ETUDE CRITIQUE
Les tentatives de transformation variolo-vaccinale que nous avons réalisées, ont continué la lengue série des échecs des expérimentateurs français. Peut-on incriminer les conditions dans lesquelles elles furent réalisées ? Il convient de le rechercher avec l'espoir, en discutant impartialement les expériences relatées au début de ce travail, de pénétrer « le pourquoi mystérieux » de cette controverse.
Les premiers auteurs qui se sont occupés de la variolovaccine, ont relaté des observations plutôt que des expériences.
Les uns, frappés par la coexistence fréquente des épidémies de variole et des épizooties pustuleuses « qui, suivant le mot de Dupuy, naissent, règnent et s'éteignent » simultanément, rapportent ce phinomène à la contagion et le considèrent comme une preuve de la transformation de l’une des maladies en l'autre. On sait aujourd'hui que l'identité des causes secondes, de quelque nature qu'elles soient, suflit à expliquer ces faits. Cette coïncidence, sur laquelle reposent en partie les conclusions de John Baron et de Depaul, a été de nouveau signalée récemment par M. Lecercle (44) qui prouve avec statistiques à l’appui, la fréquence des revaccinalions
positives en période d'épidémie de variole et, réciproquement, leur anormale rareté ultérieure. Il attribue la parallélisme qui existe entre les courbes des deux affections, à des conditions de réceptivité identiques pour les germes « probablement semblables » de la vaceine et de la variole.
Les autres, tels que Gassner, Sonderland, Ceely, dans une de ses expériences, se basent sur l’observation de variolisations accidentelles ou expérimentales par des procédés qui nous paraissent aujourd'hui rudimentaires. Il s’agit d'animaux qui ont léché la literie de varioleux ou qu'on a enveloppés dans les draps de malades morts de leur maladie. Il est possible que ces animaux aient ainsi acquis, avec ou probablement sans éruplion variolique, une immunité vis-à-vis de la vaccine, analogue à celle de la plupart des animaux que nous avons variolisés ; mais personne n'oserait soutenir aujourd’hui qu'ils aient présenté une éruplion variolovaccinale. On peut donc faire abstraction de ces expériences sur lesquelles d’ailleurs l’on n’a que des renseignements incertains.
Depuis les expériences de Thiele, Reiter et Ceely, les tentatives de transformation variolo-vaccinale ont été pratiquées avec une technique qui a varié dans le détail, plutôt que dans la base. Il est donc facile de les grouper pour les étudier.
Les bovidés et les équidés étant, par excellence, les animaux vaccinifères, c'est à eux que l'on s’est adressé le plus souvent. Parfois cependant on a cherché à
modifier la semence variolique, avant de la cultiver sur le bœuf, en l'inoculant soit au singe (Eïlerts de Haan, Béclère, Monckton Copeman, Brinckerhoff), soit à l’âne ou au mouton (Chaumier, Voigt), soit enfin au lapin (Stumpf, Freyer). On est mal fixé sur l'emploi des autres animaux.
Les premiers expérimentateurs (Thiele, Ceely, Warlomont, Chauveau, Berthet) opérèrent sur des animaux adultes. Depuis plus de vingt ans, on leur préfère les sujets jeunes, en particulier les génisses de deux à cinq mois.
C'est au jeune âge des animaux qu'il emploie que Hime attribue le succès de ses expériences ; M. Chauveau lui-même, pense que les jeunes bovidés « se prêtent probablement mieux » que les adultes à la culture de la variole, sans cependant donner la vaccine. Par contre, Fischer, Eternod et Haccius reconnaissent que la jeunesse des animaux employés à Lancy n'a pu influencer leurs expériences, puisque les bovidés adultes inoculés avec du variolo-vaccin, ont réagi entre leurs mains exactement comme les veaux. Les expériences de MM. Juhel- Renoy et Dupuy montrent que l'organisme des jeunes bovidés ne se prête pas mieux que celui des adultes à la culture du virus variolique. Il est cependant aujourd’hui classique, par analogie sans doute avec la vaccine, de varioliser, non les bœufs, mais les veaux. Aussi, dans nos expériences, nous nous sommes adressé exclusivement à de jeunes sujets : sur 19 veaux de moins d'un an que nous avons inoculés de variole, deux seulement ont eu une éruption papuleuse discrète ; pas un n'a présenté une seule pustule. Aussi nous croyons-nous en droit
de conclure que les veaux inoculés suivant les procédés et avec les matériaux auxquels nous avons eu recours, ne sont pas susceptibles, malgré une différence de réceptivité individuelle toujours possible, de répondre à la variolisation, par une éruption pustuleuse.
Nous ne pensons pas pouvoir discuter utilement sur l'utilisation de l’âne ou du mouton sur lesquels nous n'avons pas expérimenté et dont l'emploi a été jusqu'ici exceptionnel.
Le passage par le singe a été vanté par MM. de Haan et Copeman. Ce dernier auteur attribue une partie de ses succès à la virulence plus grande de la pustule d’inoculation variolique et considère que sil avait pu se procurer sur l’homme de la lymphe de pustule primaire, il aurait obtenu un résultat analogue. La seule expérience que nous ayons pratiquée, il est vrai, avec non de la lymphe mais des croûtes varioliques de singe (génisse n° 10) est restée négative. Nous ne saurions tirer une conclusion d'une expérience unique. Mais nous nous abritons derrière l'autorité de M. Voigt qui, alors qu'il avait réussi plusieurs inoculations directes de l’homme au veau, échoua en 1895-96, dans des expériences exécutées suivant la méthode décrite par M. Copeman.
La variolisation du lapin a été réalisée pour la première fois par MM. Roger et P.-E. Weil ; mais ces auteurs, dont l'objectif n’était pas la production d'une souche variolo-vaccinale, ont exclusivement tenté l'inoculation sous-cutanée qui leur donna parfois des éruptions papuleuses. C’est donc surtout depuis les travaux de MM. Calmette et Guérin sur le renforcement des souches vaccinales par passage sur le lapin, que l'idée s’est imposée d'employer cet animal pour la transplantation
variolo-vaccinale, Une tentative de M. Stumpf fut couronnée de succès ; à deux reprises M. Freyer obtint le même résultat. Il est donc aujourd’hui classique en Allemagne, malgré les échecs de MM. Meder (de Cassel), Méder (de Cologne) et Freyer lui-même, de considérer le lapin comme l'animal de choix pour l’inoculation variolique. Or nous avons variolisé une quinzaine de lapins, sans autre résultat que de les rendre réfractaires à l’inoculalion vaccinale d’épreuve. Un seul lapin présenta une éruption papuleuse discrète !. Nous croyons donc pouvoir conclure nettement que le lapin ne réagit pas à l’inoculation variolique par une éruption pustuleuse.
Divers modes opératoires ont élé employés. Parmi ceux-ci, 1l convient, semble-t-il, de faire abstraction de certains procédés tels que l’inoculation par voie veineuse, digestive, respiratoire ou sous-cutanée, car ils n’ont jamais donné de résultats appréciables, malgré la valeur des expérimentateurs parmi lesquels on compte M. Chauveau.
La presque totalité des inoculations furent pratiquées par la voie cutanée. Mais tandis que M. Chauveau employa exclusivement la méthode des piqüres à la vulve, la majorité des insertions varioliques furent faites par une voie plus large, et non plus à la vulve, mais sur les flancs. Les uns, tels que Ceely et Layet, employèrent les sétons ; d’autres les incisions ou les scarifications. M. Eternod
1 C'est à tort que M. Vorer dans son rapport annuel sur les travaux vaccinaux de 1910, nous fait dire que sur un lapin, nous avons obtenu des pustules. Le reproche qu’il nous adresse de ne pas avoir inoculé au veau cette éruption, n’est done pas fondé.
inventa la dénudation au papier de verre. Or, c’est à tel ou tel procédé d’inoculation que certains expérimentateurs ont attribué en grande partie la réussite de leurs expériences. M. Chauveau n'ayant pu, avec la lymphe de Lancy, reproduire qu’une éruption papuleuse, Fischer et Eternod lui reprochèrent « de ne s'être pas appliqué à vérifier avec soin la voie d’expérimentation suivie à Carlsruhe ou à Lancy », se bornant à inoculer la lymphe d'Haccius à la vulve, par la vieille méthode des piqûres.
En 1892, M. Freyer conseillait encore les incisions qui lui paraissaient le meilleur procédé ; cependant les piqûres et les incisions n'avaient donné à M. Eternod que des papules analogues à celles qu'avait obtenues la Commission Lyonnaise. M. Chaumier insiste sur l'importance d'une grande porte d'entrée et scarifie un large champ d'inoculation.
Les expériences modernes ont, en général, été faites d’une façon plus éclectique, et il est d’usage actuellement d'employer, sur le mème animal, les divers modes d'inoculation. Cependant non seulement les expériences de Juhel- Renoy, mais encore la plupart de celles des expérimentateurs allemands sont restées négatives. Lorsqu'ils ont obtenu un succès, ils avaient opéré de façon identique.
Il ne semble donc pas (et nos expériences où furent vainement essayés tous les modes opératoires nous confirment dans cette opinion) que ce soit au procédé d'inoculation que l’on puisse attribuer les échecs ordinaires de l’inoculation variolique.
Plus nombreuses encore sont Îles divergences qui
séparent les différents expérimentateurs sur le choix du virus variolique. Certains produits ne furent employés qu à titre exceptionnel : M. Layet obtint une pustule avec du sang de varioleux recueilli une heure avant la mort ; M. Stampf eut recours à la culture d’un bacille qui fut ultérieurement reconnu non spécifique ; M. Freyer inocula le produit de culture d'œufs ensemencés de matière variohique. Ces expériences sont restées isolées.
On a eu recours plus généralement à l’inoculation des éléments varioliques. La majorité des auteurs n'ont qu'une confiance médiocre dans l'emploi des croûtes (qui ont cependant donné un succès à Klose en 1904) et préfèrent la Iymphe ou plutôt le produit de grattage des vésico-pustules Mais faut-1l choisir, comme Île firent presque tous les expérimentateurs, les cas de variole grave, à cause de la virulence plus grande du produit ou préférer les varioles bénignes que déconseille M. Stumpf mais que choisit M. Chaumier, en raison de leur ressemblance plus grande avec la vaccine ?
L'époque la plus favorable pour la récolte du virus est également mal connue, aussi Fischer prélève-t-1l la semence variolique chaque jour depuis l'apparition jusqu'à la suppuration des éléments. Ce procédé est assez communément employé depuis celte époque par les expérimentateurs, d’ailleurs assez rares, qui ont pu recueillir eux-mêmes la semence variolique. Mais doiton l'employer immédiatement et l'inoeulation au hit même du malade est-elle le procédé de choix; ou, suivant la pratique vaccinalé, une conservation à la glacière de la lymphe variolique glycérinée pendant un temps plus ou moins long, est-elle susceptible, par des-
truction des germes adventices, d'augmenter la virulence du produit ? C’est en variolisant un animal dans la baraque même des varioleux que Fischer obtient son succès de 1886. La lymphe qu'emploient Haccius et Eternod leur est au contraire envoyée à Genève, de fort loin parfois : Berne, St-Dié, Gênes. M. Freyer, en 1895, réussit avec de la lymphe conservée à la glacière alors qu'il avait échoué avec cette même lymphe lorsqu'elle était fraîche. M. Voigt, en 190%, obtient ses plus beaux résultats avec de la semence conservée 3 mois à la glacière. Enfin M. Stumpf déconseille le virus frais qui, n'ayant pas eu le temps de se purifier, ne donne que des résultats avortés, mais recommande qu'on le mette à la glacière immédiatement après son prélèvement.
Par l'emploi du singe, animal particulièrement réceptif vis-à-vis de la variole, nous avons pu reconnaitre l'activité plus grande de la semence variolique hyaline fraîche. La lymphe purulente produit des éléments moins nombreux et moins beaux ; avec le virus ancien, croûtes ou lymphe, l'éruption manque généralement et seule, apparaît une immunisation partielle. La remarque de M. Brinkerhoff est donc fort juste : en vieillissant, le virus s’atténue et perd le pouvoir de produire l’exanthème alors qu'il conserve encore celui de créer l’immunité.
Certains auteurs insistent sur Ja quantité du virus inoculé. C'est là une condition dont personne ne diseute la valeur. La seule limite réside dans la difficulté que l’on éprouve ordinairement à se procurer de la semence variohque.
Nos expériences comme celles de Juhel-Renoy ont été
réalisées avec les semenses les plus diverses : produits de grattage de la pustule, lymphe transparente ou opaque, sérosité purulente extraite de phlyctènes et enfin croûtes varioliques. Nous avons eu du virus en abondance; nous l’avons recueilli nous-mêmes et nous l'avons inoculé dans des conditions en quelque sorte idéales. Tantôt l’inoculation se faisait au lit même du malade, sans cependant introduire l'animal dans la salle des varioleux ; tantôt elle était retardée, maïs la lymphe était glycérinée et immédiatement placée à la glacière. L'activité du virus était incontestable puisque sur le singe, 1l déterminait une éruption variolique typique. Et cependant, comme Juhel-Renoy, nous avons échoué !
Notre technique ne peut donc être rendue responsable de nos échecs, puisqu'elle ne diffère point des techniques étrangères. Nos expériences sont similaires à tous les points de vue, sauf un seul, qui nous semble avoir son importance : le choix du local où se pratiquent les interventions.
Par l'analyse que nous avons faite des travaux qui traitent de la variolo-vaccine, on voit « ou bien que les expérimentaleurs, sobres de détails, ne mentionnent pas qu'ils ont pris la précaution de pratiquer les inoculations varioliques loin de l'Institut vaccinal, ou bien que maintes recherches sont poursuivies en plein centre vaccinogène, et dans des conditions où, aides et instruments, peuvent, vis-à-vis d'animaux aussi réceptifs pour la vaccine, jouer le rôle d'agents vaccinifères ».
C'est là une éventualité contre laquelle M. Chauveau a, depuis longtemps déjà, mis en garde les expérimenta-
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teurs. Il a en effet, rappelons-le, constaté une contamination de ce genre quand, parmi les papules varioliques produites par la lymphe variolo-vaccinale de Lancy, il a découvert une pustule vaccinale légitime, liée indicutablement à une inoculation accidentelle par le vacher.
MM. Pourquier et Ducamp partagent cet avis.
M. Meder, adepte convaincu de la variolo-vaccine, attire également l'attention sur l'apparition possible de pustules encroûtées chez des veaux non inoculés séjournant à l'étable des animaux vaccinés et relate dans une tentative de variolisation négalive, la survenue d'une pustule qu'il attribue à la transmission vaccinale.
Plus instructif encore est l'épisode que rapporte au Congrès vaccinal de Hambourg, M. Mœvius, directeur de l’Institut vaccinogène d’Oppeln. Nous l'avons rappelé précédemment ; il est inutile d’y revenir.
On conviendra que dans ces conditions, les expériences d'inoculalion à blanc que nous avons réalisées à l’Académie de médecine ont quelque importance par la restriction qu'elles apportent à la valeur des réussites variolo-vaccinales réalisées dans les Etablissements vaccinogènes. « Si nous avions mélangé un peu de virus variolique à la glycérine dont était chargée exclusivement la lancette, nous n'aurions pas hésité à proclamer que nous avions créé une souche de variolo-vaccine, d'autant plus que c’est précisément sous l'apparence de cette pustulation discrète et éparse qu’elle semble parfois êlre apparue aux yeux de ceux qui ont eu la bonne fortune de réussir. »
«Ce jugement hasardé n'a-t-1l pas été réellement commis dans certaines expériences inscrites à l'acuf du succès ?
Certaines expériences parmi les plus anciennes et le plus souvent citées ne donnent pas l'impression que toutes les précautions aient été prises avant, pendant et après l'inoculation, pour éviter la contamination vaccinale par les personnes, les instruments ou le milieu. »
Dans les expériences de Reiter, une épidémie de cow-pox se développe dans l'étable des animaux variolisés, comme s’il se fût agi d’un mélange vaccinal et variolique. La contamination vaccinale paraît fort probable dans les expériences de Ceely dont seules les premières inoculations furent vaccinifères, comme si sa lancette se fût essuyée au cours de l’expérience ainsi que le remarque M. Chauveau; elle est possible dans les expériences de Haccius qui au Congrès vaccinal de Vienne, rapporta que dans des tentatives ultérieures pratiquées hors de l’Institut vaccinal, 1l n’eût que des insuccès. En 1881, M. Voigt ne réussit qu'une seule fois, celle précisément où 1l avait inoculé simultanément la variole et la vaccine. Hime n'obtient-il pas des résultats positifs en première génération parce qu'il variolise les animaux sur la table de vaccination ordinaire, sur laquelle l’animal reste attaché une demi-heure ? Dans la cabane où opéra Fischer, en 1886, nous ignorons si, pour le personnel ou les malades, il n’entrait pas de la pulpe vaccinale ; or, à cette époque, on pratiquait encore la vaccination de bras à bras. MM. Freyer en 1895, Voigt en 1904, après des inoculations sinon négatives, du moins purement papuleuses avec de la lymphe variolique fraîche, obtiennent, l'un en dehors de l'Institut, l'autre dans l’Institut même, de remarquables résultats
— 132 — j avec la lymphe conservée dans la glacière qui renferme
la pulpe vaccinale destinée aux besoins de l'Insütut de Hambourg d'où l'on a éloigné toutes les génisses vaccinifères.
C'est dans une glacière de même destination que M. Stumpf place le virus variolique dont ainsi la conservation lui paraît plus sûre durant les mois d'été. C'est également dans les Instituts vaccinaux qu'opèrent MM. Copeman, Freyer (1908), Voigt 1908), Meder (de Cologne) (1909).
M. Copeman inocule ses singes dans des locaux spé-
ciaux ; mais il vaccine leur gardien « par mesure de précaution », dit-il ; 1l recueille la semence variolique sur des cadavres ; 1l inocule ses génisses dans les Etablissements vaccinogènes de Londres.
Enfin, les seules expériences françaises positives : celles de MM. Pourquier et Ducamp, en 1893, à Montpellier, de MM. Layet, Le Dantec et Benech, en 1895 à Bordeaux, de M. Chaumier, à Tours, en 1903, ont été faites dans un Institut vaccinal.
Qu'on relise maintenant sans parti-pris soit les travaux originaux, soit l'analyse que nous en avons donnée, el l'on verra que, dans une controverse où rien ne devrait être abandonné au hasard, 1l existe peu d'expériences positives qui, racontées avec quelques détails, ne laissent prise à la critique, malgré les précautions dont se sont parfois entourés leurs auteurs !
« Nous n'insinuons pas que la variolo-vaccine soit toujours le résultat d’une infection vaccinale spontanée à l’étable ; mais troublé par le contraste existant entre les réussites étrangères et les insuccès français, averti
de la possibilité d'inoculations vaecinales fortuites, nous croyons quil ne faut désormais accepter qu'à bon escient les succès réalisés dans les centres vaccinogènes et que certaines réussites ainsi obtenues sont justiciables de la critique ». N'est-ce pas là précisément la conclusion de M. Mœvius, au Congrès vaceinal de Hambourg ?
Par ailleurs, on voit Haccius reprocher à M. Chauveau de croire que l'élément éruptif prend l'aspect vaccinal typique dès la première génération et insister sur ce fait que la variole ne donne sur le veau, des pustules d'apparence vaccinale qu'après plusieurs générations. M. Trolard (d'Alger), critique également les expériences de la Commission Lyonnaise et déclare qu'il est rationnel que la variole, transmise au bœuf, n'arrive au type vaccinal qu'après une adaptation progressive à travers un certain nombre de générations. On a donc le droit de s'étonner, comme eux, que les succès de certains expérimentateurs aient été à ce point rapides. C'est effectivement en première génération qu’apparaissent les pustules variolo-vaccinales de Reiter, Thiele, Ceely, Badcock. M. Voigt, en 1881, obtient en première génération une pustule de 6 mm. de diamètre, ronde, grisâtre, toutefois non ombiliquée. En 1904, il réussit sur le lapin une éruption pustuleuse de première génération. En 1908, même résultat sur le veau. C'est également en première génération qu’en 1886 comme en 1890, Fischer obtient la variolo-vaccine. Haccius et Eternod, dans huit expériences, observent d'emblée une ou plusieurs pustules dont l’analogie avec la vaccine est
frappante. Tels sont aussi les résultats de Hime, de King, de M. Chaumier ; telles sont aussi les premières pustules de MM. Layet, Pourquier et Ducamp.
« On peut enfin trouver une raison nouvelle de douter, si l’on songe que de laveu des partisans les plus convaincus de la variolo-vaccine, les réussites variolo-vaccinales n'obéissent à aucune loi et dépendent exclusivement du hasard, tout comme les inoculations vaccinales spontanées. »
Les faits de vaccination spontanée que nous venons d'exposer trouvent un nouvel appui dans les expériences rapportées à la séance de l’Académie de Médecine du 20 juillet 1909, à la suite de la communication que nous y avons faite, de nos premières expériences, le 6 juillet. Le docteur Gauducheau (32), médecin des {froupes coloniales à Hanoï, rapporte, en effet, qu'il a réussi à inoculer la vaccine au bufflon, par simple piqûre de mouche et que, toutes les fois que es animaux sont tenus au parc pendant plusieurs jours avant de servir aux inoculations, ils prennent spontanément l'immunité. De plus, il a tenté, lui aussi sans résultat, de varioliser le bufflon en se servant d’une semence varolhique dont l'inoculation à un singe avait déterminé sur cet animal de larges placards indurés et tuméfiés. L'emploi des croûtes varioliques lui donna, sur le singe, des résultats plus parfaits que les nôtres puisque, par leur inoculation, il obtint des pustules primaires semblables à celles de la vaccine. Reporté sur le bufflon, le contenu de ces pustules ne donna aucun résultat, Aussi conclut-il
à l'extrême facilité des contages vaccinaux accidentels et, sinon à la persistance des caractères diftérentiels de la variole et de la vaccine, du moins à la grande difficulté d'obtenir la transformation de la variole en vaccine, si l'on a soin d'éliminer toute cause d'erreur.
Toutes différentes furent, par contre, les conclusions d'un article dont la teneur est due à la collaboration de MM. Voigt (de Hambourg) et Kühn {de Strasbourg) (62) et dans lequel, sans expérience nouvelle, ces deux savants adressent quelques eritiques à nos travaux. Ils ne méconnaissent pas les enseignements qui résultent des expériences d’inoculation à blanc, ne se refusent pas à admettre le transport du virus vaccinal par les mouches et pensent qu'il y a lieu de prendre toutes précautions utiles. La plupart des expériences ont été faites, 1l est vrai, dans les Instituts vaccinaux, pour la raison (qui ne nous paraîl pas péremptoire) quon y trouve mieux qu'ailleurs, l'installation nécessaire à cette sorte d’expérimentation et que les Directeurs sont particulièrement tenus de chercher l'amélioration de la pulpe vaceinale. Mais l'objection de vaccine spontanée ne peut, selon eux, s'appliquer, entre autres expériences, à celles de Fischer (1886), de M. Freyer et de M. Voigt luimême, qui furent faites en dehors de l'Etablissement vaccinogène.
Par ailleurs la variolo-vaceine présente des apparences morphologiques et des propriétés virulentes caractérisüiques :
« Les pustules de première génération de la variolo-
vaceine, écrit-il, mûrissent plus lentement, ne sont bonnes à récolter qu'au 7° ou 8° jour, tandis qu'aux pustules de la vaccine animale ordinaire, il ne faut que 5 jours au plus pour mûrir ; à part cela, les premières atteignent un développement plus considérable, conservent plus longtemps leur apparence gris-perle et sèchent plus lentement. » De plus « la pulpe variolovaccinale est singulièrement active et la virulence en est extrêmement durable. »
Ce ne sont pas là des arguments nouveaux sous la plume de M. Voigt, puisque, déjà en 1892, il objectait en substance à M. Berthet que «si la variolo-vaccine avait été la simple continuation de la lymphe vaccinale employée jusque là, elle aurait conservé tous les caractères de cette souche ; or elle se comporte différemment ». Et 1l rappelle que la nouvelle Iymphe mûrit plus tardivement, ne se coagule pas comme l’ancienne, se conserve plus longtemps et donne environ 3 °/, de succès en plus.
Sans nier la valeur de cette argumentation, on peut remarquer que ce sont là des objections secondaires qui perdent leur valeur en présence du fait primordial : la réalisation, dans une expérience inatlaquable, d'une souche variolo-vaccinale légitime. D'ailleurs ne s'agit-il pas là de constatations dans lesquelles la question d’appréciation personnelle joue un certain rôle. Nous n’en voulons pour preuve que le rapport que fit en 1902 au Congrès vaccinal de Carlsbad, la Commission chargée de comparer les résultats des revaccinations à Hambourg et à Francfort-sur-Mein. Les membres de la Commission discutant sur l'appréciation de telle ou telle réaction vaccinale, décidèrent de faire examiner par l’un d'eux à
deux reprises el à quelques heures de distance, les enfants d’une école. La statistique varia. De plus il ne parut pas à cette Commission que la souche variolo-vaccinale de 1881 déterminât encore en 1901, une immunité plus marquée que les souches vaccinales ordinaires. Mais en eût-il été ainsi que cela n'aurait point constitué une preuve. Ne savons-nous pas par les statistiques de M. Dupont (du Sénégal) (25), que l’immunité conférée par la variole spontanée ou inoculée est beaucoup plus irrégulière visà-vis de la vaccine que vis-à-vis de la variole. De même le singe, d’après M. Brinckerhoff, est susceptible de prendre la vaccine après la variole, mais non la vaccine après la vaccine.
Par ailleurs, M. Dupuy, dans sa thèse, pensait que dans une inoculation simultanée de vaccine et de variole, cette dernière pouvait avoir une influence régénératrice sur la vaccine. Cette opinion reste une simple hypothèse 1.
Nous devrions peut-être conclure sur ces faits expérimentaux ; mais nous ne pouvons nous décider à ue pas demander à la Pathologie générale une confirmation de notre manière de voir.
Nous relisons avec un intérêt toujours renouvelé la magistrale dissertation de M. Chauveau (13) sur «la Transformation des Virus ». « Un virus atténué, écrit-1l, est celui dont les propriétés fondamentales s’échipsent, mais ne sont pas détruites. Elles sont susceptibles de
1 Des expériences en cours nous ont déjà donné quelques résultats dans ce sens. Nous comptons les publier ultérieurement.
reparaître sous l'influence de conditions de culture favorables à l'exaltation progressive du virus, même quand celui-ci est dans un état extrême d'atténuation qui équivaut presque à la destruction de toute action ». Est-ce là le cas de la vaccine ? Evidemment non ; en effet, les propriétés fondamentales de la variole ne sont pas éclipsées, mais détruites puisque, depuis plus d’un siècle, on inocule la vaceine sans que jamais, elle ait fait retour vers la variole. « Parallèlement depuis plus d’un siècle qu'en Afrique les médecins militaires assistent aux pratiques de la variolisation, toujours en honneur chez les Arabes, il est sans exemple qu’une éruption vaceinale ait répondu à l’inoculation variolique. La vaccine comme la variole s’exalle et s’atlénue, parcourt tous les échelons de sa gravité et loutes les variétés de ses modalités cliniques, sans jamais passer à sa congénère: la plus faible ne saurait être considérée comme une réduction de la plus forte, ni celle-ci comme une exaltation de l’autre. La variolo-vaccine ne nous place donc point en face d'une allernalive comparable à celle que réalise la prophylaxie dans la lutte contre la clavelée on le charbon. Les expérimentateurs qui ont réussi à faire de la vaccine avec de la variole, ont réalisé ce fait unique de convertir une maladie infectieuse en une autre. À ce titre, la variolo-vaccine soulève une des plus importantes questions de la pathologie générale, celle de la transmutation des maladies microbiennes entre elles. La variolo-vaccine est à l'heure actuelle l'unique exemple de transformaüon de ce genre qui ait été enregistré. »
« Et si pour un inslant, nous nous rangeons avec
ceux qui, invoquant la similitude des lésions anatomiques, tiennent le corps de Guarnieri comme l'unique agent des deux entités, il nous resterait à expliquer comment deux états morbides engendrés par la même cause gardent (en dehors du domaine des faits attribués à la variolo-vaccine et n'obéissant à aucune méthode expérimentale) une individualité que la nature s’est montrée impuissante à détruire. Mais sur le terrain des spéculations que peut susciter l’histoire présente de la variolo-vaccine et dont on ne saurait méconnaître le prodigièux intérêt, il convient de n'avancer qu'avec prudence ».
Le secret de la parenté qui existe entre la variole et la vaccine, la nature de cette parenté restent en réalité à découvrir. L'idée que la vaccine et la‘variole dérivent l’une de l’autre est logique comme semble le prouver ce phénomène unique dans la pathologie, que l’une 1mmunise vis-à-vis de l’autre, et nous nous y rallions en principe ; mais il s’agit là d’une transformation radicale et non d’une simple atténuation.
« Est-ce à dire que l'on doive renoncer à tenter la transformation variolo-vaccinale ? Evidemment non. L'aveu de notre impuissance actuelle ne préjuge pas de l'avenir. Les faits que nous avons recueillis avec l'unique souci de la vérité comportent un enseignement qui défie toute critique. Nous nous sommes borné à les exposer, tout en montrant les raisons et l'importance du litige qui sur cette grave question continue à diviser de façon absolue l'opinion française et étrangère. Toute interprétation personnelle serait
prématurée. Il nous faut continuer à observer et à expérimenter encore jisqu'à ce que les méthodes de transformation variolo-vaccinale soient précisées et que soient découvertes les lois de cette métamorphose. »