‹ Étude sur le château de BonaguilChapitre 9 sur 12 · ETUDE SUR LU CHATEAU · texte numérisé non relu

ETUDE SUR LU CHATEAU

Mais cette période de repos ne devait pas être de longue durée, car Antoine II de Roquefeuil avait-il à peine succédé à son père Charles, pour toute la propriété de ses domaines et par suite de Bonaguil, que la réforme religieuse vint donner le signal d’une nouvelle guerre civile, plus atroce encore que les précédentes, et cent fois plus nuisible aux intérêts du pays. Pendant près de cinquante ans, le sang des deux partis coula à flots dans la Guienne, et ce ne fut que l’avénement d’Henri IV qui vint mettre un terme à cette intolérance religieuse, source de si grands maux. Il est probable que le château de Bonaguil dut prendre vers cette époque une part active à la fermentation générale des esprits, et soutint, comme tous les châteaux fortifiés, plus d’un siège long et meurtrier. Vainement avonsnous fait à cet égard les plus scrupuleuses recherches : un silence obstiné et une profonde obcurité semblent s’attacher à ce vieux manoir. Aucun historien, aucun livre de généalogie ne paraissent se douter de son existence ; et Montluc lui-même, alors qu’il raconte son expédition à Fumel , où il vint, en 1562, venger le meurtre du seigneur Jean-François de Fumel , massacré par ses vassaux protestants révoltés , ne prononce pas une seule fois dans ses commentaires le nom de Bonaguil, si voisin cependant du château de Fumel1. Quoi qu’il en soit, nous voyons que les barons de Roquefeuil prirent part aux guerres de religion; et c’est pro-

1 Commentaires de Montluc, Livre Ve.

DK BONAGUIL.

bablement loin de leur château de Bonaguil, qu’ils se mêlèrent à toutes les intrigues religieuses qui divisaient le Quercy1, l’Agenais et le Périgord, et qu’ils allèrent soutenir, les armes à la main, leur croyance et leur foi.

En 1586 mourut Antoine II de Roquefeuil, laissant de ses deux mariages quatre enfants : Antoine III, Jean-Hector, Honorât et François.

Antoine III prit donc, à la mort de son père, sous sa dépendance toutes les terres de ses ancêtres. C’est quelque temps après que fut rédigé le premier acte relatif à Bonaguil, que nous trouvons aux archives de la préfecture d’Agen2. Nous lisons en effet que, de 1603 à 1606, un certain Pierre Capettes fut reçu juge des baronnies de Blanchefort et de Bonaguil, pour Antoine de Roquefeuil. D’ailleurs, c’est toujours avec la même exactitude que la terre de Bonaguil figure dans les hommages rendus d’abord au roi, puis, dans la suite, aux évêques de Cahors, et qu’elle est désignée dans les actes de dénombrements» tantôt avec le titre de baronnie, tantôt avec celui de seigneurie3.

C’est en 1618 qu’ Antoine III de Roquefeuil fit ériger en marquisat la baronnie de Roquefeuil, et que, vers la même époque, il céda à son frère Jean-Hector la jouissance des terres de

* Histoire du Quercy, par Cathala-Couture.

* Série B. — 6 (Registre).

8 Documents déposés à Castelnau.

Blanquefort, Bonaguil, Saint-Ailier, à condition qu’il prendrait à sa charge une portion des dettes de la famille, qui étaient alors très-considérables. Jean-Hector accepta, et nous voyons* que, quelque temps après, ce baron de Castelnau fut tué en service, probablement dans l’armée du prince de Coudé, au début de cette brillante campagne, œuvre des Richelieu et des Mazarin, qui termina d’une façon si éclatante le règne de Louis XIII, entoura les premières années de Louis XIV d’une si glorieuse auréole, et aboutit, en 1648, à ce traité de Westphalie qui lit la France grande, puissante et redoutable, et la plaça à tout jamais en Europe à la tête des nations.

Dans cette période de trente ans, de 1620 à 1630, nous perdons de vue le château de Bonaguil. Resta-t-il la propriété des successeurs de Jean-Hector, ou revint-il à sa mort dans la branche ainée, en la personne de Antoine-Alexandre, fils et unique héritier de Antoine III ? C’est ce (pie nous ne pourrions pas décider, il nous est cependant facile d’affirmer qu’il ne resta pas longtemps à la branche cadette, puisque nous trouvons, vers 1660, Philiberte de Roquefeuil rétablie dans la jouissance de Bonaguil.

Antoine-Alexandre de Roquefeuil, fils du précédent Antoine III, eut deux enfants de son mariage avec Claude de Saint- Angnan. en 16391 2.

1 Documents historiques sur tes familles (lu Rouerque, par M. île Barrau.

2 Père Anselme. I. Vil, page 159.

DK «ONAliriL.

L’un, François de Roquefeuil, mort sans alliance et avec qui s’éteignirent le nom et la branche ainée des Roquefeuil-Blanquefort ; l’autre, une fille, Marie-Philiberte ou Gilberte de Roquefeuil, héritière de François, et par suite de tous les biens de la famille. Marie-Philiberte se maria deux fois : en premières noces avec le marquis Gaspard lit de Coligny-Savigny, maître de camp des armées du roi, et tué bientôt le 8 février 1649 au combat de Charenton En secondes noces, le 3 février 1665, avec le marquis Claudes-Yves d’Alègre, seigneur d’Àlègre et autres lieux, dont elle eut Marguerite d’Alègre, mariée plustard au ministre de Louis XIV Colbert9. La descendante de Bringuier de Roquefeuil revendiqua dès son premier mariage la propriété de toutes les terres qui faisaient partie de la substitution de son ancêtre, et nous voyons que vers la lin de sa vie, dans le dénombrement rendu en son nom à Villefranehe, dans les mois d’octobre et de décembre 1671, elle était propriétaire du château et de la terre de Bonaguil1 * 3.

De son mariage avec Gaspard III de Coligny, Philiberte eut deux enfants : l’un, Gaspard IV de Coligny, mort sans postérité ; et l’autre, Isabeau de Coligny, mariée avec Noël-Eléonor palatin de Dio , marquis de Montpéroux ou Montpairou, héritière future de tous les biens de Roquefeuil, et qui devait ap-

1 Voir pour la maison de Coligny : le Père Anselme, tome Vil, p. 144.

* Voir pour la maison d’Alègre: le Père Anselme, tome Vil, p. 705.

’ Archives delà préfecture de la Gironde. — Registre C. — 984.

KTUDK SI II I.K CHATKAU

porter cette superbe dota la famille de Montpéroux. Cette famille de Montpéroux (Monte-Petroso) était originaire du Quercy et très-puissante dans le pays.

Nous trouvons aux arcliives' un acte de cette époque, assez

insignifiant par lui-même, mais qui se rapporte au château dont nous nous occupons, et que par suite nous rapportons. — C’est une enquête « faite par Jean Àugier, avocat en la cour, « et juge ordinaire de Bonneguil, étant venu audit lieu pour « faire l’audience ce-jourd’hui , 27me jour... 1701, où a été « trouvée, dans le bois des Lions, une jument morte d’un coup « de pistolet, etc. » L’acte ne mentionne pas le nom du seigneur de Bonaguil. C’était d’ailleurs, à cette époque, le petit-fils de Philiberte de Roquefeuil morte le 1er février 16991 2, et qui avail institué pour son héritier universel Louis-François-Léonor , palatin de Dio, marquis de Montpéroux, lieutenant des armées du roi, mestre de camp général de toute la cavalerie légère de France, et fils de Noël-Léonor de Montpéroux et d’Isabeau de Coligny dont nous venons de parler. Il devint par conséquent propriétaire du château de Bonaguil.

Après avoir été toute sa vie au service de Louis XIV et avoir pris part à toutes les guerres qu’entreprit le grand roi, ce marquis de Montpéroux mourut le 25 février 1714, ne laissant aucun enfant de sa femme Isabelle de Harville. Sa succession passa à

1 Préfecture d'Agen. — Registre du présidial de la Sénéchaussée.

2 Père Anselme ; tome VII, p. 159.

DK I50NAGUIL.

sa sœur Jeanne-Baptiste de Montpéroux, lille d’Isabeau de

Coligny et mariée avec le comte Roger de Langheac. Nous voyons 1 * * que cette dame de Montpéroux, devenue veuve, fit, ellemême le voyage de Bordeaux afin de rendre hommage au roi pour sa terre de Bonaguil. Mais cette branche ne resta pas longtemps propriétaire des biens de la famille ; car Jeanne- Baptiste mourait le 7 novembre 1733, et ne laissait aucun enfant mâle. Par elle fut épuisé le premier degré de la substitution établie par Philiberte de Roquefeuil, dame de Coligny- Savigny.

— Deux concurrents à cette succession, aussi riche qu’immense, puisqu’elle renfermait tous les titres et tous les biens que nous avons indiqués jusqu’ici, se trouvèrent en présence et se mirent sur les rangs. L’un était le baron de Damas, comte

d’Anlézy, l’autre le seigneur de Pechpeyrou, marquis de Beau-

caire.

Louis-François de Damas, comte d’Anlézy, était fils unique de Marie-Elizabeth de Montpéroux, dernière fille d’Isabeau de Coligny, et mariée avec Louis-Antoine Erard de Damas. Ce dernier fit toutes les guerres de Louis XIV, et le roi, touché de sa üdélité et de son dévouement, le nomma, le 27 octobre 1711, commandeur de l’ordre de Saint-Louis5. Il mourut l’annéeaprès,

1 Intendance (le Guyenne. — Série C: 1096-1772. — Aveux et dénombre¬

ments.

* V oir Cour celles ; histoire des pairs de France, tome I, p, 27.

30 ÉTUDE SUlt LE CHATEAU DE BONAGUIL.

laissant de sa femme Marie-Elisabeth, un lils unique, Louis- François, capitaine de cavalerie, marié en 1732, et qui, l’année après (1733), revendiqua à la mort de sa tante Jeanne-Baptiste, comme représentant de la branche ainée, tous les biens de la famille, en concurrence avec le marquis de Beaucaire. Ce seigneur de Pechpeyrou, marquis de Beaucaire, se portait comme héritier de la branche cadette des Boquefeuil. Nous en avons, comme preuve, un mémoire sur la substitution de Philiberte, rédigé par ordre du baron de Damas, et établissant entre autres choses qu’il est encore seigneur de Bonaguil

Ce château était passé, comme tous les biens des Boquefeuil,

dans la famille de Montpéroux et de là dans celle de Damas.

Encore n’y resta-t-il pas longtemps, puisque nous allons donner la preuve irréfutable, qu’il devint, malgré le précédent mémoire, la propriété du marquis de Beaucaire. — Il était de sa destinée de voir, surtout à cette époque, ses armes et ses couleurs se remplacer sur ses vieux murs à de très-courts intervalles de temps ; et le moment était venu où il allait sortir à tout jamais de cette illustre famille, dont la puissance et la richesse lui avaient donné le jour.

' Ce mémoire est déposé, à Castelnau-de-Montratier.

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