‹ Étude sur la Syphilis du LapinChapitre 4 sur 31 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les essais d’inoculation de la syphilis aux animaux sont de date fort ancienne; les premières tentatives furent failes sur des animaux à sang froid, tels que la grenouille et la saiamandre, par BRIÉGER et UHLEN- HUT. Tour à tour, AuziaAs TUuRENNE en 1866, Lecros et LANCEREAUX en 1867, KLeBs, MARTINEAU et Hamo- Nic en 1882, inoculèrent des fragments de chancre au chat, au cobaye et au singe sans que leurs résultats fussent convaincants. En 1902, Roux et MErcani- KOFF réussirent à reproduire un chancre au prépuce clitoridien d’un chimpanzé femelle et cette méthode expérimentale put permettre, avant la découverte de l’agent pathogène, de conclure à la possibilité de faire un diagnostic de syphilis en inoculant des produits de raclage d’un chancre à un chimpanzé. Après la découverte de SCHAUDINN en 1905, la présence du spirochète dans les lésions expérimentales des singes fut constatée. Toutefois, cette inoculation aux anthropoïdes n'était pas à la portée de tous les expérimentateurs, car elle nécessitait une

série d'animaux onéreux et gênants, et Bertarelli eut

l'idée, en 1906, d’avoir recours à un procédé plus modeste et fort élégant de diagnostic de la syphilis par inoculation du produit suspect au lapin.

Déjà IfAENsELL en 1881,SIEGEL et SCHULZE en 1909 avaient essayé de produire des lésions oculaires chez le lapin par inoculation de virus syphilitique, mais outre que leurs expériences sont fort contradictoires et peuvent prêter à discussion, les lésions qu'ils ont obtenues n’ont pu recevoir la confirmation de l'agent pathogène, puisqu'il n’était pas encore découvert.

C’est BERTARELLI (1) qui, le premier, décela dansles modifications oculaires des lapins inoculés la présence du treponema pallidum (1906). Il prélevait un fragment de tissu suspect et après cocaïnisation de l'œil d’un lapin il insérait ce fragment dans la chambre antérieure ou frottait ce tissu sur des scarifications pratiquées à la surface de la cornée. Dans 50 pour 100 des cas, après légère réaction immédiate, réaction qui disparaissait au bout de quelques jours, après une durée d’incubation de cinq à six semaines, il voyait apparaître une kératile parenchymateuse accompagnée parfois d'iritis. En énucléant l'œil à ce moment, Bertarelli vit au microscope, dans les modifications de la cornée, de nombreux spirochètes analogues à ceux de Schaudinn et Hoff-

1. Bertarelli, « La transmission de la syphilis au lapin. » Rivista d'Igiene e sanita publica (Torino), 1906, 1°* mai ne 9,

mann; il pui même transmettre cette kératite de lapin à lapin.

Neisser a soutenu que P. Haensell aurait établi, le premier, la réceptivité du lapin à la syphilis (1881), et, après lui, un auteur allemand a affirmé sans plus (probablement sans avoir une connaissance exacte du travail de Haensell) que c’est à cet auteur que revient le mérite d’avoir démontré que la syphilis est transmissible au lapin. Pour la vérité historique il est bon de noter avec Bertarelli :

1° Que les expériences de Haensell laissent tout au plus soupçonner que la transmission ait été réussie par lui (1).

Il manque en effet dans son travail toute preuve que les lésions observées par lui soient réellement syphilitiques. De plus il ne peut échapper à la critique que chez les lapins de Haensell il y avait des lésions de la rate et du foie (nodules macroscopiques avec cellules géantes, cellules épithélioïdes et lymphoïdes) qui rappellent beaucoup la tuberculose et font suspecter qu’il ne s'agit que d'elle.

Haensell en vérité s’est posé cette question douteuse, et il l’a résolue en disant que l’incubation notée dans ses cas est un peu plus longue que dans la tuberculose. Mais si l’on tient compte qu'aucune

expérience définitive de transmission à l’homme n’a

1. P. Ilaensell. Vorlaufige Mitteilung über Versuche von Impfsyphilis der Iris und Cornea des Kaninchenauges. — Von Graefes. Arch. f. Ophtalmologie, vol. 27, p. 93.

été faite (jadis à l’homme, car il était impossible alors de penser au singe) et que l’on ne pouvait pas non plus chercher dans les lésions le bacille tuberculeux encore inconnu, on comprend qu'aucune preuve irréfutable n'ait été donnée que les lésions observées par Haensell fussent syphilitiques. Et ce n’est que depuis les publications de Bertarelli sur la réceptivité du lapin à la syphilis qu’elles peuvent paraitre telles.

20 Qu’à titre de vérité et de justice on doit noter que depuis 1881 aucune attention n’a été accordée au travail de Haensell demeuré inconnu. Et ce n’est qu'après les recherches de Bertarelli que celles de Haensell ont pu être regardées sous un jour favorable et interprétées comme étant vraisemblablement de nature syphilitique.

Les travaux de Bertarelli ont été repris par un grand nombre d’expérimentateurs qui presque tous obtinrent des résultats aussi positifs.

Scherber détermine une kératite parenchymateuse du lapin en tout point semblable à la kératite syphitique de l’homme, mais il ne peut, avec Bendek, transmettre cette kératite au macacus rhesus.

Greef et Clausen,Kraus et Volk, Hoffmann en 1907 reproduisent soit avec des extraits de ganglions inguinaux syphilitiques, soit avec des fragments de chancres, des lésions de kératite parenchymateuse chez le lapin analogues à celles de Bertarelli. Schucht inocule dans l'œil du lapin des produits

syphilitiques prélevés sur le singe, mais ses inocula-

NO

tions restent sans résultats, alors qu’il obtient des résultats positifs dans tous les autres cas en se servant comme matériel des fragments de ganglions inguinaux d’un homme svphilitique. La kératite parenchymateuse qu’il détermine chez le lapin apparaît en moyenne au bout de vingt-neuf jours et les lésions d'iritis au bout de seize jours. Il rencontre le spirochète dans presque toutes les lésions oculaires. Mühlens obtient en cinq semaines une kératite parenchymateuse du lapin par inoculation dans la cornée du bubon syphilitique et il trouve constamment l'agent pathogène dans ses préparations.

ToMAczEwsKki1, en injectant dans la chambre antérieure de l’œil du virus provenant d’un chancre, obtient au bout de six à huit semaines une kératite parenchymateuse qu’il peut transmettre de lapin à lapin, et au troisième passage il remarque une diminution dans la durée d’incubation des modifications de l'iris, mais il ne put jamais déceler de spirochète dansces lésions alors que dans la cornée il l’a presque toujours rencontré.

En 1907, Galli Valerio et Vera Salomon ont entrepris une série d'expériences soit par des inoculalions directes sur la cornée, soit par des injections dans la chambre antérieure de produits suspects broyés en solution stérilisée.

Ils ont recherché les spirochètes dans tous les cas, soit au moyen de préparations colorées par la méthode de GixMsA, soit par des coupes faites selon la méthode de Levaditi. Sur 5 lapins inoculés avec un

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chancre, ils n’obtinrent aucun résultat et ils attribuërent cet insuccès soit au petit nombre de spirochètes dansle chancre, soità une mauvaise dilution du matériel d’inoculation. Les lapins inoculés avec des plaques muqueuses de la lèvre supérieure d’un malade présentèrent les premières traces de kératite au bout de vingt-cinq à trente jours et les lésions s’accentuant revêtirent le type dela kératite parenchymateuse. Une seule fois seulement, ces expérimentations déterminèrent de l’iritis et ne réussirent pas dans ces lésions à déceler l'agent pathogène de la syphilis.

Dansles coupes de la cornée qu’ils pratiquèrent selon la méthode de Levaditi, ils rencontrèrent deux fois seulement le spirochète, mais les coupes étaient transversales et c’est surtout en surface qu’on a des chances de le mettre en évidence. Les inoculations faites par GALLI VALER10 et VERA SALOMON de lapin à lapin confirmèrent les premières expériences de Bertarelli, à savoir : que les lésions de syphilis oculaire sont transmissibles d'un animal à un autre, que la période d’incubation est d'autant moins longue et les modifications oculaires d’autant plus prononcées que les passages sont plus nombreux (1).

Enfin le D: Milian (2) et nous-mêmes avons pu reproduire les kératites syphilitiques du lapin, en

1. Die syphilitische Keratitis des Kaninchens. Centralbl. f. bakter1, origin. t. XLV, 8 octobre 1907. pp. 39-44. Galli Valerio et Vera Salomon.

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