‹ Étude sur la conscience morale et religieuseChapitre 19 sur 19 · THESES · texte numérisé non relu

THESES

Are TABLE.

I. — Le positivisme matérialiste se doit à lui-même d'expliquer la conscience morale, car ses manifestations tombent sous le sens. Mais, en vertu du critère d’évidence qui lui est propre, le positivisme ne peut expliquer la conscience sans porter une atteinte irréparable à son caractère distinctif.

IT. — Le problème qu’ont à résoudre les morales issues du monisme positiviste est de réduire à des quantités analysables tous les éléments de la conscience morale et de conserver pourtant à cette dernière une valeur pratique.

III. — L'école associationniste anglaise crut avoir résolu le problème pour ce qui concerne l’individu. L’évolutionuisme contemporain croit l'avoir résolu pour ce qui concerne l’espèce et l'individu.

IV. — Leur explication, issue d’une théorie incomplète de la connaissance et soutenue par la métaphysique qui en découle, renferme néanmoins une part de vérité si considérable qu’une nouvelle enquête des faits nous permettra seule d’en mesurer l’étendue.

V.— Cette enquête, purement scientifique et expérimentale, devra, pour aboutir, n’être conduite par aucune présupposition dogmatique. Elle devra se borner à l’analyse et à la classification des faits qui lui seront soumis.

VI. — Les religions et les morales, passant au travers des peuples, y laissent une empreinte qui, sous le nom de conscience religieuse et morale collective, devient le premier objet de l’enquête expérimentale dont nous parlons. La conscience individuelle n’y sera soumise qu’en second lieu et seulement dans la mesure où elle pourra être matière à constatation objective.

VII. — La conscience religieuse et morale collective semble uniquement composée d'éléments dérivés et dominée tout entière par la recherche de la satisfaction, — ! directe ou indirecte, — des besoins. Il est difficile et peut-être impossible de découvrir en elle aucune quantité absolue ou transcendante. |

VIIT. — La conscience individuelle, quoique participant aux conceptions utilitaires et traditionnelles de la conscience collective, nous paraît échapper cependant, par son origine et par sa nature fondamentale, à la contingence des catégories dérivées.

IX. — Il y a une volonté que l’on peut appeler bonne indépendamment de toute considération eudémoniste, et l’histoire fournit l'exemple d'hommes qui ont obéi, ou cru obéir, à des impératifs absolus.

X. — Le positivisme matérialiste est impuissant àrendre compte sans reste de l’individualité religieuse des fondateurs ou des réformateurs de religion.

XI.— L’essence de la conscience religieuse, comme celle de la conscience morale, est d’être obligatoire.

XII.— L'obligation estirréductible à toute analyse, mais elle se prête à une explication théorique conforme aux données de la science et qui l’accrédite auprès de la raison.

om TABLE

I. — La conscience est l’organe d’une intuition spirituelle dont. le mode est la for.

II. — Les deux facteurs qu’elle met en présence sont, du côté objectif, l'absolu, et du côté subjectif, la libre volonté de l’homme; le résultat de ce rapport est l’obligation. |

IIT.— L'obligation entraine une évidence immédiate, bien que librement consentie, dont la négation reste possible, mais dont la suspicion n’est pas permise.

IV. — La raison suffisante de l'intuition spirituelle se trouve, d’une part, dans la limitation de l’homme, de autre, dans la perfection de vie qu’il réalise.

V.—La conscience, organe de la perception de absolu, apparaissant au dernier terme de la série ascendante des êtres, loin de contredire l’hypothèse évolutionniste, la confirme au contraire. Pour qu’un tel organe püût se former, il fallait un être psychiquement aple à réaliser le rapport qu'il implique.

VI. — La biologie générale, ni la psychologie humaine ne sauraient parler d’un moi libre et individuel en dehors de la conscience morale et religieuse.

VIT — La conscience psychologique, la conscience morale et la conscience religieuse sont des faits parallèles ét simultanés. Ils ne dérivent point l’un de l’autre, mais ont pour source commune le contact de l'être avec l'absolu.

VIIT. — La connaissance du bien et du mal n'est pas

innée en l’homme. Elle résulte d’une élaboration de la pensée morale du sujet, portant sur le rapport de ses activités particulières avec le fait d'obligation.

IX. — Le bien est d’abord l’accomplissement de certaines activités fondées sur des nécessités de biologie organique antécédentes à l'apparition de lobligation, mais qui reçoivent d'elle le caractère nouveau d’un devoir-être librement accompli.

X. — Le bien est ensuite l’accomplissement d'activités plus hautes, découlant de la nature spirituelle que l’obligation elle même confère à l'être moral etdes rapports que celui-ci soutient, d'un côté, avec le monde phénoménal, et de l’autre, avec le monde intelligible.

XI.— Ces deux biens, inégaux en valeur et parfois violemment opposés, ne se séparent pas en principe. Ils se raménent l’un à l’autre aussiexactement que les deux natures dont ils sont issus se rejoignent dans l’unité identique du moi.

XIE. — Le contenu effectif de la conscience religieuse, comme celui de la conscience morale, est secondaire et dérivé. La notion représentative de la divinité est le résultat d'une élaboration de la pensée religieuse du sujet.

XIII.— Ce travail porte sur le facteur objectif de l’obligation et se poursuit sur deux voies concurrentes, dont l'une part du caractère distinctif de l'obligation, et l’autre de son mode absolu.

XIV.— Ces deux voies, suivies jusqu’au bout, mènent au dieu du théisme, qui seul satisfait entièrement la conscience religieuse. au Dieu vivant, Créateur de l’univers et Juge de la vie morale.

XV.— Notre théorie du fait originel de conscience conduit à des résultats directement contraires à ceux de la

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Vu et permis d’i imprimer : 4 Le vice- recteur de VA cadémie de Paris, GRÉARD.

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