CHAPITRE V
LES SOURCES DE L OFFICE LITURGIOUE
sans cependant raconter ni affirmer absolument la prise de Girone par Charlemagne, supposait, de la part de son auteur, une certaine croyance à la réalité du fait. A ce titre, il intéresse déjà l'histoire poétique de Girone '. Mais ce par quoi il est surtout curieux, c'est le rapport qu'il établit entre cette prise de Girone, qu'il suppose, et qu'en quelque sorte il annonce, et d'autres faits légendaires de la vie de Charlemagne.
Le clerc, qui l'écrivit pour composer une histoire à son abbaye de La Grasse, eut l'idée de faire de la fondation de l'abbaye un épisode de la prise de Narbonne par l'empereur. Il mit donc à contribution les légendes et les récits poétiques, mais la source qu'il utilise, le vieux manuscrit de la bibliothèque du couvent, auquel il emprunta la matière et le cadre de son récit, et dont il n'y a pas de raison de mettre en doute la réalité \ ce modèle faisait de la prise de Narbonne elle-même un épisode d'une expédition de Charlem.igne, ayant pour but la conquête de l'Espagne. Après avoir prisCarcassonne, l'empereur aurait songé à s'assurer de Narbonne pour s'ouvrir le chemin des Pyrénées. Et en effet, quand l'auteur du Philomena nous a raconté la chute de Narbonne, il nous montre Charlemagne poursuivant les Sarrasins, les chassant du Narbonnais et du Roussillon et les forçant à repasser les monts. Sans doute, le récit s'arrête sur un essai de résistance des Infidèles, qui tentent de barrer la route aux Français, maison prévoit, que les Français en triompheront et qu'ils forceront l'entrée de l'Espagne. On peut presque dire, que le Psciido-Philomcna nous conduit aux portes de Girone ; en un sens il contient le prologue de la prise de cette ville. Il offrait donc le moyen, cherché par l'auteur de l'Office, de rattacher l'événement isolé, commémoré par la légende locale, à d'autres faits, sinon historiques, du moins considérés comme tels. Le Psciido-Philomena, en raison de son caractère et de la personnalité de son auteur, donnait aux événements qu'il racontait ce semblant d'authenticité. Tout se réunissait donc pour pousser l'auteur de l'Office à utiliser ce récit. Il ne se pouvait pas, que l'ayant connu, il ne cherchât pas à s'en inspirer.