OBSERVATION PREMIÈRE
Chienne A. Vigoureuse. Poids : 16 kilogrammes
Mardi 6 novembre. — 8 h. 45 du matin. Administration de 2 gram. de sulfonal dans de la viande cuite. Une heure et demie après, absolument rien d’anormal ; le médicament semble ne pas agir.
10 h. 30. — 2 grammes de plus. Environ une demi-heure après, l’animal présente des phénomènes d’ébriété, mais très peu accusés.
11 h. 10. — L'animal se couche, mais pas de sommeil.
A1 h. 45. — Nous terminons notre observation ; la chienne est mise en liberté, et nous ne la revoyons plus que le lendemain.
Mercredi T novembre.— Même chienne, 8 h. 40. Administration de 4 gr. de sulfonal dans de la nourriture. Une demi-heure après, l'animal présente des signes très manifestes d’ébriété. Le médicament agit beaucoup plus que la veille, et surtout beaucoup plus vite.
9 h. 40, c’est-à-dire une heure après, l'animal peut à peine se tenir debout. Il se coucheet s’endort pendant 5 minutes. D’autres chiens aboient dans la cour; alors l’animal se réveille et se relève péniblement.
; HONTE 9 h. 53. — L'animal se recouche et s'endort. Indifférence à tous les bruits extérieurs. Sommeil de demi-heure. 10 h. 23. — Je secoue l'animal, qui se réveille doucement
et sans manifester la moindre souffrance. Il marche dans le.
laboratoire, mais avec de grandes difficultés, buttant contre les obstacles de son entourage. L'ivresse est au complet.
11h. 10. — Nous mettons en liberté l'animal, qui se met aussitôt à gambader avec ses congénères. L'ivresse s’est un peu dissipée. | ;
3 h. du soir. — Nous retrouvons l’animal couché et endormi; nous le prenons de nouveau en observation dans le laboratoire. Sommeil profond avec légers tremblements convulsifs.
4 h.30.— L'animal dort encore très profondément. On a beau le remuer, l’appeler, le caresser : il ne s’éveille point.
9 h. — Nous agitons fortement l'animal pour le réveiller, et nous le faisons conduire au chenil. Le lendemain, les signes d'ivresse avaient complètement disparu.
Jeudi 8 novembre, 9 h. du matin. — 2 gr. de sulfonal. Environ une heure après, apparition des phénomènes d'ivresse et d'incoordination dans les mouvements, mais beaucoup moins accentués que la veille. Pas de vomissements, pas de malaise. L'animal ne manifeste aucune souffrance et supporte très bien le médicament. Nous n’observons point de sommeil.
Vendredi 9 novembre. — L'animal est laissé en repos.
Samedi 10, 8 h. 30. — 2 grammes de sulfonal dans de la viande, que l’animal prend sans aucune répugnance. Une heure après, apparition des symptômes d’ébriété, mais légers. Pas de sommeil.
Dans la soirée, nous reprenons l'animal en observation. Vers les trois heures, il se couche, et dort pendant une demi-heure ; sommeil léger. À 4 heures, presque plus rien d’anormal.
Dimanche 11. — Nous laissons l’animal en repos.
LPO GAS Lundi 12.—92 grammes de sulfonal, mais sans aucun résultat.
Mardi 13. — 3 grammes de sulfonal. Nous n’obtenons encore aucun résultat, sauf peut-être un peu de somnolence.
Mercredi 14, 9 heures du matin. — 4 grammes de sulfonal. Ce jour-là, le médicament agit très bien. Environ trois quarts d'heure après l’administration, apparition des premiers symptômes d'ivresse et de parésie des membres, qui vont toujours en augmentant d'intensité jusqu'à 11 heures. Dans la soirée, à 3 heures, l'animal ne tient presque plus sur ses pattes. Il dort debout, c’est le véritable mot. Yeux hagards, paupières tombantes. L'animal se couche et s'endort d’un sommeil profond. Respiration bruyante. Mouvements respiratoires fréquents, 40 par minute. Pouls 120.
3 h. 20. — R. 30. Pouls 120.
3 h. 45. — R.27. Pouls 115.
Xheures. — KR. 36. Pouls 120.
4h. 30 —R. 32. Pouls 118.
Vers les cinq heures, je réveille l’animal, qui peut à peine regagner son chenil, tellement il titube; mais il ne parait pas éprouver la moindre souffrance.
Jeudi 15, 9 heures du matin. — Sulfonal 4 grammes. Demiheure après, l’animal est ivre et titube considérablement. Dans la soirée l’animal se couche et s’endort profondément. Légers tremblements convulsifs pendant le sommeil.
3 heures. — R. 25. Pouls 126:
3 h. 22. — KR. 22. Pouls 120.
3 h. 45. — R. 24; Pouls 195.
4 heures. — R. 23. Pouls 120.
Vendredi 16. — Nous laissons l’animal en repos.
Samedi 17. — Sulfonal 4 grammes. Absolument sans aucun résultat.
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Dimanche 18. — Pas de De all
Lundi 19.— Dans la matinée, 4 grammes de sulfonal. Aucun résultat, sauf dans la soirée vers les trois heures ; l’animal manifeste une grande tendance au sommeil. Il se couche et dort pendant une heure et demie environ.
Mardi 20. — Sulfonal 6 grammes. Aucun résultat. L'état général est excellent, malgré les doses considérables et l’administration répétée du médicament. Poids, 16 kilog. 200. L'animal a done augmenté un peu de poids, depuis le début de nos expériences, qui datent du 6 novembre.
Il est incontestable qu’il s’est établi de l’accoutumance.
OBsERvATION II
Chien B. — Poids 6 kilogrammes.
Animal jeune, très chétif, né de père intoxiqué par l’alcool. Empoisonnement et mort.
7 novembre, 3 heures du soir. — Administration de 2 grammes de sulfonal dans de la viande. Une heure après, apparition des phénomènes d'ivresse. L'animal se tient mal en équilibre. Pas de sommeil. Persistance des symptômes d’ébriété jusqu’à 5 heures ; à ce moment-là, nous mettons l’animal en liberté, et il est reconduit au chenil.
8, 9 heures du matin. — Sulfonal 1 gramme. Une demiheure après, l’animal est ivre, et peut à peige se tenir debout. Il est triste, mais prend de la nourriture. Dans la soirée,
HN es sommeil profond, avec tremblements légers. Pas de vomissements. Stupeur profonde.
9, 10 heures du matin. — Symptômes d’empoisonnement. L'animal git à terre, incapable de se relever et de faire le moindre mouvement. |
À trois heures du soir, l’interne, M. Cannac, le voit, et voici ce qu'il constate : Intoxication profonde ; l’animal est étendu par terre, sans mouvement. Muqueuses décolorées et froides. 60 pulsations par minute. L'œil est terne, mort, pupilles rétrécies. Cornée à peine sensible. Insensibilité complète. Sept mouvements respiratoires par minute. Température inférieure à 30 degrés. Résolution musculaire complète. L'animal succombe vers les 7 heures du soir (22 heures après la dernière prise du médicament).
Autopsie faite le 10 novembre à 9 heures du matin.
Cerveau. — Sur la pie-mère on remarque quelques plaques laiteuses de sclérose. Pas d’adhérences, pas de congestion. Cervelet normal. Au bulbe, rien de particulier, un peu de congestion peut-être, mais très légère. Moelle. Dans la portion cervicale un peu de congestion dans les enveloppes médullaires.
Cœur. — En systole, rempli de caillots ; insuffisance aortique.
Poumons.— Quelques taches de suffusion sanguine des deux côtés.
Foie. — Normal. Vésicule biliaire pleine et distendue.
Reins. — Substance corticale à peu près normale, substance médullaire fortement congestionnée. C’est là la lésion la plus caractéristique observée dans cette autopsie et qui fait croire que le sulfonal, en s’éliminant, exerce une action irritante sur l'organe de la sécrétion urinaire.
Estomac. — Rempli d'aliments. Muqueuse gastrique absolument normale. Pas la moindre trace d’irritation.
OBsERvATION III
Chienne C. — Poids 9 kilogrammes.
Agée de six mois — Sœur du précédent
T novembre, 8 h. 50. — Administration de 2 grammes de sulfonal. Environ trois quarts d'heure après apparition des premiers troubles ataxiques et des phénomènes d'ivresse, mais peu marqués. L'animal, qui est jeune, s’agite constamment : il aboie, et joue avec l’autre animal en expérience.
9 h. 55. — Ivresse augmente. L'animal s’agite beaucoup moins, et se couche de temps à autre.
10 heures. — L'animal se couche, et s’endort, mais d’un sommeil léger ; prêtant l'oreille à tous les bruits extérieurs.
114 h..15. — Les symptômes d'ivresse ont diminué un peu, mais persistent encore.
3 heures du soir. — Nous retrouvons l’animal couché et endormi. Sommeil profond de plus d’une heure avec tremblements légers. Respiration et pouls normaux. Température normale 37°,3. Abattement profond. Parésie, surtout marquée dans les membres postérieurs.
8, 9 h. du matin. — Sulfonal 2 grammes. L'animal paraît tout à fait remis des troubles de la veille. Environ trois quarts d'heure après l’administration du sulfonal, apparition des phénomènes d'ivresse, qui vont s’accentuant de plus en plus. Pas de signes de souffrance, pas de vomissements. Le médicament est bien toléré. :
11 heures. — L'ivresse est à son maximum. L'animal peut à peine demeurer en équilibre et tombe fréquemment. nos des membres postérieurs. Pas de sommeil.
Dans la soirée, aggravation des symptômes. L'animal est étendu par terre, presque inerte, et dort profondément. Stupeur très-grande. Résolution musculaire complète. Il meurt dans la nuit.
L’autopsie fut faite le lendemain par l’interne M. Cannac, et voici ce qui fut trouvé : |
Cerveau. — Les enveloppes cérébrales sont très hypérémiées. Les vaisseaux sont dilatés et remplis d’un sang rouge. Il existe des plaques laiteuses symétriques, en avant et sur chaque hémisphère, ayant à peu près la même dimension et situées au point de réunion des deux circonvolutions frontale et pariétale ascendante, et sur le tiers postérieur de la première frontale. On rencontre encore deux plaques laiteuses analogues en arrière sur le bord postérieur du lobe occipital de chaque côté de la grande seissure hémisphérique. Ces deux plaques iaiteuses ont environ chacune les dimensions d’une pièce de un franc. Pas d’adhérences bien nettes entre la piemère et la substance cérébrale. Rien du côté des ventricules.
Bulbe et moelle. — Le bulbe en lui-même ne présente rien de particulier, mais 1l y à au niveau du plancher du quatrième ventricule et un peu au-dessous quelques caillots sanguins. Les vaisseaux étaient congestionnés le long du canal épendymaire. Cette congestion diminuait progressivement de haut en bas. La substance médullaire, sectionnée transversalement, était normale.
Poumons. — Normaux.
Cœur. — En systole, rempli de caillots. Insuffisance aortique.
Reins. — Substance corticale normale, substance médullaire fortement congestionnée.
rire Foie. — Normal.
Vessie. — Distendue par l'urine.
Estomac et intestins. — N'’offrent pas la moindre trace d'irritation.
OBservaTion IV
Jeune chat À...., Poids 940 grammes
12 novembre, 9 heures du matin. — 50 centigr. de sulfonal administré dans de la viande. Une demi-heure après, apparition des premiers phénomènes d’ivrésse ; l'animal peut à peine se tenir debout. Parésie, surtout marquée dans le train postérieur. Pas de signes de souffrance. L’ivresse va toujours en augmentant jusqu’à 3 heures du soir, où elle atteint son maximum. À cette heure-là, nous trouvons l’animal étendu à terre, incapable de faire le moindre mouvement. Pupilles rétrécies. 48 respirations par minute. L'animal dort profondément ; l’on peut à peine le réveiller.
À 5 heures, l’animal est très agité. Ses membres et tout son corps sont animés de tremblements convulsifs, Ilse plaint sans cesse, cherche à se relever, mais sans pouvoir y parvenir; ou bien, s’il se lève à moitié, la tête et le tronc retombent lourdement à terre. Agitation et plaintes continuelles ; l'animal paraît beaucoup souffrir. Strabisme divergent très prononcé.
MRC AU
13 novembre. — Pendant toute la journée, l'animal reste
profondément abattu, et dans un état d’engourdissement ex-
trême. Résolution musculaire presque complète, sensibilité
cutanée très amoindrie. L'animal est allongé dans sa cage,
incapable de faire le moindre mouvement. Strabisme persiste ‘toujours.
14. — À peu près même état qu’hier, mais l’animal souffre beaucoup, et pousse des plaintes continuelles.
15. — A la résolution musculaire déjà signalée, fait place un état de raideur remarquable. Contractures généralisées à tout le système musculaire. Réflexes extrêmement exagérés ; au moindre contact, l’animal réagit très fortement, et la contracture augmente. Strabisme divergent. À ces troubles observés dans la matinée, s'ajoutent, le soir, des tremblements tétaniques, qui font horriblement souffrir l’animal. Agitation extréme ; l'animal cogne sa tête de toute part, et cherche à fuir.
Le lendemain matin, nous le retrouvons étranglé, la tête prise entre les barreaux de sa cage.