CURE
déplorables de son injurieux adversaire Sibrand, dans un Opuscule intitulé : Bona fides Sibrandi Luberti demonstrala ex libro quem inscripsit responsionem, ad
Pietatem Hugonis Grotn.
C’est un glorieux reproche adressé à Grotius que celui d’avoir entretenu des rapports intimes avec les Arminiens ; et d'avoir témoigné, par un grand nombre de ses lettres, de l’estime qu’il professait pour eux. Au
moins, ses Adversaires n’auraient pas dû pousser l’in-
justice jusqu’à lui reprocher d’avoir cherché à concilier
les esprits en composant l’Ouvrage qui a pour. titre :
Hugonis Grotii CONCILIATIO dissidentium de re prædesti-
narià et Gratià opinionum.
A la vérité Grotius y expose le Système Arminien et reste convaincu que l’idée que nous devons avoir de la | Bonté et de la Justice de Dieu, s’oppose à l’admission du système de Gomar, touchant la Prédestination et la Grâce. L'Édit que Grotius avait écrit par l’ordre des États, ayant été attaqué par les Gomaristes, notre Auteur le fit réimprimer et le défendit, avec un Recueil
de Notes qui le justifiaient, sous le titre suivant :
La —
« Decretum illustrium ac præpotentium Ordinum Hollandiæ » pro pace Ecclesiarum munitum sacræ Scripturæ auctori-
» tate et Conciliorum antiquorum. »
Grotius revient sur le pouvoir du Magistrat, dans un Ouvrage plus étendu et d’une portée générale, Cet Ouvrage, qui sera lu avec Utilité dans nos questions | sur le Pouvoir spirituel et temporel qui agitent le Monde Chrétien, a pour titre : « De Imperio summarum » polestatum circa sacra. » Après avoir exposé la question, et prouvé, avec beaucoup d’érudition, le pouvoir . du Souverain en matière ecclésiastique ; il distingue le » Contrôle (INSPECTIONEM cum tmperio) sur les fonctions |
sacrées, de l'Exercice de ces mêmes fonctions. Puis, ils
examine si le Magistrat peut se charger personnellément
de ces dernières. Il trouve que cet usage, en vigueur |
dans les premiers Ages du Monde, présente, dans l'état
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actuel des Sociétés, des inconvénients qui tiennent à la | |
différence des Mœurs, qu'exigent la Royauté et le
| Sacerdoce. À | | ;
Dans un autre ordre d'idées Grotius démontre éga
lement que les Evêques des premiers siècles, vi
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au gouvernement de l’Église de Jésus-Christ qui n’a ; 7 . . 4
voulu qu’une Autorité persuasive, loin de réclamer la
Souveraineté temporelle coercitive, commandaient, au
contraire, de s'abstenir de toucher à la Chose publicue;
et voulaient la distinction radicale du Pouvoir spirituel
et du Pouvoir temporel.
Synthétisant cette pensée double Grotius fait ressortir en arêtes tranchantes, d’un côté : que les Pères de l'Église enseignaient la Subordination à la Puissance temporelle et la mettaient en pratique, vis-à-vis même des Souverains hérétiques et persécuteurs de l'Église ; et d'autre côté : que le Magistrat ne peut rien changer aux prescriptions de la Loi positive de Dieu et ne doit pas s’immiscer dans l’exercice du Ministère Évangélique
et de la Juridiction spirituelle.
Est-ce à dire que le Magistrat ne peut régler l’observation et les détails de la Loi divine et évangélique ? Non certes. À plus forte raison a-t-il Juridiction sur les Choses qui n’ont point été déterminées par l'Écriture- Sainte, telles que le temporel de l’Église, la convocation
les Synodes et l'élection des Pasteurs (Chap. 3).
Ceux qui sont au fait de Droits légitimes des Puissances temporelle et spirituelle ne passeront jamais à Grotius que le Magistrat ait droit de juger dans les Conciles, d’en changer les décisions, de déposer les Ministres (Ch. 7, n° 13 et Ch. 10, n° 33) ; bien que Grotius déclare (Ch. 3) que l’Église visible, étant une Société d’Institution divine, ait un Gouvernement Législatif (regimen constilutivum). 11 en cite comme
exemple l’Institution du Dimanche.
À part ces critiques sur la trop grande latitude donnée au Pouvoir Civil, nous sommes heureux de constater que les enseignements de Grotius sont en harmonie avec la Doctrine et les exemples de Jésus- Christ ; avec les traditions de la primitive Église, et de ses premiers Pères ; et aussi avec les Droits impres-
criptibles des Peuples.
Qui n'admirerait les solides enseignements de notre
savant Auteur lorsqu'il dit: 1°que les Évêques ne doiven
être investis de la Souveraineté temporelle que comme
contraints et forcés par le Peuple ; 2° qu’en aucun cas ils ne doivent faire de leur Autorité spirituelle un prétexte pour s’immiscer dans la Chose publique ; et 3° que ce serait un Crime d’abuser de leur sainte Autorité pour courber le front des Peuples et enchaîner leur Liberté ?
XHII
Passant à leurs devoirs, dans l’Enseignement Évangélique, Grotius veut que les Puissances spirituelles, avec leur esprit d’abnégation, de sacrifice et d’humilité, conservent les Principes Démocratiques qui sont la base du Christianisme, et qu’ils fassent prédominer, sans jamais craindre l’oppression des Rois, toutes les fortes Vertus des traditions de l'Évangile, Car du jour où une Puissance temporelle quelconque tyrannisera les âmes, en voulant anéantir l'Évangile qui a donné à l'Homme sa véritable Liberté, cette Puissance porterait dans ses actes la cause fatale de sa propre destruction. Jésus-Christ n’a-t-il pas fondé avant la Liberté Politique la Liberté Morale, en apprenant à rendre spirituellement à Dieu ce qui est à Dieu et temporellement à César ce qui est à, César ? Cette sublime doctrine de Grotius est en harmonie avec la Souveraineté nationale qui sert de nos jours de base au Droit public, tel qu’il
est proclamé par la conscience collective des Peuples.
(4) Quand les Chefs de la Catholicité, tous puissants par le prestige de leurs vertus, nous rappellent un de ces dogmes éternels que l'Église, témoin fidèle et incorruptible, conserve à travers les siècles, nous nous inclinons avec respect, parce que nous savons que C’est la Parole Divine. Mais quand après avoir affirmé par le Christ le principe de la distinction de l’ordre temporel et de l’ordre spirituel, qui est à lui seule toute l’essence de la Révolution Chrétienne, ils nous présentent un Gouvernement moitié humain, moité divin, qui est la négation même de ce principe de la séparation des Pouvoirs, nous déclarons cette œuvre condamnée à la fois par le Droit Humain et par le Droit Divin, si elle ne $e soutient qu'aux dépens de la Dignité, de la Liber-
té des Peuples et de leur Grandeur Morale.
Puisque la séparation des deux Puissances fut opé-.
rée de droit par Jesus-Christ lui-même, il y a dix-neuf siècles, et que c’est sur ce droit que repose la Liberté de
Conscience qui fut enlevée à César, croyons ardemment
(1) Ce qui suit a été composé après le Concours.
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que l’Épiscopat a pour mission libérale et civilisatrice de s’écrier : PROPAGEONS L'ÉVANGILE, que son esprit pénètre tous les cœurs ; la Liberté de l’homme étant toute entière dans l'Ordre social fondé par le Christianisme, où les Lois découlent des mœurs et les mœurs des croyances ; mais soyons sans violence pour demeurer plus forts : le Pape n’a-t-il pas déclaré que le Saint-Siége ne soutient pas comme dogme de Foi le Pouvoir temporel? Dans un siècle rongé par la Jouissance, par l'Orgueil et par l’Égoisme, ne cherchons que l’immortel honneur de Jésus-Christ et de son Église, la glorification du Sacrifice de l’Humilité et du Dévouement. Surtout qu'aucune crainte ne nous trouble,hormis cette TRIPLE : CRAINTE dont parle Saint-Hilaire. « J'ai peur, dit-il, du danger que court le Monde Mihi metus est de mundi periculo, non pas de celui que semble courir l'Église : Elle a les Promesses, le Christ est son fondement, Dieu est son défenseur ; mais j’ai peur du danger qui menace le Monde, les Pouvoirs, les Sociétés, les Lois, les Peu- ples, à cause de la guerre insensée qu’on s’obstine à faire à Jésus-Christ. J’ai peur encore non pas de parler
car je suis établi pour le faire, et non seulement à temps, mais toujours, la Parole de Dieu ne subissant | point de chaînes ; mais j'ai peur de ne point parler
assez, et d'entendre Dieu me reprocher quelque jour
ce silence: Mihi metus est de silentii met reatu. Enfin j'ai peur non pas du jugement des hommes, Seigneur ! vous le savez, je n’ai point désiré le jour de l’homme, ce jour trompeur souvent méchant et tout au plus capable d'éclairer des surfaces ; il m’a toujours été d’un minime intérêt d'être Jugé pour ce jour là; mais j'ai peur de votre jour à vous," mon Dieu, du jour de VOS JUSTICES ; j'en ai peur pour moi et pour d’autres : Mihi metus est de Judicio Dei. »