CHAPITRE IV
DES RÉSULTATS COMPARÉS DE l’oPÉRATION DE PORRO , DE L ACCOUCHEMENT PRÉMATURÉ ARTIFICIEL , ET DE l’EM- BRYOTOMIE.
Nous avons exposé, dans les chapitres précédents, le manuel opératoire et les résultats de l’opération de Porro. Il nous reste maintenant à l’envisager au point de vue de ses indications, et c’est là, nous n’hésitons pas à le dire, le point le plus délicat de notre travail.
Décider, en effet, des cas dans lesquels on devra intervenir pour enlever à une femme l’utérus et les ovaires et lui interdire la maternité, est une question qu’on ne pourrait résoudre qu’à l’aide d’une foule d’éléments de certitude qui, nous le verrons, nous font malheureusement défaut. Devrons-nous nous reporter aux indications de l’opération césarienne, à ces indications si discutées qui ont donné lieu à de vives polémiques entre les accoucheurs, et où sont entrées en jeu tant de considérations sociales et religieuses? Devrons-nous rechercher le degré de rétrécissement du bassin auquel on devra pratiquer l’opération césarienne, et discuter la valeur de la céphalotripsie répétée sans tractions de M. le professeur Pajot? Nous ne le pensons pas. Nous croyons devoir rester sur un terrain purement chirurgical; l’opération de Porro nous semble en dehors des contestations auxquelles a pu donner lieu la section césarienne, dans laquelle on ne sait jamais exactement ce que l’on fait. Elle nous semble avoir des avantages
assez évidents, des résultats assez remarquables pour devenir une opération de choix et non pas de nécessité. Nous croyons enfin qu’on pourra l’entreprendre sans être taxé de témérité, dans les cas où l’opération césarienne simple serait rejetée presque sans examen.
Ces considérations nous ont conduit à rechercher les indications de l’opération de Porro, en la comparant aux autres méthodes obstétricales employées dans les rétrécissements du bassin. D’après les conseils de notre maître, M. Tarnier, nous avons essayé de déterminer les résultats de l’accouchement prématuré artificiel d’une part, de l’embryotomie d’autre part.
Supposons en effet une femme enceinte, ayant un bassin vicié, d’un rétrécissement quelconque, mais au-dessous de? centimètresde diamètre antéro-postérieur. Cette femme peut se présenter à l’accoucheur au début de sa grossesse, et alors la question se pose ainsi pour lui : Devra-t-il pro* voquer artificiellement le travail, ou attendra-t-il le terme de la grossesse? Ou bien elle se présente à la fin de la parturition, et alors l’accoucheur se trouve en présence dô l’embryotomie ou de l’opération de Porro.
Ce sont ces différents points de vue que nous allons essayer d’envisager, sans nous dissimuler les difficultés de ce problème, cj^ue nous ne proposons pas tant de résoudre que d’indiquer.
Nous présentons ici un tableau des accouchements prématurés provoqués que nous avons pu relever tant à la Maternité C|u à l’hôpital des Cliniques. Nous avons pris, comme limite supérieure du rétrécissement pelvien dans son diamètre antéro-postérieur, 7 centimètres. Ce n’est pas que nous pensions qu’ô cette limite, on doive discuter la
possibilité de l’opération dePorro. Nous avons simplement voulu avoir un plus grand nombre de cas pour essayer un jugement sur l’accouchement prématuré.
Nous avons tenu à publier ce tableau, bien que nous ne nous dissimulions nullement toutes ses imperfections. Mais nous pensons que les quelques réflexions qu’il nous a suggérées prouveront tout au moins combien il serait hasardeux de porter, d’après de tels documents, un jugement définitif sur la valeur de cette méthode obstétricale.
Il nous suffira de prendre quelques exemples. Nous voyons dans ce tableau que l’on dut, sur un enfant, présentant le sommet, à huit moiset demi, pratiquer la crâniotomie et la céphalotripsie. La mère guérit. Sur cinq enfants, à huit mois, quatre fois le sommet se présentait; on dut appliquer le forceps deux fois; les enfants vinrent au monde vivants, et les deux mères guérirent; deux fois il en fut de même sans qu’on intervînt. Le cinquième enfant venu à huit mois se présentait par le siège ; on fit la version céphalique, et on dut terminer par la céphalotripsie. Dans tous les cas, le bassin avait 7 centimètres de diamètre sacro-pubien.
Or, pourquoi ces différences? Pourquoi ce dernier enfant, présentant le sommet après la version, dut-on faire la céphalotripsie tandis que, dans les cas précédents, l’accouchement prématuré s’est fait sans que l’on ait eu à intervenir, ou après une sipiple application de forceps?
Nous pensons que, dans l’état actuel de la science, il est impossible de donner à cette question une solution précise; mais peut-être cependantpouvons— nous indiquer les causes de ces résultats si dissemblables, qu il serait facile de multiplier à l’infini.
La question de l’accouchement prémaüiré provoqué doit
CAS DE EÉTRËCISSEMENTS DU BASSIN TERMINÉS PAR L^ACCOUCHÈMENT PEÉMATUEÉ PEOVOQUÉ
as
SOURCES
DATE
DE
L’ACCOUCHEMENT