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l'esprit en état d’attraction élective pour tout ce qui est en harmonie avec la note dominante en lui, on ne doit pas s'étonner de constater cette multiplicité de modes d'action.
Chez quelques individus, cette ivresse que nous avons vu être si paradisiaque d'habitude, sera empreinte des plus noires Couleurs, entrecoupée d’affreux cauchemars et de pénibles visions ; ils seront terrorisés par des frayeurs imaginaires et tout leur paraîtra triste et maussade. Chez d’autres il y aura prédominance des illusions de l’ouie et de la vue; certains n'éprouveront qu'une sensation de compression des tempes, suivie d’une certaine torpeur plus ou moins pesante et presque dépourvue de rêves ; et ceci n'a rien de surprenant, puisqu’en somme, le hachich, agissant surtout sur l’association des idées et l'imagination, ne pourra presque rien éveiller dans un cerveau où ces facultés sont naturellement peu développées. C’est ce qu'a résumé le docteur Blondel dans cet aphorisme : « Chaque hachiché a le rêve qu'il mérite. »
Nous avons vu quelques personnes portées par le hachich à des impulsions soudaines, irrésistibles, ou encore poursuivies par des idées fixes ainsi que cela s’observe dans l’intoxication par l'alcool. Mais jamais nous n'avons vu de hachichins entrer en fureur ni être enclins à la méchanceté, presque tous au contraire sont doués d’une philantropie un peu ridicule et rappellent ces ivrognes dont on dit qu’ils ont le vin doux.
D'autres enfin sont presque réfractaires et conservent même après absorption de doses élevées, leur manière
d'être habituelle. Les femmes et les enfants, les tempé- ‘raments nerveux, bilieux et sanguins sont les plus sensibles, les Iymphatiques le sont beaucoup moins.
Pour éclairer mieux l'analyse de ces phénomènes multiples, nous croyons sage de passer successivement en revue l’action produite par le cannabis indica sur chacun des appareils de l’économie et chacune des facultés mentales :
Action sur les appareils digestif et éliminateurs.
A petites doses et à doses moyennes, nous avons vu que le hachich produisait de la sécheresse buccale due à la diminution de la sécrétion salivaire en même temps qu'une constriction pénible de l’æsophage, et parfois un léger malaise épigastrique. À doses plus élevées, apparaissent les nausées et les vomissements.
La sensation de la faim est un des phénomènes terminaux les plus caractéristiques. La soif aussi est intense : mais est-ce la soif vraie dûe au bésoin d'hydratation éprouvé par les cellules ? Non, ce n’est pas là le phénomène de sollicitation réflexe qui succède à la perte d'H°'O subie par l'organisme, mais seulement un moyen de défense naturel contre la gêne occasionnée par la
sécheresse de la bouche et du pharynx ; c'est ainsi que nous avons vu un jour, un hachiché absorber la quantité considérable de six litres d'eau sans arriver à se désaltérer. La faim, au contraire, paraît répondre à uné. nécessité véritable pour l'organisme de récupérer les matériaux qu'il vient de consumer dans cette grande dépense nerveuse. Chez les animaux, en effet, l'appétit se perd, et ils restent plusieurs jours sans manger, ce qui indiquerait bien que le chanvre indien n'agit pas directement sur l'estomac par excitation des terminaisons nerveuses de la muqueuse selon le mode des substances dites apéritives.
La sécrétion salivaire est, comme nous l’avons vu, notablement diminuée, la sécrétion sudorale, au contraire, est — inconstamment — légèrement augmentée.
Les avis sont partagés au sujet de l’action du hachich sur la sécrétion urinaire. Le seul fait certain, c’est . qu'après l'absorption de doses moyennes. l'urine présente une odeur caractéristique de chanvre. Quant à son action diurétique, nous croyons quelle est secondaire, voulant dire par là que le cannabis n'agit pas directement sur l’épithélium rénal, ou sur la pression sanguine, mais qu'il fait par contre-coup augmenter cette dernière grâce à la quantité de liquide plus ou moins grande absorbée sous son influence. La diurèse reste en effet normale chez les sujets qui s'efforcent de ne point boire (1).
(1) €. f. A Rob Kæmpher.