Pausan., II
1. Schœne, Griech. Reliefs, Tf 109. Stéphani, Compte-rendu delà Commis. arch. de Snint-Petersb. 1859, p. 111.
REPRÉSENTATIONS FIGURÉES DK TYCHÊ '2'2\
droite écarte de la figure, tandis que la main gauche le relève sur la hanche gauche. Rien ne ferait deviner qu'on a sons les yeux la déesse Tyché, sans les lettres plus qu'à demi effacées qui se trouvent au-dessus d'elle, et sans la présence de l'Agathos Démon, qui lui l'ail face, et dont le nom est également gravé sur ia plaque de marbre au-dessus du personnage. Le voile dont la tète de Tyché est ici enveloppée lui tut souvent donné plus tard, et peut-être les antiques images dont parle Pausanias le portaient-elles déjà. Il sert surtout à donner à la' déesse un caractère matronal qui la rapproche de Déméter.
Vers le milieu du vie siècle, ce type fut modifié. « Boupa- « los. artiste habile à construire des temples et à représenter « les personnages, fit pour les habitants de Smyrne une sta- < tue de Tyché : c'est le premier qui. à notre connaissance, lui « couvrit la tète du polos et lui mit dans une main ce que les « Grecs appellent la corne d'Amalthée » *. La statue devait être en marbre de Paros, car c'était la matière qu'employaient le plus habituellement les artistes de l'école de Chio, et se distinguer par une certaine grâce, si on en juge d'après les sujets qu'affectionnait Boupalos. On sait qu'il avait représenté plusieurs fois les Charités. Ce type créé par Boupalos devait se perpétuer jusque aux derniers temps du paganisme. On n'est pas encore arrivé à déterminer d'une manière bien précise ce que signifie le polos, qu'on voit sur la tête d'un grand nombre de divinités asiatiques et qu'on rencontre aussi dans d'antiques représentations déliera, d'Artémis, de Déméter, de Zens, etc. 2. Le sens de ce symbole a dû varier évidemment avec les siècles. « C'est seulement par « ces attributs », ajoute Pausanias après le passage que nous venons de citer, « que Boupalos montre ce que fait la déesse.» La Tyché du temps de Pausanias n'était pas la même que
1. Pausan., IV, 30, 4 et 6. Cf. Mîttfieil. des deutsch. arch. List., IV, 116, 25
une tablette de plomb du musée de l'Ecole évangèlique de Smyme, portant en relief une femme qui tient la corne d'abondance de la main gauche. ■2. Miiller-Wieseler, Denkm. I, pi. Il ; planche VIII, n« 96, 92.
celle de l'époque de Boupalos. Au ne siècle de notre ère, Tyché est la reine du monde; le polos peul être une allusion à sa puissance universelle, un symbole du ciel arrondi, et c'est sans doute ainsi que le prend Pausanias. Mais, au \ i" siècle av. J. C, Tyché étant surtout une déesse delà fécondité terrestre, il est fort possible que le polos qu'elle avait à Smyrne fût simplement une forme du modius, <\\\ calathus, c'est-à-dire d'une corbeille à grains '. Cela s'accorderait parfaitement avec le sens 1res clair de la corne d'Amalthée ou corne d'abondance que porte aussi la déesse ~.
2. — Pausanias ne nous dit pas de quelle main Tyché tenait la corne d'abondance, et si, de l'autre main, elle tenait encore quelque attribut. Les représentations pins tardives lui l'ont presque toujours tenir la corne d'abondance de la main gauche, et lui mettent dans la main droite une patère. Ce dut être le type habituel d'Agathe Tyché lorsqu'elle fut devenue la déesse du bonheur en général. C'est un de ceux qu'on retrouve le plus fréquemment. Ce type, pour s'être ainsi répandu, provenait peut-être de l'œuvre d'un artiste célèbre, et il est permis de songer ici à Praxitèle 3 qui avait représenté deux fois Agathe Tyché : une fois pour le temple de Mégare 4, et une autre fois pour le Prytanée d'Athènes. Cette dernière statue est celle dont parle Elien 5, et