‹ Étude sur le rituel du respect social dans l'état brahmaniqueChapitre 1 sur 3 · Étude sur le rituel du respect social dans l'état brahmanique · texte numérisé non relu

Étude sur le rituel du respect social dans l'état brahmanique

Dans la société brahmanique, les cérémonies du salut ou les • formes du respect extérieur, ont, comme toutce qui se rapporte aux mœurs, un caractère religieux, et le règlement en est naturellement dévolu aux d/iarma-çâstras 1 ou livres de !a« loi. De tous ces livres de la loi ou codes indiens que nous connaissons 2 , celui

< Dharmn de y contenir, retenir, vent dire ce qui relient on conlient,

ce qui règle, la toi, ce qui se pratique, le devoir, la morale, la justice. — Le Buddhisme, avec sa tendance à l'humanisme et, partant, au matérialisme, voyait la condition des êtres dans la nature, et c'est pourquoi son dliarma » , lui était la nature, puis la matière. (Noie recueillie au cours d'Eug. Burnouf.) — On appelle rôtira, tout livre qui est censé contenir des lois d’autorité divine, ou même qui enseigne une discipline religieuse quelconque. Le radical est wr enseigner, ordonner.

* Le savant indianiste Stenzlcr (Zur Lileratur der inditchcn Gesetzbûcher) en énumère 47, et Weber jusqu’à 36 (Voy. yi kademische Forfeatmyen, 1832, p. 244). Celui de Manu parait être le plus ancien, du moins de ceux que nous possédons et parmi lesquels Yndjnaoatkya est devenu acces-

4 C. 9SH0EBEL.

de Manu traite le plus complètement les matières faisant le sujet de ces çâstras. Ces matières se rapportent à ce que les Hindous appellent les trois états f^JTSTT:, la naissance, la vie et la mort, et se divisent en trois parties, dont la première, nommée îTRIT^', s’occupe du règlement des devoirs domestiques et civils et des rapports des castes entre elles, tandis que la deuxième, nommée oUcl«£ 1 1 , embrasse tout ce qui a trait aux affaires judiciaires. La troisième partie, nommée Çduf%Ifl) édicte les pénalités ou les expiations. On voit par là que le rituel qui règle les cérémonies de la salutation, les démonstrations de la politesse brahmanique, doit trouver sa place dans 1 ’ûtchâra, la division des coutumes et

sible à tous par l'édition de M. Stenzler. Quant à Manu, qui, pour le dire en

passant, n’est qu’une personne fictive, une antique personnification de l’hu*

inanité comme èlre pensant, qui mesure (m, *r) ou règle tout et de-

vient ainsi le -type du législateur, le Roi (.l/inot), l’homme par excellence (et, en effet, dans le Véda, manu, quelquefois, signifie simplement hommecf. le Alannus germanique, W. Wackernagcl, dans la Zeitschrift fiir deutsches Alterlhum, de Ilaupl, VI, 10); • — je dis, quant à Manu, il cite des législateurs tels que Alri, Gôlama, fils d’Ulalhya, Çuûnuka, Bhrtgn (III, tC) et f'nsishtha (VltC 140). Il y avait donc déjà des codes, ou, si l’on veut, des tûlms ou fils régulateurs juridiques, avant le code de Manu. Tels étaient en effet les Grihi/anUras ou SmârliisAtras, appelés ainsi, parce que leurs dispositions se rapportaient principalement aux affaires domestiques (griha maison) qui étaient de tradition ( smriti tradition) . — Mais quel est l’âge du code de Manu 1 II serait difficile sinon impossible de le dire au juste. Toutefois comme Brahma y apparaît déjà comme le dieu suprême tandis que les livres du buddhisnic primitif, les sùlras simples, ne connaissent encore comme tel que le dieu suprême du Vcda, Indra ou Calera (Cf. Burnonf, Intr. àl’hist du lluddh. p. 157 ; — Rolli, Brahma und die Brahmanen, dans la Zeilscli . der deulschen morgenl. Gcseltschaft, I, 80), on ist autorisé à soutenir, je crois, que ce code est postérieur au 0 e siècle avant J.-C.; — et d’un autre côté, il faut reconnaître qu’il est an-

«les mœurs. On le lit en effet chez Manu dans le livre 11, qui, à vrai dire, est le livre I", puisqu’il est reconnu que le livre qui est actuellement le premier, est de rédaction de beaucoup postérieure au reste de l’ouvrage, ou, pour parler plus exactement, qu’il y a été ajouté après coup

léricur à l'influence grecque sur les doctrines indiennes, antérieur à l’expédition d’Alexandre peut-être, puisqu’on n’y trouve poiut encore quoi que ce soit qui ressemble à une doctrine astronomique. Une telle doctrine y serait cependant, Comme elle est dans Yàdjnavalkya (et. I, çl. 291 sqq.), à cause de l’importance sociale qu’elle a dans l'Inde sous forme d'astrologie. Au temps de la rédaction de Manu, les Hindous n'avaient donc pas déjà une astronomie, et l’on sait aujourd'hui, à n’en plus douter, par le Mémoire de M. Reinaud sur l’Inde d'après Albirùni, et par les profondes investigations de M. Alb. Weber (Zur Gesch. der ind. Astrologie, dans Inditche Sludien, 11, 25(5 sqq. cf. 4 12 sqq. — Lasseo, Induche Alterth., Il, 1 128) que l’astronomie indienne est d’origine grecque. D’ailleurs, les Hindous eux-mêmes le disent ; ils nomment généralement les Yavanus (Ioniens, Grecs), connues leurs maitres en astronomie, et leur nomenclature astronomique est en partie composée de dénominations grecques. (Voy. le Horàçàstra de Varàliamihira I, 5, ap. Lasseo, Zeitschrift fiir die Kundedes Aforgenl., IV, 305; — Weber, loc. c., p. 212, 251, 201, 114; — Akad. Vorlesungcn, p. 223 sqq. — Voy aussi Biot, The Oriental Aslronomer, dans le J. des Savants, juin 1859, p 380 et alibi). Ainsi donc la rédaction du Mànavadharmaçàstra est postérieure au Buddlia et contemporaine, il semble, à ces dynasles grecs qui, comme on sait, ont étendu, à certains moments, leur domination jusque dans la presqu'ile du Guzzeral. En tout cas, il est certain que le code de Manu ne peut revendiquer une antiquité tant soit peu imposante.

1 II y aurait ici toute une dissertation à faire sur l'àge historique des divers monuments de la littérature indienne. Mais comme M. Max Müller s’en est chargé récemment dans son ouvrage : A fJislonj uf ancient Sanskrit- Literalure, London, 1859, nous pouvons y renvoyer. Remarquons seulement que la 1" période que le savant indianiste assigne à la diaskeuase des monuments védiques, les montras, en la remontant à 1,000 ans avant J.-C , est évidemment trop reculée. En effet, s’il est vrai comme ou le pense généralement aujourd’hui, que l’écriture saoskrite est d'origine

Page 1