‹ Étude sur la vie et les œuvres de Lope de VegaChapitre 40 sur 103 · Acte 2% scène XIL · texte numérisé non relu

Acte 2% scène XIL

oh! si les femmes ne voyaient pas. 285

Pour la rejeter dans l'abîme

Où la malheureuse victime

N'a plus d'espoir que dans la mort?

Frédéric, avec quelle adresse Tu te dis jaloux aujourd'hui !

Quoi, de César ! quelle faiblesse !

Va donc retrouver la maîtresse Dont tu te vantais près de lui.

FRÉDÉRIC

Cet amour n'était qu'un vain songe Pour mieux éloigner tout soupçon, Mais tu prétends vrai ce mensonge Pour excuser ta trahison.

Me refuser était justice, Quand on veut être impératrice.

Mais s'il m'arrive, par guignon, D'entendre prononcer ton nom, De passer dans ton voisinage, De voir quelqu'un de ta maison, Une lettre, un portrait, un gage, Vive Dieu! je te maudirai.

Et, si mon cœur me parle encore De celle qu'il faut que j'abhore, Le lâche, je l'arracherai !

ISABELLE

Doucement, Frédéric, prends garde ; La femme qu'on ose outrager Peut, malgré l'amour qu'elle garde, Vouloir à la fin se venger.

Ni l'empereur, ni la richesse N'ont mon cœur, car. jusqu'à ce jour, Je n'estimais que ton amour; \

Puisqu'il me trahit, le mien cesse.

Mais pour le vendre à l'empereur.

Non ! — Tous les diamants du monde,

Kt les pertes, trpsors de l'onde.

Ne sont rien auprès de l'honneur 1 Je le dis sans hypocrisie.

(A TriMH.) Prends ixi mmenii, Trialan.

Tn peux lu vendre, il

fi-tùi, c'est ma fantaisie.

Flora, ma ehère, écoute-mol; Kernie fenftre et jalousie, Ferme toute entrée au soleil; Puisque du ciel il a l'empire, 11 est à l'empereur pareil, Et je veux aussi réconduire.

Pour(|uoi traiter si mal...

Ecoutei:.

IS:t BELLE.

Non, laisse-moi Crois-lu donc me prendre à ce leurre ?

Reste à la porte et tu verras...

oh! si les femmes ne voyaient pas. 287

FRÉDÉRIC

Il t'importe peu que je meure.

ISABELLE

Que ne suis-je un poison?

Hélâs 1 Il me suffit de ta colère.

ISABELLE

Je voudrais être une vipère.

FRÉDÉRIC

Si j'avais son dard venimeux, Ce serait pour toi la première.

ISABFLLB.

Pour moi ?

FRÉDÉRIC

J'en atteste les deux ; Je voudrais t'arracher les yeux Pour t'empêcher de voir.

ISABELLE

Naguère Cependant, tu les appelais Des étoiles...

FRÉDÉRIC

Ohl je mentais 1 Ce sont des torches infernales ; Ils ont voulu voir... je les hais.

ISABELLE

Rends-moi mes lettres trop loyales.

FRÉDÉRIC

J'en ai connu la fausseté.

Elles disaient la vérité.

28d LO]PB PB VSaA.

FRÉDÉRIC

Elles mentaient comme ta bouche.

ISABELLE

Traître !

FRÉDÉRIC

Ingrate 1

ISABELLE

Fol entêté l

FRÉDÉRIC

Oh ! perfide I

ISABELLE

Oh 1 tyran farouche !

Je me vengerai sans remords I

FRÉDÉRIC

On ne se venge pas des morts I

Il ne faut pas nous effrayer de cette grande querelle. Nous avons donc le temps de citer un petit conte fort joli . le fait Tristan à Fempereur, et dont voici Toccasion. Tristan denmnde à Othon une récompense, et l'empereur lui offre la chaîne qu'il porte au cou; mais Tristan craint de la prendre lui-môme et Jui fait ce petit apologue :

TRISTAN *

Un bon homme de laboureur ,

A la fenêtre d'une dame

Vit un perroquet grand parleur

Qui criait de toute son âme,

Avec un accent indien :

Comment vas-tu, Jacquot ? ou bien :

Chien de Maure ! — Ah ! quel grand dommage,

Dit-il, qu'il ne soit pas àmoil

* Acte 3% scène VI.

oh! si les femmes ne voyaient. PApS. . 289

J'aurais la fortune d'un 4*01

Si je l'avais dans mon village.

La dame, qui savait à fond

La malice du personnage,

Dit alors : « prends-le, mon garçon,

Délivre-moi de cette bête

Qui m'ennuie et me rompt la tête

Avec son éternel refrain. »

Le rustre alors gaîment s'upprête,

Et pour le prendre il tend la main ;

Mais l'oiseau, comme un météore,

Se lance, et pince le pauvret

Qui se souvient, sans doute encore,

De la chanson du perroquet.

Cependant Tempereur a été rendre visite à la maltresse ) Frédéric. Il en revient en riant aux éclats, car elle est, t-il, d'une laideur désespérante, et il ne compreûd pas mauvais goût de son jeune favori. Hélas ! il Ta choisie nsi pour ne pas éveiller de sentiments jaloux dans le cœur 5 celle qu'il aime ; mais l'empereur est loin de s'en douter ne lui épargne pas les railleries. Tous deux arrivent le lîr sous le balcon d'Isabelle. Écoutons encore cette scène li nous rapproche du dénoûment.

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