‹ Étude sur le marché monétaire de Changhaï: au début du XXe siècleChapitre 36 sur 115 · I. — CLASSIFICATION PAR NATIONALITÉS DES BANQUES ETRANGERES · texte numérisé non relu

I. — CLASSIFICATION PAR NATIONALITÉS DES BANQUES ETRANGERES

Actuellement, sur le marché monétaire de Changhaï, il y à vingt-trois banques étrangères (3), dont quatre appartiennent aux Anglais, deux aux Français, six au Japonais, quatre aux Américains, deux aux Hollandais, et les autres à l’Allemagne, à la Russie, à la Belgique et a

l'Italie (4). Nous les décrirons séparément :

(3) The China Year Book, 1931 ; pp. 415-417.

(4) Yang Yin-pou. Chang-haï-kin-yong-tsou-lcheu-kai-yao ; (Trai té des Organes monétaires de Changhaï), p, 170.

A. Banques Anglaises. — Les banques anglaises sont les plus puissantes de toutes. En dehors de la plus ancienne banque étrangère sur ce marché, la « Chartered Bank of India, Australia, and China », et de la plus puissante bänque étrangère, fa « Honkong and Shanghaï Banking Corporation », il y à encore deux autres banques anglaises. Ce sont la « Mercantile Bank of India » et la « P. and O. Banking Corporation ». La « Chartered Bank of India, Australia and China » fut établie à Londres par la Charte de 1853 et sa succursale de Changhaï fut ouverte en 1857. Le but de ses opérations est de faciliter le commerce de ses nationaux en Australie, dans l'Inde et en Chine (5). Elle est purement une banque commerciale, avec privilège d'émission. En raison de ce qu’elle a plus de soixantequinze ans d'histoire sur ce marché, elle occupe toujours la première position. D'après le bilan de la fin de 1930, son capital souscrit a atteint 3.000.000 de livres sterling, ses réserves 4.000.000 de livres sterling et ie profit net 634.342 livres sterling (6). Quant à la « Hlongkong and Shanghaï Banking Corporation », elle est la plus puissante des banques étrangères à Changhaï. Elle fut éta. blie, en 1867, sur la proposition de Sir Thomas Sutherland d’après l’ordonnance du gouvernement colonial de Hongkong. Au commencement, elle était un organe

monétaire international. Des commerçants français, alle-

(5) Siu Ki-king. Chang-haï-kin-yong-che :; (Histoire des Organes de la Circulation monétaire de Changhaï), p. 137.

(6) Bilan de cette banque en 1930.

mands, américains et persans avaient pris part a cette organisation, dont le premier directeur général était un Français (7). Plus tard, toutes les autres actions furent cédées aux Anglais qui devinrent les seuls propriétaires de cette banque. En dehors de ses opérations bancaires pour faciliter le commerce de ses nationaux en Chine, elle s’est chargée des dépôts des droits de le douane chinoise et a obtenu le privilège de ja distribution des intérêts de la dette extérieure de notre pays, remplissant ainsi une partie des fonctions d’une banque centrale de notre gouvernement. Recevant une grande quantité de dépôts, elle peut diriger le mouvement monétaire de ce marché. Le capital souscrit n’est que de 0.000.000 de dollars de Hongkong. Mais le montant des dépôts à vue et à terme a atteint 925.839.121,49 dollars de Hongkong à la fin de 1930, et les réserves 128.357.142,82 dollars de Hongkong, tandis que le profit net de la même année était de 20.726.730 dollars de Hongkong (8). En consultant le tableau suivant, nous pourrons connaître sa

condition générale dans les trois dernières années (9).

(7) Ma Ying-tsou. Kiäng-yen-lsi ; (Collection des discours sur les problèmes économiques courants de la Chine), Vol. IF, pp. 33-34. (8) Bilan de cette banque au 31 décembre 1930.

(9) The Economist (Londres) march 21, 1981, p. 610.

Déc. 31. 1928] Déc. 31. 1929| Déc. 31. 1930 $ millions | $ millions | $ millions

Billetsdetbanquetcræeree 48. 4 , 64.9 108.2 Comptes - courants ...... 376.2 434.9 629 .% DÉS AACNME, 25 80 20000 ARS El) 2959 ÉSDECES RENE TEE AT 99.6 125.8 174.6 SÉCULES EEE ne HE 129.4 284.0 COMPLETE ee Dr 268.5 335.6 448.9 AGCCDATIONR EEE LEE TES DE 6.% ».0 Profitnettee. Mere 13.4 14.1 20.7

28 LE =D Dividende par action..... 6 6 6 Bonus par action ........ 2 l Il

Le compte courant au 31 décembre 1928 n'est que de 376.2 millions de dollars de Hongkong, et celui de 1930 a atteint 629.4 millions, presque le double du montant de 1928. Les billets de banque avaient atteint 48.4 millions en 1928 et 108.2 millions en 1930. Le montant des émissions a augmenté dans une proportion de 220 % environ. Nous pouvons juger par là quelle est sa prospérité. D'autre part, selon le compte rendu du 31 décembre 1930, en dehors des espèces de 174.571.889 dollars, il y a encore 66.108.789,34 dollars en lingots d'argent. Ainsi, le total de l’argent au comptant est de 240.680.678 dollars, tandis que le total des billets émis,

des dépôts à terme et des comptes courants est de 1.033.543.6rr dollars. Le pourcentage de réserve au comptant pour les dernières catégories est de 23 % environ. Quoique ce pourcentage ne soit pas faible pour l’ensemble, il pourrait, y avoir parfois difficulté à faire face à la demande de ' comptes courants dont le montant a atteint 629.392.415 dollars, plus de 60 % de la dette à laquelle les réserves doivent faire face.

Parce qu'elle à son siège social à Hongkong, ses actions sont souscrites à la fois en dollars de Hongkong et en livres sterling. Chaque action est de 120 dollars ou 12.5 livres sterling,"mais le prix courant de cette action a atteint plus de 1.275 dollars de Hongkong ou de 125 livres sterling (ro). D’après le tableau ci-dessus, le dividende par action en 1930 est de 6 livres sterling. Est-il curieux que le prix des actions ait augmenté énormément ?

Par contre, à cause de la précarité des conditions politiques en Chine, les gens riches croient que les banques étrangères sont plus solides que les banques domestiques et quela «Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » est la plus solide de toutes les étrangères. Aussi, les dépôts de disponibilités sociales affluent-ils vers elle. C'est lun des faits qui expliquent que dans le tableau ci-dessus les comptes courants aient atteint 629 millions. La « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » a le dépôt des droits de la douane chinoise d’une part, el

attire beaucoup de dépôts de disponibilités sociales, d’au-

(10) Ma Ying-tsou. Kiang-yen-tsi ; vol. IT, 2° édition, pp. 38-89.

tre part. En employant cette somme d'argent au comptant à faire des avances aux commerçants de sa nationalité elle continue à maintenir la position prépondérante du commerce anglais en Extrème-Orient.

En revanche, les billets de banque de la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » avaient autrefois une puissance très grande sur ce marché. Elle s'efforce de conserver la confiance. D'après l’article xim .de la « Hongkong and Shanghaï Bank Ordinance », n° », de 1866, le montant de la circulation des billets de banque ne pouvait dépasser le capital effectif et la banque devait en garder le tiers en réserve métallique. Vers 1899, un amendement à l’ordonnance précédente décrétait que les valeurs mobilières ainsi que les espèces pourraient être employées pour constituer une autre réserve égale au tiers du capital effectif pour la circulation des billets de banque et qu’en outre la Banque pourrait être autorisée à mettre en circulation un excédent en dehors du montant des billets fixés à la condition que la banque constituerait une réserve de même somme, en espèces: (11). En 1907, le capital était porté à 20.000.000 de dollars de Hongkong. La « Hongkong and Shanghaï Bank Ordinance » de 1922 à modifié plus ou moins le règlement d'émission. Le capital peut être, avec l'autorisation du gouvernement, porté de 20.000.000 à 50.000.000 de dollars, et le montant de la circulation des

billets de banque ne peut dépasser le montant du capital:

(11) B. G. de l’article XII de la « Hongkong and Shanghaï Bank

Ordinance ».

20.000.000 de dollars. Les réserves en espèces, ou en valeurs mobilières, ou constituées par les deux ensemble, doivent être des deux tiers du montant émis. Les excédents d'émission sont permis avec une même somme de réserve métallique. Ainsi, d'après le tableau indiqué plus haut, à la fin de 1930, le montant de la circulation des billets de banque avait atteint 108.2 millions et le capital n'était que de 20.000.000 de dollars (12). L’excédent d'émission était de 88.2 millions garantis par une réserve métallique de 100 %. D'autre part, le montant d'émission de 20.000.000 de dollars avait une réserve en espèces ou valeurs mobilières des deux tiers. I n’y à donc que le tiers de 20.000.000 de dollars, ou 6.600.000 dollars environ de billets de banque émis par cette banque sans aucune réserve. C’est pourquoi ses billets de banque occupent (toujours une position prépondérante en Extrème-Orient, quoiqu'ils soient chassés peu À peu du marché monétaire de Changhaï par ceux qu'émettent les banques modernes chinoises.

Par contre, il y a une chose à laquelle il nous faut faire attention. C’est le pourcentage de réserve par rapport aux dépôts, tant à vue qu’à terme. Dans l'explication cidessus, nous avons dit que d’après le bilan au 31 décembre 1930 de cette banque, le pourcentage de réserve pour le total des dépôts et des billets mis en circulation était de 23 %. Mais selon le règlement d'émission indiqué plus haut en dehors de la réserve obligatoire de 88 millions de dollars pour l’excédent d'émission, il n’y à que 152 mil-

lions de dollars pour les dépôts à vue et à terme de 955.3

(1x2) Bilan de cette banque au 3r décembre 1930.

millions et les deux tiers de l'émission fixée de 20.000.000 de dollars, ou 12.000.000 de dollars environ, constitues en partie ou complètement par des valeurs mobilières pour constituer cette réserve. Supposons que cette somme, 152 millions, soit employée totalement pour la réserve des dépôts de 955.3 millions, et que les deux tiers de réserve légale des 20.000.000 d'émission soient entièrement constitués par des valeurs mobilières (13). Le pourcentage de réserve vis-à-vis des dépôts serait de 15 %. En revanche, le montant des comptes courants atteindrait 629.4 millions, soit 65 % environ du total des dépôts. Quelle situation |! |

La « Mercantile Bank of China » s’est établie en 1875. Son siège social est situé à Londres. À Changhaï, elle n’a qu’une succursale. D’après le compte rendu du 31 décembre 1930, le capital souscrit n'est que de 1.050.000 livres sterling. Mais ses réserves ont atteint £ : 1.500.000 et le profit net £ : 213.339. Si nous comparons ce dernier avec son capital souscrit, nous pouvons juger de Ia prospérité de ses opérations.

Enfin, la « P. and O. Banking Corporation » n'a qu'une histoire de dix ans environ (14). Son capital sous-

crit est de £ : 2.594. 160. Quant aux réserves, elles ne

(15) I est permis par la « Hongkong and Shanghaï bank Ordinance », de 1922.

(4) Siu Ki-king. Chang-haï-kin-yong-che : (Histoire des Orga-

nes de la Cireulation monétaire de Changhaï), € édition, Dore

nds AN Pers

sont plus que de £ 180.000 (15). Son siège social est à Londres et Changhaï n’est qu’une de ses succursales.

Ces deux dernières banques anglaises ne sont pas aussi puissantes que les deux premières, l’une la plus ancienne, et l’autre la plus puissante, parmi les banques étrangères à Changhaï. Quoique ces quatre banques anglaises aient un caractère commercial, la « Hongkong and Shanghaï Banking Corporation » a participé à divers consortiums internationaux et à divers investissements en Chine. Elle joue un rôle très important dans les relations économiques entre la Chine et l'Angleterre. Nous en parlerons plus loin.

B. Banques Frangaises. — [1 y a deux banques françaises à Changhaï : la Banque de l’Indo-Chine et la Banque Franco-Chinoise pour le Commerce et l'Industrie. La première a une puissance très grande en Extrème- Orient, surtout en Indo-Chine. Elle diffère des autres banques coloniales françaises par l'état économique et monétaire des pays où sont établies ses succursales (16). La Banque Franco-Chinoise pour le Commerce et l’Industrie est réorganisée de la Banque Industrielle de Chine (établissement franco-chinois).

L'Agence de la Banque de l’Indo-Chine à Changhaï a été créée au début de 1900 et son développement initial

n'eut pas trop à souffrir des troubles boxers. Elle s’est

(15) Bilan de cette banque au 31 décembre 1930.

(16) J. G. Courcelles-Seneuil. Les opérations de Banque, 13°

édition, n. 334.

livrée à des avances sur marchandises d'exportation et à des avances locales aux banquiers chinois, et surtout s’est particulièrement occupée du financement des exportations de thé et de soie (17). Dans un autre domaine, l'agence de Changhaï a participé aux opérations financières internationales effectuées en Chine. En r9o7, elle fut chargée par le Gouvernement français de l’encaissement des indemnités chinoises revenant à la France. Son Directeur fut désigné pour siéger à la Commission Internationale des Banquiers, commission qui avait pour but de contrôler les opérations relatives à ces transferts.

‘« En 1909, la Banque de l’Indo-Chine entra dans le Consortium international qui devait devenir, en 1972, le Consortium des 6 Puissances. En 1913, elle prit une part active aux opérations de change relatives au transfert en Chine des fonds de l'Emprunt de Réorganisation. En 1920, elle participait à la constitution du nouveau Consortium international dit : des 4 Puissances, »

« Au point de vue commercial, elle eut à souffrir, comme les autres banques, des nombreuses crises commerciales ou politiques traversées par la Chine depuis 1400 : guerre russo-japonaise en 1904, crise des affaires de 1904 à 1909, révolution de 1911, crise monétaire du nord de la Chine en 1916, crise commerciale très profonde en 1920, grèves de Changhaï en 1925 » (18). Mais

en général, cette Banque a une position très solide, Vers

(17) Communiqué du siège social de celte Banque à Paris (1931)

(18) Ibd,

L= pr —

la fin de 1930, le capital souscrit était de 72.000.000 de francs et le profit net de 30.092.608 francs (19). En ce qui cencerne l'agence de Changhaï, le mouvement général de la caisse de 1920 à 1930 peut être consulté cidessous (20) : k |

Balance en caisse au 31 décembre 1920 Fr. 22.991.476,45

d° 31 » 192720, 0/22-082 092,10 d° 31 » 1922 » 38.963.253,80 d° dE » TOME RENT 0 0600 ee OL » 10241) 111195 056,05 dé 31 » 1925 » 20.492.216,45 d° jt » 1050 LI DT TAITO NO d° 31 » LOT DO LT TON CSSS TO (lé ST » 1028.» 39:792-007,10 d° 31 » 1929 » 9.163.968,60 d° HA » 1930 » 13.668.8/40,80

La Banque Franco-Chinoise pour le Commerce et l'Industrie a été, comme nous l'avons dit, réorganisée en 1925 de la Banque Industrielle de Chine. Après la Révolution de 1911, le Gouvernement chinois avait tenté de faire l’Emprunt de Réorganisation du Consortium international, dit des 6 Puissances, Mais cela ne pouvait réussir. À ce moment-là, la Banque de l’Indo-Chine proposait d'établir une banque, un établissement franco-chinois afin d'introduire les capitaux étrangers pour développer

l’industrie de la Chine. C’est le début de cet établisse-

(19) Bilan de cette Banque au 31 décembre 1930.

(20) Communiqué du siège social de cette banque à Paris (1937).

ment dont deux tiers du capital appartenaient aux Français et un tiers aux Chinois. Il obtenait le privilège d'émissions de billets de banque en Chine. Au mois de juin 1921, il suspendait ses opérations (21). Les Syndi cats des banques de Changhaï ets de Pékin avaient remboursé ses billets de banque en circulation (22). Au mois de juillet 1925, la Banque Industrieile de Chine était réorganisée en Banque Franco-Chinoise pour le Commerce et l'Industrie. « L'agence de Changhaï a pris une part très importante dans les exportations de soie notamment à destination de Lyon. Remontant la filière de ces opérations, elle a financé avec succès la campagne des cocons, aux environs immédiats de Changhaï. Enfin, en accord avec l'agence de Saïgon, elle a ouvert aux exportations indo-chinoises des crédits importants pour des expéditions directes de riz et de charbon destinés à l’intérieur de la Chine et qui, autrefois, étaient transitées par Hongkong. L'agence de Changhaï a cherché également à resserer les liens qui l’unissent aux banques chinoises, en facilitant leurs opérations sans se départir de la prudence que commandent les circonstances » (23).

Les totaux de l'actif et du passif pour l'exercice 1929-1930 de la Banque Franco-Chinoise pour le Com-

(21) Siu Ki-king ; Chang-haï-kin-yong-che ; 2° édition, p. 160.

(22) Tchang Kià-Sièng. Tchong-houa-pi-tché-che ; (Histoire du système monétaire de la Chine), 2 édition, pp. 264-265.

(23) Rapport présenté par le Conseil d'Administration de cette Banque à l’Assemblée Générale ordinaire des actionnaires du 22 décem-

bre 1927, p. 9.

Page 1