CHAPITRE
Principes généraux.
48. Un des caractères les mieux marqués de la langue du N. T. consiste dans la répugnance ou l'impuissance à combiner, synthétiser, subordonner les divers éléments de la pensée, et, par suite, à construire des périodes telles qu’en offre la langue littéraire des écrivains classiques. A cette répugnance, ou à cette impuissance, correspond une tendance très visible à dissocier" les éléments de la pensée pour les exprimer séparément.
Cette répugnance et cette tendance ne sont que deux aspects du même phénomène, et elles apparaissent dans toutes les parties de la syntaxe des propositions et dans tous les livres du N. T. (sauf les Actes et la Lettre aux Hébreux).
19. 11 existe chez les écrivains du N. T. une impuissance naturelle et générale à combiner et subordonner les éléments de la pensée, et, par là même, une tendance à les exprimer séparément. Voici des exemples :
Mat., XVIII, 21: ποσάχις ἁμαρτήσει εἰς ἐμὲ ὁ ἀδελφός μου χαὶ ἀφήσω αὐτῷ; Un Grec aurait dit : ποσάχις ἀφήσω τῷ ἀδελφῷ μου τῷ εἰς ἐμὲ ἁμαρτόντι. — J., 1, 46 : ἔρχου καὶ ἴδε. Un Grec aurait dit : ἐλθὼν ἴδε. — J., XIV, 2 : πορεύομαι ἑτοιμάσαι τόπον ὑμῖν, et, au verset suivant : ἐὰν πορευθῶ χαὶ ἑτοιμάσω τόπον ὑμῖν. — L., XXIV, 18, c'est un Juif qui parle (en araméen sans doute) : σὺ μόνος παροιχεῖς ᾿Ιερουσαλὴμ. καὶ οὐχ ἔγνως τὰ γενόμενα ἐν αὐτῇ, {u es le seul des habitants de Jérusalem à ne pas savoir ce qui s’y est passé. — PRh., II, 21 : ὃς μετασχηματίσει τὸ σῶμα τῆς ταπεινώσεως ἡμῶν σύμμόρφον τῷ σώματι τῆς δόξης αὐτοῦ κατὰ τὴν ἐνέργειαν τοῦ δύνασθαι αὐτὸν χαὶ ὑποτάξαι αὐτῷ τὰ πάντα, en verlu de l'efficacité de sa puissance à se soumettre tout.— Jac., II, 13 : τίς σοφὸς χαὶ ἐπιστήmov ἐν ὑμῖν ; δειξάτω Ex τῆς καλῆς ἀναστροφῆς (= ἐάν τις σοφὸς ἢ, δειξάτω...).--- Ap., ΧΙ, 3 : καὶ δώσω τοῖς δυσὶν μάρτυσίν μου καὶ προφητεύσουσιν ἡμέρας χιλίας. Le sens est : Je ferai parler sous mon
4. Nous entendons par là que les écrivains du N. T, expriment séparément des idées qui nous paraissent, à nous, s'unir naturellement.
inspiration mes deux témoins. — AÀ., II, 29; 4. Co., VII, 13; Ap., 1, 4-6; 10-11 ; 15, 16, 20, etc.
20. Cette impuissance se manifeste encore par les essais de période, peu couronnés de succès, que l’on retrouve çà et là dans les livres du N.T., et particulièrement dans les parties hébraïsantes. Ainsi :
L., XI, 5 seqq. : vis ἐξ ὑμῶν ἕξει φίλον καὶ πορεύσεται πρὸς αὐτὸν μεσονυχτίου καὶ εἴπῃ αὐτῷ Φίλε, χρῆσόν μοι τρεῖς ἄρτους, ἐπειδὴ φίλος. μου παρεγένετο ἐξ ὁδοῦ πρός με χαὶ οὐχ ἔχω ὃ πάραθήσω αὐτῷ χἀχεῖνος ἔσωθεν ἀποχριθεὶς εἴπῃ Μή μοι χόπους πάρεχε ἤδη ἣ θύρα χέχλεισται χαὶ τὰ παιδία μου μετ᾽ ἐμοῦ εἰς τὴν χοίτην εἰσίν᾽ οὐ δύναμαι ἀναστὰς δοῦναί σοι λέγω ὑμῖν, εἰ xal οὐ δώσει αὐτῷ ἀναστὰς διὰ τὸ εἶναι φίλον χὐτοῦ χτλ. — L., XI, 11: τίνα δὲ ἐξ ὑμῶν τὸν πατέρα αἰτήσει ὁ υἱὸς ἰχθύν, μὴ ἀντὶ ἰχθύος ὄφιν αὐτῷ ἐπιδώσει; --- Eph., III, 14 sqq. : τούτου χάριν χάμπτω τὰ γόνατά pou πρὸς τὸν πατέρα, ἐξ οὗ πᾶσα πατριὰ ἐν οὐρανοῖς χαὶ ἐπὶ γῆς ὀνομάζεται, ἵνα δῷ ὑμῖν χατὰ τὸ πλοῦτος τῆς δόξης χὐτοῦ δυνάμει χραταιωθῆναι διὰ τοῦ πνεύματος αὐτοῦ εἰς τὸν ἔσω ἄνθρωπον, κατοιχῆσαι τὸν Χριστὸν διὰ τῆς πίστεως ἐν ταῖς καρδίαις ὑμῶν ἐν ἀγάπη ξοριζωμένοι καὶ τεθελιωμένοι, ἵνα ἐξισχύσητε καταλαδέσθαι σὺν πᾶσιν τοῖς ἁγίοις τί τὸ πλάτος......,) γνῶναίτε τὴν ὑπερδάλλουσαν τῆς γνώσεως ἀγάπην τοῦ Χριστοῦ, ἵνα πληρωθῆτε εἰς πᾶν τὸ πλήρωμα τοῦ Θεοῦ. --- Mar., VI, 17-148 ; VII, 19: L., ΠῚ, 18-20; υ., IV, 1; 4 J., I, 1-4.
La loi de la dissociation des éléments de la pensée a produit les conséquences suivantes :
21. (1) Les écrivains du N. T. aiment à présenter les idées en les énumérant par séries. Dans ce cas :
a) Tantôt les propositions se suivent coordonnées par καί : L., LV, 31 : καὶ κατῆλθεν εἰς Καφαρναοὺμ πόλιν τῆς Γαλιλαίας" καὶ ἦν διβάσχων αὐτοὺς ἐν τοῖς σάδόασιν᾽ καὶ ἐξεπλήσσοντο ἐπὶ τῇ διδαχῇ αὐτοῦ, ὅτι ἐν ἐξουσίᾳ ἦν ὃ λόγος αὐτοῦ" καὶ ἐν τῇ συναγωγῇ ἦν ἄνθρωπος... — Mar., VI, 29 : καὶ ἀχούσαντες οἱ μαθηταὶ αὐτοῦ ἦλθαν χαὶ ἦραν τὸ πτῶμα αὐτοῦ χαὶ ἔθηχαν ἐν μνημείῳ. — Cf. Μαΐ., VII, 1 οἱ L., VI, 37; Mat., V,25 et L., XII, 58; L., V, 35 οἱ Μαγ.,11, 20; Mat., XII, 39 et J., I, 49.
Kat devient ainsi, dans le N. T., une particule finale, consécutive, relative, temporelle, causale, etc., et tend à remplacer toute autre particule de coordination ou de subordination (cf. 29).
δ) Tantôt les propositions se suivent par asyndète : Mar., VI, 38 : ὑπάγετε ἴδετε, tandis qu'on lit au verset 37 : ἀπελθόντες ἀγοράσωμεν, οἱ J., 1, 46 : ἔρχου καὶ ἴδε, — L., III, 19 :
προσέθηχεν xal τοῦτο ἐπὶ πᾶσιν, χατέχλεισεν τὸν Ιωάνην ἐν φυλαχῇ. —
SYNTAXE DES PROPOSITIONS : GÉNÉRALITÉS. 11 2 Co., IX, 9 : ἐσκόρπισεν, ἔδωχεν τοῖς πένησιν (cité des LXX, Ps., CXI, 9), & a libéralement donné aux indigents; et cf. L., VI, 48 : ἔσχαψεν καὶ é6a0uvev, il a creusé profondément (cf. 28, ἢ).
c) 11 faut surtout étudier R., XII, 3-21. Dans ce passage, les propositions et les constructions les plus différentes s'accumulent par asyn- ‘ dète, la plupart du temps, sans autre lien que l’enchaïnement logique des pensées. On y trouve : des propositions déclaratives indépendantes : des propositions infinitives dépendantes et indépendantes ; des propositions participes dépendantes et indépendantes ; beaucoup de propo- . sitions indépendantes impératives, ayant leur verbe les unes au singu- . lier et les autres au pluriel, les unes à la 29 personne et les autres à la 3e, les unes au futur de commandement et les autres à l'impératif. Rien de plus capricieux que le passage tout entier. Voy. d'ailleurs, 342, note 1. |
22. (2) Les écrivains du N. T. préfèrent le style direct au style indirect; et quand ils emploient ce dernier, ils préfèrent la construction qui se rapproche le plus du premier.
La lecture de quelques pages du N.T. suffit pour montrer combien les auteurs de ce livre aiment le style direct.
Le style indirect demande : soit une proposition infinitive, soit une proposition dépendante affirmative avec ὅτι, soit une proposition finale avec ἵνα. Daus le N. T., la proposition infinitive est beaucoup moins employée que la proposition finale avec ἵνα, et que la proposition dépendante affirmative avec ὅτι (23). Ces deux dernières sont déjà beaucoup moins synthétiques et dépendantes que la proposition infinitive, et tendent à se rapprocher de la forme du style direct.
Maintenant, si l’on supprime ἵνα, la proposition finale sera remplacée par la proposition indépendante du style direct ayant son verbe à l'impératif ou au subjonctif. Si l'on supprime ὅτι, il reste la proposilion indépendante déclarative du style direct. Dans les deux cas, la synthèse des idées est détruite, et les propositions se suivent sans que la seconde se subordonne à la première.
De là le style direct, presque constamment employé dans les récits du N. T., particulièrement dans les Évangiles, et l'abandon presque complet de l'optatif oblique.
Lorsque Luc emploie la proposition infinitive du style indirect, à limitation de la langue littéraire, et que le discours se prolonge, il passe brusquement au style direct, L., XIX, 13; XXIV, 47-48; 4., 1, 4-5. — Voy., dans les LXX, Dan., 111, 10-11. — Le passage de L., IX, 3 ne détruit pas notre affirmation, parce que la construction εἴπεν-ἔχειν est simple et ordinaire.
23. (3) Les modes de dépendance sont beaucoup moins employés dans le N. T. que dans le grec classique, ou ne le sont pas de la même manière.
a) Pour l'infinitif : il existe une tendance générale très marquée à remplacer la proposition infinitive, soit par la proposition complétive avec ὅτι, soit par la proposition finale avec ἵνα. Il existe aussi une tendance à employer l'infinitif final isolément, sans même le relier par une préposition (εἰς, πρός) avec ce qui précède.
Ὁ) Pour le participe : il y ἃ tendance à remplacer par la proposition complétive avec ὅτι la proposition participe attribut des verbes de perception; à remplacer la proposition participe, exprimant une idée accessoire, par une proposition coordonnée avec xaf, et parfois par une proposition relative ou temporelle ; à employer la proposition participe (exprimant une idée accessoire) absolument, sans que le participe se relie grammaticalement au reste de la phrase (4., XXII, 17).
Aussi, « dans les Évangiles qui trahissent le plus les particularités de la langue maternelle de leurs auteurs, l'emploi de propositions à verbe fini, reliées entre elles par des conjonc- Lions (surtout par καί), est-il beaucoup plus fréquent que l’emploi de la proposition participe, là même où un Grec aurait employé d’instinct cette dernière, Mat., VII, 27 ; VIII, 1416; Mar., 1, 12-13; L., XVIII, 32r34 ; J., IV, 47, 50. » (BUTTMANN, 144, 1). Dans les Actes, dont la langue est plus littéraire, le participe est souvent employé; il l'est encore assez souvent dans les Lettres, particulièrement dans la Lettre aux Hébreux.
c) Le subjonctif est très employé dans le N. T., parce qu'il l'est très souvent avec ἵνα, pour remplacer la proposition infinitive (22). Par contre, la proposition finale avec le subjonctif, au Style indirect, cède souvent la place au style direct (22). D'ailleurs, dans toutes les espèces de propositions, le subjonctif cède aussi la place à lPindicatif et au futur indicatif, suivant les cas. On ne le trouve pas où on l'attendait,; mais on le trouve où on ne l'attendait pas.
Nota. — Il n’y a pas lieu de parler de l'optatif comme mode de dépendance ‘ans le N. T., tellement il y est rare et douteux.
24. (4) Par suite, les particules de subordination sont moins: nombreuses dans le N. T. que dans le grec classique, et moins fréquemment employées (sauf ἵνα) ; πρίν est rare ; ἐπειδή et ἐπει- . δήπερ aussi; ὅπως tend à disparaître; ἔστε ne se rencontre pas, etc.
26. (5) Les idées se suivant dans le N. T. sans se lier ni se subordonner, sans que l'écrivain établisse un rapport entre les propositions qui les expriment, il en résulte une foule d'accidents de syntaxe : asyndètes, anacoluthes, changements de nombre, changements de personnes, constructions ad sensum, constructions prégnantes, prolepses, zeugmas, accords bizarres, absences d'accords, appositions qui ne se rapportent à rien grammaticalement, répétitions et suppressions de quelques mots ou d'une partie de la phrase, etc. La vivacité d'impression et la mobilité d'imagination des écrivains du N.T. augmentent encore la tendance à dissocier les éléments de la phrase, et, par suite, le nombre des accidents de syntaxe, J., I, 32; 4., X, 36-38; XV, 22; XIX, 34; XX, 3, R., XII, 6-21; XIV, 25, 27; 4 Co., XII, 28; Col., IT, 16; Ap., I, 2, 4-7, 8, 13- 44, 15, 16, etc.
26. L'impuissance à combiner, synthétiser, et subordonner les idées et les éléments d'une période, ainsi que la tendance à les dissocier, tiennent au tempérament intellectuel du Juif. En effet :
27. (A) Pour le Juif, les idées sont pareilles et égales, et se rangent sur la même ligne : telle est la loi psychologique qui préside à la liaison des idées et à la syntaxe des propositions en hébreu; cette loi ἃ exercé une influence profonde sur la langue du N.T.
a) L’'hébreu ne possède rien qui corresponde aux modes subjonctif et optatif, employés comme modes de suhordination.
b) La proposition infinitive se retrouve en hébreu, par exemple dans des constructions telles que celles-ci, littéralement rendues par les LXX, Deut., 11, 31 : ἰδοὺ ἦργμαι παραδοῦναι — Εα., II, 3 : οὐκ ἠδύναντο αὐτὸ ἕτι χρύπτειν. — Mais la plupart des emplois de la proposition infinitive grecque n’ont pas d’analogues en hébreu. Il en faut dire tout autant de la proposition participe (voy. PR&ISWBERK, 501-509, 510-515, en comparant avec la syntaxe de l’infinitif et du participe en grec).
c) Les conjonctions de subordination sont peu nombreuses et peu employées; elles servent plutôt à établir une relation entre deux idées qu'à les subordonner, au sens propre de ce mot dans la syntaxe grecque, et chacune peut exprimer les relations les plus différentes. L'une d'elles (asher) introduit : une proposition complétive 1 (Est., III, 4); une proposition finale (Gen., XXIV, 3); une proposition temporelle, et, par affinité, une proposition conditionnelle (Ps., CXXXIX, 15; 3 R., XXII, 1; Deul.,
1. Quand nous appelons ces propositions complétives, finales, etc., c'est à cause de la nature de l'idée qu'elles expriment, et par comparaison avec la synlaxe grecque. En réalité, elles n'existent pas en hébreu, pour fa plupart, à proprement
parler.
Ιά SYNTAXE DES PROPOSITIONS : GÉNÉRALITÉS.
ΧΙ, 27); une proposition causale (Eccl., IV, 9); une proposition consécutive (Gen., XIII, 6; 3 R., IX, 37); une proposition corrélative (Jér., XX XIII, 23). (Cf. PRRISWERK, 605, 2.) On voit qu’en hébreu la vraie subordination des idées et des propositions n’a pu s'établir.
28. (B) En conséquence, «la langue hébraïque peut coordonner deux propositions, même sans conjonction, dans les cas où nous les subordonnons l’une à l'autre, au moyen d’une conjonction.» (PREISWERK, 608; cf. 521.) Il en est ainsi :
a) Pour exprimer une condition, Ruth., Il, 9 : καὶ ὅτε διψήσεις καὶ πορευnon εἰς τὰ σχεύη καὶ πίεσαι. Les LXX ont ajouté ὅτε sans réussir à gréciser la construction (cf. PRRISWERK, 608, a). — b) Pour exprimer une comparaison, Es., LV, 9; Jér., III, 20; Ps., XIV, 4. Jér., III, 20 : ὡς ἀθετεῖ γυνὴ εἰς τὸν συνόντα αὐτῇ, οὕτως ἠθέτησεν κτλ. Les LXX ont ajouté les particules de comparaison ὡς et οὕτως (Cf. PRRISWERK, 608, δ). — c) Au lieu d'une proposition complétive au style indirect, on trouve la proposition du. style direct simplement apposée, ou plutôt juxtaposée, Gen., XII, 13; Zach., VIII, 23. Tantôt les LXX emploient le style direct; tantôt ils ajoutent ὅτι pour obtenir une proposition complétive; ainsi Gen., XIE, 13 : εἰπὸν οὖν ὅτι ἀδελφὴ αὐτοῦ εἰμί (cf. PRBISWERK, 608, c). — d) Pour exprimer la finalité et la conséquence, Rwth., IL, 2 : πορευθῶ δὴ εἰς ἄγρον καὶ συνάξω ἐν τοῖς στάχυσι, veux-iu que j'aille dans les champs glaner ὃ Es., XL VI, 2 : οἵ οὐ δυνήσονται σωθῆναι ἀπὸ πολέμου, αὐτοὶ δὲ αἰχμάλωτοι ἤχθησαν (— dote aùτοὺς αἰχμαλώτους ἀχθῆναι, --- Cf. PRRISWERK, 478, 485, B, 1; 491, 492). — e) Pour exprimer la simultanéité, 5 R., XV, 37: καὶ εἰσῆλθε Χουσὶ ὁ ἑταῖρος Δαυὶδ εἰς τὴν πόλιν καὶ ᾿Αδεσσαλὼμ ἄρτι εἰσεπορεύετο εἰς ᾿Ιερουσαλήμ (cf. PREIS- WERK, 484, a). — f) Pour exprimer un acte antérieur ou postérieur, Gen., XX VIII, 44-12 : καὶ ἀπήντησε τόπῳ καὶ ἐχοιμήθη ἐκεῖ" ἔδυ γὰρ ὁ ἥλιος" καὶ ἔλαὅεν ἀπὸ τῶν λίθων τοῦ τόπου καὶ ἔθηχε πρὸς χεφαλῆς αὐτοῦ χαὶ ἐχοιμήθη ἐν τῷ τόπῳ ἐχείνῳ καὶ ἐνυπνιάσθη. De même, 4 R., I, 2-4; IV, 18; 3 R., XVII, 18- 19 (cf. PRBISWBRK, 472). — g) Pour exprimer la causalité, 4 R., XII, 8 : καὶ διέλιπεν ἑπτὰ ἡμέρας τῷ μαρτυρίῳ ὡς εἶπε Σαμονὴλ, καὶ où παρεγένετο Êaμονὴλ εἰς Γάλγαλα, καὶ διεσπάρη ὁ λαὸς αὐτοῦ ἀπ᾽ αὐτοῦ, parce que Samuel n'arrivait pas ἃ Galgala (et cf. PRRISWBRK, 606, I, δ, y). — λ) Bien plus, « en hébreu, deux verbes qui paraissent former deux propositions et exprimer deux idées distinctes peuvent être liés si intimement par le sens, que seule la combinaison des deux verbes rend l'idée; ce que nous exprimons au moyen d’une tournure adverbiale, ou en intercalant une conjonction, Zach., V,1; Ps., CV,13; #1 R., XXIII, 16.» (PRRISWERK, 521.) La construction hébraïque 8e retrouve parfois littéralement dans les LXX, Zach., V, 1: καὶ ἐπέστρεψα χαὶ ἦρα τοὺς ὀφθαλμούς μον, je levai de nouveau les yeux. — Ps., CV, 13 : ἐτάχυναν, ἐπελάθοντο τῶν ἔργων αὐτοῦ, ils eurent bientôt oublié. — 4 R., X XIII, 16: ἀνέστη ᾿Ιωνάθαν υἱὸς Σαοὺλ καὶ ἐπορεύθη πρὸς Δανίδ, Jonathas partit. Ces exemples offrent une dissociation, presque violente, d'idées qui nous paraissent inséparables par nature (cf. 21, b).
29. (C) Ces exemples montrent comment l’hébreu aime à énumérer les idées, à les enfiler, au moyen de propositions in-
dépendantes, en général assez courtes, qui tantôt se suivent par asyndète, tantôt au contraire sont coordennées par une particule appelée waiw consécutif. « Ce 1waw conséculif ἃ le sens et l'effet, non seulement d'enfiler les verbes en les attachant l’un à l’autre, mais encore d'établir entre eux une conséculion, c’est-à-dire un rapport logique d'antécédent et de conséquent. » (PREISWERK, 477.) Car, au lieu de subordonner et de grouper les idées, le Juif préfère les enfiler par séries au moyen du waw consécutif, représenté par χαί en grec. (PREISWERK, 489.) Il en résulte que le waw consécutif en hébreu et la particule καί en grec judéo-chrétien peuvent unir deux propositions, quelle que soit la relation qui existe entre elles (21, a).
30. Mais la tendance à dissocier les éléments de la pensée et à les exprimer par des propositions indépendantes est-elle due, dans le N. T., exclusivement à l'influence hébraïque ? Nous ne le croyons pas ; nous pensons que, sur ce point, l’influence de l’hébreu s'est unie à l'influence de la langue grecque familière, parlée et écrite par les auteurs du N.T.
Le style périodique appartient à la langue littéraire. La formation d’une période exige l'examen des idées, un choix dans ces idées, leur comparaison et leur subordination, le groupement des propositions secondaires autour de la proposition principale, en uû mot la synthèse méthodique et l'harmonie des différentes parties qui doivent la composer. Une pareille élaboration de la pensée et de la phrase convient à la langue des livres ; elle est étrangère, en règle générale, à la langue familière.
Eo parlant, nous sommes portés à énoncer nos idées à mesure qu'elles naissent, à les énumérer ; nous n'avons pas le loisir ou nous nous épargnons la peine de les combiner et de les subordonner d’une manière réfléchie, de les exprimer en phrases périodiques. Aussi les caractères généraux de la syntaxe du N. T., qui sont dus à la loi de la dissociation des idées et que nous venons d'étudier (18-25), appartiennent-ils à la langue familière, tout aussi bien qu'à la langue hébraïque (26-29.)
31. a) Les auteurs du N. T. ont donc été soumis à une influence identique provenant à la fois de leur langue maternelle et de leur langue-adoptive. Dans le N. T., les idées tendent à être énumérées, et les propositions indépendantes à s’accumuler, suivant le développement logique ct naturel de la
pensée et à mesure qu’elles naissent dans l'esprit de celui qui parle, mais sans se lier étroitement, sans se combiner ni s’agencer, ou en ne le faisant, souvent, que d'une manière très peu heureuse.
b) Nous avons cru devoir insister sur ce point.
La répugnance ou l'impuissance à combiner les idées et la tendance à les dissocier contribuent principalement à donner au grec du N.T. sa couleur hébraïsante d'un côté, et, de l’autre, sa couleur générale de grec parlé ou familier. Elles rendent compte de la structure générale de la pensée et du style des écrivains du N. T. Elles ont exercé leur influence sur toute la syntaxe des propositions. On leur doit, en particulier, le nombre si considérable des propositions indépendantes (coordonnées ou non) du N. T., et l’abus, si choquant au premier abord, qui en ἃ été fait.
32. Enfin, les écrivains du Ν. Τ. aiment à renforcer l'affirmation; Ce caractère de leur style tient au tempérament intellectuel du Juif, et on le retrouve sans cesse dans les LXX. Il a causé, dans le grec du N. T. la disparition presque complète des formes adoucies de l'affirmation dans les propositions indépendantes et dépendantes, par exemple la disparition du mode potentiel (9, a; 12, ἃ; 42.)
33. Les écrivains du Ν. T. font un fréquent usage de l’épéxégèse et de la proposition épéxégélique. On appelle ainsi la proposition ajoutée pour expliquer ce qui vient d’être dit. Elle est, soit indépendante, coordonnée par xx en règle générale ; soit dépendante, introduite par les mêmes particules de subordination que les autres propositions dépendantes.
34. Les propositions se divisent d’elles-mêmes en propositions indépendantes et en propositions dépendantes. Nous traiterons successivement des unes et des autres.