DENTIERS DANS LES VOIES AÉRIENNES ET DIGESTIVES
Les pièces de prothèse dentaire constituent une des variétés les plus communes des corps étrangers dans les voies aériennes et digestives, surtout l’œsophage, «le corps étranger par excellence de l’œsophage «, selon l'expression de Mainn. La plupart des cas observés ne sont même pas signalés, le fait étant d’une assez grande banalité, surtout quand, passant dans l’œsophage, puis l'estomac et l'intestin, la pièce est évacuée sans incident.
Il nous à cependant semblé utile de rapporter un certain, nombre d'observations, car les études d'ensemble sur la question (à part celles de Roos de 1923), datent déjà de quelques années, et c’est là un sujet toujours d'actualité.
C'est le plus souvent au cours du sommeil que les dentiers, conservés la nuit par les porteurs, sont déglutis ou aspirés, cet accident peut également se produire au cours d’une anesthésie générale, si on a oublié de retirer le dentier du malade. On voit aussi des déglutitions au cours de repas. Les autres causes d’accident : crise d’épilepsie, de - folie, traumatismes, aspiration spontanée sont plus rares.
M. Guisez, en 1925, sur une statistique de 202 cas de corps étrangers de l’œsophage et 76 de voies aériennes, signalait 41 corps dentaires de l’œsophage et 7 des voies aériennes, la plupart de ces corps étrangers étaient des dentiers.
MM. Moure et Got, sur 70 cas de leur statistique, publiés en 1921, citent 13 dentiers ; Tapia sur 103 cas a rencontré 16 dentiers.
Bensaude et Rachet, dans une étude publiée en 1924, rap-
pellent les statistiques de Hollander qui en 1903 avait trouvé 49 dentiers sur 100 cas de corps étrangers de l’æsophage.
Driont, en 1907, sur 44 cas signalait 16 dentiers.
Hedblom sur 52 cas de corps étrangers des bronches, signalait en 1921, 6 cas de pièces de prothèse contre 37 observations de chute de dents aspirées au cours d’extraction et 9 cas divers.
À ce propos signalons que le Dr Roos, de Bâle, en 1923, a fait une étude approfondie du danger de déglutition des dentiers. Il rappelle à ce sujet les études et les statistiques antérieures à son travail, en particulier celles des auteurs de langue allemande ; de Fischer (1889), groupant 120 cas d'œsophagotomie externe pour corps étrangers, dont 42 pièces prothétiques dentaires — celle de Préobachensky qui en 1891 — bien antérieurement à la bronchoscopie signalait 7 dentiers sur 848 corps étrangers aspirés, celles de Schmiegelow, de Copenhague (1894), 23 cas de dentiers déglutis (avec 17 guérisons et 6 morts après œsophagotomie).
Vigan, qui dans une thèse de Lyon (1897), signale 13 cas.
Black, de Chicago, avait réuni en 1905, 49 cas de dentiers arrêtés dans l’œsophage.
Parmi les statistiques plus récentes, Roos signale encore : celle de Kalayeroupoulos (1903), 23 dentiers sur 53 corps étrangers de l’œsophage ; celles de Balaceseu et Kohn, 111 dentiers sur 326 corps étrangers et Naumann (1906) complétant la statistique des auteurs précédents (11 dentiers sur 40 corps étrangers).
Ghiari a établi en 1916, une statistique de 300 cas de corps étrangers, comprenant 261 dentiers : 22 dans le pharynx, 17 dans le larynx, ? dans la trachée, 7 dans les bronches, les autres dans l’œsophage et l'estomac.
Gutrie, en 1919, publie une statistique de 13 dentiers sur 97 corps étrangers.
Schlenmer, en 1920, rassemblant les observations de la clinique oto-rhino-laryngologique de Vienne, de 1905 à 1920, signale 61 dentiers sur 529 cas de corps étrangers des voies aériennes et digestives.
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Killian, en 1922, dans son remarquable travail relatif aux graves complications causés par les corps étrangers, signale 6 accidents causés par la déglutition de dentiers sur 18 cas.
Le Professeur Nager et le docteur Roos ont relevé à la chnique oto-rhinolaryngologique de l'Université de Zurich, 8 cas de dentiers sur 71 cas de corps étrangers, de 1908 à 192)
Nous reviendrons plus loin sur les remarques que suggèrent la fréquence relative de ces accidents. Il pourra peutêtre paraître fastidieux de signaler des observations, il y en a tant, que nous nous sommes un moment effrayés d’en avoir entrepris la recherche, nous nous bornerons à en citer une centaine, prises parmi un grand nombre et nous verrons l’évolution qui s’est produite dans la thérapeutique des accidents d'aspiration et de déglutition des corps étrangers en général let des dentiers en particulier, depuis l'introduction en pratique courante de l’endoscopie.
Observations relatives à la pénétration des dentiers dans les voies respiratoires.
Dentier aspiré au cours d’une anesthésie générale. —— Mort. — Capitaine B. de Grafton, au cours d’une intervention chirurgicale faite sous chloroforme, fut étouffé par la chute dans la gorge d’un dentier qu’il portait et que le médecin pratiquant l’anesthésie avait négligé de lui retirer. ‘
« Odontologie », 1886.
Dentier avalé. — Rejet. —- Persistance de troubles. —— Femme, 44 ans, avale un dentier en mangeant une pomme ; apnée violente ; essais d'extraction au panier de Grafe ; la patiente vomit sa prothèse, mais l’enrouement et des troubles de déglutition persistent 5 une trachéotomie pratiquée, amélioration, mais persistance des troubles.
Pièces dentaires du haut et du bas. — Une aspirée, l’autre dé- S&lutie. — Flomme de 45 ans, porteur d’une pièce du haut et d’une pièce du bas en or ; toutes deux de deux dents avec crochets ; pièces conservées pendant le sommeil. Au réveil, le porteur ne trouve plus ses appareils ; vives douleurs dans région trétro-sternale ; dyspnée. Médecin pense à pièces passées dans l’œsophage, introduit une sonde dans l’œsophage et a la sensation de pousser un Corps étranger dans l'estomac.
Les douleurs diminuent, puis reprennent.