I. MOTS LATINS COMPOSÉS QUI ONT PASSÉ EN FRANÇAIS
Dans la plupart des mots composés que le français a empruntés au latin, la composition primitive ne se faisait plus sentir, et le français les a traités comme des mots simples : il en est résulté que , l’accent portant souvent sur la particule déterminante , le mot déterminé qui la suivait a été anéanti ou contracté de façon à être complètement mé-
connaissable , et la particule a perdu elle-même son sens originaire :
Sarcôphagus-sarqueu, d’où plus tard cercueil.
Trifolium-trèfle (1).
Côlloco-couche.
Côlligo-cueille.
Cônsuo-couds.
Intérrogo-enterve.
Dérogo-derve (2).
Impleo-emple.
Süspico-susche (Ps. Oxf., Lxvn).
Mais dans certains autres mots le français a voulu faire sentir la force de la particule déterminante et le sens du mot déterminé. Pour y parvenir, dans le cas où, par suite de l’accentuation de la particule, le mot aurait été défiguré comme ceux qui sont donnés ci-dessus en exemples, il avança l'accent d’une syllabe et accentua le mot déterminé de la même manière que s’il n’eût pas été composé. Exemples :
E-levo-élève ( Ps. Oxf., xxvii ; Job, p. 477 ; Rois, p. 7).
Ré-nego-renie (Eulalie).
Côn-sequor-consuis.
Ex-plico-esploie.
CÔ7n-pater-compère.
Dé-super-desure.
(1) Sur l’accentuation de trèfle, voy. chap. II.
(2) Telle me semble être la véritable étymologie de derver. Uissipare, proposé par M. Diez, a été rejeté avec raison par M. Cachet; mais l’étymologie de leufel qu’il propose est encore bien moins admissible. Ue.rogare veut dire sortir des idées reçues, sortir du chemin battu, d’où le sens de derver, qui est devenu plus tard desver. Enlerve de inlerrogo et corvée de corrogala confirment cette étymologie.
Ce déplacement de l’accent dû à la force du sens se fit sans doute dans la romane rustique antérieurement à la constitution du français : c’était un procédé excellent pour faire ressortir la force des simples , qui s’était à peu près perdue dans les composés , et dont les mots régulièrement accentués ne conservèrent pas la trace.