le pays environnant La Grasse, est moins familier avec la région, où se trouvent l'Écluse et le Perthus. On peut aussi penser, que l'obscurité provient du'dé^ir, qu'il a eu de combiner les données topographiques, plus pittoresques que précises, de son modèle avec des renseignements plus exacts. Enfin, on peut, à la rigueur, admettre l'itinéraire donné par lui, si, au lieu d'identifier très précisément le Malus Perliisus avec la localité actuelle du Perthus, on entend, qu'il a voulu désigner par là tout le chemin d'accès en Espagne, et qui commence, en effet, avant même la localité de l'Écluse. Mais, de toute façon il subsiste dans le récit du Psciido-Philoineiia une légère imperfection, qui non moins que le dédoublement de l'épisode et la décomposition des scènes, peut servir à le caractériser.
Si, de la comparaison de ces deux narrations de la poursuite des Sarrasins, on peut dégager ce qu'était le môme épisode dans la source utilisée par le Philomena, il semble, que l'on peut affirmer, qu'il se composait essentiellement d'un combat, mais d'un combat unique, qui coupait en deux la poursuite, et d'un effort fait par les Sarrasins en un point de la région des Pyrénées pour arrêter l'élan des Français. Peut-être la tentative réussissait-elle, au moins pour le moment. Si le récit avait les limites que semble indiquer l'auteur du Philomena, il s'arrêtait sans doute sur ce demi-insuccès des Français, peut-être en annonçant un retour plus heureux de leur part et leur triomphe final. Nous serions enfin portés à croire, qu'il comportait certaines données topographiques, encore que beaucoup moins détaillées et précises que celles du Pscjido-Philomcua. l'Ji ce qui ct)ncerne le combat, peut-être le récit se bornait-il à rappor-
I. Sur l.i route i]ui v.i de Perpignan i Higuoras, quand on se dirige vers VVspagne, la première localité, que l'on rencontre après avoir passé le Boulon, est le village de l'I-xlnse, puis plus loin le Perlluis, A 5 kilomètres seulement de la frontière. (X. Kenipe, ('y', cit., p. 52.
ter, qu'il s'était livré dans une plaine ou près d'une rivière ; quant à la lutte dans les Pyrénées, nous admettrions très volontiers, qu'il la localisait en un point, appelé arbitrairement par lui Monta^ut, mais voisin de La Cluse, qu'il citait comme la porte véritable de l'Espagne.
Or, si telle était bien la forme plus simple de l'épisode primitif, il est incontestable, qu'en ce qui concerne la poursuite des Sarrasins, l'Office liturgique paraît se rapprocher plus de cette source que du récit du Pseado-Philomena. Il ne raconte naturellement, qu'une poursuite 'des Sarrasins, et de plus, il retrace l'épisode avec ses deux traits essentiels, un seul combat livré par les Français devant la poursuite et la résistance opposée par les Sarrasins en un point de la région des Pyrénées. Même, pour ce qui est de ce dernier incident, le récit paraît plus logiquement conduit et débarrassé des légères invraisemblances, que le désir de compliquer et de dramatiser sa narration avait amené l'auteur du PhiJoineiia à commettre '.
Après la victoire remportée sur l'ennemi, Charlemagne le poursuivant toujours arrive à Sa Clusa ; c'est le nom proprement catalan de l'Écluse. Il y trouve Marsile qui s'y est fortifié, et à cette circonstance la position, appelée jusqu'alors Montagut, doit son nouveau nom de Sa Clusa. Un peu plus loin, après que l'empereur a débusqué Marsile, la résistance se renouvelle, mais plus avant dans la montagne, au point culminant, sinon de la montagne, comme le dit l'Office, mais du défilé, qui traverse les Albères, à Malpartus, c'est-à-dire au Perthus. Pour en triompher, Charlemagne a recours à une manœuvre savante : restant au Perthus, il envoie une partie de son armée par le col de Panissas qui est tout proche, une autre par un chemin de montagne, per ahrnpta tnontiitm et les Sarrasins craignant d'être enveloppés s'enfuient vers Girone.
Toute cette partie du récit atteste de la part de l'auteur de l'Office une connaissance exacte de la région des Pyrénées, où se passe l'action. C'est ce qui lui a permis, afin de continuer le récit, qui, dans le Philomena s'interrompait avec l'insuccès de Charlemagne à Mon-