‹ Étude sur le SénégalChapitre 10 sur 43 · fr.G · texte numérisé non relu

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Il y a donc déficit comme production et comme valeur.

Rio-Nuncz. — De 1869 à 1876 inclus, il a été exporté 754,311 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 92,288 kilogrammes. La plus forte exportation de la période a été de 195,839 kilogrammes en 1875 et la plus faible 23,779 kilogrammes en 1871. Le prix moyen est de fr. 18 le kilogramme.

De 1878 à 1880 inclus, il a été exporté 1,908,609 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 636,203 kilogrammes. Le prix moyen de la période est de fr. 166.

De 1884 à 1886 inclus, il a été exporté 3,594,213 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 1,198^071 kilogrammes. Le prix moyen de la période est de fr. 166.

Rio'Pongo. — De 1870 à 1874 inclus, il a été exporté 1,824,193 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 364,838 kilogrammes. Le prix moyen de la période est de fr. 182.

De 1875, à 1878 inclus, il a été exporté 3,343,351 kilogrammes soit une moyenne annuelle de 835,838 kilogrammes. Le prix moyen de la période est de fr. 165.

De 1884 à 1886 inclus, il a été exporté 2,177,668 kilogrammes, soit une moyenne annuelle de 725,889 kilogrammes. Le prix moyen de la période est de fr. 166.

Mellacorée. — De 1884 à 1886 inclus, il a été exporté 685,831 kilogrammes.

— tîS —

Exportation totale de la Colonie. — Comparons maintenant Texportation totale de la Colonie de 1890 à 1899 inclus.

ExporUtion totale

Moyenne annuelle

de

la période

Prix moyen

la période

Valeur annuelle moyenne

de la période

Kilogfl

Kilofirs

Francs

Francs

Période de 1800-18^1 inclus.

Ce produit subit donc une crise sérieuse qui paraît avoir plusieurs causes, la baisse des prix en est une, Teffort producteur de la Casamance qui s'est port<î sur le caoutchouc en est une autre ; et une autre cause encore, jusqu'à présent peu sensible mais qui ne peut que s'accentuer, c'est la destruction lente mais continue de l'essence productrice.

L'amande de palme traitée industriellement fournit 45 à 50 pour cent d'huile comestible et industrielle.

bois a bruler, charbon de bois, bois de construction, bois d'ébénisterie etc.

Celui qui le premier, au Sénégal, a coupé un arbre sans en assurer la reproduction a commis un crime, et l'administrateur qui a laissé ce fait se produire, a commis un autre crime, celui-là plus grand.

Le Sénégal est l'antichambre du désert, et chaque arbuste, chaque arbre qu'on y détruit le rapproche de ce désert. Lorsque le Cayor et les rives des cours d'eau seront dénudés par le déboisement lent et continu, nécessité par la présence des Européens et les exigences commerciales, lorsque les pluies deviendront de plus en plus rares, le vent d'Est en quelques années achèvera l'œuvre commencée par la main de la race envahissante, et toute une région qui aurait pu rester suffisamment fertile, ne sera plus qu'une région désertique.

Déjà l'effet du déboisement et de l'extension de la culture se fait sentir partout, et comme le procédé de culture indigène ménage les racines de quelques végétaux tenaces, qui gênent c'est vrai, mais qui protègent le sol contre la dénudation, nous y introduisons sans étude sérieuse, la charrue, qui détruira dans les champs cultivés ce qui reste de ces végétaux, ameublira davantage le sol et favorisera l'action

déjà si terrible du vent de l'Est ; et après le Cap Vert aujourd'hui tout autre, disparaîtra la région des Niayes^ derniers vestiges actuels d'une antique fetrtilité (1).

La culture auiro que celle d'essences arborescentes de longue durée ne saurait rendre au climat l'humidité qu'il possédait avant le défrichement, c'est le cas du Sénégal avec l'arachide en particulier dont la culture est la plus étendue ; on a là remplacé l'action des plantes arborescentes par l'action d'une plante herbacée dont la végétation ne dure que quelques mois, et pendant le reste de l'année, c'est-à-dire de novembre à juillet correspondant à la saison sèche, le sol reste nu.

Le bois est absolument nécessaire sous ses différents aspects, il fait partie intégrante de l'existence eî c'est à ce titre qu'on aurait dû dans de semblables régions lui accorder une large protection, et il y a longtemps que la chose est possible.

L'indigène, déjà si imprévoyant avec les produits qu'il cultive pour assurer son existence, Test bien davantage pour les produits qu'il trouve sous sa main ; il saccage un arbre pour un motif futile, et met le feu aux herbes sèches peut-être par habitude, peut-être pour se distraire. Sa consommation en bois dans ces conditions est considérable, néanmoins étant donnée la faible densité de la population, la quantité de bois gaspillée ou consommée a pu pendant très longtemps rester en équilibre avec les éléments climatériques.

Après la suppression officielle de la traite des noirs, suppression

(1) Durand en 17^5 décrit ainsi le Cap Vert : « C'est la pointe la plus « occidentale de l'Afrique : son avancement dans la mer en fait une péninsule vaste « et facile à isoler du continent. Le terrain est bon et couvert des plus beaux « arbres ; il est propre à toutes les cultures et arrosé i>ar des petits ruisseaux qui « le fertilisent. C'est l'emplacement de la côte qui invite le plus à l'établissement a d'une colonie. Ses arbres, toujours verts, lui ont fait donner le nom qui le dis- « tingue des autres caps de cette côte, presque tous secs, arides et dépouillés de « toute verdure. »

Th. Lécard qui relate ce passage : Notice sur les etatê Scrères et leurs productions, 1866, ajoute : « Si aujourd'hui ce pays n'est pas tel que les premiers voya- « geurs nous l'ont dépeint, c'est le déboisement qui en est cause ; les sables mou- « vants ne rencontrant plus d'obstacles ont envahi une partie de la presqu'île ; les « petits ruisseaux qui paraissent n'avoir jamais existé ont disparu sous les dunes « où on les retrouve maintenant. »

Le Frère Marie-Hornard : Géographie eh'mentaire du Sénégal, 1000, attribue au déboisement la diminution des pluies ; de 1830 à 1840 la hauteur d'eau moyenne annuelle a été de 600 m/m et elle n'est plus aujourd'hui que de 400 m/m.

Cette diminution est énorme pour une région qui a tant besoin d'eau.

qui devint peu à peu effective, il fallait au commerce un nouvel élément de prospérité et on ehercBa cet élément dans l'exploitation des produits du sol; la coupe du bois et des défrichements nouveaux commencèrent; la consommation du bois s'accrut avec le nombre des Européens et assimilés, et en plus il y a eu exportation des régions dites forestières : exportation de bois de chauffage, de charbon de bois surtout, et d'une certaine quantité de bois destiné à la construction et à Tébénisterie.

Tous les faits énumérés ci-dessus ont constitué pour le Sénégal une situation anormale qui devait s'aggraver et qui s'est en effet aggravée. Personne ne s'en inquiète, et pourquoi s'en inquiéter ? Le commerce actuel est prospère. Pourquoi donc s'inquiéter de l'avenir, quand le présent dans son féroce égoïsme absorbe tout?

La consommation est évidemment trop considérable pour êtrfe en rapport avec la production, mais avant de parler de cette consommation, jetons un coup d'œil sur le mouvement commercial.

De 1825 à 1837 inclus, il a éîe exporta du Sénégal pour la Fiance une moyenne annuelle de 258,088 kilogrammes de bois, soit approximativement 268 stères.

En 1840 on relève surtout une exportation de bois d'ébénisterie :

Saintal, (Pterocarpus erinaccus) 8,477 kilogrammes estimés fr. 10 le kilogramme.

Cailcédrat, 105 stères estimés 50 francs le stère.

Ebène, (Dalbergia mclanoœylon) 8,002 kilogrammes estimé fr. 20 le kilogramme et quelques mètres de rônler (Borassus /labellitonnis)

De 1843 à 1845 inclus, on relève de Gorée une exportation totale de 263 stères de cailcédrat.

De 1865 à 1877 inclus, il a été exporté de Saint-Louis 3,674 stèrCiS de bois à brûler d'une valeur de 3 francs à 7 francs le stère, et 13,956 kilogrammes de charbon de bois estimé à fr. 15 le kilogramme ; en plus un peu de bois de construction. Les exportations sont ensuite insignifiantes ou nulles.

De 1868 à 1877 inclus, la seule exportation importante de Rufisque a eu lieu en 1873 et a été de 372 stères de bois à brûler d'une valeur de 10 francs le stère, et de 3,^60 kilogrammes de charbon de bois estimé fr. 15 le kilogramme.

Les exportations les plus importantes proviennent de la Petite- Côte. De 1868 à 1877 inclus, il a été exporté 10,844 stères de bois à

brûler estimé de 3 francs à lU francs le stère, soit une moyenne annuelle de 1,864 stères ; et 401,784 kilogrammes de charbon de bois estimé fr. 15 le kilogramme, soit une moyenne annuelle de 40,178 kilogrammes, et 200 francs seulement de bois de construction et irébénisterie. Comme autre exportation importante, on relève 168 stères de bois de construction en 1886, 1,295 stères de bois à brûler et 14, 87 7 kilogrammes de charbon de bois.

De la Casamance, réputé pays forestier, les exportations comme bois à brûler sont insignifiantes, et de même en charbon de bois; la seule exportation de charbon à noter eut lieu en 1894 et a été de 19,376 kilogrammes. Comme autres exportations on relève 12,200 francs de rôniers en 1872, 4,200 francs en 1875, 5,160 francs en 1876, 2,500 francs en 1897 (250 mètres de longueur à 10 francs le mètre), 3,051 en 1898.

En 1881 on relève 2,700 francs de bois de construction ou d'ébénisterie ; en 1890, 700 francs de bois d'ébénisterie et 65 stères de bois de construction.

Si on prend les exportations totales de la colonie, déduction faite des rôniers, on relève :

De 1884 à 1886 inclus : bois à brûler 2,628 stères, charbon de bois 51,501 kilogrammes, bois de construction ou d'ébénisterie 307 francs, bois de construction 168 stères.

De 1890 à 1892 inclus : bois à brûler 1,877 stères, charbon de bois 89,345 kilogrammes, bois de construction ou d'ébénisterie 321 stères, bois d*ébénisterie 700 francs.

De 1897 à 18ÎÎ9 inclus, on ne relève qu'une exportation de 2 stères de bois à brûler estime 8 francs le stère.

Il a été dit plus haut que la consommation du bois par l'indigène était considérable quand il avait ce bois sous la main, on ne saurait donc en se basant sur l'effectif de la population et sur une moyenne do consommation journalière donner un chiffre suffisamment exact de la consommation totale du Sénégal, mais on peut donner avec une exactitude suffisante, la consommation des villes telles que Saint- Louis, Dakar, Rufisque et G orée, où, pour la cuisson des aliments, le bois et le charbon de bois viennent de loin, et où ces denrées sont marchandes, c'est-à-dire font partie de Tapprovisionnement du marché journalier, et se vendent sur ce marché aux européens et assimilés et aux indigènes. D'après le recensement de 1891, la population de Saint-Louis est de 20,173 habitants soit en chiffres ronds

20,000 habitants. On peut admettre pour la cuisson des aliments et par habitant, soit une consommation de bois naturel ou transformé en charbon de 2 kilogrammes par jour, ce qui donne une consommation annuelle de 14,600,000 kilogrammes, approximativement 14,600 stères. A ce chiffre il faut ajouter le bois consommé par l'usine électrique qui fournit Téclairage à la ville, par l'usine qui fournit la glace, pour la construction des cases indigènes, pour la cuisson des briques du pays, et la consommation de charbon de bois de quelques établissements appartenant soit à TEtat, soit à l'industrie privée ; en évaluant le tout à 5 stères par jour on a 1,825 stères par an, qui ajoutés au chiffre précédent donnent une consommation totale de 16,425 stères.

Saint-Louis ne possédant pas de forêt dans ses environs, tout ce bois vient du fleuve, il arrive par chalands ou par pirogues, et de très loin, car on peut considérer les rives du fleuve comme déboisées sur plus de 300 kilomètres de parcours. Tout le bois à brûler ou susceptible de faire du charbon provient d'essences très dures et d'une croissance très lente, et, étant donné les conditions climatériques spéciales au Sénégal et peu favorables au développement de la végétation, on comprend sans peine combien est funeste à une semblable région un déboisement fait sans ordre et sans souci de la reproduction.

Aux environs immédiats de Saint-Louis, pour couper les maigres palétuviers qui poussent çà et là dans les plaines basses on paie une redevance de f r. 15 par stère au chef indigène Tamar ; moyennant cette redevance, on coupe et Ton taille où l'on veut.

Dans les mêmes conditions et d'après le même recensement on aurait pour Gorée, Dakar et Rufisque :

Gorée 2,068 J

Tf fl Qnoi ( 18,896 hab.

Rufisque 8,091 V , .« , ^«.x^^, ,

^ , o p^ ^p^ f en chiffres ronds 18,900 hab.

Dakar 8,737 ^

Ce qui donne pour la cuisson des aliments seiile, un chiffre annuel de 13,797 stères.

Gorée est sur un rocher, les environs de Dakar sont déboisés, et on peut considérer comme déboisés aussi les environs de Rufisque ; le bois nécessaire aux 3 cités vient donc d'autres régions dont les plus proches où les plus faciles d'accès sont déjà épuisées.

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