Q.uand le vintce a faim, l'esprîi vient
}. Le singe est malin, c'est lui qui a enseigné a Q vole.
INTRODUCTION
temps angles '. Il fallait bien néanmoins, faute de mieux, se résigner à cultiver ces giraumons dégénérés, et comme le fisc réclamait ses droits, on finit par dire avec mélancolie :Léguimes rare; hrin7;eles avpômes d'amour cacié gardes; ::(auUs napas ma îarT^nt pour péye patente '.
duelque vieillard, laudator temporis acti, va nous dire ce qu'était le noir créole au temps de sa jeunesse, avant que l'inondation malabare eût submergé l'originalité de sa race.
Libre de toute responsabilité, assuré du vivre et du couvert, sans souci du présent, sans préoccupation de l'avenir, après le
1. Du temps des Français, les giraumons étaient plus gros que du temps des Anglais.
2. Les légumes sont rares; les bringelles et les pommes (l'amouT s« cachent des gardes ; elles n'ont pas d'argent pour payer patente.
INTRODUCTION
travail du jour prudemment réglé sur l'humeur du commandeur ', ce jour-là, il arrivait au soir frais et dispos et tout prêt pour le chant et la danse, ses plaisirs favoris, plus impérieux pour lui que des besoins. Le riz se mangeait vite, et à l'appel de la marvanne' commençait le sèga, que soutenait en chœur le refrain des assistants impatients d'être acteurs à leur tour; et cependant, au fond de la case, autour de ppâ Lindor ou de tnmâ Télésille aux jarrets roidis par les ans, se groupaient les tout petits, pour se faire dire sans fin ni trêve des histoires ou des sirandanes, toujours les mêmes, toujours accueilUes
' I. Au commandeur a succédé l'économe dont ils ont fait éne colombe, quelques-uns disent, mais avec moins de charme, é>u colombre.
2. Marvanne ou ravanne, sorte de tambour qui se battait avec les doigts, la paume de la main marquant les temps forts.
avec la même faveur ; car rien ne s'arrange mieux du radotage des vieillards que l'inépuisable complaisance de la curiosité enfantine.
Le séga — tant de fois du reste décrit par les voyageurs — n'est pas du domaine de cette étude, mais elle doit s'arrêter aux sirandimes ; car si la langue créole avait eu la force de porter une littérature, c'est là qu'il en faudrait chercher l'humble origine et les premiers bégaiements.
Dans l'autre hémisphère, nous n'hésiterions pas à trouver aux sirandanes une généalogie illustre. La première naquit en pleine Béotie, le Sphinx en épouvanta les malheureux Thébains, et seul Œdipe eut la gloire insigne d'en trouver le sampèque.
La sirandane, en effet, n'est autre chose qu'une courte énigme dont le mot se cache sous une image parfois heureuse, ou sôps
PAT. CR. b
■ INTRODUCTION
le voile un peu épais d'une allégorie tirée de loin. Il n'en fallait pas davantage pour défrayer les longues veillées ; vieux et jeunes y trouvaient, dans la juste mesure de leur intelligence, de quoi exercer la sagacité de ceux-ci, la force inventive de ceux-là.
Sirandane? disait levieillard. Sampéque, répondaient les petits tout d'une voix, et le jeu commençait. D'abord, une série de questions invariablement les mêmes, et que les réponses suivaient à l'instant : Dileau diboute ? Canne. Dileau en pendant ? Coco. Pitit batte manman ? Lacloce, etc. '
C'était quelque chose comme le salut de rigueur avant l'assaut dans la salle d'armes. Puis, le vrai jeu s'engageait, on croisait le
I. De l'eau debout ? canne à sucre. De l'ea n coco. L'enfant bat la mère ? une cloche.
INTRODUCTtON.
fer. A la première passe, des coups connus :
Quate pattes là haut qmte pattes aspére quale pattes; quate pattes napas vini, qmte pattes allé, quate pattes resté ' ? La parade arrivait à l'instant : Catte îàhaut cése aspére lérat, Urat napas vini, çatte allé, cése resté '. Mo guéte U, H guéte moi ? La glace ' . Gtiéle dans guéle, sette lapattes quate Tpréyes ? Licien manze dans marmite *. Alors des bottes plus savantes : Mo bassin H sic, mo méte éne lapaille, H bordé? Éne li^é\ finissait par trouver une mémoire plus heureuse que les autres. Enfin arrivaient les inventions récentes, les trou-
I. Quatre panes sut quatre pattes attendent quatre pattes; quatre pattes ne viennent pas, quatre pattes s'en vont, quatre pattes restent.
3. Un chat sur une chaise attend un rat, le rat ne vient pas, le chat s'en va, la chaise reste.
j. Je le regarde, il me regarde. — Une glace.
4. Gueule dans gueule, sept pattes, quatre oreilles. — Un chien qui mange dans une marmite.
j. Mon bassin est sec, j'y mets une paille, U déborde. — Un oeil.
XXVI INTRODUCTION
vailles du jour : Mo batte li li hâ moi, mo bâ H, îi batte mot '. On cherchait ; mais, comme de juste, on ne trouvait jamais, et Lindor triomphant et sarcastique disait le mot du sampèque : Mo femme. Certes, elle ne datait pas de loin la mésaventure qui dictait ceci : Ça qui li voir H, napas H qui ti prend îi; ça qui ti prend li, napas îi qui ti mar^e li; ça qui ti maniée li, napas li qui ti gagne bâté; ça qui ti gc^ne baie, napas Ii ti crié; ça qui ti crié, napas îi qui ti ploré *.
Quelquefois la sirandane prenait la forme de l'interrogation directe ; Quifére prête napas capabe marié ' ? A ce difficile