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LES REPRÉSENTATIONS NOIRES DE LA VIERGE MARIE

Introduction

Qu’appelle-t-on « Vierge Noire? » — L'aspect général. — Description sommaire d’un sanctuaire : Rocamadour.

Comment imaginer que la Très-Pure, la Tour d’Ivoire, l'Étoile du Matin, le Lys Immaculé, la Reine des Anges dont les pieds reposent sur la lune et dont le vêtement est fait des rayons du soleil, Celle enfin dont chaque épithète appelle une idée de blancheur et de lumière, puisse être représentée par des images de couleur noire?

Cependant, en France comme à l'étranger, les sanctuaires les plus vénérés renferment des statues miraculeuses exécutées en matière noire, et des œuvres détruites ont été remplacées par des répliques sombres alors que l’on ne tenait aucun compte des mutilations qui pouvaient se trouver dans les images primitives. Pourquoi l’Église a-t-elle admis parmi les œuvres d’art placées sur ses autels, une semblable représentation ? Pourquoi les pèlerinages les plus anciens et les plus réputés ont-ils pour objet une statue ou une peinture répondant à cette caractéristique? Existe-t-il un modèle type qui aurait été intentionellement reproduit? En ce cas, l’image primitive aurait-elle été noircie accidentellement ou volontairement et, dans cette hypothèse, à quel mobile aurait obéi l'artiste en adoptant une couleur si différente de celle que nous prêterions à la Vierge et à l'Enfant Divin?

Nous avons tâché d’étudier les diverses œuvres et nous

posaient. Parmi toutes les statues et toutes les peintures qui

ornent les sanctuaires, il en est dont l'éclat a été terni par les |

ans, la fumée des cierges et de l’encens, l'accumulation des poussières et aussi, certainement, par l’altération des huiles,

5 ; 1e des vernis et des couleurs; cependant, ces œuvres ne répondent

pas aux images désignées sous le nom de « Vierges Noires »; il convient donc de définir le type iconographique correspondant à ce titre.

On appelle communément « Vierges Noires » des effigies peintes ou sculptées dont le visage et les mains sont de couleur sombre. Vues de loin, toutes ces images ont des caractères communs : les apparences et les légendes. Cachées au fond d’églises aux murs tapissés d’ex-voto les plus divers, placées très haut, revêtues d’habits somptueusement brodés, chargées de bijoux éclatants, elles ont l’aspect d’un triangle rutilant d’où émergent deux points sombres lourdement diadémés d’or : les visages de la Mère et de l'Enfant.

Anatole France a dépeint cet aspect barbare et mystérieux : « J’ai toujours eu beaucoup de goût pour les « Vierges Noires » qui sont toutes fort anciennes. Elles ont toutes un manteau en forme d’abat-jour, elles sont évasées et courtes, cela tient à ce qu’elles sont assises et qu’on les habille, comme si elles étaient debout, il y a là, un mépris touchant de la forme humaine (1) . » Récemment, Louis Bertrand a décrit la rude paysanne, assise sur la chaise curule, revêtue de la longue jupe à l’espagnole et l'Enfant Jésus, petit Africain crépu au front bas et aux larges oreilles, qui lève la main pour bénir d’un geste si farouche qu’il semble plutôt lancer l’anathème (2).

Avertis par ces descriptions qui mettent en valeur les caractéristiques des deux statues et le goût des deux auteurs pour ces images, entrons dans un de ces pèlerinages célèbres auréolés de légende et de dévotion et voyons comment la « Vierge Noire » est présentée aux prières des fidèles.

(x) Anatole France, Pierre Nozière, page 257. (2) Louis Bertrand, Font-Romeu, page 42.

avons tenté d'apporter une solution aux problèmes. qu’elles

Vierge quercinoise semble une véritable idole : placée très haut, drapée dans son manteau de velours brodé d’or, parée d’un voile de dentelle, d’un diadème et de multiples bijoux, le visage est si sombre qu’il ne peut se distinguer de l’ensemble que par le contraste qu’il forme avec la blancheur du voile. Dans l’entrebâillement du manteau, on devine un point invisible mais couronné d’or : c’est l'Enfant Divin. Tout ce décor rutilant cache une statuette de bois, mince et longue, presque informe. La Vierge assise, droite et impassible, soutient un enfant laid et d'aspect vieillot. Tous deux cependant dégagent, malgré leur apparence grossière, une impression de grande majesté. Tels sont les traits de cette « Vierge Noire », mais tels sont aussi les caractères de presque toutes celles que nous avons étudiées.

Faisant œuvre d’ historien de l’art, nous nous efforcerons d’é étudier objectivement les représentations noires de la Vierge ainsi que les légendes ou les cultes qui s’y rattachent, essayant de ne blesser aucune croyance en faisant d’ailleurs remarquer que, d’après le Concile du Vatican, au point de vue strictement catholique, une telle recherche est légitime (3).

Les auteurs du moyen âge ne nous fournissent, le plus souvent, aucune description ce qui pourrait impliquer, ainsi qu’on l’a remarqué, que ces statues n’existaient pas (4). De l’étonnement de l’écolâtre de Chartres devant la statue de Sainte-Foy de Conques (5), nous déduisons que la Vierge vénérée à Chartres

(3) Concile du Vatican, 1870, chapitre v. Nous n’oublions pas que Benoit XIV, avait autorisé la recherche scientifique et le signalement des erreurs.

(4) L. Bréhier, Revue des Deux Mondes, 15 août 1912, page 892.

(5) L. Bréhier, Revue des Deux Mondes, 15 août 1912, page 889.

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n’était pas la Vierge Noire connue de nos jours et nous croyons aussi que les « Majestés » n'étaient pas habituelles aux yeux

placés au nord de la Loire (6):

Les auteurs du xvie et du xvrr® siècles ont raconté les légendes et surtout les miracles et nous verrons qu’à cette époque, beaucoup d’anciennes statues furent refaites ou restaurées, les églises délabrées qui les contenaient furent remplacées par de magnifiques édifices. Ceci s'explique du fait de la destruction de beaucoup d'images par les Protestants et par un effet de la Contre-Réforme qui multiplia, après le Concile de Trente, les images de la Vierge et rénova les anciens pêélerinages.

Les auteurs du xviie siècle ont quelque peu délaissé la question mais, au x1x® siècle, à la suite de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854, toute une littérature pieuse chanta les louanges des Vierges des plus célèbres pèlerinages; enfin, de nos jours, des ouvrages de science examinent, au crible de la critique, certaines assertions qui peuvent paraître douteuses (7). (D. Cabrel, L. Bréhier.)

Cinq grandes hypothèses ont été envisagées par les divers auteurs relativement à la couleur noire des images de la Vierge :

A) Noircissement, dû à différentes causes telles qu’un revêtement de plaques de métal, la transformation de la couleur, le séjour prolongé dans un lieu humide, l’exposition à la fumée des cierges ou de l’encens, le passage dans le feu ou même l’altération du bois par la vétusté (8).

B) La recherche du type ethnique. — Le portrait de la Vierge aurait été fait d’après nature par saint Luc, qui aurait copié le type des femmes de Judée (9). Nous pouvons y rattacher

(6) Ceci semble être prouvé par notre répertoire.

(7) Voir D. Cabrol, Dictionnaire d’ Archéologie chrétienne, aux mots correspondant à des noms de pèlerinages célèbres ayant pour objet des « Vierges Noires » : Chartres, Lorette.

(8) Fabre, Art Chrétien, 1° fascicule, page 44.

Rohault de Fleury, La Sainte Vierge, II, page 322.

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