‹ Étude sur la vie de P. de RonsardChapitre 65 sur 125 · CONTRE UN MESDISANT DE RONSARD · texte numérisé non relu

CONTRE UN MESDISANT DE RONSARD

Avant, avant vers furieux !

Fouldroyons l'homme injurieux, Qui, de sa bavarde ignorance, Veut honnir l'honneur de*la France, Aboyant d'un gosier félon Un des plus chéris d'Apollon!

Ourdissons une corde telle Que celle d'Archiloc, ou celle Qu'Hipponax, ireux, retordit, Afin que Bubal se pendist.

Et vous, infernales Furies, Si jamais vos forceneries Donnèrent tourment éternel A quelque pale criminel.

C'est à ce coup, sœurs Eumenides, Vengeresses des Pegasides, C'est, Eumenides, aujourd'hui Qu'il le faut donner à cestuy.

Rebrouillant de vostre tempeste Le cerveau de sa folle teste.

I. Il m'a paru intéressant de conserver ces ïambes que j'ai recueillis en tête des Amours (Basle, 1557)- H^ sont suivis du sonnet à la louange de Ronsard par Saint-Gelais. Et pourtant ils semblent s'appliquer à ce dernier qui en a sans doute été peu flatté. Ceci expliquerait comment la paix entre les d^ux poètes fut plus apparente que réelle. Ils ne portent point de signature. S'il est difficile d'admettre que Ronsard les ait écrits en entier, il pourrait en avoir composé une bonne partie. P. B.

ijo Œuvres

Et l'emplissant en sa fureur De vostre plus hideuse horreur; Pour le moins d'une telle rage Tempestant si fort son courage, Qu'il semble un Adraste nouveau Ou quelque autre Ajax porte-fleau, Le meurtrier de sa mère, Oreste, Athamas, Rolland ou Thyeste, Ou ce bel enfant furieux Aimé de la mère des Dieux.

Là doncques, race furieuse, Gesnez son ame vicieuse, Et l'une de vous sur son sein Acharne un lézard inhumain.

Et l'autre de rouges tenailles Bourrelle ses ordes entrailles ; Puis toutes trois vous assemblez, Et de cent tourmens redoublez Faites-luy ressentir en l'ame Le guerdon de son meschant blâme!

Couvrez-luy ses cheveux pendans De mille serpenteaux mordans; Puis ayant tors d'un pouce horrible Les cordons d'un fouet terrible, Gravez son crime sur son dos, Froissez-luy malement ses os Et de cent singlades cruelles Detranchez-le jusqu'aux mouelles; Faites qu'il ait toujours en vain D'Erysichton l'ardente faim, Et le paissez, damnant sa vie, Des mets venimeux de l'envie; Puis tousjours sa peine agravant.

Des eaux de Galle l'abreuvant Et luy donnant les chiens pour guide Qui deschirerent Euripide, Tortillé de mille liens Sur les sommets Caucasiens

INEDITES.

Chassez-le, et faictes qu'il y sente Sa peine tousjours renaissante, Et pesle-mesle son malheur Croisse à l'envy de sa douleur!

Car c'est le tourment que mérite Une ame des Dieux si maudite, Si maudite dis-je des Dieux Et de la nature et des cieux, Tâchant misérable d'offendre Le renom de nostre Terpandre, De ce Ronsard qui de ses vers Dore nostre âge et l'univers ; Et souiller d'une voix honnie Les vertus de mon Lomenie, En qui le vray portraict je voy Du vray secrétaire d'un Roy, Et sous qui l'heureuse nature M'a faict prendre ma nourriture.

C'est pourquoy, d'un vers furieux.

Je foudroyé l'mjurieux Qui de sa bavarde ignorance Foudroyé l'honneur de la France; Aboyant d'un gozier félon Un des plus chéris d'Apollon.

ŒUVRES INÉDITES

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