C. SCIineitEL
lés, il est aisé de le remarquer par leur contenu, embrasse un laps de temps très-considérable, toute cette longue période qu’il a fallu au brâhmanisme pour se développer tel qu’il est, et qui commence, on ne peut en douter, à l’apparition du buddhisme, au vi* siècle avant notre ère, pour expirer au temps où la soumission de l’Inde au régime brutal des musulmans brisa la vie intellectuelle du brahmanisme, en détruisant ses écoles. Il y a là pour le moins un espace de temps de 17 ou de 18 siècles. On ne peut donc pas s’étonner que les Upanishats, à cause de leur contenu et des souvenirs aussi qu’elles éveillent dans l’âme des pandits, soient considérées, par leurs commentateurs du moins, comme des œuvres de révélation, çruli 1 , qualification qui ne s’applique proprement qu’aux bràhmanas, écrits dogmatiques des Védas et de beaucoup antérieurs aux Upanishats. C'est que les bràhmanas sont, si je puis parler ainsi, le produit de l’église Aryenne ; leur autorité est générale et incontestée, tandis que les Upanishats, parce qu’elles sont l’œuvre des diverses écoles et d’une tendance polémique, en partie du moins % ne jouissent que d’une autorité plus ou moins restreinte. Toutes cependant ont cela de commun que l’homme y est oublié devant la nature, et l’éternité devant le temps.
Mais revenons au commentaire de notre texte. Il dit que par supérieur |, on entend un homme qui vous est supérieur en science surtout fèt<y un guru ou précepteur sprirituel, et il ajoute que le mot Mf|rï occupé revient ici à ■fcftëhyj fait sien, de sorte que le lil-siége appartient en propre à la dignité du
• Weber, 11, 176.
, Voy., p. ex., mie des Upinisbals les plus célèbres, la Dhngavad - Ci/ri, 11, ri. l'i S(|.
maître qui est censé l’occuper toujours. Aussi ne doit-il pas être jiiis par le disciple même quand le maître n’y est pas, même dans un temps postérieur =h IccWfà* D’accord avec cet extrême res-
pect du disciple pour le maître, son père spirituel, il est dit dans une Upanishad:« Le magnanimequi voue à son précepteur un respeclaussi profond que celui qu’il voue à Dieu, comprendra les hauts mystères qui sont exposés ici : n?;T im. çar ïtot
ïïfr ^rrarTT % mV Tc*R: '.Et dans
une autre Upanishad, YAnandavallî, se trouve ce beau passage qui dit que, en offrant nu brahmane un siège et le reste, c’est-à-dire l’eau pour se laver, la nourriture, les choses enfin qui constituent
3E7J l’offrande d’hospitadilé, il faut donner avec foi T%Z?X\, il faut donner avec grâce ü faut donner avec pudeur ou
crainte, il faut donner avec respect, il faut donner avec sympathie '.
Le Rituel continue, cl. 120, en donnant la raison prochaine pourquoi le disciple doit se lever devant le maître : « C’est qu’à l’approche d’un vieillard les esprits vitaux d’un jeune homme s’élancent en haut ; il les retient par l’action de se lever à (son) encontre et de (le) saluer. »
1 Çvêtaçvatarà-Up., (tonnée par Anqnelil, Otipnek’hat, H, 94 sqq., sons le nom persan Ou)>. Salaster, analysée par Weber, dans /nd. Slud., I,
a Ap. Weber, Ind. Slud., II, 215 sq. — L’Iiospilalilé est un des Irails distinctifs des peuples aryens cl germaniques. Voyez à ce sujet les dispositions détaillées dans Manu, III, 94 sqq. — Tacit., Germ., XXI : hospitiis non alia gens eiïusius indulget. — I.a violation en était même sévèrement punie, (Voy. Man., I. c., 100, 115; — Tacit. loc. cil.: Quemcumque morlaliunt arcere tccto, nefas liabelur. — Voy. aussi les légendes suédoises par J. (îrimm, dans la Zeitich. fur Deultchet Alterlhum de Ilaupt, IV, p . 502). ' •
SCHOEBEL.
ÏÏTtiïT ^JrîhTHpd I
qr^rJSttlPMI^Ui q qf c H^afaqajêî II \î° Il
Le commentateur explique ce qu'il faut entendre par le mouvement des esprits vitaux qui s’élancent en haut; il pense qu’ils désirent sortir ducorps 1 et on comprend
qu’il s’agit ici de cette sensation qui vous saisit au contact de certaines choses physiques ou morales et vous ôte la respiration. En se levant, le jeune homiqe s'élance en quelque sorte après ses esprits. prâna % et en s’inclinant, il les fait rentrer en lui. Certainement, ces raisons peuvent paraître puériles ; néanmoins, si on y réfléchit on s’aperçoit qu’il y a là comme un agencement de mouvements qui seconde la nature à reprendre son équilibre, si tant est que les fonctions vitales puissent se troubler dans notre organisme par la sensation du respect, ce que la jeunesse d’aujourd’hui, avec son merveilleux aplomb, r.e voudra jamais croire.
h. v., et Lassen, Anlhol. tante., ib.) et veut dire ainsi : « qui souille • la pureté de l'âme, cf. Bhagavai-Gitc i, XIII, 51 sq., où il est dit que l’âme suprême même (api) n’est pas souillée par sa présence dans les corps. Il est
vrai qn’il s’agit ici du çarira et non du délia. Néanmoins, c’est la même doctrine. L’idcc de la souillure de l’âme par le corps appartient principalement à la doctrine du yoga, qui est de date relativement moderne dans l’Inde ; la religion védique ne connaît pas le mot ilêha. Ainsi par ce passage encore, la rédaction de Manu est enlevée au terrain de l’antiquité indienne. (Cf. Weber, Ind. Slud., Il, 184, 198, et note 21
• Le mysticisme tout matériel des Upanishats fait de ptàna un Dieu, et de plus le dieu suprême, Brahma. (Voy. Kaushilaki-Vp., Iccl. II, ap. Weber, Ind. Slud. I, 403, 403, 419 et alibi). Dans V Aitatéya-Biàhmana, V, 52, qui fait partie du Rik, Pradjâpati, le seigneur des créatures, lire le monde du prâna ou souffle.
Maintenant, le Rituel détermine les avantages qui résultent de la , pratique du respect, en disant, çl. 121 : » Quatre choses croissent pour celui qui pratique le salut (et) un respect constant envers le vieillard : la durée de la vie, la science, la gloire (et) la force.
far^r anàqîrfere ; i
^TccTT^- FTFÏÏ 3Tÿ<£ïïT WT Sftïï II II
•Voilà une morale qu’on désirerait voir se réaliser dans la vie pratique. Alors tout le monde voudrait être respectueux et le serait sans doute. Mais, telles que sont les choses, le respect, hélas ! fait trop souvent comme le poète le dit de la vertu :
Cœtusqae vulgarcs et odam
Speroil, liumum fugiente pensa
Le commentaire ajoute que les quatre choses précitées augmentent pour l’homme respectueux d’une manière complète
et éminente — On voit bien que Kulluka est un saint
homme et que sa foi fait honneur à son titre de Çrîbhatla.
Le Rituel continue, çl. I2'2: « Que le brahmane, saluant un plus âgé, prononce, après le salut, son propre nom, ainsi : Je suis un tel. »
frf fatfT s^TTFTmT^^I
?FTT ^FTTvTHT^iTT T* =ÏW ÏÏTpI^rTOFni I-
lvn sanskrit, il y a : Je suis le nom que voilà ■
— Le précepte, nous dit le commentaire, ne concerne pas seulement le brahmane, qui est appelé ici vipra, de la racine védique tjt
' Horat. Curm., I. III, ude 2
12 SCI10EBEL.
nourrir, « qui nourrit les dieux » par le sacrifice ', mais il concerne aussi les autres deux fois nés ou dvidjas, ce que le commentaire exprime par le motarff, ajouté au mot vipra :
C’est un composé possessif ou bahuvrihi qui veut dire : les ordres sociaux à la tête desquels marche le brâhmane C’est ainsi, que le sanskrit, par la faculté de composition qu’il possède au degré le plus éminent, s’est acquis le droit d’être d’une concision extrême et de se passer de la syntaxe proprement dite. Nous y reviendrons.
Quant à notre texte, il n’a rien d’obscur. Cependant il a suscité de longs commentaires. Mêdbâtilhi et Gôvindarâdja veulent que le
mot mima (nom) soit employé dans la formule, dTchJ, du salut, immédiatement après le prononcé du nom propre. Kullûka rejette
celte interprétation comme dépourvue d’autorité, car, dit-
il, le mot nûma a pour destination de désigner le nom particulier. — Un autre légiste, Gôlaina, veut qu’on dise: « Je (le) salue après qu’on a prononcé son propre nom. Notre texte diltoutlccontraire; c’est ay>rès le salut 5PT3T?ïTT*7 qu’il veut
qu’on dise son nom. — Enlin, Sânkbyâyana opine ainsi : « Qu’il
■ Le sacrifice, dit le Véda, est la nourriture des dieux WTÇSrFTFT ^7 Déjà dans l’àge védique on considérait les prèlres comme les pères
des dieux. (Cf. U.-Vêda, V, 1. 11. 14). Voy. aussi Manu, IX, 310. — Une Upaniscliad du Yadjus noir, la SIuhànârùyuntt-Up., XII, l, établit la filiation divine des Viprns par l'intermédiaire des Ravis, les chantres antiques ou patriarches. (Voy. Bhug.-Gitâ, X, 37 XVIII, 2). Les Ravis paraissent cire identiquement les mêmes personnes que les Itishis, poêles inspirés ou les sages. Dans le cl. 9, lect. VIII de la Bhug.-GUù , le mot Ravi désigne même l'Esprit suprême comme instituteur des hommes. (Cf. Mahâudtâynnu - Vp., XIII, 0).
> Voy. Uopp, A’rif. Crainu 1 . 1 les Sansli.-Spr., § 598.
indique son nom après avoir dit : C/est moi Le
mot ïff que nous verrons encore, a ici un sqns emphatique comme si on appuyait sur le moi pour en faire ressortir l’excellence et frapper l’esprit par l’importance du nom qui va suivre. Nous verrons tout à l’heure que le Rituel assigne au mot bhô une tout autre place, et Kullûka,qui, en sa qualité de commentateur, ne se croit pas obligé à la modération d’un grammairien, telle que Pânini, par exemple, la professe constamment envers ses collègues dissidents; je dis Kullûka, qui combat pour Manu comme s’il combattait pro aris et focis, n’accorde non plus aucune créance aux paroles de Sânkhyâyana : cïïT cela
n’est autorisé par personnè, dit-il.
Le Rituel continue, çl. 123: » L’homme instruit doit dire à ceux quels qu’ils soient qui ne connaissent pas le salut (accompagné) du nom propre : (C’est) moi, et mêmement à toutes les femmes. »
qrFmïïTêl à sTTCH I
rrrçarw fmër fera; Hmrcrera’ v n
Par a ceux quels qu’ils soient » ,if *' faut entendre, sui-
vant le commentaire, les gens qui, parce qu’ils ignorent le sanskrit, îfV=èiclMÎ*l^lrUlT} ne connaissent pas le sens, du salut qu’accompagne la déclaration du nom, et l'homme instruit ou le connaisseur, TTW! est celui qui pénètre la puissance de ce salut. Le savant répondra donc au salut de l’ignorant ; en lui disant simplement : c’est moi ou : je te salue
sThc! Toutefois, quelle que soit la forme de la politesse,
elle n’est jamais dépourvue d’aménité, ainsi que nous le voyons par nombre de textes. C’est toujours «comme en souriant,
14 SCIIOEBEL.
ou la figure éclairée par un sourire, qu’ils nous montrent les personnes de rang supérieur adresser la parole aux autres ' .
Le Rituel dit ensuite, çl. 124 : « Qu’on prononce à la tin du salut (qui est accompagné; du nom propre le son bhôs, car le sens de bhô est dit par les rischis le sens de la propre forme du nom
*fr : fqcrrrq i
qrat ?ôfgnvTT#T % ii và n
de celui qui doit être salué » supplée le commentaire, d’après les rishis ou voyants antiques. De là résulte (c’est Kullùka qui donne cet exemple) la formule du salut: Je le salue, je suis Cùbhaçarmâ bhô !
Le mot bhô, qui, suivant un commentateur du Vrihad Aranyaka ? , ne s’adresse qu’à un brahmane, chose que Kullùka ne dit pas, mais qu’il fait entendre parle nom de Çùbhaçarmâ, nom exclusivement brahmanique ; le mot bhô reviendrait en français au titre d'éminence ou de révérend (vénérable). C’est une contraction de bhagavan, dont la forme plus ancienne est bhagavas. Tous ces mots, de même que bhavat, que nous verrons bientôt et qui est contracté 'de bhagavat, dérivent probablement de q être, exister.
Le saluant donnerait ainsi au salué une sorte de certification de vie ou de puissance de vie, ce qui, dans les idées indiennes, est sans doute aussi flatteur que l’assurance d’être « pénétré de lumière » que les titres de Erlauchl et de Durchlaucht donnent aux personnages auxquels on les adresse en Allemagne.
Le texte et le commentaire attribuent à bhô la qualité de
• Voy. p. ex., Illuiij-Gitu, II, 10; — liûin . I, 41, 3. i Ap. Weber, Ind. Slud., II, 232.
çabda. Le mot çabda veut dire proprement son, et il
joue un grand rôle dans la grammaire indienne. On sait que de tous les peuples savants ce sont les Hindous qui ont pénétré le plus avant dans la nature de ce qui constitue le matériel du langage: on peut dire qu’ils ont épuisé sur lés matières grammaticales tous les raffinements de l’analyse. Ils ont judicieusement distingué le son articulé elle mot grammatical, et ils ont appelé l’un çabda ell’autre pada. Par là ils ont grandement servi la science étymologique. Il faut dire pourtant que tous les grammairiens, et moins encore les exégètes, les scoliastes et les autres écrivains, ne se sont pas toujours préservés d’une confusion d’idées et de mots analogue à celle dont le Cratyle nous fournit, dans l’antiquité classique, l’exemple le plus remarquable >. Ainsi, il leur arrive d’attribuer au même mot, suivant sa différente signification, une racine différente, te procédé étrange est môme formulé en maxime dans l’ouvrage qui est le commentaire ortbodoxedu Vêda, etqui, à ce titre, fait partie des six Vedângas, je veux dire le Nirukla de Yàska. On peut s’en convaincre en ouvrant la belle édition du Nirukla de R. Roth, à la page 42 % et où, à la page suivante, l’auteur, qui était grammairien aussi bien qu’exégète, met son principe en pratique sur le
• Cf. Egger, Notions élément, de Grnmm. comparée, p. 150.
» rTTPT (q^îfq) ?T7m^TTTÏÏ qr
qT^qTftiï qq qïqrmgqîfq qqm fqgkvscrTfq n
(Naiijamakàndam, II, 7. Cf. Il, s; p. 10).
* Dans le Nuigoma, Yàska commence par exposer son système grammatical. (Ibid. I, 1-14) ,
IC SCHOEBEL.
mot Nirriti ' , et nombre de fois ailleurs dans le cours de l’ouvrage
U y a là une si grande inconséquence qu’on ne sait comment la concilier avec l’esprit linguistique d’ailleurs si pénétrant des Hindous. En effet, grâce à cet instrument d'analyse qu’ils avaient créé par la distinction du son articulé, çabda, et da mot grammatical, pada, qui exprime le sens (artha) de la chose nommée, chaque pada a son çabda, qui est sa matrice. La tâche de l'étymologisle ne consiste donc qu’à ramener le pada, avec ses formes variées que les vues multiples de l’esprit tendent incessamment à lui imposer, au type matériel auquel il se rattache par les liens matériels des voyelles et des consonnes. C’est à peu près comme en métaphysique religieuse, où la connaissance du çabda Brahma doit précéder celle de l’essence Brahma, de sorte qu’on arrive par les diverses formes du Brahma-mot, qui est le texte matériel du Véda, au sens du Brahma spirituel, qui est la doctrine du Véda 5 .
Maintenant, on pourrait demander pourquoi bhôs, qui est un nom sur lequel la grammaire a déjà travaillé, est nommé ici çabda? A cela on peut répondre que c'est parce qu’il se présente comme une interjection, et la nature de l’interjection est bien
1 La dérivation qu’il donne de Nirriti en tant que déesse de la mort, en ramenant ce mot à se réjouir, jouer, rappelle la pensée qu'Horace
exprime dans ces vers :
Forions, saevo lœta negotio, et
Ltidum insolente m Ititlcre perlinax... (Dorât. Car , lit, ode 29). i Voy. p. ex. pour le mol parva. (Ibid. I, 20). C’est ainsi que dans le Iiûniâyano, I, 46, çl. 28, le mot Asura ennemi de Dieu (ancien*, le possesseur de la vie) est dérivé pour la circonstance de sura, (liqueur cuivrante.) 3 Voy. Hikprùliçûkhyâ, par A. Regnier, Juurn. asiatique, 1856, t. VII,
d’être libre de toute forme grammaticale' 1 . A l’égard de bliûs assurément, comme à l’égard de tant d’autres interjections dans toutes les langues, ce n’est qu’une fiction, mais comme cette ■ fiction a sa raison d’être dans la nature de l’interjection qui prévaut ici, on peut l’accepter et dire que bhôs est un çabda, un simple son articulé, arracbé,à celui qui salue, par le respect spontané de la personne qui est saluée.
Je reviens au Rituel qui dit, çl. 125 : « Sois doué de longue vie, ô respectable ! C’est ainsi que doit être interpellé le brahmane qui a salué, et la voyelle, a à la fin de son nom, avec la consonne qui précède, doit être prolongée. *
ÿ T ü&HM *far HFÎffrT TO3T I
PiT(TO : JRT : 11 W M
Le mot indique en grammaire un prolongement à trois nie-
sures on moments ‘ ’, le a bref étant la norme de la me-
• Suivant le Vàdjasanèyi-Pràtiçàkhya, lecl. I, sût. 27 (voy. Weber, Ind. Slud., IV) les composes aussi sont des çabdat, et celle qualification s'applique évidemment à l’état pur et simple du composé. Car le çabda encore une fois est le son articulé et n’est rien autre chose. (Cf. la Cikshd de l’anini, ap. Weber, lue. cil, IV, p. 548).
» Voy. sur le plutn et la pluli ou allongement des voyelles, si important surtout pour la métrique, Boehtlingk, Ueber den Accent im Sanskrit, dans les Mcm. de l’ A end. de Pélmbourg, 1848, p. 47-51 ; — Benfey, dans Allyem. Lit.-Zeilung de llalle, 1845, I, 909 sqq.; — .et surtout A. Régnier, Etudes sur la grammaire védique, dans le J. nsint. aoûl-sept. 1857, sqq. Il faut avoir l’organe de l’ouïe aussi délicat que les Hindous pour distinguer et surtout pour observer toujours la prononciation de la voyelle dùgha ou longue et de la voyelle plutn nu triple. Celle délicairsse de l’ouïe qui implique celle de tous les instruments de l’organe linguistique, semble être propre aux Hindous et se révèle à chaque instant par les lois
18 SCHOEBEL.
sure métrique (mâtrâ). Mais ce n’est pas seulement à la voyelle a, que la prescription se rapporte ; le commentaire nous apprend que par celte voyelle, le législateur entend une voyelle quelconque, la voyelle qui termine le nom de celui qui a salué.
Car il n’existe pas de règle, m. à m. par la non-existence de la règle Pui^MMIrl, qui force les noms d’être terminés en a simple.
Puis, il ajoute : Si, tïT", la qualité d’être terminé par un a se rap-
porte, à la voyelle, elle va aussi à un nom propre qui est
terminé par une consonne, Pourquoi? et comment? seraitce parce que tout nom est terminé par une voyelle, si l’on en retranche la consonne ? Il semble que cela est dit par Pànini, au li-
de l’euphonie qu’enlraine le snndhi l’enchaînement réciproque des mots, et qui amène, surtout pour ce qui concerne la variété des nasales, des nuances d’articulation presque insaisissables pour notre oreille; puis par les règles de l'accentuation. Le sanskrit seul a grammaticalement saisi ou capté, si je puis m'exprimer ainsi, les transmutations si diverses et si déliées de l’euphonie et de l’accentuation. Tonies les autres langues, sans en excepter peut-être le chinois, qui désigne pourtant la grammaire par un mot qui veut dire musique. (Voy. Relut. dès royaumes bvudd., app. II, p. 379); toutes les autres langues oui plus ou moins abandonné ces délicates matières sux incertitudes et aux variations de la transmission orale. L'accentuation, par exemple, ne connaît dans les langues européennes que deux ou trois signes pour guider le lecteur, et cependant il est certain que la voix, pour peu que le mot soit un peu long ou qu'il y ait beaucoup de termes accessoires groupés autour de l'expression principale d’une phrase, demande des modulations bien plus nombreuses. Aussi les Hindous ont-ils marqué quatre accents pour l’ordinaire et jusqu'à sept, là où intervient une raison religieuse. C’est que dans leurs convictions les prières ne valent rien, si on ne connaît pas la vraie manière de pronorcer les mots qui les composent. (Voy. Roth, L'eher die El e mente, etc.)
ÉTUDE SUR LE RITUEL BRAHMANIQUE. l 'J
vre 8 ", ch. 2,r.82, 83, citant (^rrpj) comme il suit la prolongalion accentuée de la voyelle finale dans une formule de salut (ctichie-il irn 3 H:^ 4 Jriî! Dans le (cas de) salut rendu (lorsqu’il ne s’agit)
pas de Çùdra (ÎTt^PTôTIT^^), il y a prolongement* ^5 H(de la dernière voyelle du nom).
C’est lescoliaste Vâmana qui explique ainsi Pânini, assurant que cette règle ( 5 % est établie, afin qu’il y ait prolongement de la voyelle même pour un mot terminé par une consonne f yd . Ainsi, étant donné le nom d’indravarman, le pluta ou prolongement portera sur le a pénultième.- ce qu’on exprimerait par l'écriture comme il suit : ?H?K,i-l Mfeflw. fl' T 3 ^ so >s doué de
longue vie, ô Indravamân 1
Cependant le prolongement de la voyelle finale a-t-il lieu aussi quand c’est un Kshatriya et un Vaîçyaqui se saluent ? Grave question, que le commentateur résout négativement. Il paraît même que le prolongement n’est jamais nécessaire pour les noms des Kshalriyasetdes Vaîçyas '. Quant au Çùdra et à la femme, il est formellement interdit, et cela en vertu de l’autorité des textes de Pànini et de Kâtyàyana.
Kullûka termine ce paragraphe, en donnant sur les doigts à Gô- . vindarâdja et à Dharanîdhara, pour avoir mal expliqué le texte de Manu, et son mécontentement opère un tel mouvement dans sa pensée qu’elle se dégage en deux phrases, qui peuvent passer pour des périodes. Nous les traduisons pour la rareté du fait, et le voici : «... . Gôvindarâdja, après avoir établi antérieurement que forma est nécessairement le second mot du nom d’un brahmane,
' Voy. BôInliDgk, Loc. cil. p, 4U.
20 SCIIOEBEL.
dans la formule d’un salut rendu, conçue ainsi: Sois doué d’une loBgue vie, ô excellent ! — proclame sa propre ignorance du prononcé avec un second mot et du prononcé sans second mot Dharanîdhara aussi, quoique voyant le texte de Manu terminé par un cas au vocatif, quand il est dit : Sois doué de longue vie, ô respectable ! et opinant (néanmoins) ainsi : amuka (N. N.) çarmâ ‘ (formule) terminée par le premier cas du singulier (et) non par le vocatif ; — doit être dédaigné par les hommes instruits :
îTtfsRjTsnr (§) ïïv&wfïx qmr RRfaqj; fanm HTJUTOnr Uctj
K\ ^ -(Ttf Hfw^Tcf fqfr !TTW
f?T I SrçTïïhjflfa 3Tfï*TT=PT3r ëltryfFT TFffef^mâlrt
On ne peut pas dire que dans ces deux phrases, si nous avions voulu les traduire mot à mot, la forme grammaticale ait déjà atteint le complet dégagement de la pensée, tel qu’il existe dans nos langues analytiques européennes; le penchant à décliner la phrase 3
' C'est-à-dire qu’il ne sait pas le cas où ii faut rendre le salut entier et où non — Le nom d’un membre de la société bràhmanique se compose toujours de deux mots. (Voy. Man., II, 51, 52).
, Canna qui veut dire félicité, béatitude, est ta titre honorifique de tout brahmane. Voilà pourquoi le premier mol du nom étant désigné par anmka un tel, puisqu’il est inconnu, on a pu désigner te second avec certitude.
} Voy., par exemple, Kulhlka, III, I , où il y a une longue phrase déclinée nhljtivrmrnl ; voy encore I f, et ailleurs souvent. Les désinences de l'ablatif et du locatif sont lu plus fréquemment employées dans un but syntaxique.
ÉTUDE SUn LE IIITUKL 1U1AHMANIQUE. 21
ou partie de la phrase et à mettre le verbe à l’état abstrait au lieu d’employer la forme temporelle (faits sur lesquels repose à vrai dire toute la syntaxe sanskrite) ne s’y mauifesle cependant pas, et leur diction, de plus, n’est pas embarrassée de cet excès de composés qui, parce qu’ils indiquent la pensée plutôt qu’ils ne l’expriment, ou parce qu’ils ne l’expriment qu’à jets non-interrompus, font souvent, par leur concision, le désespoir du lecteur et surtout celui du traducteur. Il y a donc dans ces deux phrases une forte tendance vers cet arrangement de mots par lequel l’écrivain exercé exprime clairement les conceptions de son esprit et que nous appelons syntaxe. Si les écrivains indiens n’y sont jamais arrivés complètement, cela lient uniquement à ce que l’antique langue de l’Inde n’a pas été assez travaillée par la prose; la littérature sanskrite est pauvre en prosateurs qui sont les sécularisaleurs de la langue.
Je reviens à notre Rituel, qui continue, cl. 126 : « Le Brahmane qui ne connaît pas le conlre-salut d’un salut, ne doit pas être salué par un savant : il est comparable à un Çùdra. »
OT srrUPT^TîTîf fan: THTïfasmri I qTPTsrrai: h faprr iprFFffa n n
Le commentateur avertit qu’il s’agit ici d’un brahmane qui ne connaît pas la manière conventionnelle de répondre à une
salutation. Il paraît que de tels brahmanes ne sont pas rares dans l’Inde '. On les appelle Djûtibrûhmana , brahmane de
Par exemple pour dire : </uand il est présent, on dit par le locaiif ÎTfafa dans ln présence ; de meme pour dire : le commerce entre (le mari et la femme) est admis, on dit locativcmcnl | H I dans l'admission du
commerce. •
■ Voy. l’anecdote concernant un brahmane de naissance, chez Humour, Intr, 4 l’hist. du lludd/iisme , 139.
22 SCHOEBEI..
naissance, pour les distinguer des Vèdabnîhmana qui sont les brahmanes savants. Celui donc qui montre qu’il n’est que brâhmane de naissance, vous ne devez pas le saluer en prononçant voire propre nom. Cependant il n'est pas défendu de lui dire : Je te salue sans s’incliner devant lui, marque de
respect qui consiste à toucher, mot à mot à prendre les pieds de celui auquel on témoigne une grande déférence. Nous y reviendrons.
Nancy, lmp. Soiidoiixkt et (ils, r. du faub. Stanislas, 3.