MOIS DE SEPTEMBRE
Tclaui. 864
Il ressort de ce tableau que le mois de juillet a présenté 1 1 0 décès en plus de la moyenne des deux années précédentes (1). Nous nous sommes demandé à ce sujet, si le choléra datait du 23 juillet, comme le portent les renseignements officiels, ou s’il avait
commencé avant. — Or, en consultant ce tableau comparatif, en nous appuyant sur quelques renseignements émanés de nos confrères, nous avons la conviction que l’apparition de l’épidémie de Marseille est bien antérieure à l’époque officielle (7 juillet, A8 décès ; — 23 juillet, 24 décès).
Nous savons de source certaine que, dans la seconde quinzaine de juin, des cas de choléra ont été constatés par des médecins et non déclarés par eux pour ne pas effrayer la population. — D’autres cas, cholériques au début, transformés ensuite en fièvre typhoïde ont été enregistrés à l’état-civil avec le diagnostic de la dernière forme de la maladie.
S’il est bien établi pour nous que le choléra s’est introduit dans Marseille pendant le mois de juin, nous nous sommes demandé de quelle façon il s y est introduit, et tenant compte, d’une part, de l’état de la ville tel que nous l’avons exposé, d’autre part, des faits qui ont précédé les premiers cas;
(1) Cette moyenne s’est trouvée considérablement augmentée par la grande mortalité d’enfants qui a eu lieu en 1864.
nous n’hésitons pas à les attribuer à l’émigration des Egyptiens et des Arabes à Marseille.
Voilà donc le choléra déclaré. — Aucune autre cause que l’importation d’Alexandrie à Marseille n’est apparente ; de plus, la coïncidence de son apparition avec les arrivages d’Egypte, le souvenir de la façon dont autrefois il a envahi notre ville, tout cela nous donnait, au début de l’épidémie, bien des présomptions ; elles se sont maintenant transformées en certitude. — Nous allons choisir parmi des faits innombrables ceux qui nous sont propres, ceux qui indiquent l’infection à courte distance, de malade à malade, l’infecto-contagion en un mot du mal asiatique.
Le 21 juillet, un décès cholérique eut lieu rue d’Aix, A4.— Le 22, àSheures du matin, la belle-mère de la première victime est prise d’accidents cholériques et meurt dans la soirée. — Le surlendemain, une autre personne delà famille est atteinte et succombe.
— Le 20 août, au moment où la jeune D..., rue Peirier, 9, succombe du choléra, sa mère, jusqu’alors en bonne santé, et ignorant entièrement la maladie de sa fille, se couche avec tous les symptômes cholériques.
— Le 15 octobre, rue Saint-Sébastien, 66, l’enfant F..., est atteint à 2 heures du matin et succombe à 8 heures; lasoeur présente les premiers symptômes
à 7 heures du matin. — La mère est atteinte le lendemain 16 septembre,
— Le surlendemain, 17 septembre, une femme habitant la même maison, succombe rapidement sous l’influence cholérique; son mari est atteint et guérit heureusement.
— Le 21 septembre, dans la même nuit, l’enfant d’abord, la mère ensuite sont atteints du mal et meurent presque au même moment. Aussitôt le père se couche et succombe à 5 heures du matin. — Famille P..., rue traverse de la Pompe.
— Le 22 octobre, boulevard National, 77. — Le nommé I..., âgé de 28 ans, expire après 6 heures d’atteinte. Dans la même journée etaumême étage, deux jeunes gens, l’un de 15, l’autre de 17 ans, sont envahis par le mal, mais guérissent heureusement.
— Le lendemain 23 octobre, la nommée Ch..., âgée de 40 ans, se couche à 8 heures du matin et succombe le soir à7 heures. — Au numéro 75, deux enfants sont atteints, dans la journée du 23, l’un guérit, l’autre meurt.
— Enfin, au n* 71, Madame M..., âgée de 32 ans est atteinte le 24, à 1 1 heures du matin, et expire à 1 1 heures du soir.
Mais le fait le plus important à noter est le suivant : le 9 octobre, au moment où l’épidémie était en pleine décroissance et alors que depuis 13 jours la salle des cholériques de l’hôpital militaire avait
été fermée, un détachement de soldats nous arrive de Porquerolles. Les individus composant ce détachement avaient été évacués du lieu qu’ils occupaient, parce que quelques cas de choléra s’étaient déclarés parmi eux ; avant d’arriver à Marseille, ils avaient séjourné 48 heures à Toulon, au centre même du foyer épidémique le plus intense; — à peine rendu en gare de Marseille, un fourrier est conduit à l’hôpital militaire avec tous les signes du choléra confirmé et meurt rapidement. Le lendemain un soldat qui avait aidé à le porter est atteint lui-même et succombe. — Pendant quelques jours de nouveaux cas se produisent et le nombre des décès s’élève à 6.
En même temps des malades sont pris dans les salles , et parmi eux un malade vénérien ; des choléras légers, des diarrhées sont observés dans les différentes salles, par les médecins militaires et le chiffre de la mortalité en ville subit même une légère augmentation. — Le fléau avait heureusement perdu de son intensité ; ceux que le mal avait jusqu’alors épargnés étaient sans doute réfractaires à la transmission, car nous aurions eu peut-être, en d’autres circonstances, à déplorer une sérieuse recrudescence.
Pour compléter ces observations, nous donnons ci-joint un tableau indiquant le chiffre des décès déclarés dans les mêmes maisons.
Relevé des décès constatés dans une même maison.