‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 23 sur 103 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JEAN, resté seul»

Seigneur, si je bénis votre bonté divine.

Ce n'est pas pour les biens dont vous seul me comblez ;

Ni pour m'avoir donné éette ronde colline

Que couvrent mes troupeaux, mes vignes et mes blés ;

Ni pour avoir rempli mes jarres par douzaines,

De l'iiuile recueillie aux oliviers des plaines,

Pour baigner à loisir mes fromages épais;

Sans compter, Dieu merci ! tant d'autres qui sont pleines,

Grâce aux vieux oliviers plantés sur les sommets.

Ce n'est pas, quand je vois de mes ruches fécondes

Les innombrables nids où tant d'oiselets nains,

De leur miel savoureux versent les gouttes blondes

Qu'ils dérobent aux fleurs sous vos regards sereins ;

Ni quand je vois ployer les solives serrées

De mes greniers nombreux, où votre puissant bras,

Écartant de mes champs l'orage et les frimas.

Entasse de mes blés les montagnes dorées ;

Car, vous seul, vous comptez les grains de nos moissons,

Seigneur, et je n'en suis que l'humble majordome ;

Mais, malgré tous ces biens dont nous vous bénissons.

Je reste toujours simple et toujours économe...

Et ce n'est pas non plus en voyant maint pressoir

Regorger jusqu'au bord de grappes écumeuses.

Ni mes tonneaux rangés et prêts à recevoir

Ce qu'octobre abandonne aux brunes vendangeuses ;

Non plus quand je vois paître, aux flancs de nos coteaux,

Mes gras troupeaux pareils aux roches immobiles.

Et dont le nombre est tel que lorsqu'ils vont, par files,

Aux approches du soir, s'abreuver aux ruisseaux,

Après eux, mes bergers avec leurs chiens dociles.

Pourraient, presqu'à pied sec, en traverser les eaux.

Ce ne sont pas ces biens dont je vous remercie ,

C'est plutôt... et tout haut j'en rends grâce à genoux,

De m'avoir fait, Seigneur, par faveur infinie.

Un cœur content du sort que je ne dois qu'à vous !

Je ne ressemble pas au courtisan vulgaire,

Et dont l'ambition ronge et froisse le cœur ;

Car je vis sans souci de ce vain mot honneur ,

Et, pourtant, honoré de mes égaux sur terre ;

Je naquis au village et non loin de la cour ;

Mais j'ai bien soixante ans et ne l'ai jamais vue ;

Quelle que soil du temps la fortune imprévue,

Me préserve le ciel de la voir un seul jour!

De ces grands châtaigniers, qui sont tous de mon âge,

Je n'ai pas dépassé la longueur de Tombrage ;

Car rhomme, qui possède une simple maison,

La table et le couvert, un abri pour sa tête.

Que veut-il donc de plus ? et par quelle raison

Se tourmenter l'esprit pour une autre conquête ?

Je me ris de celui qui court dans les combats

Risquant de se briser les jambes et les bras ,

Comme s'il en avait un mille à son usage...

Et cet autre étourdi me semble encor moins sage,

Qui, n'étant pas content du sol que nous foulons,

Veut saisir aux cheveux la volage fortune,

Et s'en va de la mer labourer les sillons.

En attendant qu'il fasse un voyage à la lune !

Mon Dieu! quelle folie à l'homme, de chercher

Une tombe incertaine et loin de son docherl...

Nous retrouvons ici le caractère que nous avons admiré dans la pièce de : Les Tello de Meneses , mais Tépoque n'est plus la même, les Maures sont depuis longtemps chassés de FEspagne ; la paix règne dans toute la Péninsule ; et si la guerre est un objet d'ironie pour Jean le Laboureur, c'est qu'elle n'est plus nationale et sainte, et ne se fait qu'au profit de l'ambition conquérante et insatiable.

Le fils de Jean, Félicien, sollicite vivement son père pour qu'il vienne voir le roi et sa cour qui vont passer près de sa demeure, à l'occasion d'une partie de chasse. Il lui décrit avec enthousiasme la beauté des équipages, les riches costumes des courtisans, le bruit des fanfares, le hennissement des chevaux caparaçonnés, les hurlements des meutes impatientes ; une foule de femmes jeunes et belles accompagnent le roi. C'est un spectacle splendide et curieux. Mais Jean le Laboureur ne lui laisse pas achever sa description passionnée, et l'interrompt :

Assez ; tu m'assommes, tais-toi.

Sais-tu bien ce que c'est que d'aller voir le roi? Es-tu fou? crois-tu doue qu'il soit si nécessaire, Pour un bon villageois comme moi, d'aller voir Son seigneur souverain qui, ma foi, n'y tient guère ; De mes jours, ici-bas, je touche au dernier soir, Je ne le vis jamais, et n'en ai pas d'envie Quand s'approche pour moi la fin de cette vie ; Je mourrai sans le voir : hé ^ qu'en ai-je besoin ? Entends-moi bien d'ailleurs, je suis roi dans mon coin; Et rois sont tous ceux-là qui vivent dans l'aisance Du travail de leurs mains, et rois sont encor ceu^ Dont le cœur est loyal, sincère et généreux ; Des lois je reconnais la suprême puissance, Et j'obéis au roi, comme à Dieu, sans le voir. Il est, nous le savons, ici-bas soù image, Et je l'aime beaucoup ; mais, né dans ce village. Moi, montagnard, j'irais affronter ce pouvoir, Ce vice-roi de Dieu ! Non, c'est une folie ! Le «uré, l'autre jour, en prêchant, nous a dit ; Que deux anges du ciel le gardent jour et nuit; C'est son opinion..., sans compter, je vous prie,* Toute la garnison de son infanterie.

Non, mon Félicien, non ; mon royaume est ici ; Si le roi demandait au vilain que voici,

(En 9e montrant,)

Cent mille écus comptant, je veux bien qu'on me noie Si les grands de sa cour auraient autant de joie A les prêter que Jean qui pourrait les donner. Qu'il y vienne, il verra si jamais je recule ; Je lui donnerai tout, oui tout, sans lésiner, Jusqu'à mon dernier bœuf et ma dernière mule. Mais encore une fois, m'en aller à la cour. Non, à moins que le roi lui-même ne m'en prie. Va-t-il pas me donner une commanderie, Ou bien faire de moi son ministre un beau jour?... Nous ne regardons pas le soleil face à face

Quand il répand sur nous ses rayons lumineux ; Le roi c'est le soleil, devant lui je m'efface ; Le regarder de près c'est se brûler les yeux:. A n'être roi qu'ici, parbleu, je me résigne ; La poule que j'élève en a meilleur fumet ; " Le vin royal du mien n'eut jamais le bouquet; Car le roi ne l'a pas vendangé dans sa vigne Comme moi, qui, fuyant les poisons frelatés.

Ne bois que le seul vin des ceps que j'ai plantés.

...Mais j'entends les grelots du royal équipage,

Je me sauve ! ... j e sais d'avance leur tapage

Et la confusion de tout leur tralala ^

Je cours donc me cacher dans le coin que voilà.

(// montre sa maison»)

Heureux coin où je suis le seul roi de mes pailles \

Ambition ! bonsoir, oh ! toi qui ne travailles

Qu'à construire dans l'air, sans mortier ni ciment.

Les invisible^ murs de tes vains édifices.

Pareils à tes honneurs fondés sur des caprices

Qui n'ont vraiment, comme eux, pour base que le vent.

Le bonhomme Jean, en s'occupant de ses vignes et de ses champs de blés, ne s'est pas aperçu qu'il y avait une intrigue amoureuse dans sa maison. Son flls Félicien çt sa fille Lisarda n'ont pas la même philosophie ni le même goût patriarcal que leur père. Ils savent qu'il est riche, et ils voudraient jouir de cette richesse pour aller & la ville et à la cour. Lisarda, un jour , a mis de tôté ses habits de villageoise et est allée, richement vêtue, visiter Paris ; elle y a fait la rencontre d'un beau gentilhomme nommé Othon, favori du roi ; elle lui a inspiré de l'amour et en a ressenti pour lui.

Lorsque le roi, dans cette dernière partie de chasse.

En espagnol trapala, 2 El rey de mis pajas.

394 LOPB DE VBGA.

arrive près de la maison de Jean, Othon a reconnu Lh sarda, qui lui a donné rendez-vous à la fête du village.

Mais laissons de côté la fête et le bal où lisarda danse an son de la musique et des chansons, et où Othon vient h rejoindre ; suivons le roi qui visite régUse et vient de lire sur un des murs: « Ci-gttJean, laboureur, qui ne servit aucun maître et ne vit jamais ni la cour ni le roi , qui n^épronn et n'inspira jamais de crainte, qui ne connut pas Findigence, qui ne fut jamais ni blessé ni prisonnier, et qui, pendant les longues années de sa vie, ne connut dans sa maison ni f&cheux événement , ni maladie , ni ennui. > Le roi s*étonne de la singularité de cette inscription, et apprend bientôt que celui qui l'a écrite vit encore.

Ce qu'on ajoute du caractère de Jean, de son entêtement & se cacher dans sa maison quand la cour passe, éveille la curiosité du roi. Il est piqué, presque blessé dans son orgueil, de ce qu'un homme soit assez heureu\ de son sort pour ne rien ambitionner, et assez vain de son titre de campagnard pour dédaigner de se trouver sur son passage. Je veux, dit-il, voir cet original. — Faiteslui donner Tordre de venir auprès de vous, il faudra bien qu'il se dérange. — Non pas, dit le roi, laissons-le avec son entêtement ; car s'il ne veut pas venir me voir, hé bien, j'irai voir, moi le roi, le campagnard dans son coin.

Le roi quitte donc la chasse, et, vôtu comme un simple gentilhomme, il vient seul frapper k la porte de la maison de Jean. On ouvre ; il annonce qu'il s'est égaré à la chasse, et qu'arrivé dans ce village, le curé l'a informé qu'il trouverait, céans, bon gît et bon logis. Jean le Laboureur lui dit:

JEAN

Monsieur, prenez ce siège.

^ Asseyez-vous d'abord.

LE ROI

Oh ! non pas, je vous prie.

JEAN

Quelle cérémonie 1 La chaise et la maison sont à moi, Dieu merci, Vous n'avez pas le droit de commander ici. Je suis maître céans, et je vous en avise : Oui, tant que vous serez, monsieur, dans ma maison, Sachez qu'il ne faudra ne faire qu'à ma guise.

LE ROI

' Procédé d'Hidalgo 1

JEAN

Procédé sans façon D'un simple villageois qui dans son coin ordonne, Et veut qu'on obéisse à sa seule personne.

LE ROI

Mon cher! Si vous allez à Paris quelque jour. Je vous promets, d^honneur, que mon cœur et ma porte Vous seront tout ouverts pour payer, à mon tour, "■ Au prix de tout mon bien, l'amour que je vous porte.

JEAN

A Paris, moi !

LE ROI

Quoi donc? n'irez-vous pas y voir Les jardins, les palais, la cour, pour satisfaire Au désir que j'aurais de vous y recevoir?

JEAN

Moi, dans Paris?

LE ROI

OÙ donc est l'extraordinaire?

JEAN

Si c'est là que jamais nous devons nous revoir, Autant vaut renoncer de suite à cet espoir.

LE ROI

Et pourquoi ce dédain? «^

JEAN

De cet humble village Je ne sortis jamais depuis mon plus jeune âge ;

jfcOP» PB VBGA.

J'y cultive le bien dont Dieu me fait jouir, Et, dans ce petit coinp|*ai deux lits à ma guise ; L'un est dans ma |nauM)n et Vautre dans l'église ; Ils suffisenttous deux pour' vivre etppurioourir.

wia«* t.

 vous en ev^peators^jamaii de frotte vie -n^.

Vous ne vîtes le rol^éé.. ^ l; t ^

JBAlf.

Je n'en ai point à'^mi%* Nul, plus fidèlement, ne lui gaiio sa foi Et ne Ta respeelé «owne je fai lus, m6i Qui ne le vis yunabi

Et cependant il passe Par ici mille fois ]^wt aller à la cbjisse.

Moi, je me cadM^ idi»» an foiui de ma m«MiHi ; Et vous s»f«ad#î fuell^ ^ «stia raiaoil : Je rhonore de loin et sans voir son visage ; Mais... par réflexion... je crois être, en petit, Un roi comme le roi, même avec avantage, Car je dors mieux et mange avec plus d'appétit.

LE ROI

Ahl vous avez raison.

JEAN

Plus que lui, je suis riche, Car je puis prodiguer le temps dont il est chiche. Si je veux aller seul, je m'en vais seul... sinon, Je choisis, à mon gré, quelque bon compagnon ; Bref, de ma volonté je suis roi sans contrôle, Sans souci, sans affaire, et c'est le meilleur rôle. Car le plus grand bonheur où tendent nos désirs, C'est'T)ien, sans contredit, d'être riche en loisirs.

LE ROI, a part.

Philosophe des champs, ah 1 combien plus encore Je t'envie...

JEAN

En été, je me lève à l'aurore, Car c'est mon bon plaisir ; et mon premier devoir Est d'aller à l'église où j'entends une messe Que nous dit le curé, qui veut bien recevoir Mon aumône du jour, suffisante largesse Pour que nos indigents puissent un peu dîner ; Après quoi, je reviens, tout joyeux, déjeuner.

LE BOl.

De quoi déjeunez-vous ?

JEAN

Oh! d'une bagatelle; De deux morceaux de lard dont la graisse ruisselle, Au milieu l'on découvre un jeune et gras pigeon Ou même quelquefois un honnête chapon.

Si mes fils sont levés, nous causons de la grange, Et selon la saison , de moisson ou vendange, Jusqu'à près de midi ; puis tous trois nous dînons.

LE ROI, à part.

Son sort me rend jaloux.

JEAN

Et nous nous régalons D'un jeune paon nourri des miettes de ma table, Au milieu de la cour, en plein air, sans étable. Ne coûtant à nourrir pas plus que des grillons.

LE ROL

Vivre ainsi, c'est narguer le destin en personne.

JEAN

Puis vient le mets auquel je fais le plus honneur. C'est notre pot-au-feu 1 Que le roi me pardonne 1 Mais il ne peut jamais en manger de meilleur. De tous ses cuisiniers quel que soit le mérite.

LE ROI

Et de quoi le fait-on?

228 lOPE BB YEGÀ.

JEAN

De bœuf, poule et mouton.

LE ROI

Rien de plus ?

JEAN

En dernier je parle du jambon ^ Car il est le premier au fond de la marmite; Je TOUS laisse à penser les saucisses, les choux, Dont est environné ce chef-d'œuvre entre tous. Puis ma fille, à la fin, apporte une galette Faite de sa façon... du fromage et des fruits. ^

Nous n'avons pas ici d*orgueilieuse étiquette, Ni bouffons, ni j[alas qui prolongent les nuits, Mais un aimable enfant qui nous met tous en joie, Par ses bons mots naïfs et l'esprit qu'il déploie ; Les bouffons de métier sont tous fort ennuyeux, L'enfant est du village, et lorsque, sous mes yeux, Il devient un peu grand, je lui donne une somme Afin qu'il étudie et choisisse, étant homme Suffisamment instruit, l'état qui lui convient ; Il peut même à la cour se rendre s'il y tient.

LE ROI, à part.

Non, je ne vis jamais un homme plus modeste El plus heureux que lui.

JEAN

Lorsque j'ai fait ma sieste, Je prends à l'écurie une bonne jument, Plus rapide que l'air, et vais le long des chaumes. Traversant mes vergers ou mes champs de froment, Mes vignes ou mes prés (ce sont là mes royaumes I) Suivi de mes deux chiens et l'arbalète au bras, Et je mets un gros lièvre ou deux perdrix à bas.

^ Lope fait également une charmante description de ce plat national dans une autre de ses pièces, c'est l'olia-podrlda.

A moins que, sur le bord d'un ruisseau qui m'invite,

En habile pêcheur je ne prenne une truite ;

Au retour, le souper où je mange très peu,

Ce qui fait que, ce soir, vous aurez peu de chose ;

Enfin je vais m'étendre au lit où je repose,

Après avoir tout haut rendu grâces à Dieu 1

LE ROI

J'admire le secret d'une si noble vie,

Car elle est de nature à donner de l'envie,

Mais j'y trouve un défaut auquel il faut pourvoir ;

Dieu vous donna des yeux, est-ce pour ne pas voir?

JEAN

Je ne les ferme pas à ce qui m'intéresse.

LE ROI

Que peut-on comparer aux splendeurs d'une cour ? Quel magique tableau I que d'art et de richesse I Que sont les champs auprès de ce divin séjour? Ue lion n'a-t-il pas une cour souveraine? Les oiseaux ont leur roi, les abeilles leur reine; Les sauvages eux seuls, vivent sans loi ni roi.

JEAN

Je vous l'ai dit, monsieur ; hé ! qui donc plus que moi. Parmi ses courtisans, l'honore et le vénère?

LE ROI

Mais sans le voir jamais cela ne se peut faire.

JEAN

Je suis roi dans mon coin... pourtant, si notre roi Me demandait mes fils et ma maison... ma foi, Comptez qu'ils sont à lui, n'importe où je le trouve. Je le dis et c'est vrai, qu'il vienne et qu*il m'éprouve, Il verra qui je suis,

LE ROI

Vous m'étonnoz vraiment.

Quoi ! si le roi, jamais, avait besoin d'argent Vous le lui prêteriez?

230 LOPE DK YEGÀ.

JEAN

Oui, toute ma fortune, Meût-il fait mille torts 1 tout ce que nous avons N'est-il pas bien à lui, si nous le lui devons? Il veille, tout armé, pour la cause commune, Il nous garde, et son bras nous conserve la paix.

LE ROI

Allez le voir, il peut vous anoblir.

JBAN.

Jamais.

Car je n'en suis pas digne, et sachez-le quand même, Pour moi, ce petit coin est le bonheur suprême.

Au milieu de cette conversation , on vient annoncer le souper ; Jean fait asseoir son hôte, dont il est loin de soupçonner te rang, à la tête de la table, malgré les réclamations du roi, auquel Jean répond :

— Faites ce que je vous commande; quelque humble que soit un hôte, il a droit à la meilleure place.

La famille du laboureur arrive et le roi s'écrie :

— Quelles sont ces dames? — Ce ne sont pas des dames, mais des filles de laboureur. — Elles sont tontes charmantes. — Soupez , soupez , il n'est pas courtois à Thute de remarquer et de louer ce que le maître ne peut lui offrir en présent.

Après le souper, Jean fait, tout haut, une courte prière, souhaite le bonsoir à son hôte et le fait conduire dans sa chambre, où nous ne ferons qu'indiquer une scène fort plaisante dans laquelle le roi veut se faire servir et déshabiller par les femmes de la maison , qui toutes se moquent de ce qu'il ne peut pas se coucher seul, et le laissent en disant : « Au diable le seigneur courtisan ! »

Rentré dans son palais, le roi veut mettre à Tépreuve la

;énérosité de Jean le Laboureur, et lui envoie demander «nt mille écus, que le bonhomme lui fait compter avec oie. Il a joint à ce prôt un agneau vivant, ayant un coueau attaché au cou ; c'est un signe, dit-il, que sa vie ap- )artient à son souverain. Le roi , curieux de pousser à )out son ami le laboureur, lui fait demander son fils et sa îUe : au reste , il a reconnu le mérite de l'un et veut favoiser l'affection que l'autre a pour Othon son favori. Ce sacrifiée est plus dur au cœur du vieux Jean ; il ne s'y *ésig&e que les yeux mouillés de pleurs ; mais il n'a pas e temps de s'en désoler longtemps, car, à peine ses enants sont-ils arrivés à la cour, le fils pour être nommé tlcaïde de Paris, Lisarda pour être nommée dame d'honleur de l'infante, que le roi lui envoie l'ordre de venir uinnéme dans son palais. Jean le Laboureur est confus en reconnaissant, dans le roi, le gentilhomme auquel il a donné 'hospitalité. Le roi s'amuse de* cet embarras et veut le faire isseoir malgré son refus; « car, dit-il, ne voyez-vous pas ju'à votre tour vous voulez faire la loi dans ma maison, liindis que vous m'avez appris que c'est à moi à la faire? » On sert le souper, et le roi lui donne la place d'honneur, m lui disant : « Jean Laboureur, quelque hun^f)le que soit 'hôte, le maître s'honore en lui donnant la meilleure place. » Ze sont les propres paroles de Jean, et nous vous laissons i penser.quelle est sa confusion. Enfin le roi lui demande a main de sa fille pour Othon, lui anit)nce la nominatioa le son fils aux nobles fonctions de gouverneur de Paris , ît, pour le punir de ne pas avoir voulu le voir pendant les soixante ans écoulés de sa vie, le condamne à le voir désormais tous les jours, en le faisant son majordome.

232 LOPE DE VEGÀ.

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