‹ Étude sur le dialecte éolienChapitre 34 sur 107 · LES LIQUIDES ET LES NASALES GÉMINÉES · texte numérisé non relu

LES LIQUIDES ET LES NASALES GÉMINÉES

Malgré les dénégations sans preuves de M. Hirt (7F XII, p. 227), les dialectes où ces liquides et ces nasales apparaissent simples, les ont tout d'abord prononcées doubles (cf. Brugmann Gr. Gr.° p. 35, 124 suiv.), et l'on en ἃ trouvé çà et là des vestiges.

En dorien : ἐμμόραντι " τετεύχασι Hésychius (Schulze, QE

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4 δον p. 465 n. 3); Φαέννα Pausanias Π|, 18, 6, nom d'une des trois Grâces honorées en Laconie (Spiess, Curtius Studien X p. 360): "Eparos, autre nom de la ville Cyparissos

“située au pied du Parnasse (Steph. Byz. 5, v. κυπάρισσος ;

Eust, 274, 8); mégarien ἀμφέλλεγον SGDI 3095, 2 ; crétois apoeyouévws Cauer Del.® 120, τὸ : — Hérodien (EI 509, 25) et Choeroboscus (AO IT 210, 19) attribuent aux Doriens ποθεννός et ἐρατεννός, et l'on n'a pas le droit de les en blàmer (Schulze QE p. 163 n. 5).

La langue de Pindare est assez riche en nasales géminées, p. ex. ἄμμε ὕμμε ἄμμιν ὕμμιν, regardés à tort comme éoliens, ἔννεπε προσέννεπε, φαεννός χελαδεννός --- homériques φαεινός χελαδεινός. οἱ χλεεννός. adjectif inconnu du dialecte épique, etc.

En c)-priole : βάλλαν "βαθμοί, Κύπριοι Hésychius, ef. ionien βηλοί « seuil ».

En attique : ἄμμι Guy: chez les poètes tragiques (v. p. 85), φαεννός Sophocle À jax 843 : Euripide An. 1086, 1146, etc.

En ionien récent: ἄμμορος Hipponax 2, 1, ἔμμορε Théognis 234, φερεμμελίην Mimnerme 14, 4, χρυσοφαέννων Anacréon 25, 2, ἔννεπε Hipponax 85, 3, Φαννόθεμις (de Φαεννόθεμις) inscription d'Erythrée (Bechtel, Zon. Inschr. 206 a 28) et monnaies de la même ville (Coins Brit. Mus. Ionia 193 n° 57-60), Φαιέννου à Thasos (Bechtel, Thas. Inschr. 18, 5) et les noms de lieu [ΠΠελινναῖον à Chios et "Apyewoy à Erythrée ἡ.

Les plus anciens textes, c'est-à-dire les poèmes homériques, abondent en consonnes géminées. Qu'il suffise d'en rappeler ici quelques-unes.

A. — Gémination des liquides et nasales initiales : πολλὰ λλισσόμενος. ἐνὶ μμεγάροισιν (cf. La Roche Textkritik, p. 391, 443, 479, van Leeuwen, Enchiridium. p. 109), phénomène qui n'apparait pas dans l’éolien poétique.

B. — Gémination dans les composés et après l'aug-

1. Tous ces exemples ioniens sont tirés de Hoffmann, Gr. Dial., IL, Ρ. 582. |

ET π᾿ ment : ἀπολλῆξαι φιλομμειδής ἀγάννιφος ἔλλαδε ἐλλισσάμην ἔμμορε ἄμμορος, etc. L'éolien n'offre qu'un seul cas semblable, à savoir ἔννη An. 52.

C. — Adjectifs en -εννος, Si la tradition hésite pour leur graphie : ἀργεννός ἐρεδεννός, φαεινός χελαδεινός, c'est parce que ces mots étaient presque uniquement poétiques,

D. — Pronoms de la r°° et de la 2° personne du pluriel, Chez Homère, coexistent les formes contradictoires ἄμμες ! ὕμμες, ἁμός ὑμός, ἡμέτερος ὑμέτερος. Pour lesbien interpréter, il απ} οἴου απ coup d'œil sur l'usage attique. Le pronom ὕμμε n'est employé qu'une fois par Eschyle (Æum. 620) et une fois par Sophocle (Antig. 846); ἄμμι ne se lit que dans Eschyle (Suppl. 156)*. Mais ἁμός ou ἀμός se voit beaucoup plus souvent chez les tragiques, aussi bien dans le dialogue que dans les parties méliques : * ἁμός Esch. Sept. 654, Suppl. 322; Soph. Æl. 259, 588, 1496, Phil. 1314, Eurip. ph. Aul. 1454, Hél. 531, ΕἾ. 555, ete. Donc, si tous deux sont archaïques, le premier l'est plus que le second, lequel ἃ presque complètement disparu. Ainsi s'expliquent les bizarreries de la langue homérique : ἄμμες avait cessé d'être un mot vivant alors que le double u ne s'était pas encore réduit; ἁμός, ayant vécu plus longtemps dans le langage courant, participa à la simplification des consonnes, puis, à son tour, il tomba en désuétude dans le parler ordinaire; ἡμέτερος seul resta vivant. Ces trois mots représentent trois étapes successives de l'ionien, et le dialecte composite de la langue épique les ἃ conservés et, pour ainsi dire, juxtaposés l'un à l'autre.

Du fait donc que le thessalien et l'éolien demeurèrent fidèles aux formes anciennes, il n'est pas légitime de con-

1. L'esprit doux ne fait pas préjuger de leur origine éolienne. Les grammairiens le leur ont donné parce qu'ils se les figuraient éoliens, CE Wackernagel, Vermischte Bcitr. p. 5 suiv.

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