‹ Étude sur la jeunesse et la conversion de Calvin: thèseChapitre 2 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous nous proposons de raconter l'histoire de la jeunesse et de la conversion de Calvin. Les limites de notre sujet se trouvent tracées d'elles-mêmes : nous suivrons Calvin depuis son enfance jusqu'au moment où, par l'organe directeur Cop, son ami, il fait publiquement profession de sa foi, le jour de la Toussaint 1533.

Calvin n'a pas manqué de biographes ; depuis Théodore de Bèze jusqu'à Henry et Merle d'Aubigné, de nombreux auteurs ont essayé de raconter l'histoire de sa vie, et de reproduire 16s traits de cette grande et austère figure. Aussi pourra-t-il paraître singulier qu'après tant d'historiens de renom, nous choisissions, pour objet de nos recherches, un coin de l'histoire aussi étudié, et, semble-t-il, aussi complètement mis en lumière.

Si, malgré cela, nous abordons ce sujet, c'est que nous pensons que l'histoire n'esl jamais écrite d'une manière définitive, et qu'à mesure que Ton avance, les méthodes se perfectionnent, les idées préconçues tombent, la lumière se fait peu à peu sur les points les plus difficiles. C'est ce qui a lieu tout particulièrement pour le sujet

qui nous occupe. Depuis quelques années, en effet, la science a entrepris, sur les origines de la Réforme, un vaste travail de révision, de comparaison, souvent aussi d'élimination. Au lieu de se contenter des traditions douteuses, des anecdotes d'une authenticité contestable, on est allé aux sources mêmes de l'histoire. La partie la plus importante de ce travail a été la» publication des œuvres complètes des réformateurs, et particulièrement de leur correspondance. Pour les réformateurs de langue

française, cette publication n'a eu lieu que tout récemment; encore n'est-elle pas achevée. C'est à MM. Reuss, Cunitz etBaum, professeurs de théologie à Strasbourg, qu'appartient l'honneur d'avoir entrepris, malgré des difficultés considérables, la publication des œuvres complètes de Calvin. Le dixième volume, paru Tannée dernière, contient les premières lettres du réformateur français, annotées et classées dans leur véritable ordre chronologique, jusqu'à ce jour flottant et incertain. D'autre part, un savant suisse, M. Herminjard, a publié quatre volumes d'une « correspondance des réformateurs, dans les pays de langue française. > Or, il se trouve que toutes les biographies de Calvin, étant antérieures à ces publications, n'ont pu mettre à profit les indications précieuses et toutes nouvelles qu'elles nous fournissent, ni conformer leurs récits à l'ordre strictement chronologique des faits, tel qu'il nous est enfin rendu. Cela est vrai tout particulièrement des premières années de la vie du réformateur français, ainsi que le prouvera la suite de cette étude, de sorte qu'il nous a semblé utile de chercher à reconstruire celte histoire sur les docu-

ments que nous avons eus entre les mains ; nous nous estimerions heureux si notre travail pouvait jeter quelque lumière sur une partie généralement ignorée de la vie du grand réformateur.

Mais ce n'est pas tout. En nous livrant à ces recherches, nous avons eu encore un autre but en vue. Nous croyons que l'histoire ecclésiastique doit s'attacher avant tout à mettre en lumière les grandes personnalités chrétiennes, à décrire ce par quoi elles se distinguent du reste des hommes, ce qui a fait leur force, leur vie, en un mot, à prendre sur le fait leur conscience. Ainsi conçue, elle devient une démonstration invincible de la vérité du christianisme. Le raisonnement, en effet, peut être trouvé en défaut ; devant des faits, devant une réalité telle que la conscience chrétienne, tout adversaire de l'Évangile, s'il n'est pas convaincu, reste du moins désarmé.

Notre travail, entrepris dans cet esprit, nous a semblé d'abord pénible et plein d'obscurité; mais, à mesure que nous avancions, nos recherches, longtemps arides et stériles, gagnaient en intérêt et en certitude, et la figure que nous contemplions nous apparaissait plus vivante et plus rapprochée. Mais ce qui surtout a fixé notre attention, c'est la transformation intérieure qui, à un moment donné, se produisit dans la vie de Calvin comme dans celle de tous les réformateurs : nous voulons parler de sa conversion. Nous nous sommes efforcé d'en préciser la date, d'en raconter les phases et d'en apprécier l'importance. Cette étude, en nous montrant la conscience de Calvin aux prises avec les aiguillons

du péché, traversant les angoisses de la lutte, et finalement affranchie au contact de Jésus-Christ, cette étude nous a fait du bien, et nous croirions notre but atteint si, en communiquant nos résultats, nous pouvions exciter chez quelques-uns l'intérêt pour le sujet que nous traitons et le désir de faire,*par des recherches personnelles, la connaissance du héros de la Réforme française.

Les difficultés de notre sujet sont considérables. Elles proviennent de deux causes principales : d'abord, le manque de renseignements précis sur un grand nombre de points; ensuite, la difficulté qu'il y a quelquefois pour nous à classer les documents qui nous sont restés, et à établir aussi un ordre chronologique rigoureux. Cette dernière cause d'incertitude, toutefois, ne subsiste que pour quelques poi nts .

Le p/emde notre récit sera très-simple ; il comprendra trois parties correspondant aux trois périodes de la jeunesse de Calvin.

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