‹ Étude sur la filature de la soieChapitre 15 sur 44 · Teisserenc, thèse · texte numérisé non relu

Teisserenc, thèse

jours, fait preuve de rares qualités techniques qu’admirent tous ceux qui l’approchent. Considérée, sous le rapport de l'intelligence et de l’habilité, dit M. Laurent de l’Arbousset, l’ouvrière fileuse française, ne le cède en rien à celles d’aucune autre nation séricicole. Dans l’ensemble elle est même certainement bien supérieure à ces deux points de vue. Mais elle a aussi les défauts de ses qualités.

Dans les villes principalement on a pu remarquer que par suite des distinctions extérieures, elle n’apportait plus la même application, la même attention minutieuse de tous les instants, qui est indispensable au filage de la soie; si, une surveillance nombreuse et stylée n'était constamment là pour ramener son esprit aux réalités du dévidoir qui tourne, les voyages dans le bleu ou les confidences à ses voisines pren-

draient une grande partie de la journée (1).

Heureusement, nombreuses encore sont ces «filles des Cévennes si remarquables par le bleu de leur regard et la finesse de leur traits » (2), chez qui on retrouve ces vieilles qualités de la race cévenole, que Bismark appelait «une des plus fortes races de paysans ». Cet éloge n’a rien d’excessif, quand on connaît le travail journalier de ces femmes qui vivent dans des régions où elles ont déjà beaucoup à souffrir de la rigueur du climat.

Depuis la loi de 1892 le travail dans les usines ne

1. Laurent de l’Arbousset. 2. Devèze, Débals parlementaires, mai 19009.

dure que dix heures ; il est interrompu deux fois par un repos d’une heure. La rentrée à la filature a lieu à Gheures du malin; à 9 heures un repos d’une heure, puis le travail est repris de 10 heures à 6 heures avec un arrêt de une heure à deux heures.

C’est donc une heure qu’a la fileuse pour faire son dîner: or, en supposant qu’elle habite à proximité de la filature, elle n’a pas le temps de «se faire de la cuisine et elle est obligée de se contenter d’une modeste soupe au lard, de quelques oignons et de quelques pommes de terre (1) ».

Ce peu de temps l’oblige à chercherune nourriture vite préparée ; aussi abuse-t-elle de charcuterie, trop souvent mauvaise. Elle prend une nourriture insuffisante qui ne permet pas de reconstituer ses forces. Beaucoup d’entre elles sont atteintes d’anémie. Cependant comme elles vivent sous un climat très sain, la mortalité parmi elles est peu considérable. Mais en revanche dans ces classes ouvrières la mortalité infantile est assez élevée.

Voilà la situation de l’ouvrière qui habite dans le centre où se trouve l'usine.

Mais que dire du sort de ces ouvrières, nombreuses encore aujourd’hui, qui ont 4, 5 ou 6 kilomètres à faire chaque matin et chaque soir pour venir à la filature et retourner chez elles ?

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