OBSERVATION II
Piegué (Alfred), 21 ans, division /Montebello)j, mort huit jours après son entrée, avec essais de réaction bâtarde.
Autopsie faite 12 heures après la mort. En présence de MM. Cuneo et Galliot. Le 21 juin 1884. Lividité de la face, taches et plaques noirâtres sur les parties postérieures, yeux excavés, pommettes saillantes.
Rigidité cadavérique extrême. Sécheresse des muscles.
Cavité thoracique. Poumons exsaigues, sans injection même dans les parties postérieures. Cœur mou avec des caillots noirâtres dans le ventricule droit et l'oreillette du même côté.
Cavité abdominale. Estomac très injecté. Péritoine poisseux. /ntestin grêle, peu congestionné, renfermant un liquide jaunâtre comme fécaloïde.
Gros intestin. Epaissi, très congestionné, présentant dans la muqueuse les caractères de l’inflammation et de l’œdème et contenant le liquide fécaloide déjà cité et des noyaux de matières fécales.
Vessie. Raratinée.
Reins. Très congestionnés dans la substance médullaire, qui
parait noirâtre, substance corticale très opaque, jaunâtre, avec stries marquées, ét présentant l’apparence macroscopique des néphrites infectieuses
Foie. Ratatiné, mou, sans autres caractères particuliers.
Rate. Petite, molle, plissée.
Vésicule biliaire remplie d'une bile abondante, noire, et épaisse comme au miel.
Cavité crânienne. Méninges poisseuses, cerveau très injecté surtout à la surface de la protubérance, de consistance plus ferme qu’à l’état normal ; ventricules vides.
Ces deux cas, comme on le voit, ont au point de vue des lésions macroscopiques quelques points communs, mais c’est surtout le premier qui nous a présenté les lésions typiques du choléra, avec cette teinte hortensia de l'intestin, ces matières inodores ayant l'aspect de la décoction de riz et coagulant par l'acide phénique.
Et on peut faire ce rapprochement entre la netteté des lésions du nommé Thédaune. dont le cas foudroyant fit reconnaître le choléra asiatique, et le caractère peu tranché des lésions constatées sur le nommé Piégué, dont le cas ne parut que suspect au début. — Les autres nécropsies que je vais résumer ont été faites par MM. Straüss et Roux venus à Toulon pour étudier sur place les caractères de la maladie qui venait de débuter. Celle qu'ils ont pratiquée à leur arrivée se rapproche assez du n° 1 pour que je la cite.