‹ Étude Sur La Fabrication Du Savon De Marseille: SynthèseChapitre 7 sur 12 · GRAISSES ET SUIFS · texte numérisé non relu

GRAISSES ET SUIFS

Les graisses, bien qu'ayant une composition chimique semblable à celle des suifs, s’en distinguent cependant par une quantité moins grande de stéarine et par conséquent par une consistance moindre. La graisse de porc ou saindoux et la graisse de recuit ou flambart provenant de la préparation - des viandes de charcuterie sont les plus employées. Elles fournissent un savon très blanc, très doux et très pur dont on développe la propriété mousseuse par l’addition de 10 à 12 p. 100 d'huile de coco.

On désigne généralement sous le nom de suif, la graisse fondue des ruminants. Les suifs indigènes ou français sont les plus appréciés et se vendent sous deux états : 1° en branches, c’est-à-dire entourés du tissu cellulaire et de membranes; 2° fondus.

Les suifs de Russie, et en particulier celui du Wolga, sont

LES assez estimés et arrivent en France par grandes quantités : ceux d'Espagne, d'Italie et de la Plata sont beaucoup plus rares. Mais ce sont, sans contredit, les États-Unis quifournissent la plus grande quantité de suif et de saindoux. Leur importation en France s’est élevée, en 1880, à plus de 40 millions de kilogr.

Pour séparer le suif des cellules qui le contiennent, on le soumet à une température élevée qui fond la graisse et la dilate ; les cellules se brisent et donnent issue à la graisse qui est alors passée à travers un tamis et additionnée de 4 à 5 millièmes d’alun dans le but de favoriser la séparation des débris membraneux tenus en suspension. On appelle ce procédé méthode des cretons.

On peut encore fondre le suif à la vapeur et ajouter une petite quantité d’eau acidulée avec 2 centim. et demi d'acide sulfurique de manière à détruire les tissus cellulaires.

Mais un des procédés qui est encore le plus employé est celui que M. Evrard, de Lille, a donné en 1850. Il est basé sur ce fait que les dissolutions alcalines, d’une très faible densité, ont la propriété de dissoudre à l’ébullition le tissu adipeux du suif en branches sans saponifier le suif lui-même.

Le sulfure de carbone est aussi utilisé avec avantage depuis que l’on a pu le régénérer facilement après qu'il a accompli son action dissolvante.

Les graisses et les suifs américains sont quelquefois additionnés de kaolin, de carbonate de chaux et de sulfate de baryte pulvérisés. La fraude est facile à déceler.

Les savonniers emploient le suif, surtouten été, pour relever la faiblesse de certaines huiles.

SOUDES NATURELLES ET SOUDES ARTIFICIELLES

On n’employait autrefois que les soudes naturelles provenant de l'incinération des plantes marines, telles que les varechs et les salsola, les salicornia, les siatice et les chenopodium. On en retirait aussi des eaux alcalines de quelques lacs; cette soude prenait le nom de natron. Les plus renommées étaient celles de Narbonne, d’Aigues-Mortes, d’Espagne et d’Angleterre.

Mais à l’époque de la Révolution et des guerres de l'Empire, alors que nous étions en guerre avec l’Europe entière et qu'un blocus rigoureux régnait sur nos côtes et nos frontières, la France ne put plus s’approvisionner à l'étranger. La production de notre pays ne suffisant plus à l’industrie, de nombreux chimistes se mirent à l’œuvre pour tenter d’extraire la soude du sel marin et du sel gemme. Ce fut le chimiste Nicolas Leblanc qui donna le premier le procédé encore suivi de nos jours. Ce procédé est basé sur la décomposition du sel marin par l'acide sulfurique qui le convertit en sulfate, et sur la transformation du sulfate en carbonate de sodium par le charbon et la craie, à une haute température.

A cet effet, on broie et on mélange intimement sous des meules verticales du sulfate de sodium, du carbonate de chaux et de la houille dans les proportions suivantes :

Sulfate de Sodra nt 1 9 AU Me 1000 Carbonate de calcium. ........ 1000 HOUR É 390

On chauffe ce mélange dans des fourneaux à reverbère, à voûte surbaissée; un ouvrier, muni d’un ringard en fer,

brasse le tout de temps en temps, jusqu'à ce que la masse amenée au rouge ait acquis une consistance pâteuse. Lorsque l'opération est terminée, la soudeartificielle ainsi obtenue est enfermée dans de grandes caisses de tôle où elle serefroidit. Elle se présente sous l’aspect d’un corps gris bleuâtre, contenant 35 à 40 p. 100 de carbanate de soude, un peu de soude caustique, du chlorure de sodium, du sulfure de calcium et divers autres sels en petites quantités.

Depuis quelques années, un nouveau procédé de fabrication de carbonate de sodium tend à se substituer au procédé Leblanc. Ce sont MM. Schlæsing et Rolland qui l'ont fait connaître. Ce procédé est basé sur la double décomposition du chlorure de sodium et du bicarbonate d’ammonium qui donne naissance à du bicarbonate de sodium et à du chlorure d’ammonium. Le bicarbonate de sodium peu soluble se dépose ; par calcination légère, il est transformé en carbonate neutre.

Dans ces différentes opérations, le chlorure de sodium seul est perdu, car on régénère l’ammoniaque du chlorure d’anmonium au moyen de la chaux; de plus, l'acide carbonique provenantde la calcination du bicarbonate de sodium étant dirigé dans l’ammoniaque mise en liberté, la sature en partie et reforme du bicarbonate d’ammonium.

La soude est d'autant meilleure pour le savonnier qu’elle est plus riche en alcali et qu’elle cont'ent moins de chlorure de sodium. Ce sel, en effet, empêche une partie de l’huile de se saponifier. Il faut de plus que, dans le procédé Leblanc, tout le sulfate de soude ait été réduit et transformé en carbonate, car la présence de ce sel gênerait la sapomification et produirait des incrustations au fond des chaudières.

La soude qui est poreuse et peu agrégée est préférée parce qu’elle est d’un lavage plus facile.

Pour fixer la valeur de la soude, l’acheteur et le vendeur

font faire, chacun par un chimiste, un essai alcalimétrique. On prend la moyenne des deux résultats. Le procédé le plus employé est celui de Gay-Lussac. La liqueurnormale d'acide sulfurique devant servir à l’essai alcalimétrique, est titrée préalablement par une liqueur normale de carbonate de sodium secet pur.

L'industrie emploie encore une autre soude, nommée soude salée, à cause de la ‘forte proportion de chlorure de sodium qu'elle renferme. Elle n'intervient que dans des conditions déterminées etseulement dans quelques phases de la fabrication des savons marbrés où elle est destinée à contracter la pâte de savon età s'opposer à ce qu’il ne se dissolve dans les lessives. Cette soude renferme des sulfures qui,dans ce cas particulier, ne sont pas nuisibles et concourent à développer la beauté de la marbrure.

Les savonniers ont en provision de grandes quantités de chaux éteinte qui est employée à la préparation des lessives de soude. Beaucoup de négociants ont remarqué ‘que le carbonate de chaux, résultant de l’action de la chaux sur le carbonate de soude, se précipite beaucoup plus rapidement lorsqu'on traite les liqueurs par la chaux en bouillie. Les chaux grasses sont celles qui, à juste titre, sont préférées.

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