III
22 in Di. si it LE LANCELOT EW PROSE
(ii i:\ii vin. : « A Deu, biaus douz amie. »
Lanceloi entre ses dents) : « Grana merciz, dame, quant il \«>s plaist que ce lo soie ' ! »
« Beau doux ami ! " Cet adieu, dont elle ne se souvint même plus par la suite, la reine l'avait dit à Lancelot comme à bien d'autres, sans v attacher la moindre importance (« a maint chevalier l'ai dit où je ne pensai onques fors lo dit »). Pour le jeune et naïf héros il était gros de signification. 11 fut 1 origine et le stimulant de tous ses exploits. Gomme il l'avouera plus tard à Guenièvre :
Amis, ne onques puis del cuer ne me pot issir, et ce fu li mos « qui me fera preudome, se jel sui ja, ne onques puis ne fui en si « grant meschief que de cest mot ne me membrast. Chis mos « me conforte en tous mes anuis. Chis mos m'a de tous maus « garanti et m'a getei de tous les periex. Chi mos m'a saoulé en « tous mes fains. Chi mos m'a fait riche en toutes mes grans « povertés 2. » Tous ses exploits, Lancelot les a donc accomplis « por un seul mot 3. »
Dans sa première captivité chez Morgain, Lancelot avait obtenu de celle-ci la permission d'aller combattre le géant Karadoc qui retenait Gauvain dans la Douloureuse Tour 4. Vainqueur, Lancelot a présenté à Arthur Gauvain et les autres captifs délivrés par lui, et il a découvert la tête coupée de Karadoc. Mais, le soir même, une messagère de Morgain lui rappelle son serment de réintégrer sa prison à la première réquisition et Lancelot quitte la cour sans dire où il va 5. Ce brusque départ est nécessaire pour que ni Arthur, ni Guenièvre, ni Galehaut ne puissent savoir où est Lancelot et surtout pour que ce dernier, se persuadant que son ami a disparu et est trépassé, succombe au chagrin : la Charrette où Galehaut ne peut trouver place, va bientôt surgir et il faut faire disparaître Galehaut de la scène. Ainsi, toute la fin du Galehaut est conçue et préparée avec le plus grand soin, dès l'épisode de l'emprisonnement de Lancelot par Morgain.
Chaque détail, même le plus insignifiant, est mis là où il doit être.
1. Marburger Beitrâge, fasc. VIII, 109 ; éd. Sommer, III, 131.