‹ Étude sur le choléra de Marseille en 1865Chapitre 7 sur 25 · MOIS DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MOIS DE SEPTEMBRE

Observations ozonométriqnes et électroscopiques prises à 9 h. du matin et à 4 h. du soir (moyenne par jour).

PAPIER ÜZONOMÉTRIQUE.

ÉLEGTROSCOPE.

Dalti.

Juillet.

Août.

Septembre.

I)alei.

Juillet.

Août.

.Septembre

Si nous consultons le tableau des températures observées jour par jour pendant les mois de juillet, août et septembre , nous remarquons comme température extrême celle de 26’ 70 , correspondant à la quatrième semaine du mois d’août; — le chiffre maximum des cholériques , pendant cette semaine , est de 27 ; — nous avons d’autre part, dans la troisième semaine de septembre , 59 cholériques (chiffre maximum des décès cholériques pendant toute la durée de l’épidémie), correspondant à une température moyenne de 21 *59 et, chose remarquable, le 16 septembre qui a fourni le nombre de décès le plus considérable est, ainsi qu’on peut le vérifier par le tableau des observations météorologiques , celui dans lequel la température a été la moins élevée : le thermomètre n’a marqué ce jourlà que 20* 70.

Il serait donc bien difficile d’entrevoir une relation quelconque entre l’intensité du mal et l’élévation de la température. Nous croyons cependant que la chaleur peut aider considérablement à la fermentation des matières putrides , que cette fermentation peut favoriser l’invasion du choléra; mais ce n’est là qu’une hypothèse qui ne se changera en vérité que du jour où un ferment particulier, donnant naissance au choléra ou contribuant à sa propagation, aura été découvert, et du jour qu’il sera établi que telles

ou telles conditions atmosphériques aident à sa production.

Nous avons eu la curiosité de rechercher si les quartiers de la ville les plus exposés à la chaleur avaient été le plus grièvement atteints.

Or, le premier canton (nord intra-muros), comprenant la vieille ville , à rues étroites, à maisons élevées , est non seulement à l’abri des ardeurs du soleil pendant presque toute la journée, mais de nombreux ruisseaux parcourent toutes les rues , la brise de mer y rafraîchit constamment l’atmosphère , et c’est cependant celui qui a donné le plus grand nombre de décès. — Les quartiers suburbains , beaucoup plus étendus , manquent pour la plupart de courants d’eau ; les rues sont courtes et généralement assez larges ; les maisons sont basses ; les plantations manquent presque partout, et, pendantlasaison chaude, lachaleury est intolérable. De plus , c’est là que sont logés le plus souvent les ouvriers étrangers à la ville , ceux qui se trouvent dans les conditions hygiéniques les moins rassurantes. ■ — Enfin , les campagnes voisines de ces quartiers , ont regorgé de monde par suite de l’émigration, et cependant, même pour les cantons extra-muros les plus atteints, le chiffre des décès est moins considérable que dans le premier ; il faut en conclure forcément que la température plus élevée de ces quartiers n’a pu favoriser le développement

du mal, comme il l’a été dans la vieille ville, et surtout admettre que l’épidémie a fait le plus de victimes dans le point où elle a pris naissance.

Pour terminer ce qui a trait à la température , nous devons dire que, malgré l’impossibité où nous sommes de saisir, jour par jour, un rapport entre la mortalité cholérique et l’état de la température, il ressort néanmoins de l’examen des observations faites pendant quatre mois, que, d’une façon générale , les périodes d’augmentation dans l’épidémie coïncident avec les périodes d’élévation de la chaleur atmosphérique.

Le baromètre et l’hygromètre ne nous ont pas fourni matière à observations. — La pression atmosphérique n’est pas, ainsi qu’on peut le constater s^r notre tableau, bien différente de celle de l’année précédente , et si nous n’avons pas reproduit les moyennes des années antérieures, pour ne pas mettre de la confusion dans notre exposition , nous avons néanmoins consulté les statistiques depuis l’année 1 860, et nous en sommes arrivés au même résultat. Ce qu’il y a seulement à noter, c’est l’extrême sécheresse qui a régné pendant l’été de 1 865. Cette coïncidence avec la durée de l’épidémie est d’autant plus remarquable que les premières pluies de septembre ont été suivies d’une diminution dans le chiffre des décès, diminution qui , il est vrai , ne s’est d’abord pas maintenue.

Les vents ont présenté, comme direction et comme intensité , une irrégularité très-grande. Dans la deuxième quinzaine d’août et la première de septembre , les vents du sud ont fréquemment soufflé, nous faisant espéreruntermeànotre longue sécheresse. Ils ont été généralement d’intensité moyenne ; mais il est impossible , en mettant en regard le résultat des observations faites à ce sujet, et le chiffre de la mortalité , d’en déduire des conséquences sérieuses. Nous nous contenterons enfin de dire que le papier ozonométrique, pas plus que l’électroscope, ne donnent des résultats qui puissent être pris en considération.

Nous dirons donc comme conclusion relativement aux causes prédisposantes générales :

1° Les quartiers dans lesquels le choléra fe’est déclaré en principe, ceux qui , par leurs habitants, ont eu des rapports avec les premiers, ceux qui, par l’ancienneté et le mauvais état des constructions, offraient les conditions hygiéniques les moins favorables, ont été le plus fortement atteints ;

2° En deuxième ligne, viennent les quartiers neufs et suburbains, habités par une population généralement pauVre, négligente pour sa santé, manquant souvent des ressources médicales et pharmaceutiques ;

3° La température chaude a paru favoriser le

développement de la maladie ; mais il n’est pas possible d’établir à ce sujet des rapports exacts;

4* L’épidémie de 1865 a coïncidé avec une sécheresse très-longue. Les vents n’ont offert, ni comme direction , ni comme intensité , rien qui puisse se rattacher à son apparition ou à sa persistance.

Causes prédisposantes particulières.

— Sur les 1,854 décès déclarés à l’ état-civil, il existe :

De

1 jour

an

De 40 ans

à 50 ans

an

ans

L’âge

moyen

de la vie a

fourni le plus de victimes.

et le chiffre le plus fort est de 20 à 30 ans. Cette prédilection que paraît avoir le choléra pour cette période de l’existence a été déjà constatée par les historiens des épidémies précédentes. L agitation, les fatigues du travail ou du plaisir, les excès de tout genre, l’insouciance que l’on a communément à cet âge vis-à-vis du danger, expliquent assez bien les résultats que donne la statistique ; mais nous pensons que ces conditions mauvaises sont large-

mentcompensées par l’état habituel de bonne santé danslequel se trouve l’homme de 20 à 30 ans, etnous croyons que la prédominance du mal chez les jeunes gens tient, surtout dans une grande ville , aux deux causes suivantes ;

1° A ce que les individus de 20 à 30 ans forment la classe la plus nombreuse de la population ;

2° Au grand nombre de jeunes gens, hommes et femmes , que des circonstances particulières font venir à cette période de la vie, des campagnes dans les villes (militaires , journaliers, domestiques).

La première de ces causes se rapporte, en grande partie du moins, à la période suivante , période de 30 à 40 ans , qui a été gravement atteinte.

Le chiffre de la mortalité diminue ensuite à mesure que l’ou s’approche de la période extrême de la vie; mais cette diminution nous paraît encore en rapport avec la décroissance de la population, considérée au point de vue des âges.

L’enfance a fourni de nombreuses victimes, mais nous pensons que la fréqiience des maladies au début de la vie, leur gravité, rendent impossible toute affirmation de l’aptitude que peut avoir cet âge à contractôr le mal.

SEXE. — Sur 1 854 décès cholériques, nous trouvons 928 hommes et 71 6 femmes, ce qui établit une proportion de 13 à 10 des hommes aux femmes. Cette prop(»rtion varie peu suivant les âges. Si ce

n’est pour la période de 70 à 90 ans, où le chiffre des femmes l’emporte de 3 sur celui des hommes, 28 pour 25.

Ce résultat s’explique assez naturellement par le nombre relativement considérable d’ouvriers sans famille qui, ainsi que nous l’avons dit, sont répandus dans la banlieue et qui ont fourni de nombreuses victimes au choléra.

On verra dans le tableau des professions que les journaliers figurent pour 393, les militaires pour 69 et les marins pour 82, sur le chiffre total de 1854 décès.

Voilà donc 544 individus qui, célibataires pour la plupart, compensent la différence de 21 8 décès qui existe entre les hommes et les femmes. Aussi, croyons-nous qu’en tenant compte de ces considérations on peut affirmer que le sexe féminin a été^atteint au moins aussi fréquemment que l’autre sexe.

Tableau des décès divisés par sexes.

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