I. — Hémorrhagies
C'était l’accident le plus redouté des anciens chirurgiens. Malgré le perfectionnement de la technique hémostatique, il peut encore être considéré comme le plus rapidememt dangereux. Ces hémorrhagies peuvent être : artérielles, veineuses, parenchymateuses.
1° HÉMORRHAGIES ARTÉRIELLES. — 4) Primitive. Elle peut intéresser soit une artère de moyen calibre comme les thyroïdiennes et surtout la thyroïdienne supérieure, la linguale, ou même des vaisseaux de gros calibre comme la carotide. L’hémorrhagie, quoique présentant une gravité assez considérable à cause de l’anémie qui lui succède, ne doit cependant pas trop épouvanter l’opérateur, eut-il divisé la carotide primitive elle-même. On trouve dans la science un assez grand nombre de cas de ligature de la carotide primitive pour des causes diverses et où le patient s’est rétabli.
Le succès dans cette occurrence dépend du sang-froid de l’opérateur et de la rapidité de son intervention. Quoique la ligature de cet énorme vaisseau ne soit pas nécessairement mortelle, elle doit être considérée ce-
ot pendant comme étant de la plus haute gravité. On a noté dans ces cas des accidents très graves : troubles de lintelligence, hémiplégie et même la mort immédiate.
Dans le cadre des hémorrhagies artérielles primitives, il faut comprendre celles qui surviennent quelques heures après l’opération, alors qu’une ligature mal assujettie s’est relâchée. On ne saurait trop porter d’attention à la ligature des vaisseaux pendant l'opération. Nous trouvons dans le seul mémoire de MM. Reverdin. deux cas d’hémorrhagie de la thyroïdienne supérieure où la vie du: malade ne fut sauvée que par une rapide intervention.
B) Secondaire. — Elle est plus rare et se produit après un nombre de jouts variable. Dans un cas de Kocher l’emploi d’une solution de chlorure de zinc à 5 °/, détermina la mortification du tiss'1 cellulaire du médiastin et l’ouverture du tronc artériel brachio-céphalique. La mort fut immédiate. Cet accident a contribuë à faire abandonner par Kocher l’emploi du chlorure de zinc.
20 HÉMORRHAGIES VEINEUSES. — «) Primilive. — Elle est peut-être plus redoutable que les précédentes car souvent les parois des vaisseaux sont molles, comparables à de la baudruche, et se déchirent sous la pince qui les saisit. Il est vrai que si les artères sont athéromateuses la pression de la pince suflira également à les déchirer. Dans ce cas l’hémorrhagie artérielle est de la plus haute gravité. L’athérome généralisé doit faire rejeter toute tentative d’extirpation.
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Dans le cas d’hémorrhagie veineuse, l’écoulement se fait en nappe et non en jet puissant, ce qui ne permet pas de placer immédiatement une pince sur Porifice béant du vaisseau. La blessure des grosses veines du cou n’est pas toujours d’un pronostic fatal puisqu'on trouve la relation de plusieurs cas de thyroïdectomie où l’opérateur fut obligé de réséquer une portion notable de la jugulaire interne blessée pendant l’opération ou envahie par un néoplasme malin. Dans plusieurs de ces cas le malade guérit. Malgré ces cas de guérison on doit considérer l’ouverture des grosses veines comme étant un accident d’une haute gravité. À ce propos nous ferons remarquer, avec M. le professeur Poncet, quelle est la gravité de l’ouverture d’une veine de moyen calibre près de son embouchure dans un vaisseau de gros volume. Dans ces cas le bout de la veine blessée se rétracte énormément; on a pour ainsi dire alors une boutonnière latérale du gros vaisseau, dont la veine blessée était un affluent.
8) Secondaires. — Elles sont assez rares. Mosetig cite cependant une observation dans laquelle la pression d’un drain aurait déterminé l’ulcération d’une grosse veine.
3° HÉMORRHAGIE PARENCHYMATEUSE. — Pour être moins effrayante au début, elle n’en est pas moins dangereuse, car 1l est difficile d'appliquer des pinces hémostatiques sur le tissu glandulaire. Celui-ci se déchire sous la pression de l’instrument. On pourrait dans ces cas employer soit le thermo-cautère, soit plutôt le tamponnement momentané avec des boulettes de gaze trempées dans le perchlorure de fer.
Les dangers toujours imminents de l’hémorrhagie doivent inspirer au chirurgien la plus grande réserve dans son intervention. Il doit bien être pénétré de cette idée capitale qu’on ne doit jamais diviser une bride de tissu dans la région thyroïdienne sans avoir appliqué au préalable soit deux ligatures, soit deux pinces à pression continue, dans l'intervalle desquelles on pratique la section.
De plus, l’hémorrhagie de quelque importance ne sera coërcible qu’autant que le vaisseau divisé sera parfaitement visible et facilement accessible à la pince hémostatique. C’est cette nécessité où se trouve le chirurgien d’avoir toujours sous les yeux les tissus qu’il va diviser qui nous à fait rejeter l’incision médiane unique comme devant être employée de rigueur. Avant tout il faut pouvoir à chaque instant constater par la vue les progrès de l’extirpation, et le doigt du chirurgien ne jamais s’aventurer là où son œil ne peut pénétrer.