‹ Étude sur la Syphilis du LapinChapitre 10 sur 31 · PAGES · texte numérisé non relu

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complète de ces lésions et c’est elle que nous exposons ci-dessous. |

Les résultats obtenus sont différents suivant que l’inoculation est intra-cornéenne ou intra-oculaire. C'est pourquoi nous subdivisons cette description en :

«) Lésions cornéennes ;

6) Lésions intra-oculaires.

A.— Les inoculations intra-cornéennes (kératites)

Les kératites par piqûre sont beaucoup plus caractéristiques que les kératites par scarification. Elles produisent généralement des lésions qui s’étendent excentriquement et par suite sont le plus souvent rondes comme celles de la syphilis humaine. Il est bien rare que:les lésions produites soient irrégulièrement répandues autour du point d’inoculation et produisent des lésions diffuses.

Les kératites par scarifications ne sont au contraire jamais régulières. Elles se propagent inégalement autour de la zone inoculée formant un nuage dont les contours ne sont pas nettement délimités.

On peut. observer quatre variétés de kératites syphilitiques par inoculalion intra-cornéenne : la kératite ponctuée, la kératite chancriforme, la kératite diffuse, la kératite ulcéreuse.

Avant tout, il faut dire que, surtout au début, ces kératites ne sont jamais intenses, et ne sautent pas aux yeux. Il faut les rechercher avec attention et il

peut se faire qu'elles passent tout d’abord inaperçues à un examen superficiel. Il est de toute nécessité d'examiner avec le plus grand soin l'œil suspecté, en écartant soigneusement les deux paupières supérieure et inférieure de l’animal, ainsi que la membrane clignotante si développée chez le lapin et qui vient se placer avec tant d’insistance au-devant du globe oculaire, au moindre attouchement de la région orbitaire. Il faut aussi placer l’œil de l’animal en pleine lumière et le regarder de toutes les manières, de face, à jour frisant pour ne laisser échapper aucune lésion même minime, aucun trouble mêmeléger.

La kératite ponctuée (lapins 22, 25) se présente comme un petit point gris de la dimension d’une demi-tête d’épingle, siégeant dans l'épaisseur’de la cornée et développé au point même où la piqûre a été pratiquée. Dans les cas heureux, il y a deux ou trois points de kératite,s’il y a eu deux ou trois points inoculés. Il y a rarement injection vasculaire péricornéenne, dans la kératite ponctuée. Elle succède presque toujours à une petite dépression également ponctuée qui ressemble à une piqûre d’épingle et résulte évidemment del’absence de cicatrisation du point piqué.

La kératite chancriforme (lapins 18,20) est la plus caractéristique de toutes les formes de la kératite syphilitique du lapin, car elle possède certains des caractères habituels aux syphilides humaines.

On l’observe surtout dans le cas où le matériel

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d'inoculation était très virulent, car on l’obtient dans les cas où toutes les inoculations du même produit sont suivies de succès.

Elle se présente comme une tache grise de la dimension d'une petite lentille, absolument ronde et comme tracée au compas. La régularité absolue, le contour géométrique de cette tache sont absolument comparables à ceux d’une lésion syphilitique de la peau, d’un chancre en particulier. Sur cette tache grise, on distingue nettement deux zones d’étendue à peu près égale : une centrale, légèrement déprimée en cupule arrondie, comme s’il y avait là une érosion légère de la cornée, et une périphérique annulaire se continuant à niveau avec les tissus sains environnants. La cupule centrale ne se voit qu’à un examen attentif ; on la remarque surtout parfaitement en regardant à jour frisant la surface de l’œil. C’est l’aspect d’un chancre érosif. Au centre de Ja tache, on voit un petit point de la dimension d’une tête d’épingle ou davantage, et qui est couleur de rouille. Ils’agit de néo-vaisseaux

La kératite diffuse peut s’observer à la suite de l’inoculation intra-cornéenne par piqûre (lapin 23) mais surtout à la suite des inoculations par scarifications.

Dans le cas où l’inoculation est faite par piqûre au centre de la cornée, la kératite diffuse se manifeste comme un nuage grisâtre, flou, bien moins accentué comme teinte que la kératile chancriforme ; les contours n’en sont pas nettement délimités. Au

début, on n’y observe pas de vaisseaux mais peu à peu se développe au centre une tache couleur de rouille analogue à celle de la kératite chancriforme ; au bout de deux mois environ, il part de la périphérie de la plaque de véritables vaisseaux capillaires qui dessinent autour de celles-ci de fines arborisations rouges très élégantes ; leur nombre varie suivant les cas et l’on voit 2, 3, 6 vaisseaux capillaires irradiant de la tache vers le limbe cornéen. Il va sans dire que les culs-de-sac conjonctivaux sont congestionnés.

Dans le cas où l’inoculation est faite par scarifications du limbe cornéen, voici comment les choses se passent : très rapidement et pendant deux ou trois jours, se produit une réaction au point inoculé : Les stries d’inoculation se recouvrent d’un enduit grisâtre vaguement diphtéroïde qui bientôt gagne les espaces intermédiaires, de sorte que toute la région inoculée semble recouverte d’un enduit comme fibrineux mais peu épais et non jaunâtre comme la fibrine. Il se produit en même temps une réaction inflammatoire dans le cul-de-sac conjonctival correspondant, au voisinage de la région scarifiée. Progressivement, tout se calme, l’enduit cornéen, l'injection des vaisseaux s’atténuent et en quatre ou cinq jours, la cornée reprend son aspect normal et la région correspondante du cul-de-sac conjonctival également.

Les choses restent ainsi en l’état pendant un mois

environ (ce temps peut être plus long ou plus court

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suivant les cas, surtout suivant la virulence du produit injecté), puis progressivement on voit réapparaître des phénomènes nouveaux et, en premier lieu, l'injection vasculaire périkératique. Celle-ci se présente sous l'aspect de vaisseaux partant du limbe cornéen, perpendiculairement à celui-ci vers le fond du cul-de-sac conjonctival, et dessinant un quadrilatère injecté de sang dont un des côtés s’appuie sur la circonférence de la cornée, dans toute l'étendue de la zone inoculée.

La cornée elle-même ne présente pas encore de lésion très appréciable. Ce n’est que peu à peu qu’on voit apparaître un trouble léger, qui s’opacifie peu à peu et se vascularise ultérieurement.

Kératite ulcéreuse. — La kératite diffuse peut dans certains cas devenir ulcéreuse. Sur une étendue plus ou moins grande de la tache cornéenne, se forme une perte de substance généralement peu profonde, à bords quelquefois un peu végétants (Première observation de Bertarelli), ronde ou irrégulière, n’aboutissant pas à la perforation de la cornée. L’épihélium est tombé et de nombreuses cellules de pus comblent la dépression. La réparation s’en obtient facilement.

5° Lésions obtenues par inoculations intra-oculaires

On obtient par l’inoculation dans la chambre antérieure des kératites à incubation longue et à durée

de un ou deux mois, laissant des opacités indéfini-

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ment persistantes, des iritis, un syphilome végétant de la cornée. Enfin, il est possible de voir une augmentation énorme du volume du globe oculaire, indice des troubles de la circulation aqueuse et de son hypersécrétion.

Go Genéralisation

La généralisation de la syphilis n’est probablement pas impossible chez le lapin. Schucht (1), cité par Neïsser, aurait démontré la présence du virus syphilitique dans les organes d’un lapin inoculé à la cornée. Il aurait provoqué chez un singe un accident primaire à la suite de l’inoculation de tissu rénal provenant de cet animal ainsi inoculé.

Grouben (2) aurait obtenu des lésions généralisées chez le lapin à la suite de l’inoculation de produits syphilitiques dans l’œil.

Voici le résumé de son observation : Le 1° novembre 1906, un lapin reçut dans la chambre antérieure des deux yeux des fragments d’un chancre syphilitique humain. Vers la quatrième semaine après l’inoculation, apparurent à gauche des lésions typiques de kératite expérimentale avec spirochètes, constatés après l'inoculation. Huit mois après l’inoculation, au début de juillet 1907, apparurent des phénomè-

1. Neisser. Die experim. Syphilisforschung, Berlin, Springer, 1906, p. 9.

2. Grouben. « Des accidents syphilitiques secondaires chez le lapin ». Dermatoloy. Zeilschr., avril 1908, p. 209.

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nes généraux consistant en chute des poils et dépérissement, dyspnée, apparition d'infiltration, ‘de rhagades aux ailes du nez. Des biopsies faites au niveau de ces lésions montrèrent la présence des spirochètes. Ces accidents restèrent ainsi jusqu’en septembre, puis disparurent. En octobre apparut une kératite de l’œil droit, qui était resté sain malgré l’inoculation du début; l’auteur pense qu’il faut attribuer à cette kératite tardive une origine sanguine. Le 18 février 1908, de nouveaux accès dyspnéiques se montrent, les poils tombent et, au prépuce, se développe une lésion infiltrée papuleuse, arrondie, élevée, ulcérée en son centre, ayant les dimensions d’un pfennig et ressembiant tout à fait aux papules secondaires hypertrophiques qu’on observe chez l’homme. Les frottis faits avec la sérosité de cette plaque hypertrophique montrent la présence de nombreux spirochètes, de même que les coupes de cette lésion après extirpation. L'examen histologique montra les lésions conjonclives el vasculaires classiques. L'examen du sang ne permit pas de trouver de spirochètes.

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